Qu’est-ce que le représentationnalisme ?

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On peut lire désormais cet article sur la nouvelle version du site Métaphysique Ontologie Esprit : ICI

6 commentaires pour Qu’est-ce que le représentationnalisme ?

  1. Amawalpe dit :

    Je n’ai pas tout compris à cet article. Ce que je comprends si on reprend l’exemple de la pomme, c’est qu’on a trois niveaux. Le rouge de la pomme : la longueur d’onde de la lumière. Le rouge encodé dans le cerveau : le mot « rouge », probablement la longueur d’onde transformée en excitation neuronale, les associations comme « pomme », « sang », « cœur », « fraise », « bleu », « passion »… Et le troisième niveau : le qualia : la sensation rouge. Je pense que le qualia est donnée par le cerveau et pas directement par la pomme. Ce qui explique qu’on peut avoir la sensation « rouge » sans objet physique : en se concentrant et en visualisant cette sensation. Comme quand on entend notre voix intérieure : elle est donnée par le cerveau. Attention je dis bien « donnée par » au sens de « fournie par » : c’est le cerveau qui est le fournisseur. Notre conscience ne fait que recevoir ces données : comment ? Le mystère reste complet🙂 pour l’instant ma dernière piste de réflexion est la suivante : si on prend l’exemple de la voix intérieure qui dit « je suis conscient » on sait aujourd’hui (expériences neuro..) que c’est le cerveau qui calcule cette phrase. Elle est alors donnée à la conscience. De même pour nos décisions : elles sont calculées puis transmises à la conscience : adieu libre arbitre de la conscience😉 donc si la conscience reçoit la phrase calculée « je suis conscient » -> « je » est le calculateur -> donc dire « je suis conscient » est faux : « je suis le calculateur ». Mais la conscience est ailleurs ! Il faudrait l’appeler « tu » ou « ça » mais pas « je »😀 MAIS attention !! Notre essence, notre être est peut-être quand même cette conscience mais elle ne peux pas parler, elle ne peux pas réfléchir. Tout lui est donné. Elle ne peux pas dire « j’existe » car seul le cerveau est capable d’une phrase complexe. Donc on dirait que « je » est le cerveau mais que notre essence serait plutôt un « ça » ou « tu ». Ce serait aussi le cerveau qui fournit la mémoire à la conscience. C’est le cerveau qui a une persistance dans le temps, c’est le cerveau qui déstocke et donne le passé et qui calcule le futur possible. Rien ne prouve que la conscience a une persistance dans le temps (mais ce serait fou de croire ça , non ?!) en tout cas le cerveau doit dire à la conscience « j’existe, je n’ai pas besoin de toi, je n’ai pas besoin de qualia, je suis une machine avec des inputs et des outputs, je suis un automate bio-électrique. Alors qui es tu ? Pourquoi es tu là ? »😀

  2. Raul dit :

    Bonjour monsieur,

    Tout d’abord je m’excuse pour de potentielles erreurs dans mon français car je ne le maîtrise pas parfaitement.

    Aujourd’hui j’ai lu votre article Qu’est-ce que le représentationalisme? et je ne peux pas m’abstenir de vous répondre car aujourd’hui cette problématique est bien résolue par les science cognitives.
    Pour vous donner un exemple récent vous trouverez dans le dernière livre de Stanislas Dehaene, « Le Code de la Consciene », page 211, que aujourd’hui on arrive a bien établir un rapport causal directe entre l’activité neuronal et l’activité consciente.
    Je vous invite à le lire pour bien comprendre comment la théorie de l’espace de travail neuronal global explique bien le fonctionnement de la conscience et comment monsieur Dehaene et son équipe démontrent, d’une manière assez irréfutable, que l’expérience subjective est aujourd’hui dans le laboratoire, donc elle devient objet d’étude et donc elle disparaît comme sujet et devient objet!; ce que, au même temps, transforme la métaphasique dans ses bases théoriques. Voilà une synthèse de ce que c’est la révolution cognitive.
    Croire que quelque propriété cognitive ne pourra pas être observée et analysée dans le laboratoire reste de la banale et stérile spéculation.

    Je me permet de terminer en vous recommandant aussi la lecture de « Self comes to Mind » de Antonio Damasio pour comprendre comment la perception de « soi » s’engendre dans le cerveau.

    Cordialement,
    Raul Villuendas.

    • Francois Loth dit :

      Je vous remercie pour votre commentaire. Il me permet de préciser deux ou trois points et de bien distinguer les tâches imparties d’un côté à la science et, de l’autre, à la métaphysique – tâches qui ne peuvent, si elles sont bien clarifiées, entrer en conflit.

      La théorie représentationnaliste qui est le sujet du billet est une thèse réductionniste à propos de la conscience affirme que lorsque nous cherchons à traduire une perception, notre attention est entièrement occupée par la représentation de l’objet visé. Cette théorie qui considère la distinction philosophique traditionnelle entre les états intentionnels et les états phénoménaux de la conscience se propose de défendre l’idée que les propriétés phénoménales (les perceptions, les émotions, les sensations qui possèdent des caractéristiques spécifiques) s’expliquent pleinement lorsqu’elles sont réduites à des propriétés intentionnelles.

      La position que vous évoquez, en citant Stanislas Dehaene qui, dans la lignée de Jean-Pierre Changeux, travaille sur ce que Francis Crick et Christoph Koch ont nommé les « corrélats neuraux de la conscience » partagent un point en commun avec la théorie représentationnelle (qui est une théorie philosophique liée au fonctionnalisme), à savoir, que les propriétés phénoménales de la conscience (les qualia) ne sont pas ce qu’ils sont (représentationnalisme) ou ne doivent pas être pris en compte car ils n’existent pas (éliminativisme).

      La position que vous voulez défendre est en philosophie proche de celle du philosophe Daniel Dennett qui soutient lui aussi que le problème de la conscience est mal posé, qu’elle (la conscience) nous jouerait des tours et nous laisserait avec l’impression que quelque chose de non physique se produirait et qu’en fait, la science n’a rien de plus à faire que d’expliquer des fonctions objectives. On trouve également chez Patricia Churchland, des thèses assez proches.
      Stanislas Dehaene qui ne fait pas de philosophie mais défend cependant un matérialisme biologique (et c’est une position métaphysique) pense lui-aussi, à l’instar de Dennett (cf. http://www.college-de-france.fr/site/stanislas-dehaene/course-2010-01-05-09h30.htm) que les concepts de qualia ne s’appuient sur rien de plus qu’une intuition qui refléterait une sorte d’illusion.

      C’est vrai que l’objectif de Dehaene est l’identification de ces corrélats neuronaux mais pas seulement. Sa recherche est comme vous le dites, au-delà de l’examen des corrélations psycho-neurales, l’étude des conditions nécessaires à l’établissement d’un état subjectif, c’est-à-dire la recherche des causes.

      Ce que l’on peut dire de toutes ces recherches sur la conscience c’est qu’elles ont comme perspective l’observation la plus fine, la plus avancée, des parties du cerveau qui s’activent chez une personne quand celle-ci devient consciente de quelque chose. On avance donc sur une explication cruciale de la conscience qui est la « prise de conscience ». Certaines aires répertoriées qui s’activent signent cette prise de conscience ; elles sont le marqueur du passage du non-conscient au conscient.

      La perspective de S. Dehaene met assez naturellement à l’écart les propriétés phénoménales qui se définissent comme des propriétés qui débordent la conscience d’accès – c’est ce que le philosophe David Chalmers nomme « the Hard Problem ». Les recherches et les résultats de S. Dehaene vont, en effet, dans le sens d’une thèse qui tend à soutenir que nous devons réviser nos croyances au sujet des qualia par exemple.

      Toutefois, sans vouloir réanimer un dualisme des propriétés, ni faire exister les zombies de Chalmers – qui sont de véritables repoussoirs pour le matérialisme biologique – une métaphysique de l’esprit peut se constituer en bonne cohérence avec les résultats des neurosciences tout en cherchant à rendre compte de certaines qualités liées au fait d’être dans un état particulier et celles liées au fait d’observer cet état particulier (jusqu’à identifier ses corrélats neuronaux).

  3. Nadjiwill (ex-Spoutnik) dit :

    Bonjour,

    Il y a aussi une variante de la théorie représentationnelle de la perception chez Searle dans son ouvrage « L’Intentionalité ».

    Pour lui, les expériences visuelles, tout comme les croyances et les désirs, sont identifiées et décrites dans les termes de leur contenu « Intentionel » (ou représentation), mais dans le cas précis de l’expérience visuelle, le contenu intentionnel est identifié à un objet bien « réel » dont il décrit les conditions de réalisation (ou de satisfaction). Percevoir, c’est ici avoir une représentation dont la description coïncide avec celle d’un objet physique existant, au point de pouvoir être identifié à lui.

    Dans le cas d’une perception normale d’un objet, celle d’ une pomme rouge par exemple, le contenu intentionnel est identifié à l’objet perçu mais l’expérience visuelle elle-même (qui n’est en rien une pomme rouge) est un état mental conscient qui est causé par l’objet en question. Pour Searle, cet état mental est un état biologique de niveau supérieur, irréductible à des caractéristiques neurologiques.

    Contrairement donc à la version du représentationnalisme que vous avez exposé (la version de ceux que vous avez cité j’imagine), l’expérience visuelle est bien située « dans la tête » pour Searle, bien que ce qu’elle représente se situe dans l’environnement de l’observateur.

    • Raul dit :

      Je vous rappelle, monsieur Nadjiwill , que intentionnalité de Searle est un approche non-ontologique mais plutôt une théorie/loi que essai d’expliquer les fonctionnement des états mentaux.
      Ici (dans le commentaires précédents) on est en train de mettre en question le model dualiste/moniste dans sa dimension ontologiquement objective (pour citer Searle).

  4. Raul dit :

    Merci pour votre réponse si élaborée et très bien articulée.
    On pourrait ajouter Searle et Metzinger pour compléter l’écosystème idéologique des penseurs actuelle à la pointe de la philosophie de l’esprit.

    Votre position est, clairement, « politically correct » mais (pardonne moi pour ma position un peut extrême) les idées et les positions de David Chalmers semblent tout à fait infondées. Sa façon d’articuler le problème dans une sort de soft et hard problem est déjà ancienne et elle n’a pas progressé.
    Par contre les theories des Churchlands, de Dennett, Dehaene, Damasio, Llinas sont toujours en progression et montrent que ont choisi la bonne voie pour comprendre ce qu’on est.

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