Invisibilité de la cause mentale

Contre le déterminisme, la cape d’invisibilité de la cause mentale est-elle la solution métaphysique ?

L’article « invisibilité de la cause mentale » peut être lu sur la nouvelle version du site : ICI.

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4 commentaires pour Invisibilité de la cause mentale

  1. Patrice dit :

    Bonjour François.
    Belle et claire synthèse.
    Je voudrais néanmoins apporter ma modeste contribution. Et plutôt que se questionner encore sur la nature de la substance, il me parait assez intéressant, une fois admis un certain type de dualisme des propriétés, de questionner sa structure . Car il me semble que celle-ci impacte la puissance des pouvoirs causaux de l’esprit.

    Tous les êtres, animés ou non, peuplant le monde sont constitués de la même substance qui compose les différentes variations de la matière. Ce qui différencie essentiellement ces êtres sont leur organisation. Plus un être possède une structure complexe, plus il est autonome et acquiert en proportion la capacité à s’arracher partiellement au déterminisme physique par sa volonté. On peut donc en déduire que la substance unique possède des propriétés causales physiques (celles observables par la science) et non physiques (les causes mentales). Chaque particule de matière fait donc l’objet d’une dualité de ses propriétés causales.
    Chez l’être simplement organisé comme le caillou ou le grain de sable, les causes physiques l’emportent toujours sur les causes mentales négligeables et il est totalement soumis aux causes suffisantes. Chez l’être complexe comme l’âne ou l’homme, les pouvoirs causaux des causes mentales sont suffisants à combattre partiellement les causes suffisantes. L’homme pourra lever son bras par sa simple volonté malgré la gravitation qui le ramène en bas (cause suffisante).

    Tout comme les pouvoirs causaux physiques sont renforcées par un certain assemblage de la matière (plus un objet est massif plus sa force de gravitation est forte) , une autre organisation de cette même matière peut renforcer un autre type de pouvoirs causaux invisibles pour le scientifique mais pouvant néanmoins contrecarrer le déterminisme des forces physiques.

    L’explication du libre-arbitre ne se trouve donc pas dans la nature de la substance composant le cerveau humain mais dans sa densité et sa forte complexité structurelle qui donne de la force aux propriétés causales non physiques de la substance.

  2. quen_tin dit :

    Ce qu’on appelle cause « physique », c’est une cause mesurable, ce qui suppose certaines conditions, en particulier l’accessibilité des conditions initiales et la reproductibilité. Est-ce qu’il n’est pas possible de voir les causes physiques comme simplement un cas limite des causes en général, au sein duquel les particularités des cas singuliers s’effacent au profit d’une loi générale ? Il s’agirait en quelque sorte d’un « comportement de masse ».

    En fait en disant ça je pense à la physique quantique, où il est avéré que l’état d’un système particulier n’est pas parfaitement mesurable. On retrouve alors les lois « classiques », déterministes, comme émergent par la loi des grands nombres sur la base de lois « statistiques » : à l’échelle macroscopique, sur un grand nombre d’éléments indépendants, les cas singuliers divergents s’effacent au profit d’une loi de comportement générale et déterministe.

    Il me semble donc qu’on peut comprendre qu’il y ait des causes physiques (générales) et mentales (particulières) sans faire appel à un dualisme interactionniste, partant du principe que les lois sont statistiques, et en restreignant le sens de « physique » à certains aspects de la nature qui deviennent connaissables. Le caillou obéit à des lois physiques parce que les éléments dont il est constitués ne sont pas coordonnées entre eux mais indépendants. L’âne obéit (entre autre) à une causalité mentale parce qu’il est un agencement singulier à l’échelle macroscopique dont les parties agissent (dans une certaine mesure) en cohérence et forment un « tout », un cas singulier.

  3. patriceweisz dit :

    La notion de mesurabilité ne me parait pas liée aux conditions initiales et de reproductibilité, mais d’observabilité et de localisation dans l’espace et le temps. Or la physique quantique nous apprend qu’il y a une limite de résolution dans la connaissance des phénomènes physiques (temps de Planck, distance de Planck, principe d’incertitude, etc.). En d’autres termes le monde des phénomènes observables est quantifié. Il n’est pas continu à l’infiniment petit et dense comme les mathématiques qu’on y utilise le suggèrent mais s’arrête à une barrière infranchissable de résolution. Tout dans le monde n’y est pas mesurable. Ce qui fait que la science actuelle est incapable d’appréhender la substance du monde réel autrement qu’en y plaquant un maillage grossier qui en laisse sûrement passer les fines subtilités. Est-ce une limite de la science moderne et de la mesurabilité des phénomènes liée aux théories actuelles ou est-ce lié à notre indécrottable finitude ?
    Toujours est-il qu’il me semble que beaucoup de choses se passent sous cette surface et peuvent la traverser à travers les mailles de ce filet sans pour autant engendrer le moindre soubresaut des appareils de mesure.
    Il me parait de plus en plus pertinent de se poser la question de l’existence de propriétés non mesurables de la substance. La physique n’en perçoit que les propriétés mesurables et réduit cette substance à cette apparence phénoménale qu’elle nomme la matière. Et si la substance était plus que réduite à cette matière physique ? Et si la substance du monde réel était dotée de propriétés non mesurables qui lui permettent d’interagir avec elle-même sans pour autant que les sciences physiques soient en mesure d’en cerner les causes car elles se situent en dehors de ses capacités d’observation limitées ?
    Le passage de la physique classique déterministe à l’indéterminisme omniprésent de la physique moderne n’en est-il pas le meilleur signe ?
    De plus l’indéterminisme actuel ne suffit-il pas, à lui seul, à remettre en cause le principe classique de clôture causale, principal ennemi de la dualité des propriétés de la substance ?

    • quen_tin dit :

      Je précise : c’est la notion de « cause mesurable », pas de mesurabilité en tant que telle, qui d’après moi suppose l’accessibilité des conditions initiales et la reproductibilité. Il ne suffit pas de mesurer quelque chose pour affirmer que c’est physique, encore faut-il le théoriser, c’est à dire voir dans cette mesure la manifestation de quelque chose qui existe et qui en est la cause. Cette façon de catégoriser le réel en « choses qui existent » et en terme de causalité suppose une certaine reproductibilité des phénomènes pour pouvoir identifier les « choses » et les « causes ». C’est là qu’est la limite à mon avis, pas dans une différence entre le continu et le discret ou dans l’existence de propriétés non mesurables.

      D’ailleurs en quoi la quantification des phénomènes constitue une quelconque « barrière infranchissable » ou une limite à la mesurabilité ? Il faudrait que la réalité soit nécessairement continue, et donc toute quantification apparente serait la marque d’une limite ? Ca ne me parait pas couler de source. La quantification des phénomènes à petite échelle n’est pas un artefact de nos appareils de mesure mais plutôt une donnée empirique (comme dans le cas du corps noir). Pour ce qui est du principe d’incertitude, c’est effectivement une limitation, mais je pense qu’il faut plutôt y voir une limite non à ce qui est mesurable mais à la possibilité de se représenter le réel en terme de « choses qui existent absolument » indépendamment des mesures qu’on en fait.

      Postuler l’existence de propriétés ou d’interactions non mesurables dans le monde n’a jamais été une limite conceptuelle il me semble, mais alors quel sens y a-t-il à dire que ça « existe » ? Justement en physique quantique, le théorème de Bell réfute les théories à variables cachées qui proposent d’expliquer l’incertitude en terme de propriétés « pas forcément mesurables ».

      Ce qui « passe à travers les mailles », donc, ce n’est pas quelque chose de non-mesurable (qui pourrait aussi bien ne pas exister) mais quelque chose de non théorisable, parce que ne montrant pas de régularité, et c’est ce dont le passage du déterminisme à l’indéterminisme est le signe. C’était le sens de mon dernier commentaire, ainsi que de dire que la régularité qui permet de parler de cause physique me semble être (en tout cas si on en croit la physique quantique) un « comportement de masse » émergent mais toujours approximatif.

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