Les neurosciences entre causalité mentale et libre-arbitre


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6 Responses to Les neurosciences entre causalité mentale et libre-arbitre

  1. Adrien dit :

    La seconde moitié de votre article me parait moins claire que la première. Vous dites que certains scientifiques affirment avec trop d’empressement avoir régler la question du libre-arbitre avec des expériences physiques, mais vous leur interdisez vous même l’accès à des explications sur, par exemple, le lien entre l’intention sémantique et l’effet physique, quand vous dites que les neurosciences ne nous disent rien, sous entendu peut être, qu’elles n’ont rien à en dire. Or c’est justement aller un peu vite en besogne car il se peut que bien formuler, ce problème puisse faire l’objet d’une expérience concluante. Y a-t-il une barrière fondamentale à la science dans ce domaine?

    Vous semblez donc vouloir sauver la philosophie, ce qui ne me déplait pas, mais prenez l’intention ab initio de partir du fait qu’il faut bien garder le libre-arbitre d’une façon ou d’une autre, quitte à en changer la définition, ou le concept. Or d’une s’il y a une chose dont je n’ai réussis à me défaire, c’est de l’idée que l’ontologie implique férocement deux positions exclusives à un problème déjà bien formulé : ou bien on est pour, ou bien on est contre le déterminisme d’esprit. De deux, pourquoi ne pas prendre un peu le pas des « blessures narcissiques » successives que la science nous assène, et se dire « ok, admettons, il n’y a pas de libre-arbitre »? Dans ce cas, il y aurai toujours des choses à faire : de la morale, de la logique, de l’éthique, de la justice, de la politique, tout ça bien sûr, dans une dimension philosophique. Ensuite, vous dites que ce n’est ni convaincant ni intuitif de chercher à éliminer la causalité mentale, mais personnellement, en tant que dilettante, je trouve que l’explication en tant qu’épiphénomène est très convaincante. Du moins si ce n’est que sur mon intuition que je devais me baser, l’évolution, la matérialité primordiale du monde, et puis des expériences comme vous les présentez, m’incitent fortement à douter du libre-arbitre. Mais peut être quelque chose de plus profond m’échappe en fait : y a-t-il une motivation inhérente à la philosophie à défendre le libre-arbitre contre le déterminisme?

    Bien à vous,

    • Francois Loth dit :

      Merci pour votre commentaire.

      Les questions philosophiques concernent tout le monde et les scientifiques sont également bien évidemment concernés par les questions philosophiques. Dans le billet je rappelle seulement que le libre-arbitre n’est pas un terme scientifique pas plus que juridique mais est un « terme de l’art ». De cela, je n’infère pas qu’il existe comme une barrière entre les deux domaines. Au contraire. La science et la philosophie sont je l’espère totalement réconciliés. Ce que je veux spécifier toutefois, c’est qu’il est peut être curieux d’inférer des données de la science une conclusion philosophique. Rendre compte du libre-arbitre par son exclusion peut ainsi apparaître comme une conclusion hâtive.

      En écrivant cela, je ne cherche nullement à « sauver » la philosophie mais seulement rappeler la place incontournable de la métaphysique et de l’ontologie en particulier. La science peut accumuler encore et encore des données, et ce sont de bonnes nouvelles pour la connaissance, cela n’effacera pas les questions philosophiques.

      Alors devons-nous garder le libre-arbitre comme vous le dites ? Je ne le sais pas avec certitude. Il est vrai que l’on a le choix entre ce que j’appelle « la mise à jour » du concept ou son élimination au profit d’une notion plus ou moins proche d’un certain self-control. Mais le libre-arbitre entretient un rapport conceptuel avec la liberté. Et la philosophie doit pouvoir en rendre compte.

      Alors est-ce les données des neurosciences constituent la énième blessure narcissique que la science inflige à l’homme ? De mon point de vue, je ne cherche pas à panser cette blessure, mais tout au contraire, il me semble que nous devons intégrer toutes les connaissances de la science pour comprendre nos concepts, tel que le libre-arbitre. Ce n’est pas parce que l’on découvre que la Terre n’est pas le centre de l’univers que la terre n’existe plus ! Certes, cela peut nous indisposer de ne plus être là où le « créateur » nous aurait placé mais ce n’est ni le ton ni la voie voie empruntée dans ce billet.

      Quant à l’épiphénoménisme au sujet de la causalité mentale. Je reconnais que c’est une piste à laquelle un argument à la Jeagwon Kim peut nous inciter à adhérer, mais lui-même, bien que réductionniste, s’en démarque et n’adhère pas non plus à l’éliminativisme. La philosophie doit relever le challenge – qui n’est en aucun cas la recherche d’une théorie alternative aux données de la science – de l’esprit et en rendre compte de façon non contradictoire. A ce sujet, l’épiphénoménisme au sujet du mental peut paraître contradictoire. Bref et pour conclure, accepter le déterminisme causal c’est être tout simplement, à mon avis, raisonnable mais de cette acceptation nous ne sommes pas contraints d’exclure ni la libre-arbitre ni la causalité mentale.

  2. quen_tin dit :

    Il y a un article intéressant sur la question de la clôture causale (en anglais) : rationallyspeaking.blogspot.fr/2013/02/on-causal-completeness-of-physics-part-i.html
    Voir aussi les commentaires.

  3. […] Lorsque l’on soutient que chaque événement est une conséquence causale des lois de la nature et de l’état du monde à un moment donné, l’on est déterministe. Si cette thèse est vraie, alors tout ce …  […]

  4. luestan Theel dit :

    On ne peut connaître les événements physiques neuronaux que par observation extérieure, tandis qu’on n’a que de l’intérieur une connaissance directe des événements mentaux (qualia). Ceci suggère que ce sont là deux aspects différents, deux faces, d’événements uniques (épiphénoménisme?). Il reste à savoir pourquoi certains événements neuronaux ont une face interne, la conscience, alors que d’autres (mouvements réflexes) n’en ont pas. Ce doit être lié à un plus haut niveau de complexité, avec sans doute des phénomènes de rétroaction (image du double miroir).
    S’il en est ainsi, il ne me semble pas choquant de dire qu’un événement mental a un pouvoir causal, car c’est une façon de parler d’un événement qui est est aussi physique.
    Notre personnalité apparaît alors n’être rien d’autre qu’un certain type d’organisation, sans cesse en devenir, de liaisons synaptiques. Elle est le produit d’une histoire, donc effet de nos comportements passés, et en même temps agent de comportements à venir.
    La question de savoir si ces comportements sont prédictibles ou non, ce qui est une façon fréquente de s’interroger sur le « libre-arbitre », me semble différente. On peut évoquer l’indéterminisme quantique. Mais il paraît même qu’elle n’est pas nécessairement liée à l’option déterministe. C’est du moins ce que nous suggère la théorie dite « du chaos » qui « traite des systèmes dynamiques rigoureusement déterministes, mais qui présentent un phénomène fondamental d’instabilité appelé « sensibilité aux conditions initiales » qui, modulant une propriété supplémentaire de récurrence, les rend non prédictibles en pratique à « long » terme » (wikipedia). Il ne me déplairait pas que notre cerveau soit une belle illustration de la théorie du chaos.

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