Elisabeth de Bohème, princesse physicaliste

 

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Le physicalisme – terme apparaissant au 20ème siècle – forme un mur contre lequel notre conviction d’agent, que nos états mentaux causent nos comportements, vient se heurter. Lorsque la princesse Elisabeth de Bohème questionne Descartes sur sa solution ontologique du dualisme des substances, elle se heurte aussi au mur physicaliste. Le 16 mai 1643, elle écrit à Descartes :

[…] Comment l’âme de l’homme peut déterminer les esprits du corps, pour faire les actions volontaires (n’étant qu’une substance pensante). Car il semble que toute détermination du mouvement se fait par la pulsion de la chose mue, à manière dont elle est poussée par celle qui la meut, ou bien de la qualification et figure de la superficie de cette dernière. L’attouchement est requis aux deux premières conditions, et l’extension à la troisième. Vous excluez entièrement celle-ci de la notion que vous avez de l’âme, et celui-là me paraît incompatible avec une chose immatérielle. (Princesse Elisabeth à Descartes, le 16 mai 1643)

Ce que demande la princesse Elisabeth à Descartes est un éclaircissement, au sujet de l’ontologie dualiste, à partir de l’angle physique qui nous permet d’appréhender la relation causale. En effet, la substance non étendue, dont l’attribut essentiel est la pensée, n’existe pas dans l’espace, n’a pas de composition chimique, n’est pas chargée électriquement, n’est sujet d’aucune force de gravité ou de magnétisme. Comment l’esprit pourrait-il, alors, sans aucune propriété physique, être la cause d’un déplacement physique ? Comment un événement dans un esprit immatériel pourrait-il affecter un événement matériel ? La distance métaphysique, instaurée par la thèse dualiste, entre les esprits et le physique, semble exclure tout contact physique entre les deux substances. Descartes répond que l’interaction causale entre le corps et l’esprit doit être prise comme primitive et qu’il serait faux d’entendre la relation de causalité entre le mental et le physique sur le modèle de la causalité physique. Il écrit, après avoir insisté sur la distinction ontologique des trois notions en jeu – le corps, l’esprit et leur union :

[…] lorsque nous voulons expliquer quelque difficulté par le moyen d’une notion qui ne lui appartient pas, nous ne pouvons manquer de nous méprendre ; comme aussi lorsque nous voulons expliquer une de ces notions par une autre ; car, étant primitives, chacune d’elles ne peut être entendue que par elle-même. Et d’autant que l’usage des sens nous a rendu les notions de l’extension, des figures et des mouvements, beaucoup plus familières que les autres, la principale cause de nos erreurs en ce que nous voulons ordinairement nous servir de ces notions pour expliquer les choses à qui elles n’appartiennent pas… (Descartes à Elisabeth, le 21 mai 1643)

Néanmoins, la princesse Elisabeth ne se résout pas à abandonner la position « physicaliste », et répond qu’il lui « serait plus facile de concéder la matière et l’extension à l’âme, que la capacité de mouvoir un corps et d’en être mû, à un être immatériel. » (Princesse Elisabeth à Descartes, le 20 juin 1643). Ainsi, à la stratégie de Descartes répondant à l’intuition « physicaliste » par l’existence d’une sorte de relation causale sui generis entre l’âme et le corps, et qui plus est sans aucune ressemblance avec ce que nous rencontrons dans le monde physique, la princesse réitère toute la difficulté qu’elle a de comprendre la notion de substance pensante. Cependant, en se demandant comment deux substances appartenant à deux catégories ontologiques différentes pourraient entrer en relation causale, la princesse Elisabeth questionne la relation causale elle-même. La recherche d’une affinité mutuelle, entre la cause et l’effet, n’est il pas caractéristique d’une certaine exploration de la relation causale qu’en terme contemporain on appelle « production » ? Un tel point de vue, pour le dire rapidement, considère que l’effet a été produit par une cause et que cette production peut être le processus d’une transmission (Salmon 1984) ou encore le transfert d’une quantité conservée (Dowe 2000, Kistler 1999).

Le problème que pose la princesse Elisabeth est donc celui du mental situé en dehors du domaine physique et du conflit que soulève notre compréhension intuitive de la causalité, à savoir qu’un effet est produit par une cause. Pour résoudre ce problème, devons-nous, à l’instar de Descartes, considérer que la cause mentale n’est pas une cause tout à fait comme les autres, qu’elle échappe aux présupposés de notre métaphysique causale comme la relation spatiale ? Peut-on, cependant, pour rendre compte de la causalité mentale, raisonnablement abandonner une structure causale essentielle du domaine physique comme la spatialité ? La réponse négative à cette question, est clairement explicitée par J. Kim :

[…] La possibilité de causalité entre différents objets dépend du système coordonné comme espace partagé dans lequel ces objets sont situés, un schéma qui individualise les objets par leurs « emplacements » dans ce schéma. Existe-t-il de tels schémas autres que l’espace physique ? Je ne crois pas que nous en en connaissions d’autre. (Kim 2005, p. 91)

 

Références

  • DESCARTES, R. (1989) Correspondance avec Elisabeth et autres lettres, J.M et M. Beyssade, Paris, Flammarion.
  • DOWE, P. (2000) Physical Causation, New York: Cambridge University Press.
  • KIM, J. (2005) Physicalism or Something near enough, Princeton, Princeton University Press.
  • KISTLER, M (1999) Causalité et lois de nature, Vrin.
  • SALMON, W. (1984) Scientific Explanation and the Causal Structure of the World, Princeton: Princeton University Press.
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16 Responses to Elisabeth de Bohème, princesse physicaliste

  1. patrice weisz dit :

    Il est dommage qu’Isaac Newton ne soit né que l’année de cette correspondance car il aurait appris à Elisabeth de Bohème que le lien de causalité ne nécessite pas forcément d' »attouchement ».
    Le Soleil cause l’orbite de la Terre sans la toucher…
    La question revient une fois de plus à savoir ce que l’on entend par causalité :
    Depuis Einstein, la causalité physique dans un même instant n’existe plus car l’effet est toujours postérieur à la cause, car aucune propagation n’est instantanée. Du coup la cause d’un effet présent est toujours située dans le passé. Le passé est-il dans le même espace physique que le présent ? Le passé existe-t-il encore ? La réponse de Kim n’est pas aussi évidente qu’elle n’y parait…
    D’autre part, la physique s’occupe de l’observable, des phénomènes. Mais les phénomènes observés ne sont pas la réalité. C’est la réalité qui cause le phénomène. Et cette réalité nous est inaccessible car sinon il n’y aurait pas de hasard ontologique phénoménal. Et le lien de causalité reliant le monde réel et celui des phénomènes est un lien de production non physique. La réalité est faite d’entités (champs, forces, particules, vibrations, espace ?, temps ?, etc.) invisibles, modélisées mathématiquement dont on ne perçoit que les effets. Quelle est la nature des forces ? Pourquoi ne seraient-elles pas d’ordre spirituel ? Si c’était le cas cela expliquerait bien des choses , et le seul lien de causalité réelle du monde serait entre l’esprit et la matière et non entre la matière et la matière. L’esprit et la matière seraient intimement liés. Notre esprit pourrait agir sur la matière.

  2. loic dit :

    à p. Weisz

    et si l’esprit et la matière n’étaient pas non seulement intimement liées, mais si c’était la même chose !
    en quelque sorte l’esprit correspondrait au signe = de la relation : E = mc2, l’instant non quantifiable ou la masse devient de l’énergie ou inversement
    c’est peut être derrière le mur de Planck, que se cache la réalité (je ne dis pas « la verité »)

  3. patrice weisz dit :

    réponse à Loic :
    la réalité se cache effectivement derrière le mur de Planck (Voir Bernard d’Espagnat).
    Personnellement je ne pense pas que l’eprit et la matière soient la même chose, car il me semble que l’esprit cause la matière, seule explication possible d’émergence de l’univers à partir du vide quantique. Pour que le big-bang puisse arriver, il faut bien que quelque chose vienne agiter le vide, afin de créer les premières particules et de déployer une structure d’apparence spatio-temporelle.
    Donc si on appelle cette énergie primordiale pétrie du hasard indispensable à générer les première combinatoires débouchant sur la matière, l’ esprit, on se retrouve dans une cosmologie dans laquelle la réalité est de substance spirituelle et donne forme à la matière. Ceci permet d’expliquer la causalité de l’esprit sur la matière. Pour ma parti je vois la nature de cett intéraction comme un mouvement (qui se conserve) insufflée à la matière. Dans cette approche le mouvement préexiste à l’espace et au temps, et non le contraire. Le mouvement (l’énergie est une mesure de la quantité de mouvement) ne peut se créer physiquement.
    Aujourd’hui le mètre (mesurant l’espace) et la seconde (mesurant le temps) sont redéfinis à partir de la vitesse (le mouvement de la lumière). L’intuition d’Einstein est peut-être ici dans sa compréhension profonde de la relation intime entre la création de la masse (la matière) et la vitesse de la lumière ( le mouvement) qui ne dépend d’aucun repère. Pour moi la nature de l’intéraction entre l’esprit et la matière est simplement celle de la transmission de mouvement entre la réalité et le monde physique. L’esprit étant le mouvement qui agite le vide et donnant forme à la matière que l’on peut observer.
    Car qu’est-ce que la matière si ce n’est autre chose que du vide structuré par des mouvements particuliers lui donnant sa forme et ses propriétés ?

  4. Francois Loth dit :

    Réponse à Patrice.

    L’hypothèse d’un esprit immatériel pour résoudre le problème de la causalité mentale est une hypothèse intéressante d’un point de vue de l’histoire de la philosophie. Aujourd’hui un grand nombre de philosophe considère que l’aspect essentiellement non spatial des esprits immatériels nous conduit à d’insurmontables difficultés ne nous permettant pas d’expliquer la possibilité d’une relation causale entre le mental et le physique.

    Ce qui nous entraîne à défendre la causalité mentale est son succès dans nos pratiques quotidiennes. En effet, les gens qui « croient » qu’il pleuvra demain se comportent différemment de ceux qui « croient » qu’il fera beau. On peut donc expliquer causalement le comportement des personnes au moyen de leurs états mentaux. C’est la première intuition.

    La seconde intuition, intuition qui génère le problème, repose sur l’argument ontologique en faveur du physicalisme : il existe une histoire physique complète qui part de l’effet et que l’on peut faire remonter vers la cause.

    Parmi ceux qui rejettent cette formulation du problème de la causalité mentale, on trouve des philosophes qui estiment que l’on ne doit pas se focaliser sur la métaphysique de la causalité. Chaque jour le mental nous montre son efficacité causale. Il n’est pas besoin de postuler que les événements mentaux sont aussi des événements physiques pour nous prouver que le mental possède des pouvoirs causaux. Cependant, on peut ne pas se satisfaire de l’explication pratique et exiger pour la causalité mentale une compréhension plus solide.

    La stratégie, par contre, qui consiste à introduire des esprits immatériels est une stratégie qui échappe à notre compréhension de la causalité. Ce que dit Kim dans son argument, c’est que la non spatialité des esprits immatériels est suffisante pour rejeter cette hypothèse. Notre cohérence métaphysique et notre intelligibilité du problème de la causalité mentale est ici en jeu. Glisser un peu d’esprit dans les interstices aléatoires du comportement des particules est une hypothèse qu’il s’agit de rendre cohérente avec nos requisits causaux.

  5. LEMOINE dit :

    Qu’un philosophe de 17ème siècle puisse imaginer qu’une entité immatérielle puisse exercer une action sur la matière, cela peut se comprendre (encore que d’autres, jugés mineurs ou ignorés, ne soient pas tombés dans une telle erreur)

    Qu’au 21ème siècle on puisse tomber dans une telle erreur, je le comprends moins. Comment ne pas voir que l’idée que la matière pourrait être « d’ordre spirituel » ou carrément que la matière et l’esprit serait « la même chose », relève du jeu de mots.

    Mais ce qui me choque vraiment c’est qu’on puisse tenir pour un grand philosophe quelqu’un qui tombe dans la même erreur sans même en avoir conscience !

    Je veux parler de Dennett et je pense à la théorie des mèmes qu’il reprend de Dawkins.

    Il nous dit des mèmes que « ce sont des unités culturelles plus ou moins identifiables » ou que « ces nouveaux réplicateurs sont, en gros, les idées » et il les dote d’une dynamique propre, en analogie à une propriété douteuse prêtée aux gènes !

    Il écrit qu’ils « ont la capacité de créer de copies ou des répliques d’eux-mêmes »

    Sa thèse se résume dans ce passage : « Alors que certains mèmes, de toute évidence, nous manipulent pour que nous collaborions à leur réplication en dépit du fait que nous les jugions inutiles, horribles ou même dangereux pour notre santé et pour notre bien-être, beaucoup de mèmes – la plupart d’entre eux, si nous avons de la chance—qui se répliquent ne le font pas seulement avec notre bénédiction, mais à cause de l’estime que nous leur portons ».

    Ainsi des « idées » sont dotées d’un pouvoir causal face auquel nous sommes passifs ! Notre part se limitant à « l’estime » c’est-à-dire à un sentiment qui n’est lui-même qu’un état mental.

    N’est pas là retomber très lourdement dans l’idéalisme le plus débridé ; cela montre les limites et la faiblesse d’une philosophie qui voudrait devancer la science sans en être évidemment capable et qui se pique de logique mais en oublie le sens commun !

  6. patrice weisz dit :

    réponse à François :
    Qui définit quels sont les bons requisits causaux ? Les matérialistes ? les scientifiques ? La tradition métaphysique ?
    D’après Kim, pour interagir causalement il faut que les objets partagent le même espace.
    Sur le plan cosmologique, cette définition « classique » perd toute compréhension.
    Par exemple : une étoile ayant vécue il y a 10 milliards d’années et ayant disparue nous envoie son image aujourd »hui, donc son image agit causalement sur le téléscope.
    Pour autant, cette étoile qui n’existe plus partage-t-elle encore notre espace?
    De la même façon un objet céleste situé dans notre « espace » peut tout à fait être en dehors de notre sphère de causalité, car tellement éloigné que rien encore ne nous est parvenu de lui.
    Sur le plan cosmologique cet objet appartient à un autre univers spatio-temporel encore inaccessible avec lequel aucun lien de causalité n’est possible.
    Il ne s’agit ici ni de spiritualité, ni de science-fiction mais simplement de faits scientifiques, conséquences logiques de la limitation de la vitesse de la lumière.
    La vision de Kim reste donc pré-relativiste et n’est plus d’actualité aujourd »hui.
    La causalité physique est un principe de pensée, mais n’est pas un constat, c’est une façon sans doute pertinente de voir le monde mais pas un fait constitutif prouvé de la réalité.
    C’est la façon qu’a le physicien de modéliser mathématiquement les relations qu’il peut projeter entre les faits d’observation et qui ne marche pas tout le temps, sinon une approche déterministe suffirait. Cette causalité physique s’appuie sur notre approche des concepts de l’espace et du temps qui restent encore des notions plus mathématiques que réelles, coincées dans le paradoxe de leurs infinis.
    Dans les nouvelles théories cosmologiques, les 4 dimensions de l’espace-temps ne suffisent plus à modéliser le monde, il en faut 8 autres pour concilier la relativité et la physique quantique, le déterminisme et l’indéterminisme (voir la théorie des super-cordes). Du coup la possibilité de l’existence de l’en-dehors de notre espace devient possible et est même nécessaire.
    C’est actuellement la seule voie d’explication de la faiblesse de l’interaction gravitationnelle : il y aurait une déperdition dûe à l’existence d’autres dimensions.
    Peut-on alors encore parler de matière pour ce qui peuple cet en-dehors et qui interragit avec l’en-dedans ?
    Comment un seul photon peut passer par deux fentes distinctes en même temps ?
    Comment deux photons jumeaux peuvent avoir leurs spins corrélés indépendamment de la distance qui les sépare ? La matière particulaire réagit de moins en moins de façon conforme à notre bon sens, ce qui se traduit par une causalité physique de plus en plus malmenée.
    Il n’est pas improbable qu’un jour le voeu consistant à vouloir à tout prix que la cause précède l’effet soit abandonné.
    Avant Einstein il n’était pas concevable que le temps puissse s’écouler différemment pour chacun, que deux évènements soient simultanés pour les uns et successifs pour les autres, etc…Je pourrais encore multiplier les exemples.
    Je suis néanmoins sûr d’une chose, c’est que tout est causé.
    Que la cause réelle d’un évènement matériel ne puisse être que matériel, me parait être loin d’une évidence, d’autant plus que nous ne comprenons même plus ce qu’est la matière, peut-être uniquement du vide en vibration.
    La lumière est-elle de la matière malgré son absence de masse et sa vitesse constante ?
    De plus, la matière n’a pas toujours été là. Comment appeler ce qui a causé la matière ?
    De l’énergie ? Mais qu’est-ce que l’énergie ? Une quantité de mouvement ? Et qu’est-ce que le mouvement si ce n’est une action ? Ne faut-il pas imaginer quelque chose causant le mouvement ? Pour moi la seule solution est d’imaginer une substance sans étendue, impulsant du mouvement au vide afin de créer la matière. C’est cela qui explique que la matière ne peut se départir de son mouvement : c’est qu’il vient de l’au-dehors, qu’il est nécessairement premier pour rendre l’univers de matière possible.
    En quoi ce raisonnement n’est pas strictement scientifique ? A quel moment entre-t-il en contradiction avec les principes de la physique ? Le reste n’est qu’une question de terminologie.

  7. patrice weisz dit :

    réponse à Lemoine :
    « Qu’au 21ème siècle on puisse tomber dans une telle erreur, je le comprends moins. »
    Quels arguments avancez-vous pour affirmer avec autant de certitude cette opinion ?

  8. LEMOINE dit :

    Je ne peux pas me permettre de détourner ce blog de son sujet. Je vous conseille donc seulement de lire Eftichios Bitsakis « Physique et matérialisme » et, cela vous surprendra peut-être : Lénine « matérialisme et empiriocriticisme » (que Popper prenait très au sérieux si cela peut vous rassurer).

    Tout ce que je peux dire, et cela ne me semble pas contestable, c’est que quelques soient les difficultés qu’on rencontre en cosmologie ou en physique quantique, on ne peut rien en déduire concernant l’esprit tel qu’il est discuté dans ce blog comme conscience ou mental humain. Personne, que je sache, n’a jamais établi la moindre relation entre la conscience et le vide quantique ou ce qui se passe derrière le mur de Plank. Cela peut surprendre que la science ne soit pas encore parvenue à expliquer complètement un phénomène aussi universel que la gravitation ; mais que peut-on légitiment en conclure ? : certainement pas qu’il est incompréhensible. Il me semble que le bons sens veut qu’on évite de tirer des arguments de ce qui échappe à la connaissance.

  9. Francois Loth dit :

    Réponse à Mr Lemoine.

    Peut-on dire que les mèmes de Dawkins et Dennett soient des entités issues d’un idéalisme débridé ?

    Le même, comme unité culturelle, est seulement fonctionnellement comparable aux gènes. En effet, les mèmes sont sujets à la réplique. Ce ne sont pas des idées platoniciennes, mais seulement de l’information. On peut se demander si les mèmes sont dans la tête. Néanmoins comme les significations, les mèmes pourraient bien subir un sort identique aux propriétés du contenu mental et ne pas « survenir » sur les états internes – encore que… l’on parle de neuromème…

    Ce qui surprend avec les mèmes est que Dennett les placent à l’intérieur de la compétition darwinienne. Pour comprendre cela, il suffit simplement de les considérer, fonctionnellement comme des virus.

    Dennett, en soutenant l’hypothèse des mèmes, reste dans la droite ligne de l’approche philosophique qui lui fait dire que l’intentionnalité est avant tout une perspective. Certes, il pousse un peu loin la métaphore, mais reste un philosophe matérialiste.

  10. patrice weisz dit :

    réponse à Lemoine :
    Derrière le mur de Planck du temps se cache la création de l’univers.
    Derrière la barrière de Planck dans l’infiniment petit de la matière se cache la réalité du monde. Ces 2 limites sont liées à l’incertitude quantique, donc au hasard posé comme ontologique par la science moderne. Ce sont les limites des modèles mathématiques causaux que l’on projette sur le monde phénoménal de l’homme et non des limites appartenant au monde réel.
    La science ne peut donc rien dire de ces au-delà de la matière, seule la métaphysique peut s’exprimer.
    On peut alors laisser une fois encore le hasard décider des caractéristiques du monde . Mais le hasard ne peut pas faire n’importe quoi car nous sommes là et conscients pour en témoigner. Une façon de voir cela est de se dire qu’il fait n’importe quoi jusqu’à tomber « miraculeusement » sur des principes et des lois déployant un univers permettant notre avènement (principe anthropique faible)
    On peut aussi se dire (principe anthropique fort) qu’il n’y a pas eu des milliards de tentatives pour fixer les constantes du monde, mais qu’il y a un seul principe créateur premier donnant son empreinte à la direction que le monde prend. Cela n’est pas sans rappeler le principe de moindre action de la physique formulé par Maupertuis.
    Ce principe est alors réel, en dehors de l’espace-temps phénoménal qu’il ordonne et dont les principes physiques et les lois en sont le constat objectif.
    Cette hypothèse, qui évite d’en appeler au hasard pour fixer les lois invariantes de la physique s’inscrit dans la tradition spiritualiste.
    L’avantage de cette hypothèse, c’est qu’elle donne une vision du monde entièrement causale, tout en préservant le hasard de surface des phénomènes.
    Outre cette simplification, elle permet aussi de comprendre comment l’esprit humain permet à chacun de lever son bras en le décidant, donc préserve le libre-arbitre avec lequel la science matérialiste a beaucoup de démêlés.

    Car elle situe l’esprit humain dans la réalité, en dehors de l’étendue, et non dans sa propre représentation phénoménale du monde, ce qui est un non sens, car il lui est nécessairement premier.

    J’ai fait mienne cette hypothèse car elle me parait avoir un pouvoir explicatif beaucoup plus prononcé que l’impasse actuelle du matérialisme dominant. Pour certains les hypothèses spiritualistes sont des hérésies indignes d’attention, pour d’autres, et non des moindres, cela correspond à leur intuition du fonctionnement du monde, éclairant d’une nouvelle façon les découvertes scientifiques.
    Il me semble hélas que les progressistes d’hier sont devenus les réactionnaires d’aujourd’hui…

  11. patrice weisz dit :

    réponse à François :
    Dennett aime jouer avec l’intentionnalité, il en pare les mèmes et aussi les gènes.
    Dans « vues de l’esprit » il rééecrit l’histoire de l’évolution du règne animal en montrant que ce n’est pas l’homme qui se reproduit mais les gènes qui se perpétuent en se débarrassant de leur enveloppe charnelle régulièrement. Il montre l’homme comme une machine dont les gènes tiennent les commandes, apportant telle ou telle réponse en fonction des situations (maladies, etc..).
    Les gènes, apparentés à des virus, sont l’espèce dominante. Ils sont au départ logés dans leur cellule qui les protège. Ensuite les cellules se sont associées pour se déplacer et mieux survivre, jusqu’à mettre au point la carapace humaine. Hélas celle-ci s’abîme et il faut en changer régulièrement, de façon aussi à pouvoir l’adapter à un environnement en évolution, etc..La vie de l’individu n’a pas de valeur. seule la survie des gènes a de l’importance, en conséquence seuls les gènes sont transmis à la descendance. Dans cette approche nous sommes des véhicules transporteurs de gènes, sans aucune autonomie.

    Il ne m’a jamais semblé qu’il y croyait fermement, plutôt qu’il cherchait à provoquer pour montrer que l’intentionnalité n’est selon lui qu’une interprétation facilitant l’explication que l’on peut loger n’importe où.
    Concernant les mèmes il s’agit d’un point de vue similaire. Il interprète le langage comme étant une structure portant des entités en compétition.
    Ce qui n’est pas clair, c’est cette confusion entre le mème, sous-structure élémentaire contenues dans le langage et le mème en tant qu’idée formulée par une pensée. De plus le langage n’est pas une structure matérielle soumise aux lois de la physique.
    D’autre part le fait d’avancer que le langage est la résultante d’un processus darwinien est très contestable comme je l’ai déjà montré ici, car il n’est certainement pas le résultat du hasard, mais de la volonté humaine.
    Dennett l’affirme car il a bien senti que sinon la création de la conscience échappait au darwinisme.
    En effet, il parait assez rationnel que la conscience soit la résultante acquise de deux sources informatives :
    les gènes qui structurent le réseau neuronal primordial instinctif et les mèmes qui par l’apprentissage du langage viennent le complexifier jusqu’à atteindre le stade de l’effet miroir.
    Si l’une de ces deux composantes structurantes n’est pas darwinienne, alors l’avènement de la conscience ne suit pas le schéma matérialiste.
    Comme le langage est avant tout un outil verbal créé progressivement par l’intention humaine pour communiquer, il faut aussi que Dennett mette bas l’intentionnalité.
    Mais, quand un scientifique ou un philosophe éprouve la nécessité de créer un nouveau mot pour désigner quelque chose, il le fait par utilitarisme. Il me semble qu’il en est de même pour tout notre vocabulaire et nos structures grammaticales. Il y a peut-être compétition entre les mots en fonction des époques et certains apparaissent et d’autres meurent.
    Mais le darwinisme n’est pas que la compétition sélective, c’est avant tout un hasard aveugle qui invente des mutations dont certaines qui procurent un avantage concurrentiel sont pérennisées. D’autres signent la mort prématurée des individus malchanceux qui les portent.
    Pour ma part je ne vois pas la place laissé au hasard dans l’élaboration d’un langage, ni en quoi le hasard vient générer de nouvelles formes. Il y a une sorte de compétition, mais entre des mèmes qui sont tous créés volontairement.
    Ce qui n’arrange pas du tout Dennett, car la conscience devient alors l’aboutissement d’un intentionnalité humaine réelle reflètée par les structures du langage actuel.
    Ce qui amène par pur logique à trouver de l’intentionnalité à l’époque des balbutiements du langage, avant qu’il soit suffisamment codifiant pour générer l’état de conscience. Donc à situer une intentionnalité réelle chez des êtres non encore conscients dans leurs premiers choix de vocables.
    Le langage de par son existence devient donc la preuve historique que l’intentionnalité n’est pas qu’un point de vue. L’existence du langage, co-créateur de la conscience, est alors le signe incontournable de la volonté agisssante de l’esprit humain, non réductible à un déterminisme physique uniquement pétri de hasard.
    Dennett l’a vu, et en poussant le trait, en mettant par jeu pédagogique de l’intentionnalité partout, fait disparaitre habilement l’intentionnalité réelle, non compatible avec toute généralisation du darwinisme.

  12. LEMOINE dit :

    Pourquoi Dennett recourrait-il à la métaphore en présentant sa théorie des mèmes ? Ce n’est pas l’habitude en philosophie analytique et surtout une métaphore vise à exprimer une idée complexe sous une forme simple. Soutenir qu’il s’agit d’une métaphore exige donc de dire ce qu’elle voulait exprimer. Il me semble plutôt qu’il ne s’agit pas pour Dennett d’exprimer une thèse difficile mais de contourner un problème.

    En effet, et l’idée de « mèmes » n’est pas utile pour le dire, on peut constater que la première chose que dit un bébé, sa première notion, est celle de « maman » et de « papa ». Par là il comprend sa relation à sa mère et agit sur le monde. Il ne reçoit pas cette notion passivement comme si elle le contaminait mais s’en empare pour agir en appelant sa « maman » et la faire venir à lui. Il transpose cette notion sur le monde qui l’entoure, sur les animaux et les objets, pour le structurer et se le rendre familier ; ainsi l’enfant verra une relation de type « maman/bébé » chaque fois qu’il verra un petit objet comme subordonné à un plus grand. L’enfant développe donc sa conscience et son langage comme des outils de sa relation au monde qui l’entoure, d’action sur lui et de compréhension ; car chez l’homme la conscience est un outil de relation à l’autre et au monde et c’est ce qui distingue l’homme de l’animal, en tout cas de l’animal primitif.

    C’est cette idée il me semble que manque Dennett ou qu’il évite par le recours à sa métaphore idéaliste des mèmes. Cette idée est déjà en germe dans le programme tracé par la phrase suivante : « ce qui distingue dès l’abord le plus mauvais architecte de l’abeille la plus experte, c’est qu’il construit la cellule dans sa tête avant de la construire dans la ruche. Le résultat auquel le travail aboutit préexiste dans l’imagination du travailleur. Ce n’est pas qu’il opère seulement un changement de forme dans les matières naturelles ; il y réalise du même coup son propre but dont il a conscience, qui détermine comme loi son mode d’action, et auquel il doit subordonner sa volonté. »

  13. loic dit :

    la physique ne nous dit pas ce qui est, mais; ce que nous pouvons décrire, Einstein avait les mêmes « états d’âmes » que P Weisz quand il disait : Dieu ne joue pas aux dés..

  14. patrice weisz dit :

    réponse à Loic :
    « La physique ne nous dit pas ce qui est mais ce que nous pouvons décrire ». Par cette phrase vous avez bien résumé la différence essentielle entre les physicalistes qui confondent le monde des phénomènes observés et mis en équations mathématiques, et le monde réel inaccessible.
    Pourtant les plus grands physiciens ne sont jamais des physicalistes…
    Pour exemple, Max Planck, l’un des plus grands physiciens, si ce n’est le plus grand du siècle dernier, dans un texte resté célèbre donnait sa propre vision du monde qui s’articule de la façon suivante en 3 mondes :

    Le monde sensible : celui offert à nos sens dont on tire les faits d’observation, le monde des phénomènes.

    Le monde des idées : celui dont on tire les modèles mathématiques.
    Chez Planck ce n’est pas un monde ayant une existence réelle comme dans l’idéalisme platonicien, mais un monde abstrait, celui dont proviennent des mathématiques, inventé par l’homme.

    Le monde réel : celui de ce qui est, indépendamment de la spécificité réductrice de nos sens et de la limite incontournable de notre entendement.

    Notre conception du monde peut s’articuler alors de la façon suivante :
    On fait des observations que l’on relie par des modèles pour essayer de comprendre comment fonctionne la réalité.

    Ce que l’on peut tirer du monde sensible est nécessairement un nombre d’observations finies. Qu’est-ce que le fini par rapport à l’infini possible ?
    Nos observations sont les deux points par lesquels on fait passer une seule droite, un modèle mathématique « causal » possible mais par lesquels passent aussi une infinité de courbes.
    Cette droite représente le modèle causal que l’on projette sur le monde, mais qui, de part son incapacité à tout englober, laisse une part au hasard, au phénomène dont la cause inaccessible n’est pas située sur la droite.
    Les physicalistes confondent la droite et le monde réel, et donc postulent l’idée d’un hasard ontologique, non causal. Mais comment penser un monde dans lequels certains évènements n’auraient pas de cause certaine ?
    A l’opposé, les réalistes ont conscience de ce fossé, et considèrent le hasard comme étant l’expression de la limite de nos modèles causaux, donc n’ayant aucune existence dans le monde réel.
    Car cela parait un non-sens de penser que tout n’est pas nécessairement causé de façon certaine par quelque chose. Il me semble que c’est ce que Einstein a voulu formuler dans sa phrase célèbre « Dieu ne joue pas aux dés », et que Bernard d’Espagnat résume dans sa notion de « réel voilé »
    Pour autant, la limite de notre entendement, de nos modèles, de nos mesures et de notre perception extérieure nous fait assister à des phénomènes uniquement probables ou indéterminés sur le plan physique.
    Le physique, la matière, étant l’observable, les causes réelles mais non observables situées en dehors des modèles « causaux » sont donc par conséquent non physiques, ou immatérielles. Elles sont donc en dehors de tout modèle causal spatio-temporel.
    L’espace et le temps font traditionnellement partie de la réalité phénoménale, car découlant vraisemblablement de nos modalités de conscience, comme l’a perçu Kant. Les causes extérieures, réelles, sont donc forcément en dehors de cet espace et de ce temps postulés par la physique, et relatifs à notre entendement.
    Le constat de l’immatérialité des causes extérieures, a pour conséquence l’observation physique d’un hasard phénoménal.
    Les forces et les principes de la physique créant la matière phénoménale sont la partie observable de cette réalité.
    Traditionnellement on pose que ce qui n’est pas matière est esprit. Donc dans cette terminologie, le monde réel est esprit (le Dieu d’Einstein), et seul le monde phénoménal est matière.

    Il ne faut voir dans ce « Dieu » métaphysique que le principe d’auto-organisation de la matière, composé du hasard et des lois observés, et le défaire de toute connotation religieuse, même s’il correspond à l’intuition profonde au coeur des croyances ancestrales du monde entier.
    Cette vision synthétique de l’organisation du monde concilie beaucoup de choses et permet d’aborder la causalité de l’esprit sur la matière en la faisant sortir de son impasse matérialiste.

  15. clovis simard dit :

    Bonjour,

    Description : Mon Blog, présente le développement mathématique de la conscience c’est-à-dire la présentation de la théorie du Fermaton.La liste des questions mathématiques les plus importantes pour le siècle à venir, le No-18 sur la liste de Smale est; Quelles sont les limites de l’intelligence tant qu’humaine et artificielle.

    (fermaton.over-blog.com)

    Cordialement

    Clovis Simard

  16. […] l’existence d’un esprit distinct s’ajoute le problème soulevé par la princesse Élisabeth de Bohème. À la «démonstration» de Descartes,  la princesse s’est demandé par quel mécanisme […]

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