Un fantôme dans la machine (ontologique)

Fantologie

Après la parution des deux ouvrages d’ontologie, celui de Frédéric Nef, à l’automne dernier et celui d’Achille Varzi au printemps, et en attendant la traduction du livre de John Heil Du point de vue Ontologique, on peut lire, sur le site généreux de Barry Smith, un article comme une mise en garde – intitulé Against Fantology, qui nous éclaire sur ce que devrait être le travail en ontologie s’il n’était pas hanté par la présence d’une « force obscure »  qui, depuis une centaine d’années, endommagerait toute l’entreprise. Cette force obscure est une certaine conception de l’ontologie qui consiste à penser qu’en prêtant attention à certaines structures superficielles de la logique des prédicats de premier ordre, introduites par Frege et Russell, on peut extraire une bonne ontologie.

D’une manière générale, ce que B. Smith interpelle du vocable de « fantologie » est ce qui conduit à l’impasse en ontologie selon A. Varzi (2010, p. 49) et aux problèmes que soulève l’usage de la théorie de la quantification pour déterminer l’existence que signale F. Nef (2009, p. 116). Que la clef de la structure de la réalité puisse être trouvée dans le langage est justement l’impasse qui conduit à l’ontologie fantomatique. Pour B. Smith, l’origine de cette errance spectrale a son origine chez Frege et Russell et le Wittgenstein du Tractatus, en passant par le cercle de Vienne, quand alors on arguait, explicitement, que la logique des prédicats du premier ordre reflétait la réalité. Manifestement certaines propositions du  Tractatus donne le ton :

4.121   La proposition montre la forme logique de la réalité. Elle l’indique.

4.1211 C’est ainsi que la proposition « fa » montre que dans son sens l’objet a apparaît ; les deux propositions « fa » et « ga » montrent que dans toutes les deux il est question du même objet a.

6.124   Les propositions logiques décrivent l’échafaudage du monde, ou plutôt elles le figurent.

Mais la poursuite équivoque, selon B. Smith, par les philosophes contemporains  d’un certain usage des prédicats perdurerait. En effet, lorsque Quine s’en remet aux sciences en nous livrant la clef de l’engagement ontologique dans la formalisation efficace qui est celle de la logique du premier ordre, il se soumet, toujours selon Smith, à la force obscure. En effet, Pourquoi devrions-nous supposer que la forme de la réalité trouve son reflet dans le langage ? Non seulement on ne peut pas extraire les structures du monde de nos représentations linguistiques, mais la forme logique de notre langage n’est d’aucune manière le reflet de la forme du monde.

Alors que la logique formelle cherche à connecter des vérités au moyen d’implication, de consistance, etc.,  l’ontologie formelle (qu’inventa Husserl) cherche à connecter les choses avec les objets et les propriétés, les parties et les touts… Et  il n’existe pas de raison a priori affirme Smith de supposer que ces deux familles d’interconnexion devraient être identiques.

L’idée fondamentale défendue par B. Smith et les partisans du tournant ontologique, c’est que les prédicats de la logique du premier ordre ne représentent pas des entités du monde. Ces prédicats ne font que lier ensemble une syntaxe. L’erreur de la fantologie est de considérer que le « F » dans « Fa » représente quelque chose, quelque chose qui traverse la frontière entre ce qui est général dans la réalité (des universels, des propriétés, des essences) et ce qui est logico-linguistique dans le royaume des significations (des concepts, des propositions).

En effet, si les concepts nous permettent d’accéder à la réalité, – ils en sont le chemin et celui-ci n’est pas barré – ils ne nous disent rien sur les structures ultimes de cette réalité. En ontologie la tâche consiste à rendre compte de la nature et de la structure du monde lui-même. Il s’agit donc d’en finir avec cette croyance que la structure de notre pensée reflèterait la structure du monde.

Références

QUINE, W.V.O  1953. From a Logical Point of View. Harvard Univ. Press, trad. française, S. Laugier (sous la dir.) Du point de vue logique. Neuf essais logico-philosophiques,  Vrin, 2003.

SMITH, B. 2005. « Fantology » Experience and Analysis. M. E. Reicher, J. C. Marek (Eds.), p. 153-170.

WITTGENSTEIN, L. 1922. Tractatus Logico-Philosophicus, trad. D. F. Pears et B. F. McGuinness, London, Routledge & Kegan Paul, trad. française de l’allemand, de G. G. Granger, Paris, Gallimard, 1993.

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13 Responses to Un fantôme dans la machine (ontologique)

  1. Essengue dit :

    Ce qui semble être le risque « fantologique » pourrait se lire chez BARRY SMITH par « Fantology sometimes takes the form of a thesis according to which the language of standard predicate logic can serve the formulation of the truths of natural science in a uniquely illuminating way » (p. 156). Ce serait alors reprendre que les prédicats dans la logique du premier ordre ne peuvent prétendre à une représentation des choses comme le souligne M. Loth.
    En pensant à l’atomisme logique de Russell, à la référence et à la prédication chez Strawson, aux individus chez Quine, ou encore au célèbre aphorisme wittgensteinien (5.6) que « Les limites de mon langage signifient les limites de mon propre monde». Une question. Si: « Il s’agit donc d’en finir avec cette croyance que la structure de notre pensée reflèterait la structure du monde ». Est-il recevable (« d’un point de vue ontologique » à la Quine ou à la Heil), que la structure du monde conditionnerait d’une certaine manière notre pensée?

    • Riviere dit :

      S’agit-il d’une condition matérielle ou d’une condition formelle ?

      • Essengue dit :

        La question que je pose, part du dernier paragraphe du commentaire supra sur la « fantologie »: « En effet, si les concepts nous permettent d’accéder à la réalité, – ils en sont le chemin et celui-ci n’est pas barré – ils ne nous disent rien sur les structures ultimes de cette réalité. En ontologie la tâche consiste à rendre compte de la nature et de la structure du monde lui-même. Il s’agit donc d’en finir avec cette croyance que la structure de notre pensée reflèterait la structure du monde ».
        C’est partant de cet impératif à sortir de la croyance suivant laquelle pensée, et/ou langage (par extension) vs monde sont dans une relation de réciprocité structurale dépendante, que la « fantologie » affirme à la suite lointaine de Brentano, de Meinung, Russell, Armstrong (voir par exemple l’article de Bastien Gallet dans la revue « Trans-parître » http://www.europhilosophie.eu/recherche/spip.php?article68, à la suite de l’analyse descriptive de Strawson ou de l’engagement ontologique de Quine et surtout à la suite de C.B. Martin et J. Heil (« Language « carves up » reality (…)If the world is a linguistic construct, then it is hard to see how language could itself be a part of the world ».
        La question que je pose: « Est-il recevable (« d’un point de vue ontologique » à la Quine ou à la Heil), que la structure du monde conditionnerait d’une certaine manière notre pensée? Condition à la fois matérielle en vertu d’une certaine théorie des objets et formelle en vertu d’un certain tropisme et pourquoi pas condition causale car Aristote n’a pas cessé de dire que l’être se dit de différentes manières.

  2. DéfiTexte dit :

    « Que la clef de la structure de la réalité puisse être trouvée dans le langage est justement l’impasse […] ». N’y a-t-il pas une confusion dans l’expression indistincte « la réalité » qui sous-entend la totalité de tout ? Car le langage est une partie de la réalité comme les mathématiques en constituent une autre partie. Les maths reflètent les comportements physiques, le langage reflète les comportements sociaux. Par exemple, on ne dit pas « une pomme mange Paul » car tout le monde sait, socialement, distinguer la proie et le prédateur, partant, le sujet et l’objet. Mais la grammaire est aussi une institution de la physique. Par exemple, la grammaire reflète avec une force esthétique que si A implique B, le cardinal de B est supérieur ou égal, en aucun cas inférieur, au cardinal de A. Ainsi, esthétiquement, socialement, on ne dira pas « l’humain est homme » : mon point (encore) ici est que la forme logique de notre langage reflète la forme du monde. Et que la logique qui n’est pas primaire est une esthétique ! Le langage reflète des conventions sociales et des contraintes techniques. Un intérêt scientifique est d’observer le reflet pour tirer un enseignement du reflété : extraire les structures du monde de l’institution de nos représentations, officialisées universellement par l’adoption interpersonnelle d’un langage contraignant. Et même de vérifier que les contraintes qui fonctionnent dans notre langue fonctionnent dans d’autres langues. Un boson imaginé attend une confirmation physique tandis qu’un tutoiement « déplacé » (le déplacement renvoie non pas « aux » mais à « des » conventions sociales) est esthétiquement immédiatement, sans explication et universellement ressenti comme irrespectueux. Dans la citation du Tractatus « la réalité » est universellement formalisée, figurée, schématisée, par la théorie des fonctions de la forme F(x) = y. Par exemple, mange (Paul) = une pomme : Paul confère un sens à la pomme, la pomme confère une signification à Paul (une pomme ne donnerait pas un sens à Paul)… Bon, évidemment, l’intérêt philosophique d’une forme tient grandement à l’intérêt des exemples ! Que diriez-vous plutôt de décrire l’individu comme le comportement de pi ou de racine carrée de deux ?

    Mais certainement, « les forces obscures » sont celles que l’esthétique ne révèle pas.

  3. Essengue dit :

    « Car le langage est une partie de la réalité comme les mathématiques en constituent une autre partie »: Tout à fait vrai! mais le langage semble bien constituer le canal par lequel la mathématique comme portion du réel peut se dire…
    Dans l’exemple « une pomme mange Paul », il est clair que ce qui pose et cause problème, c’est à la fois la question de la référence et celle du prédicat. L’un comme l’autre se situent dans une relation en contradiction avec l’ordre établi, ce qui conditionne de facto ce que vous désignez par le couple esthétique-social ou mieux esthétique-convention si je vous saisi bien.
    « Paul confère un sens à la pomme, la pomme confère une signification à Paul » je suis tout à fait d’avis que sens et signification ne sont pas dans une logique symétrique, et même que la sémanticité de l’engagement ontologique pour reprendre Quine, ( » On What There Is »), suggère que la question de savoir ce qui existe, peut aussi se comprendre comme un intérêt sur l’étude du sens, envisagé comme une relation de signification qui unit les mots aux choses, ou comme la relation existant entre les signes et leurs utilisateurs.
    « Que diriez-vous plutôt de décrire l’individu comme le comportement de pi ou de racine carrée de deux ? »: Question délicate, mais l’individu serait-il réductible à une portion? Monde? État de choses? Événement? Objet? sans doute ni l’un ni l’autre, mais davantage proche d’un certain tropisme (les « tropes sont alors considérés comme faisant partie de la structure profonde du monde, briques des individus qui à leur tour rentrent dans des états de choses » (Nef, 2006, p. 53). Comprendre l’individu, n’est-ce pas aussi le saisir dans une logique esthético-descriptive? pour utiliser une terminologie quinienne: y= (יִ x) (…x…), proposition de la forme (D 🙂 Q(x) = …x… ie LA DEFINITION comme concept. Qu’en pensez-vous? définir? definiendum? definiens?. Ces « forces obscures » ne sont-elles pas le manifeste même du jaillissement de la pensée comme articulation du sens? Le sens et le langage sont-il de la logique extraction ou description des propriétés? pour « The ontolgical turn » (Martin and Heil): No!, mais pour une esquisse: Possible dans le medium définitionnel, mieux dans le « tropisme définitionnel circulaire », fondé sur l’intermédiation question-question, en passant par la définition (Croce), par la question (Collingwood), par le réalisme pour revenir à la question.

  4. DéfiTexte dit :

    Je vous suis très reconnaissant pour vos remarques. Puis-donc je quelques compléments dans le désordre ?

    L’individu comme pi (une idée de Wittgenstein). J’y vois, non pas je crois un exemple du « voir comme » (accommodement ou disjonction selon le vocabulaire), mais simplement d’une comparaison. Ainsi le développement de l’individu serait comme les décimales de pi, jamais achevé, toujours précisé, sans retournement hégélien, avec une identité  et un contenu infini 3.14…, etc. J’y vois la discipline de ne rien dire qui ne soit appuyé sur un exemple, un vécu, le présupposé que les maths peuvent être un modèle de comparaison à décrire, bref, du Wittgenstein.

    Etats de chose. Notamment Jocelyn Benoist a dit des choses sur les états de chose. J’ai une conception personnelle sur le sujet, et j’adorerais avoir des remarques là-dessus : l’état de chose serait le complément à l’ensemble, le donné historique, économique, social, etc. Par exemple, quelqu’un qui ouvre une conférence, un débat, qui dit un mot d’introduction, prononce un état de choses. Ce n’est notamment pas, à mon avis, l’être-tel (Aristote, Husserl, Wittgenstein, etc.), par exemple le modèle d’être-assis qui permet de dire que quelqu’un est assis.

    Terminologie quinienne : je n’y connais rien, et même, (j’espère seulement pour l’instant), je n’y comprends rien. J’avoue ne pas avoir réussi à percevoir ses exemples de vie qui soutiendraient sa philosophie. Je n’arrive pas à le simplifier. J’adorerais un blog avec de ses extraits de textes et des commentaires…

    « Ces “forces obscures” ne sont-elles pas le manifeste même du jaillissement de la pensée comme articulation du sens ? » Si un jaillissement de sens est obscur, non, je n’en veux pas.

    Propriétés. Une question qui m’occupe : pour l’instant, je pense qu’une propriété est une fonction de présence, de simple présence. Par exemple, il suffit qu’il y ait présence de froid pour que l’eau gèle. J’ai là encore besoin de critiques.

    “The ontolgical turn”. Je n’y connais rien. Logiquement, je pense avec la tradition qu’une définition est bien formée lorsque l’on peut y voir l’intersection d’une généralité et d’une particularité. L’essence étant l’intersection elle-même c’est-à-dire les point communs à la généralité et à la particularité. Par exemple, le cercle est un ensemble de points (généralité) équidistants à un centre (particularité) ; l’essence serait ici le cercle même. En fait, j’essaie d’être le plus simple possible ; dès que les choses sont trop compliquées, je ne peux pas suivre. Ainsi, « tropisme définitionnel circulaire » et la suite, je ne comprends pas.

    Mais que les maths soient un langage, je comprends. Et dès que je vois une distinction, je comprends. Ainsi, la référence : je pense que la différence entre un signe (par exemple une flèche) et un symbole (par exemple le lys) tient à un état de chose culturel ; mais quelle est la différence entre le conventionnel d’une flèche qui indique la sortie et le « culturel » ? Le point commun essentiel n’est-il pas l’ordre établi ? Le point commun entre influence culturelle et influence technique serait l’influence c’est-à-dire la pratique ? Une clairière évoque à Kant une salle de bal : cette évocation est esthétique car elle révèle un ordre, un état de chose influent dans lequel les bals ont cours. J’aime Wittgenstein car il propose clairement un enjeu esthétique et social ; politique ? Une critique du quotidien concret. J’aime. Ses exemples son toujours des plus simples, il propose toujours des exemples ; il est extrêmement concret (il donne à voir) ; par exemple, fuir devant un coup de feu ou sur le signe de la main. Je copie sa démarche quand je dis que tout le monde (indépendamment de la culture) voit qu’une pomme n’est pas un prédateur. Peut-être, le langage courant s’ancre dans notre cerveau reptilien (j’ai entendu dire que ce cerveau existe).

    Donc, la référence, et le prédicat (ou le sujet) qui la stabilise, NE se situent PAS dans une relation en contradiction avec l’ordre établi.

    « Sens et signification ne sont pas dans une logique symétrique » : oui, mais parce que le prédicat qui porte (au sens de Barry Smith) la signification est d’une extension (d’un cardinal) supérieur à celle du sens porté par le sujet.

    « L’étude du sens, envisagé comme une relation de signification » : oui ; « qui unit les mots aux choses » : autre problème, à mon avis, celui du reflet, c’est-à-dire d’une vision platonicienne « verticale » avec problème des proportions (Thalès). Ce que je veux dire : vous avez la relation d’un angle droit à son complémentaire (égalité et voir comme) et la relation de comparaison platonicienne (théorie des Idées). Mais là, je sens que je vais trop vite : j’évoque alors que, évidemment il faudra que je développe (je vais le faire avec Parménide).

  5. Essengue dit :

    Vous dites: « J’ai une conception personnelle sur le sujet, et j’adorerais avoir des remarques là-dessus : l’état de chose serait le complément à l’ensemble, le donné historique, économique, social, etc. Par exemple, quelqu’un qui ouvre une conférence, un débat, qui dit un mot d’introduction, prononce un état de choses. Ce n’est notamment pas, à mon avis, l’être-tel (Aristote, Husserl, Wittgenstein, etc.), par exemple le modèle d’être-assis qui permet de dire que quelqu’un est assis. »
    Je suis très sensible à 2 approches de l’Etat de chose qui me poussent à être quelque peu perplexe: l’ »état de choses est une liaison d’objets (entités, choses) », la « configuration des objets forme l’état de choses » (Tractatus, 2.1 et 2.072) et L »ETAT DE CHOSES est une réunion d’objets se rapportant les uns aux autres » (Nef, 2006). Je vois que vous avez une approche quelque peu diachronique de l’état de chose, tandis que l’intégrant, je le verrai davantage synchronique, en ceci qu’il est une actualisation, une « liaison » (pour précisément user du concept) qui possibilise un rapport entre les faits, bien plus entre les objets qui ne sont rien d’autre qu’une « réunion de propriétés » . Nous retrouvons précisément ce que Monnoyer va qualifier de « théorie relationnelle des propriétés » ie qui ne « contredise pas la description correcte de la singularité qualitative » qui peut être historique (pour vous rejoindre) à mon avis, mais qui intègre surtout la spécificité quantitative qui introduit justement la relation. Si « pour l’instant » vous pensez qu’une propriétés est « une fonction de présence, de simple présence » j’y voit aussi une relation définitionnelle qui est « onto-logique », car la définition dit et décrit, mais quoi? La chose? L’objet? davantage peut-être l’être ou le trope.
    En parlant d' »ontological turn » je fais référence à l’article de C.B. Martin et John Heil (Merci à M. Loth) qui justement pose la question du tournant ontologique…
    Je suis très intéressé par le développement de la fin dont les fragments donnent quelques « insight » (Thalès, Dianoia, Parmenide), ce d’autant plus que sens et signification m’apparaissent de plus en plus comme un chemin royal vers la conceptualisation en termes de fabrication ou mieux pour parler comme Kinyongo, d’articulation du sens discursif. Comment vous situez-vous par rapport au langage dont les apories et les extrapolations discursives sont justement source et manifeste et/ou manifestation de « fantologie »? S(t)imulation?

  6. DéfiTexte dit :

    Merci encore pour votre patience.

    Etats de choses : une liaison d’objets. Oui, mais (me semble-t-il) une liaison d’objet, une organisation, une configuration, les objets tel qu’on les trouve pour des raisons artistiques, économiques, peu importe, une liaison influente (par propriété de masse, quantitative) dans laquelle je vais m’insérer : ce que je trouve et dont je dois tenir compte. Par exemple l’état actuel de la culture, des contingences ou nécessités de toutes sortes. Par exemple, ce dont je dois tenir compte pour un exposé ou un trajet en voiture. En fait, rien de bien sorcier. Cette parfaite banalité m’intéresse un petit peu car j’ai cru y voir l’enjeu de toute chose : ce sans quoi rien ne va. Donc oui, « il possibilise TOUS les rapports entre les faits » ; et oui, historique.

    Je ne crois pas qu’une définition décrive ; une réduction phénoménologique oui, elle décrit. Je vois dans une réduction le travail du négatif du sculpteur qui enlève des accidents. Mais l’étendue à laquelle aboutit Descartes ne produit rien du tout, tandis qu’une propriété produit le gel, la fusion, la conduction, etc. Il suffit d’attendre pour que les atomes se désagrègent, demi-vie par demi-vie : action d’une présence. L’acteur de la propriété, il n’a ni bras ni jambes, il est impersonnel, entropique, etc.

    Oui, forme de la fonction propositionnelle et sens, signification, dénotation, ou différence entre intersection et réduction et toutes ces sortes de distinctions : beaucoup de voies royales.

    Je ne connais pas d’aporie dans le langage : c’est vous dire mon ignorance ! Et « les forces obscures », je n’ai pas compris. Les extrapolations : à éviter, comme ça, pas de problème.

    Petite remarque : je disais Par exemple, le cercle est un ensemble de points (généralité) équidistants à un centre (particularité) : il faut lire le disque et non le cercle. Car la particularité du cercle est que ses points sont à une même mesure idéale d’un centre. Un point limite éloigné d’un epsilon de la mesure idéale s’exclut de la définition (qui agit mais n’est pas une propriété, ni une loi) tandis qu’une réduction le néglige.

    Ma lecture de l’être est, le non-être n’est pas de Parménide m’a donné du mal, et 13 pages… Car j’ai cru y voir une racine d’origine possible de la phénoménologie ! (sans rire…). Je relis (mais je n’ai guerre le temps que la nuit, le plus souvent).

  7. Francois Loth dit :

    Merci pour ces commentaires… qui ouvrent quantité de débats.

    Si l’on s’en tient au texte de B. Smith, on peut dire qu’il cherche tout simplement à se démarquer d’une certaine façon de faire de l’ontologie explicitement décrite par B. Russell dans An Inquiry into Meaning and Truth, par exemple :

    There is, I think, a discoverable relation between the structure of sentences and the structure of the occurrences to wich the sentences refer. I do not think the structure of non-verbal facts is wholly unknowable, and I believe that, with sufficient caution, the properties of language may help us to understand the structure of the world. (1940, p. 34)

    B. Smith au fond s’inscrit dans la tradition initiée par Aristote qui affirme que la métaphysique est l’étude de la nature fondamentale et de la structure de la réalité. Pour ce faire, Quine, avançant avec prudence comme le préconise Russell dans ce passage, se propose d’étudier les engagements ontologiques incorporés dans les théories scientifiques. Pour Quine, la formalisation efficace qui permet de détecter cet engagement est celle de la logique de premier ordre. Même si Quine est particulièrement sérieux dans le choix de l’instrument logique permettant de déterminer ce que sont ces engagements ontologiques, la méthode remise en cause par B. Smith reste la même, qui voit dans le langage un point de départ pour l’ontologie. Le tournant ontologique ou « point de vue ontologique » est une proposition de changement de direction qui prend comme point de départ, le monde.

    Pour le dire autrement, les faits au sujet des modes de description ne sont pas des faits à propos du monde que nous voulons décrire. La « force obscure » à l’oeuvre serait le fruit d’une confusion entre les descriptions d’états de choses et les états de choses.

    Pour suivre B. Smith, il faut finalement admettre que ce qui existe est complètement indépendant de nos manières d’en parler. Si nos façons de parler du monde peuvent changer, le monde n’en est pas altéré. Les différentes manières que nous avons de parler du monde de sont pas des manières de parler de différents mondes. En admettant cela, il ne devient plus possible de penser dériver la nature de la réalité de la description que nous en faisons.

  8. DéfiTexte dit :

    Peut-être suis-je trop bavard ? Mais Je ne crois pas qu’il faut distinguer entre réalité et structure de la réalité car je vois une structure dans toute réalité au point que je pense que réalité et structure sont synonymes. Vous savez que je n’arrive à comprendre que ce qui est défini et ce à quoi il peut correspondre au moins un exemple.

    Par exemple, c’est bien une réalité qu’il y a inhérence (indissociabilité absolue physiquement et intelligiblement) entre continu et divisible, point et périphérie, matière et fond, discours et plan du discours, etc. etc. La structure, c’est bien {l’objet et l’objet logique en dessous}.

    Je pense que Russell dit qu’il y a fonction propositionnelle comme il y a fonction de fabrication dans une usine, et je pense aussi que Wittgenstein adopte cette intuition. Il y aurait structures et superstructures comme il y aurait {forces de production et états de chose} à maitriser, économiques, politiques, naturels… Evidemment, les analyses économiques et politiques pour un point de vue unique sont en cause. Donc Les différentes manières que nous avons pour parler du monde (selon les sources et les commentaires) ne sont pas des manières de parler de différents mondes. Mais alors au contraire, la nature de la réalité TIENT aux descriptions que nous en faisons.

    Est-ce que structure du reflet par le langage, par les maths, par les arts picturaux, et structure du reflété sont les mêmes ? Russell le crois comme les maths le montrent et généralise « with sufficient caution ». Mais j’avoue que moi aussi. Parce que je vois de mes yeux vus que Cézanne dissocie la couleur et la surface, que la Joconde montre la séparation des choses sans une limite entre elles (fondus), que la structure d’œuvres de Picasso est capable de montrer un visage à la fois de face et de profil, que la lumière naturelle peut sembler venir de sources différentes, etc., etc. Bref, que la logique montre la réalité que la nature est incapable de produire.

  9. Essengue dit :

    En relisant la « fantologie », essayons de reprendre juste quelques passages tels quels pour poser la question de la COÏNCIDENCE.

    « Cette force obscure est une certaine conception de l’ontologie qui consiste à penser qu’en prêtant attention à certaines structures superficielles de la logique des prédicats de premier ordre, introduites par Frege et Russell, on peut extraire une bonne ontologie ».
    « D’une manière générale, ce que B. Smith interpelle du vocable de « fantologie » est ce qui conduit à l’impasse en ontologie selon A. Varzi (2010, p. 49) et aux problèmes que soulève l’usage de la théorie de la quantification pour déterminer l’existence que signale F. Nef (2009, p. 116). Que la clef de la structure de la réalité puisse être trouvée dans le langage est justement l’impasse qui conduit à l’ontologie fantomatique ».
    « En effet, Pourquoi devrions-nous supposer que la forme de la réalité trouve son reflet dans le langage ? Non seulement on ne peut pas extraire les structures du monde de nos représentations linguistiques, mais la forme logique de notre langage n’est d’aucune manière le reflet de la forme du monde ».
    « L’idée fondamentale défendue par B. Smith et les partisans du tournant ontologique, c’est que les prédicats de la logique du premier ordre ne représentent pas des entités du monde. Ces prédicats ne font que lier ensemble une syntaxe ».
    « En ontologie la tâche consiste à rendre compte de la nature et de la structure du monde lui-même. Il s’agit donc d’en finir avec cette croyance que la structure de notre pensée reflèterait la structure du monde ».

    A la question du type de rapport entre réalité et structure de la réalité, holisme et réductionnisme semblent bien ici en dialogue. un exemple: Dans un cercle, la structure (circulaire) est bien distincte de la mesure réelle (circonférence). Souffrez que je revienne à Russell (2e Conférence 1971): Est-ce un rapport de symétrie (A#B et B#A)? De réflexivité ou de transitivité de la forme dans l’inférence? Une chose semble évidente, c’est la dichotomie « objet-discours sur », distance d’1 point de vue ontologique (sans dilettantisme narcissique de l’un ou de l’autre) entre objet-monde vs propriétés / État de choses vs perception. C’est pourquoi le projet de Russell (3e Conférence sur « Notre connaissance du monde extérieur ») peut ouvrir une brèche sur la « connexion de nos données sensibles avec la réalité ». Ce qui devient pour lui une « construction hypothétique réconciliatrice de la psychologie et de la physique ». COÏNCIDENCE? Rencontre de 2 séries causales indépendantes à la COURNOT?

  10. Riviere dit :

    « A dark force haunts much of what is most admirable in the philosophy of the last one hundred
    years. It consists, briefly put, in the doctrine to the effect that one can arrive at a correct ontology
    by paying attention to certain superficial (syntactic) features of first-order predicate logic
    as conceived by Frege and Russell. More specifically, it is a doctrine to the effect that the key to
    the ontological structure of reality is captured syntactically in the ‘Fa’ (or, in more sophisticated
    versions, in the ‘Rab’) of first-order logic, where ‘F’ stands for what is general in reality and ‘a’ for what is individual. Hence “fantology”. Because predicate logic has exactly two syntactically
    different kinds of referring expressions — ‘F’, ‘G’, ‘R’, etc., and ‘a’, ‘b’, ‘c’, etc. — so reality must consist of exactly two correspondingly different kinds of entity: the general (properties,
    concepts) and the particular (things, objects), the relation between these two kinds of entity being
    revealed in the predicate-argument structure of atomic formulas in fi rst-order logic. » OK pour une remise en cause de cette absurdité mécaniciste. Mais
    Fantology is a twentieth-century variant of une linguistic Kantianism ??? Where and how ? Merci pour le lien avec ce brillant article qui a l’immense mérite de poser la question du lien entre l’ontologie et la logique.

  11. Essengue dit :

    Sur le lien entre ontologie et logique, la conclusion de F. Nef (2006) dans le commentaire de son dialogue entre Philotaxe (révisionniste) et Doxophile (descriptiviste) est éclairante à mon avis: « La logique ne s’identifie pas à la métaphysique; elle n’est pas un obstacle à la pensée. Si la relation de la logique à la métaphysique n’est pas un rapport de projection, de réduction, il reste à le penser comme une survenance ou une émergence. Dans les deux cas la métaphysique dépend de la logique sans s’y réduire. Ceci a l’avantage de correspondre à l’histoire réelle de la logique, qui se confond sur tant de points avec celle de la métaphysique ». (p. 45)

    Fantology is a twentieth-century variant of linguistic Kantianism ??? Where and how ? Barry Smith s’explique en montrant que it’s « the doctrine that the structure of language (here: of a particular logical language) is the key to the structure of reality ». Denoncer le risque fantologique c’est donc remettre en cause ceux qui aux premières heures de la réflexion analytique s’en sont montré proches: Frege, Russell et le Wittgenstein 1, couronnés par les viennois… Kant semble précisément survenir du fait que: « Many of the ontological doctrines which I associate with fantology in what follows have recognizable roots in the work of philosophers such as Plato, Locke, Leibniz, Hume, and Kant » dont les idées étaient fondées avant la logique des prédicats (plus expressive) de Frege poursuit Smith. Loin de critiquer Frege, Smith semble justement montrer que son propos « is to bring forward examples of the ways in which predicate logic has been standardly used in order to build a new sort of tunnel through the history of post-Fregean philosophy ». Si donc Smith met l’accent sur la prédication, il va de soi qu’il voudrait sans doute se démarquer de la simple référence au sens de Quine, qui entend ensuite par prédicats les concepts, les propriétés ou les relations générales. Il s’agit bel et bien là d’une distinction ontologique. Chez Quine, la logique est justement fondée sur le rapport entre la référence et le prédicat, tandis que l’ontologie se fonde sur la différence entre les individus (logés dans la dimension spatio-temporelle) et les concepts généraux. N’est-ce pas là le sens de l’«escalade sémantique» de Quine? (Le Le mot et la chose).
    Smith semble ainsi entreprendre de (re)partir du dépassement de la logique des propositions qui ne permet(ait) pas de rendre compte des propriétés ni de décrire des relations entre plusieurs variables. C’est pourquoi on ne peut plus se limiter au « esse est percipii » de Berkeley, mais tendre vers l’être comme « valeur d’une variable liée » de Quine.

    Que penser du « linguistic kantianism » proprement dit?

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