Pascal Engel pourfend le réalisme kitsch

21 juin 2015

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Markus Gabriel ou le constructionnisme sans monde : l’analyse de Frédéric Nef

14 janvier 2015

Le « nouveau réalisme » 4

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Le nouveau « nouveau » réalisme de Maurizio Ferraris : le Manifeste

10 décembre 2014

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Le « nouveau réalisme » 3

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Pourquoi le monde existe. Une réponse à Markus Gabriel

16 novembre 2014

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Le « nouveau réalisme » 2

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Le corps et l’esprit : une recension

3 octobre 2014

Stéphane Dunand[1] a rédigé un compte-rendu exhaustif de mon livre Le corps et l’esprit : essai sur la causalité mentale (Vrin, septembre 2013) pour la revue L’oeil de Minerve.

 

l'oeil de minerve

« Nous avons l’impression d’être des agents. Nous supposons que nos pensées, parmi lesquelles nos croyances, nos désirs et nos sensations, produisent des effets physiques. Mais être véritablement des agents supposerait la réalité de la causalité mentale, à savoir à la fois la réalité des pensées et celle de leur pouvoir de faire une différence physique. C’est la réalité de ce pouvoir que le livre de F. Loth, Le corps et l’esprit, s’attache à établir. »

…/… [lire la suite]

[1] Stéphane Dunand est le traducteur du livre-maître de David Chalmers L’esprit conscient chez Ithaque, ainsi que de nombreux articles de Jaegwon Kim. Sa thèse de doctorat s’intéresse à la question de la réalité des couleurs.


Le complot des analytiques français selon Juliette Grange – la réponse de Frédéric Nef

10 juin 2014

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La renaissance de la métaphysique

5 juin 2014

Recension de Roger Pouivet du livre d’Elisabeth Anscombe et de Peter Geach que nous avons traduit (Dominique Berlioz et moi-même) pour les éditions d’Ithaque.

*

Trois philosophes, Aristote, Thomas, Frege

 

Sans titre 1

 

« E. Anscombe et P. Geach renouent avec la métaphysique d’Aristote et de saint Thomas, en s’appuyant sur la philosophie analytique du langage : nous devons chercher à déterminer ce qui existe réellement et non nous limiter, comme le prône la philosophie moderne, à la connaissance de nos représentations. […] »

Lire la suite La Vie des idées

*

« Ce sont trois figures majeures de la philosophie, le livre d’Anscombe et Geach est donc un ouvrage majeur pour l’histoire de la philosophie. »


Trois philosophes !

19 avril 2014

Sortie du livre

Trois philosophes : Aristote, Thomas, Frege

Elisabeth Anscombe et Peter Geach

 

Préface de Frédéric Nef

Traduit de l’anglais par
Dominique Berlioz et François Loth

les 3 philo 2

 

 

Elisabeth Anscombe et Peter Geach, unis par les liens du mariage pour 72 ans – de 1941 à 2013, année de la mort de Geach à l’âge de 97 ans –, auteurs chacun d’une œuvre capitale, qui valut à Geach la Croix pontificale du Saint-Siège, Pro Ecclesia et Pontifice, signent en 1961 avec ce livre leur seule œuvre en commun. Auparavant, en 1957, Anscombe avait déjà publié Intention, et Geach, Mental Acts : Their Content and Their Objects. À notre connaissance, les deux derniers textes de ce triptyque, « Thomas d’Aquin » et « Frege », sont les premiers de Geach traduits en français.

Extrait de la préface de Frédéric Nef

 

G.E.M. Anscombe et P.T. Geach

 

 

ARISTOTE

Ce qui reste des œuvres philosophiques d’Aristote, d’un volume assez considérable, touche à de vastes domaines et est rédigé dans un style très dense. La tradition laisse penser qu’elles n’ont probablement pas été écrites pour le grand public. A la vérité, bien des passages semblent lui être destinés, car bien que difficiles, ils sont très travaillés et ne présupposent aucune initiation au langage, ni à la pensée des écoles philosophiques dans lesquelles Aristote enseignait, ni de celles qu’il discutait. Mais bien des textes demeurent extrêmement obscurs – du fait de leur caractère allusif ou par manque d’explication de nombreuses locutions écrites dans un grec hors norme et qui ont à l’évidence un caractère technique. [lire la suite de l’extrait…]


Le corps et l’esprit : essai sur la causalité mentale (recension)

25 octobre 2013

non fiction 1

Compte-rendu du livre le corps et l’esprit (au sujet de la causalité mentale) par Yann Schmitt

Les pouvoirs de l’esprit

sur le site de nonfiction.fr


KLESIS n° 27 : la philosophie expérimentale

8 octobre 2013

Quand les philosophes conduisent leurs propres expériences ou du bon usage de la méthode expérimentale en philosophie.

Parution d’un nouveau numéro de la revue 

klesis

*

 la « Philosophie expérimentale »

Articles de  Florian Cova, Joshua Knobe & Shaun Nichols, Julie Fontaine, David Margand, Ruwen Ogien, Nicolas Delon, Marcus Arvan, Christine Clavien, Katinka J.P. Quintelier, Delphine De Smet, Daniel M.T. Fessler, Marie-Christine Nizzi,Jérôme Ravat[1].


[1] Pour aller plus loin sur la contribution de la philosophie expérimentale aux débats philosophiques, on peut lire l’ouvrage collectif La Philosophie Expérimentale, Paris, Vuibert, 2012.


Métaphysique, quanta, littérature

21 juin 2013
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Rencontre autour de l’œuvre de Julien Benda

30 avril 2013

 

Jeudi 2 mai à l’Institut de théologie protestante (Paris) les éditions Ithaque invitent à une rencontre autour de l’oeuvre de Julien Benda, écrivain et philosophe du début du 20ème siècle, ardent défenseur de la raison, mais aussi controversé (voir une recension de Roger Pouivet) et dont Pascal Engel a retraduit la pensée dans un ouvrage paru il y a tout juste un an, Les lois de l’esprit, Julien Benda ou la raison.

Avec :

– Antoine Compagnon, professeur au Collège de France
– Pascal Engel , professeur à l’université de Genève et à l’EHESS
– Louis Pinto, sociologue, directeur de recherche au CNRS

Renseignements ici


Philosophie et ingénierie

6 avril 2013
Un article sur les liens entre ingénierie et philosophie est en ligne dans la revue Techniques de l’ingénieur.
Je l’ai écrit comme une contribution au sujet des relations entre des domaines, la philosophie et l’ingénierie, qu’il serait fructueux de ne plus opposer. La philosophie des sciences, de la technologie, de l’esprit et bien sûr l’éthique ne peuvent, en effet, ignorer la construction de notre environnement technologique.
Bref, l’ingénierie y est vue comme une activité à forte teneur philosophique. 

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A première vue, la philosophie et l’ingénierie n’ont pas beaucoup de points en commun. Alors que la philosophie s’adonne à la réflexion et aime problématiser, l’ingénierie est orientée vers l’action et la résolution de problèmes. Alors que les philosophes attachent de la valeur aux conflits qui émergent d’un problème, l’ingénieur cherche à éviter l’ambiguïté. Pour l’un, le médium principal est le langage, alors que pour l’autre, directement engagé dans le monde matériel, c’est avec des schémas et des diagrammes qu’il rend compte de sa recherche. Si les philosophes évaluent leur contribution à leur discipline au moyen d’arguments, les ingénieurs insistent, sur l’efficacité et l’effectivité dans la résolution des problèmes. Autant le dire, à première vue, les deux domaines semblent s’exclure.

Cependant, et pour un certain nombre de raisons historiques et professionnelles, mais aussi pour des raisons liées à l’impact de la technologie sur la société et à la connaissance scientifique, la philosophie est importante pour les ingénieurs. À l’inverse, l’ingénierie et la technologie soulèvent des questions que la philosophie ne peut plus ignorer. En effet, les questions philosophiques émergent dans un monde où les sciences progressent et que modifie la technologie. Les concepts utilisés pour traiter les questions philosophiques sont vivants, ils évoluent et s’adaptent aux découvertes empiriques. Ainsi, il n’y a pas, entre la science, la technologie, l’ingénierie et la philosophie, de territoires antagonistes. La philosophie et les sciences empiriques ne sont pas concurrentes. Leurs relations sont pacifiées et leur collaboration, dans un esprit de progrès des connaissances, est indispensable. C’est à cet « état des liens », entre la philosophie et le sous-ensemble du domaine scientifique dans lequel se retrouvent la technologie et l’ingénierie, qu’est consacré cet article. Comment chacun des domaines peut-il constituer un apport pour l’autre ? Comment, au-delà de ce qui peut s’apparenter à une division du travail, la philosophie et l’ingénierie concourent-elles de concert à faire évoluer nos concepts et la compréhension de notre place dans le monde ?

Une ouverture philosophique vers l’ingénierie ne peut donc que contribuer à améliorer la compréhension de la nature de la profession d’ingénieur. On peut, en conséquence, en attendre un certain bénéfice. Non seulement, dans la clarification de la fondation intellectuelle de la profession d’ingénieur, mais aussi de la contribution de l’ingénierie au développement de la société et de la connaissance.

[…] la suite sur le site de la revue Technique de l’ingénieur.


Trope et vide : la voie du milieu de Frédéric Nef

19 janvier 2013

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L’ultime dualisme de Benjamin Libet (parution)

4 janvier 2013

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Vient de paraître (je l’ignorais avant d’écrire le billet précédent) la traduction du livre de Benjamin Libet, écrit quelque temps avant sa mort aux éditions Dervy (30/11/2012). Dans l’avant-propos d’Axel Kahn, le thème du très dualiste Benjamain Libet est ainsi résumé :

« Le travail de Libet s’est concentré sur les relations temporelles entre événements neuronaux et expérience. Il est, entre autres, connu pour avoir découvert que nous décidions inconsciemment d’agir bien avant que nous ne pensions avoir pris la décision d’agir. Cette conclusion a des répercussions cruciales sur l’un des problèmes philosophiques et psychologiques les plus profonds, à savoir le problème du «libre arbitre». »


Klesis

19 décembre 2012

klesis

Bonne nouvelle pour la métaphysique !

La revue Klesis, sous la direction de Yann Schmitt, consacre un numéro à David Lewis.

Des articles de Michele Salimbeni, Stéphane Chauvier, Frédéric Nef, Filipe Drapeau Vieira Contim, Jiri Benovsky, Ghislain Le Gousse, Pascal Ludwig, Eléonore Le Jallé, Paul Egré et Olivier Roy, Isabelle Pariente-Butterlin, Nancy Murzilli ainsi qu’une traduction d’un article de David Lewis « La vérité dans la fiction ».


à lire encore…

11 janvier 2012

Dans un article du numéro spécial de janvier, la revue Sciences Humaines, sous un titre d’article  intitulé « Et si on repensait TOUT« , parle de la renaissance de la métaphysique. On y évoque Frédéric Nef comme l’un « de ses plus fervents hérauts », Claudine Tiercelin, mais aussi ce blog, Philotropes… les éditions Ithaque.

C’est une bonne nouvelle pour la métaphysique qui « renaît de ses cendres » (c’est le titre de l’article). Mais comme l’a montré Frédéric Nef dans Qu’est-ce que la métaphysique ? elle n’était pas morte. Dans la deuxième partie son livre (La mort lui va si bien), il y explique la parenthèse kantienne et préconise l’abandon de la catégorie de pensée post-métaphysique. Catégorie qui n’a jamais concerné cet espace.


à lire…

8 janvier 2012

La revue Théorèmes – Enjeux des approches empiriques des religions, se définit comme une « rencontre de la philosophie et des sciences avec l’expérience religieuse, les conflits qu’elle génère, les potentialités théoriques qu’elle porte… » Elle « vise à promouvoir des travaux scientifiques, philosophiques ou théologiques qui se confrontent aux enjeux d’une approche des religions par l’expérience. »

Vient de paraître un dossier passionnant consacré à « Wittgenstein et le religieux ».

Un entretien  avec Jacques Bouveresse, des textes de Yann Schmitt, Roger Pouivet, Cora Diamon, Elise Marrou, Michel Le Du et de Ronan Sharkey (à venir).


à lire…

31 décembre 2011

klesis


 

Un nouveau numéro de la revue KLESIS, sous la direction de Patrick Ducray, vient de paraître.

La revue met en lumière, après la philosophie analytique de la religion et deux numéros dédiés à l’actualité de la tradition analytique, un autre objet de la recherche  : le droit.

A lire en ligne, ce numéro 21 :

  • L’inquiétante protection de la dignité humaine, Pierre-Yves Quiviger
  • Philosophie analytique et droits : le droit à l’enfant est-il une licorne ? Anna C. Zielinska
  • Neurosciences et droit pénal : le déterminisme peut-il sauver la conception utilitariste de la peine ?  Florian Cova
  • Réguler l’éthique par le droit, Benoît Dubreuil
  • Éléments d’une théorie institutionnelle des droits, Jean-François Kervégan
  • Le droit et l’analyse philosophique des droits selon W. N. Hohfeld, Matthieu Bennet
  • Autorité, intention, innovation, Joseph Raz et la théorie de l’interprétation, Mathieu Carpentier
  • L’approche économique du droit, l’éthique et le statut de la norme d’efficacité  Emmanuel Picavet
  • Le « libre marché des idées » et la régulation de la communication publique, Charles Girard
  • Existe-t-il des droits naturels ? (1955, tr. Charles Girard), Herbert L. A. Hart

The Mind-Body Problem ? Non. Le problème de la viande qui pense !

25 juin 2011

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John Heil bloque les zombies !

6 juin 2011

Zombies philosophiques

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Du point de vue ontologique de John Heil

7 mai 2011



Si, de temps à autre, sur le continent, on croise encore des contempteurs de la métaphysique ou de curieux médecins légistes qui ne se lassent pas d’en signer l’acte de décès[1], on ne peut pas dire, en lisant cet ouvrage, que l’auteur en ait été affecté. Le point de vue ontologique dont se réclame John Heil est un programme de métaphysique dans la plus pure des traditions[2]. Ce livre s’adresse à tous ceux qui pensent qu’une enquête philosophique cherchant à répondre à la question « qu’est-ce qui existe ? » conserve aujourd’hui tout son sens. La réalité est-elle composée de niveaux d’être ? Que sont les objets et quelle est la nature de leurs propriétés ? Quelle place donner aux prédicats dans cette enquête ? Voilà quelques-unes des questions qui se posent au métaphysicien. Mais comment procéder ? Et surtout par où commencer ? Si ce livre n’est ni un précis ni un guide des pratiques en ontologie[3], il réunit cependant toutes les raisons de penser que l’enquête ne doit pas commencer par une enquête dans le langage. Il en va du « sérieux[4] » de l’ontologie.

Afin de sortir de l’impasse dans laquelle la philosophie de l’esprit aurait été entraînée, C. B. Martin et John Heil, dans un article intitulé « The Ontological Turn[5] », prescrivaient déjà au malade une infusion d’ontologie sérieuse. Ils répondaient ainsi au « tournant linguistique » – selon lequel tout problème philosophique se mue en un problème à propos ou dépendant d’un problème du langage – et à la stérilité dans laquelle certaines disputes philosophiques avaient fini par s’enliser. Selon Martin et Heil, vouloir échapper au caractère paralysant de certaines questions relatives aux rapports du corps et de l’esprit – comme la causalité mentale ou le problème de la conscience, par exemple –, requiert que l’on examine de façon plus approfondie les entités sous-jacentes (objets, propriétés, événements, relations, etc.). Heil lui-même[6], à l’instar de tous les philosophes qui ont apporté leur contribution à la recherche de solutions techniques toujours plus complexes à certains problèmes, aurait par trop délaissé les questions d’ontologie. Dans le présent ouvrage, l’auteur change de cap et dévoile son jeu ontologique. Puis, enquêtant sur trois problèmes traditionnels en philosophie de l’esprit – la couleur, l’intentionnalité et la conscience –, il met ses positions au banc d’essai.

Quine n’aurait-il pas été sérieux ?

Singulièrement, à aucun moment dans son ouvrage – et ce, malgré l’analogie des titres –, Heil ne fait explicitement référence à W. V. O. Quine, qui, cinquante ans plus tôt, publiait From a Logical Point of View[7]. Cependant, en définissant la théorie picturale comme l’idée que ce qui caractérise la réalité peut être « extrait » de nos « représentations linguistiques, correctement enrégimentées » [p. 31], John Heil, sans équivoque, interpelle le logicien. Quand il reprend dans son propre titre la formule de Quine, Heil n’exprime là ni filiation ni voisinage mais bien plutôt une rupture, ou du moins un changement de direction. Se pourrait-il que Quine n’ait pas pris l’ontologie au sérieux ?

En ontologie, le programme est explicite. Pour dire ce qui, dans le monde, est, il nous faut dresser l’inventaire des types d’entités et de relations qui sont dans la réalité. Une bonne ontologie est celle qui fournit la structure unificatrice la plus large qui soit, afin d’y héberger les vérités de toutes les sciences. Mais comment faire ? D’un côté, il y a le monde, de l’autre, nos représentations alignées sur le langage.

Selon Quine, la bonne méthode en ontologie consiste à s’en remettre aux sciences. De fait, les sciences sont les sources les plus fiables de la connaissance. Pour constituer cet inventaire, pour dire ce que sont les choses, on ne peut, pense Quine, que prendre appui sur les énoncés scientifiques. La tâche du philosophe devient alors plus humble : il s’agit d’étudier les engagements ontologiques incorporés dans les théories. Le logicien considère que chaque théorie scientifique incorpore une ontologie qui se trouve définie dans les énoncés de cette théorie même. Pour lui, la formalisation efficace qui permet de détecter cet engagement est celle de la logique des prédicats de premier ordre[8]. Le sérieux de l’instrument logique qui permet de déterminer ce que sont ces engagements ontologiques ne peut donc pas être remis en cause ! Quine, lui aussi, prend manifestement l’ontologie au sérieux.

Ce qui justifie le changement de cap préconisé par Heil n’est donc pas le sérieux, mais le fait que la notation ne nous révèle que l’engagement. En effet, Quine ne prétend pas dire ce qu’il y a, mais ce à propos de quoi nous disons qu’il y a[9]. Autrement dit, ce qui est possible dans le monde ne dépendrait que de ce qui est logiquement possible et concevable dans le langage. De l’inventaire des types d’entités et des relations dans la réalité, on est passé à l’inventaire des engagements ontologiques des théories. C’est tout ce que refuse Heil ! Ce que peut faire la philosophie en ontologie ne saurait se réduire à une enquête dans le langage.

Heil nomme « théorie picturale » ce qui soutient un tel projet. Cette théorie aurait selon lui insidieusement pénétré un grand nombre d’arguments philosophiques et n’aurait fait qu’ajourner les solutions de nos problèmes. La théorie picturale postule que, si nous sommes capables de définir les prédicats qui nous permettent de faire une description du monde, alors nous sommes capables d’en extraire ses structures. Or le langage n’est que l’une des multiples manières dont nous faisons commerce avec les entités du monde : nous les touchons, nous les regardons, nous les modifions… mais il n’a pas de privilège particulier. Le point de vue de Heil est donc le suivant : de la représentation linguistique, on ne peut prétendre extraire les propriétés des objets du monde.

Certes, la méthode que pratique Quine ne doit permettre d’extraire du langage que la forme de la réalité. Cependant, aux yeux de Heil, c’est déjà trop ! Pourquoi devrions-nous supposer que la forme de la réalité trouve son reflet dans le langage ? Non seulement on ne peut pas extraire les structures du monde de nos représentations linguistiques, mais la forme logique de notre langage n’est en aucune manière le reflet de la forme du monde. Ce à quoi nous invite l’auteur[10], c’est tout simplement l’abandon d’une certaine manière de faire de la philosophie qui commence et finit dans le langage. L’ontologie ne doit pas « suivre mollement (à la Quine) les derniers efforts de la recherche scientifique dans des tentatives timorées de clarification conceptuelle[11] ».

Pour répondre à la question de ce qui est, Heil nous propose de prendre une tout autre direction. S’il concède à Quine qu’il faut commencer par décider de ce que serait la meilleure théorie empirique, il ne s’agit plus pour lui de se demander sur quoi quantifier. Nous devons nous concentrer sur ce qui, dans le monde, existe et rend vrais nos énoncés. La vérité est une relation qui requiert à la fois un vériporteur (une phrase, un énoncé, une représentation, une proposition,) et un vérifacteur (une portion de la réalité). Le point de vue ontologique est aussi le point de vue du vérifacteur. Ce qui satisfait un prédicat incorporé dans un énoncé vrai doit donc, comme le préconise Quine, être soigneusement questionné. Mais adhérer au principe des vérifacteurs, c’est avant tout accepter une théorie réaliste pour ces vérités. Il y a quelque chose qui existe dans la réalité, indépendamment de ce qui porte la vérité et la rend vraie.

Cependant, adhérer au principe que les vérités ont des vérifacteurs ne signifie pas que nous sachions ce que sont les vérifacteurs. L’énoncé « Il y a un arbre dans la cour. » est vrai parce que, ou en vertu, du fait qu’il y a un arbre dans la cour – laquelle cour est une réalité indépendante de cet énoncé. Mais, là encore, lorsqu’on se demande en quoi consiste cette relation « en vertu de » ou « parce que » – on sait qu’il ne s’agit pas d’une sorte de relation causale[12] – la théorie picturale n’est sans doute pas le meilleur guide.

C’est ainsi que Heil[13], sans dire ce qu’est la relation de rendre vrai, concentre son argument sur ce qu’elle n’est surtout pas : une implication logique. Penser que la relation de rendre vrai est une relation d’implication entre une portion de la réalité et une entité représentationnelle, via une proposition, c’est, une fois de plus, emprunter une voie analytique sans issue. En effet, les liens entre les termes de la logique et les liens entre les entités du monde ne sont pas de la même catégorie. « Il y a le monde et il y a les représentations du monde. Étant donné le monde et les représentations, vous avez les vérités[14] », souligne l’auteur dans un commentaire de ses positions. Comme le soutient en effet David Armstrong[15], dès lors que l’on a les vérifacteurs et les vériporteurs, la vérifaction est automatiquement fixée[16]. Aussi pourrait-on se demander – plutôt que de chercher à mettre le poids de l’explication sur la relation de vérifaction – ce qui fait qu’un vériporteur représente le monde comme étant d’une certaine manière.

Le sérieux ontologique apparaît donc avant tout comme l’attitude qui affirme que le langage n’a pas le privilège que lui confère l’idée qu’il y aurait une sorte de voile entre le monde et nous ; l’idée que nous aurions prioritairement, en philosophie, une enquête linguistique à mener. Non. C’est à l’ontologie d’avoir le premier et le dernier mot, car toutes les questions métaphysiques gravitent autour de ce qui est.


[1] à propos de la soi-disant mort de la métaphysique, on peut lire les ouvrages roboratifs de F. Nef : Qu’est-ce que la métaphysique ?, Paris, Gallimard, 2004 ; Traité d’ontologie pour les non-philosophes (et les philosophes), Paris, Gallimard, 2009.

[2] Pour une discussion approfondie des thèses soutenues par Heil dans cet ouvrage, voir M. Esfeld (dir.), John Heil : Symposium on his Ontological Point of View, Francfort, Ontos Verlag, 2006 ; G. Romano (dir.), Symposium on From an Ontological Point of View by John Heil, <http://www.swif.uniba.it/lei/mind/swifpmr/0620072.pdf/&gt;, SWIF Philosophy of Mind Review 6, 2007.

[3] Voir, dans la même collection, A. Varzi, Ontologie, trad. française de J.-M. Monnoyer, Paris, Ithaque, 2010.

[4] Le sérieux est, en l’occurrence, un précepte d’honnêteté philosophique qui consiste à dire quelque chose à propos de ce qui sous-tend la vérité de la thèse que l’on avance – à propos de ce qui est. Autrement dit, le sérieux, qui est inhérent à tout projet philosophique, est la prise en compte du caractère incontournable de l’ontologie.

[5] Midwest Studies in Philosophy, XXIII, 1999, p. 34-60.

[6] The Nature of True Minds, Cambridge U. P., 1992.

[7] Du point de vue logique. Neuf essais logico-philosophiques, trad. française de S. Laugier (dir.), Paris, Vrin, 2003.

[8] Ce critère de l’engagement ontologique, ce qui permet d’ « être admis comme une entité c’est, purement et simplement, être reconnu comme la valeur d’une variable » Ibid., p. 40.

[9] « Nous recherchons les variables liées, quand il est question d’ontologie, non pour savoir ce qu’il y a, mais pour savoir ce qu’une remarque ou une doctrine donnée, la nôtre ou celle d’autrui, dit qu’il y a ; et c’est là un problème qui concerne proprement le langage. Mais ce qu’il y a est une autre question. » Ibid., p. 43.

[10] Voir la préface de l’auteur.

[11] Op. cit., C. B. Martin et J. Heil, p. 54.

[12] Cf. D. M. Armstrong, Truth and Truthmakers, Cambridge U. P., 2004, p. 5.

[13] Chap. 7, « Ce qui rend vrai ».

[14] Op. cit., Heil, 2006, p. 22.

[15] Op. cit., Armstrong, 2004, p. 9.

[16] Ibid., p. 22.


Un « indispensable » en métaphysique : David Armstrong et les universaux

20 mars 2011

La métaphysique contemporaine doit beaucoup au philosophe David Armstrong et le livre que publient  les éditions Ithaque, traduction d’un ouvrage remarquable par sa clarté et l’étendue de son investigation, est l’occasion d’étendre l’influence d’une recherche qui n’a de cesse de rapprocher la métaphysique de la science. Dans Les Universaux, une introduction partisane, David Armstrong, alors en pleine maîtrise de ses positions, nous introduit au cœur d’un problème très ancien, qui n’est ni un pseudo-problème ni une réserve pour l’histoire de la philosophie, et qu’il revient à la métaphysique d’examiner : le problème des universaux.

lire la suite sur nonfiction.fr.


L’esprit conscient ou la fausseté du matérialisme selon David Chalmers

16 novembre 2010

L’article « L’esprit conscient ou la fausseté du matérialisme selon David Chalmers » est désormais lisible sur la nouvelle version du site, ICI.


Un évènement philosophique et éditorial : David Chalmers publié en Français !

1 novembre 2010

L’ESPRIT

CONSCIENT

Traduit de l’anglais par Stéphane Dunand

« Prendre la conscience au sérieux » comme nous invite à le faire David Chalmers, c’est certainement pouvoir lire son maître ouvrage en Français.

Désormais c’est possible ! Son livre vient de paraître aux éditions d’Ithaque.





Nous en reparlons très bientôt…


Qu’est-ce qui existe ?

24 juin 2010

Est-ce qu’il y a des objets matériels avec des propriétés, ou des tropes qui les constituent ? N’y a-t-il que des individus ou devons-nous intégrer dans notre inventaire des classes, des collections, des catalogues ? Quel est le statut ontologique des entités mathématiques ? Et les entités géopolitiques, que sont-elles ? Comment dire ce qu’est un arc-en-ciel, un reflet dans le miroir,  un triangle de Kanizsa ? Et les états mentaux, les valeurs éthiques, les propositions ? Et que dire d’Ulysse ou du monstre du Loch Ness ?

Lire la suite sur nonfiction


Qu’est-ce que l’identité ?

9 juin 2010

Le nouveau livre de la collection « Chemins philosophiques », qui vient de paraître chez Vrin, questionne l’identité.

Dans Qu’est-ce que l’identité, Filipe Drapeau Comtin nous donne à lire une de ces investigations philosophiques particulièrement féconde à propos d’un terme qui pourrait bien, de prime abord, nous apparaître sans vraiment de relief mais qui, pour peu qu’on le mette à l’épreuve du travail philosophique, s’avérer particulièrement retors.

Mais précisons un peu, et commençons le plus simplement qui soit : pour compter un groupe d’objets, par exemple, on a besoin de savoir ne pas confondre deux objets distincts. Et si dans ce groupe se trouvent deux objets qui se ressemblent et que l’on qualifie de « mêmes », deux boules rouges par exemple, (dont on peut dire qu’elles partagent la propriété de la sphéricité et de la rougeur) nous devons numériquement les distinguer alors que, qualitavement, nous ne pouvons que les confondre. Le « même » aurait donc deux sens ? Ce que le comptage d’objets identiques nous montre c’est que l’identité qualitative n’implique pas l’identité numérique, mais plus étonnant, l’identité numérique n’implique pas l’identité qualitative. En effet, « L’idée que des objets pourraient être les mêmes numériquement sans l’être qualitativement est absurde […] Comment pourrais-je être dissemblable de moi-même au même moment ? » questionne l’auteur au début de son ouvrage. Et ce lien entre l’identité et le changement, Filipe Drapeau Contim l’explore à travers l’analyse du concept de persistance, concept central à l’ontologie des personnes, tout au long de son livre.

Le travail d’élucidation auquel l’auteur se livre nous entraîne vers une analyse formelle de l’identité dans laquelle les différentes propriétés (réflexivité, transitivité, indiscernabilité et nécessité) sont examinées. Les principes célèbres de Leibniz de l’identité des indiscernables et de l’indiscernabilité des identiques, y sont alors clairement exposés. Mais ce que met en évidence l’analyse logique de ces principes est le besoin d’une métaphysique des propriétés. En effet, doit-on appliquer les principes leibniziens à des propriétés comme  être le mari de Xanthippe ou occuper une certaine région de l’espace ? L’indiscernabilité à l’égard de toutes les propriétés conduirait à un tour de passe-passe trivial (si a possède toutes les propriétés de b, alors a est identique à b) et si, pour éviter cette trivalisation, l’on adoptait une attitude contraignante à l’égard des propriétés, comme n’accepter que les propriétés qualitatives au sens strict, alors certes on pourrait admettre qu’il soit vrai qu’il n’y a pas deux objets indiscernables dans le monde actuel, mais cela nous imposerait d’affirmer qu’il est métaphysiquement impossible qu’il y en ait – et une telle affirmation n’est pas vraiment défendable. Ce « double échec » nous montre, selon F. Drapeau Contim, qu’il est vain de vouloir chercher à définir l’identité. Mais nous pouvons néanmoins utiliser deux de ses propriétés logiques, la transitivité et l’indiscernabilité et l’appliquer comme norme dans l’épineux problème de la persistance.

Cependant, si « la logique nous livre les normes de nos jugements d’identité [elle] ne nous dit pas comment les appliquer » (p. 32) écrit le philosophe qui se demande comment résoudre le problème de l’incompatibilité de l’identité et du changement.  Platon enfant est-il la même personne que le vieil homme rédigeant le Timée ? La logique ne nous dit rien sur la persistance d’une personne à travers le temps. Pour Locke c’est la mémoire.  C’est par le souvenir que j’ai d’avoir été tel et tel que je suis la même personne (p. 41). Ce qu’il faut rechercher serait donc un critère d’identité temporelle. Un objet à t serait le même à t’ à la condition qu’il existe une certaine continuité spatio-temporelle et qualitative entre eux. Or le critère s’avère bien flou. Et l’auteur de nous démontrer qu’il est inutile de vouloir formuler un critère de la persistance d’une chose si l’on n’a pas le concept de la sorte de chose qu’elle est (p. 44). En effet, la même personne que je suis au travers du temps fait-elle de moi le même homme ? Si la première identité repose sur la continuité psychologique, la seconde s’installe sur une continuité biologique. Devrions-nous alors admettre que la conception d’une identité qui serait applicable à tous les objets est incohérente et qu’en conséquence, il nous faille admettre l’idée d’une identité relative ?

Dans son ouvrage, F. Drapeau Contim répond à cette question en prenant position et défend, contre Peter Geach (dont il commente un texte dans la deuxième partie de l’ouvrage) une thèse qui préconise que nous ferions mieux de nous débarrasser de la notion d’identité relative à un certain sortal. « Il est [alors] question d’un chat, Tibbles, assis sur un tapis » (p. 95) qui perd ses poils et la question est de savoir si la constitution matérielle implique l’identité. L’argument du paradoxe de la fission nous est alors présenté avec méthode et grande clarté. Et l’auteur nous persuade, dans un style accessible et au moyen d’une forme analytique précise, que nous devrions abandonner cette idée d’identité relative qui fait de chacun d’entre nous des créatures flottantes, et de Tibbles, un chat indéterminé.

Enfin, pour étayer la défense de l’identité absolue, F. Drapeau Contim, construit un commentaire éclairant d’un extrait du livre maître de D. Lewis, De la pluralité des mondes, dans lequel, prenant parti pour la thèse du perduratisme (thèse qui défend qu’une chose existe à plusieurs moments du temps) contre l’endurantisme (thèse qui défend qu’une chose persiste en étant entièrement présente à plus d’un moment), il nous montre que ce n’est pas la conception de l’identité comme absolue qui pose problème, mais la conception endurantiste des objets (p. 113). Ainsi, dans cette ontologie quadridimensionnaliste (les trois dimensions de l’espace plus le temps) la personne que nous sommes n’est présente qu’en partie à chaque instant.

C’est ainsi que partant de la question liminaire « Pourquoi faire grand cas de l’identité ? » F. Drapeau Contim conduit une analyse très efficace qui devrait éclairer tous ceux que préoccupent les questions ontologiques et métaphysiques.


Le printemps de l’Ontologie

15 avril 2010

Vient de paraître

aux éditions d’Ithaque

ONTOLOGIE

d’Achille C. Varzi

traduction de J. M. Monnoyer.

Nous parlerons très bientôt de ce livre – premier de la nouvelle collection Science et Métaphysique dirigée par Stéphane Dunand, Olivier Massin et Mathieu Mulcey.

Comité scientifique : Jacques Bouveresse, Alain de Libera, Jean-Maurice Monnoyer et Kevin Mulligan.


IGITUR, arguments philosophiques

28 décembre 2009

Publication des premiers articles de la revue en ligne

IGITUR

éditée par les universités de Nantes et Rennes.

Articles de Yann Schmitt, Nicolas Tavaglione, Martin Gibert.

Faire toute la place à l’argument dans les grands domaines de la philosophie est le principe fondateur de la revue. Une nouvelle revue qui sélectionne ses articles sur le principe de la double lecture anonyme et autour des critères de clarté et de précision est vraiment une bonne nouvelle pour la philosophie francophone.


Traité d’ontologie de Frédéric Nef, le renouveau ontologique au travail

17 décembre 2009

109

[bis]

Frank Stella, La vecchia dell’orto, 1986, Musée national d’Art moderne Centre Pompidou, Paris


L’ontologie s’occupe de ce qui est et Frédéric Nef s’y consacre, mais la tâche n’est pas mince. C’est qu’il s’agit d’aller chercher ce qui existe et d’en débusquer la structure ultime. En ontologie, la mission est claire et d’emblée Nef nous la présente (p. 14) comme « cette partie de la métaphysique qui se consacre à la connaissance de la réalité… » Pour cela une vertu s’impose : le réalisme. Non que toute ontologie soit réaliste, nous précise l’auteur, mais toute tentative de faire de l’ontologie doit prendre position par rapport à cette vertu. Ce qu’il nous faut comprendre par « réalisme tout court » ou métaphysique c’est une thèse d’indépendance de l’esprit. Ici, le terme « métaphysique » s’entend, non comme un projet de connaissance qui situerait son horizon au-delà du monde empirique, mais comme la recherche la plus générale de ce qui est. Est-ce à dire que l’esprit n’est pas dans le monde ou qu’il est situé à la lisière de notre langage ? Non soutient Nef contre Wittgenstein (Tractatus 5.6). Il n’y a pas le monde d’un côté et l’esprit de l’autre. L’esprit n’est pas là – c’est la condition même de la possibilité de faire de l’ontologie –  pour projeter sur la réalité ses propres structures, mais au contraire pour nous permettre d’y accéder. Car nous avons un accès au monde et ce traité d’ontologie se veut une explicitation de cet accès.

Prendre position à propos du réalisme, c’est tout d’abord considérer un premier réalisme, le réalisme scientifique. Ce réalisme, qui prétend donner une image correcte de la réalité, s’oppose à l’antiréalisme qui soutient une thèse de dépendance de la réalité à l’égard de l’esprit. Cet antiréalisme, inspiré de Kant, pense que le seul monde sur lequel nous pouvons porter notre connaissance est le monde phénoménal. Le reste étant inaccessible, l’antiréalisme peut alors donner libre cours à une grande diversité de thèses qui partant d’un antiréalisme épistémique, conduit la connaissance sur les voies de l’intuitionnisme  en mathématiques, par exemple, ou du vérificationnisme en sémantique, voire à l’empirisme en philosophie des sciences ; ou partant d’un antiréalisme ontologique mène à des formes d’idéalismes, comme le constructionisme qui réduit tout ce qui existe à une construction.

L’ontologie sociale est un parfait révélateur d’un domaine particulièrement sensible aux sirènes de l’antiréalisme. Mais l’auteur nous explique, en défenseur du réalisme, que si l’on peut concevoir ce qui est à la base du constructionnisme, à savoir une certaine coupure  entre le physique et le social, la variété et le relativisme des contextes peuvent alors entraîner une posture radicale qui consiste à rallier au domaine du physique les présupposées du constructionnisme. Les êtres physiques, dépendant alors de l’esprit, deviennent relatifs à leurs dispositifs textuels et sociaux de production. De fil en aiguille, puisque tout est construit, l’esprit anime les choses et nos catégories tronçonnent notre réel. Mais alors, que devient notre « passion de connaître » comme le déclare Aristote (Métaphysique 980a) que notre auteur convoque, si les objets se mettent à varier d’une culture à l’autre et si le réel apparaît sans structure ? Pour l’ontologue, réduire l’ontologie à la seule connaissance de nos concepts ou suivant le constructionnisme en empêcher son émergence, c’en est trop ! Alors Nef devient facétieux, raille ce constructionnisme dans sa forme radicale et nous réjouit à son sujet dans un florilège de questions savoureuses (p. 56). Mais si ironie il y a, dans quelques uns de ces propos, elle n’est là que pour mieux isoler cette allergie de la doxa de la déconstruction contre ce « sursaut de bonne santé » pour la connaissance et le savoir qu’illustre le renouveau ontologique de la métaphysique contemporaine.

Les quelques 400 pages du traité d’ontologie pour les non philosophes (et les philosophes)  s’adressent donc à tous ceux qui s’intéressent de près ou de loin aux sciences, qu’elles soient fondamentales ou spécifiques. Et si c’est précisément en priorité aux non philosophes que ce livre s’adresse, c’est parce que l’ontologie n’est pas cette marotte du temps passé dont les philosophes n’auraient plus qu’à raconter l’histoire, mais une science à l’intérieur même des sciences. Reste que cette première adresse au non philosophes ne fait pas de ce traité pour autant un ouvrage facile à appréhender. C’est de métaphysique dont il s’agit et qui, bien que contemporaine, se rattache à la plus pure des traditions. Cependant, Frédéric Nef escompte bien que les non philosophes s’en soucieront.

En effet, le plus souvent sous-jacente quand elle n’est pas éradiquée (par le déconstructionnisme par exemple), l’ontologie, ou pour le dire comme Quine, ce qui nous engage à ce qui est, peuple toute science d’entités plus ou moins escamotées. Alors, trouver la direction qui pourra nous conduire vers ce qui est n’est pas chose aisée. La pièce de Frank Stella, choisie en couverture du livre, exprime d’une certaine façon à la fois ce que contient l’ouvrage et ce qui fait toute la réalité de l’enquête en ontologie. L’objet est multiforme et additionne les apparences, se love en arabesques pour mieux réapparaître en prismes géométriques, cônes de révolution ou en piliers austères, avant qu’on ne le voie déborder la frontière de son cadre qui voulait l’y tenir. Mais l’ouvrage de Frédéric Nef nous aide à distinguer les directions (réalisme versus antiréalisme), à séparer les domaines (métaphysique, ontologie, méréologie), à questionner les thèses (physicalisme, dualisme, émergentisme) et les programmes (naturalisation, réduction), à spécifier les entités (objets, tropes, propriétés), à différencier les méthodes en ontologie et en analyse conceptuelle, à comprendre le bien-fondé de l’expérience de pensée…

Mais regardons l’objet. Trois parties. La première, dans laquelle il est question de « méthode et de définition », et qui nous guide  vers les grandes figures contemporaines montrant toute la diversité des programmes (Husserl, Lesniewski, Ingarden, Whitehead, Quine), avant de questionner la possibilité d’une méta-ontologie qui permettrait d’effectuer la comparaison entre les ontologies. Une deuxième, « ontologie et réduction » où l’auteur se livre à une clarification du projet de naturalisation de l’ontologie, y aborde les limites et expose les critiques (J. Lowe), avant de consacrer un chapitre  aux strates et à la question de l’émergence. Enfin, une troisième partie intitulée « réalisme structural, métaphysique humienne » où un chapitre central (VI) dédié entièrement aux propriétés permet à Nef non seulement de défendre leur existence mais de démontrer que les choses qui existent sont des faisceaux de propriétés particulières ou tropes. Mais reste, entre autres, la question cruciale du comment les choses tiennent-elles ensemble ? Question à laquelle l’ontologie doit chercher une réponse qui se distingue du comment de la seule description scientifique. Enfin, dans un ultime chapitre, se présentant comme dépassement de la métaphysique humienne (soutenue au XXème siècle par David Lewis) pour laquelle il n’existe pas de connexions nécessaires dans la nature, Frédéric Nef présente, ce qui pour lui offre une alternative à cette métaphysique humienne, à savoir l’existence de propriétés dispositionnelles et émergentes.

Alors, après l’avoir examiné, le livre ne parvient pas vraiment à se fermer. On le regarde encore, il nous faut l’étudier, revenir sur les notes abondantes et précises, reprendre un terme que le glossaire (réellement remarquable) nous rendra explicite. Et quand on le repose parmi les autres livres publiés cet hiver, les entrelacs et les bordures néo baroques de la pièce de Stella, telle une enluminure, nous parle encore longtemps de ce voyage philosophique unique en langue française. Et l’on sait qu’au printemps, si nous considérons l’ontologie vraiment avec sérieux, nous le lirons encore.