Tous dualistes ! Même Daniel Dennett ?

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6 commentaires pour Tous dualistes ! Même Daniel Dennett ?

  1. Je me demande si on ne pourrait pas se poser la même question à propos de quelqu’un qui piloterait à distance un robot, en mode « immersion » (caméra 3D, capteurs sur les muscles etc). Est-ce que son esprit ne serait pas aussi projeté ailleurs ?

    • Francois Loth dit :

      Les pensées sont dirigées vers un objet certes mais de là à conclure que l’esprit serait projeté ailleurs, c’est un pas que l’on peut faire mais on peut aussi rester prudent. Cette prudence nous ramène à l’intentionnalité et à la question de savoir si les états d’esprits intentionnels doivent leur nature à des facteurs contextuels ou à des dispositions internes des agents.

      C’est vrai que l' »internalisme » n’est plus très « tendance »…

  2. Spoutnik dit :

    Excellent puzzling case en effet.

    Si Dennett s’interroge ainsi sur sa localisation propre, c’est que la pensée qu’il adopte spontanément et dont il ne peut se défaire semble entrer en contradiction avec la conviction physicaliste (la sienne justement) que c’est dans le cerveau que se réalise tout le processus de la pensée. Or, penser « Me voici », c’est penser que c‘est « ici », là où par définition « je suis », que surgit ma pensée : dans une situation où je suis spectateur de mon cerveau, je dois donc considérer que c’est à l’extérieur de mon cerveau que je suis et que se trouve ma pensée. Lorsque nous imaginons notre cerveau comme étant mis physiquement à distance de notre corps, et de nos yeux plus particulièrement, nous ne pouvons nous départir de l’idée que nous ne sommes pas à l’endroit de notre cerveau, ce qui implique que si le physicalisme est vrai, nous devons douter de nos pensées désignatives les plus assurées en apparence, ou bien, si nous nous fions à elles, nous devons en conclure que la personne n’est absolument pas réductible au cerveau.

    Dennett, en bon matérialiste sûr de lui, choisira la première option, celle qui conduit à faire du physicalisme un scepticisme radical à l’égard de l’introspection, jusqu’à nier qu’il existe vraiment une forme subjective d’existence.

    Bref, comme l’avait bien vu Searle, Daniel Dennett s’est convaincu qu’il était un « zombie » au sens philosophique du mot, un zombie avec lequel il est certes passionnant de discuter, mais avec lequel il est malheureusement impossible d’avoir de l’empathie… sentiment trop intérieur et pas assez physique pour prétendre à l’existence. Heureusement pour notre ami Dennett, tout le monde n’est pas convaincu qu’il soit de cette espèce d’être sans existence subjective, pas même ses adversaires les plus antiréductionnistes ! C’est pourquoi il reste un auteur plus populaire chez les humains que chez les machines au fonctionnement algorithmique.

  3. RM dit :

    Je ne suis pas sûr de saisir le problème philosophique.
    Pour le moment, le mot « je » désigne à la fois mes pensées, mon cerveau physique et le reste de mon corps. Le jour où la science permettra de séparer ces 3 composantes, on utilisera des expressions différentes pour distinguer :
    (1) Le lieu que je perçois, sur-lequel j’agis, et où les autres perçoivent mon corps ;
    (2) L’emplacement physique de mes neurones ;
    (3) Le dispositif qui permet à mon corps et à mon cerveau de communiquer.

    Puisque le lieu (1) est indéniablement le plus important dans nos interactions avec le monde extérieur, on peut conjecturer que « je » et « moi » désigneront en priorité (1). Des précisions devront être apportées en cas d’ambiguïté.

    Il y a des va-et-vients entre le corps et le cerveau, de sorte que les pensées sont « localisées » sur tout ce qui se trouve sur le chemin entre mes perceptions et mes actions (du moins pour le physicaliste). Mais, nul doute, l’activité de mes neurones est ce qui crée le plus de différences entre mes pensées et celles de mon voisin, donc il n’est pas trop exagéré de considérer que le centre spatial des pensées est bien là où les neurones sont physiquement localisés.

  4. Spoutnik dit :

    Il y a pourtant bien un problème.

    Lorsque vous dites « je », lorsque donc vous pensez à vous, il n’est pas vrai que vous pensez à votre cerveau, ni même à vos pensées. L’expression « je » est censée désigner le locuteur même de celui qui dit « je » (autoréférence), et non son cerveau ou ses pensées. C’est ce qui fait de la définition classique du moi un véritable paralogisme qu’on peut ramener à cette drôle de formule qu’on lit souvent dans les dictionnaires : « je » désigne le locuteur de « je »… ce qui est logiquement absurde ! C’est cette absurdité d’une circularité de la définition qu’avait déjà dénoncé Ryle en tant qu’erreur basique de catégorie logique.

    Pour comprendre le sens de « je », il faut comprendre le sens de toutes les expressions déclinées à la première personne, comme « mes » pensées, « mon » cerveau, « mon » corps etc. Cette compréhension passe nécessairement par une forme d’introspection, même si cette notion d’introspection est très équivoque et doit être largement critiquée dans son acception classique.

    • Francois Loth dit :

      Lorsque nous disons « je », vous avez raison, je ne vise pas mon corps, ni une partie de mon corps (le cerveau). Dennett dans son histoire justement a du mal à le viser. Ce que « je » désigne nous ouvre alors à une diversité de thèses métaphysiques. Parmi elles, le nihilisme est une option. Le « je » serait une sorte d’illusion linguistique que l’on attribue à ses états de conscience. Cela ne signifie pas que nos états de conscience sont le produit d’une illusion !

      Wittgenstein dans le Tractatus : « Il n’y a pas de sujet de la pensée de la représentation. » (5.631)

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