Le principe de l’héritage causal

120414

 

 

 

La propriété fonctionnelle est une propriété qui se définit prioritairement par ce qu’elle fait plutôt que par ce qui la constitue. Ainsi, la propriété d’éprouver une douleur se définit, par exemple, comme un état causant certains comportements fait d’évitements et de contractions musculaires faciales. Le fonctionnalisme standard est la thèse qui affirme que ce qui fait de quelque chose une croyance, une pensée ou un désir ou tout autre état mental, est indifférent à sa constitution interne. Ainsi, l’identité d’une propriété mentale serait seulement déterminée par un certain rôle, une certaine spécification causale. Cette approche du mental permet donc une interprétation des propriétés comprises indépendamment de leurs implémentations physiques (biologiques). La propriété d’éprouver une douleur, peut alors être réalisée par un nombre indéfini de propriétés. La propriété mentale, ainsi identifiée en dehors de sa constitution matérielle occupe un certain rôle causal.

On peut cependant s’interroger sur le statut ontologique de cette propriété mentale réalisée. En effet, lorsque l’on admet qu’être une propriété revient à doter de certains pouvoirs causaux les objets qui la possède, on peut se demander si des propriétés réalisées par des propriétés physiques (neurales, dans le cas des propriétés mentales) peuvent être individualisées sur la base de leurs propres pouvoirs causaux ? Si les propriétés réalisées doivent être des propriétés distinctes des propriétés spécifiques qui les réalisent, elles doivent alors posséder certains pouvoirs causaux qui leur sont spécifiques. Toutefois, une question préliminaire se pose quant à la provenance de ce pouvoir causal : d’où une propriété réalisée tient- elle ses pouvoirs causaux ?

J. Kim établit un principe simple : les pouvoirs causaux des propriétés réalisées ne peuvent avoir plus de pouvoir, à une occasion donnée, que leurs réalisateurs à cette même occasion. Autrement dit, ces propriétés héritent des propriétés qui les réalisent. Le principe se formule de la façon suivante :

Principe de l’héritage causal. Si une propriété mentale M est réalisée dans un système à t en vertu de la réalisation physique de base P, les pouvoirs causaux de cette instance de M sont identiques avec les pouvoirs causaux de P. (Kim 1992, p. 740)

L’application d’un tel principe attaque manifestement toutes les thèses à propos de l’esprit qui se rattachent au physicalisme non réductible. En effet, l’identité prônée par le principe de l’héritabilité causale entre les instances d’une propriété de base réalisatrice et les instances d’une propriété réalisée, fragilise l’autonomie de cette dernière. Effectivement, selon le principe, aucun pouvoir nouveau ne peut émerger dans la propriété réalisée. Le travail causal n’est donc le fait que des seules propriétés sous-jacentes réalisant ces propriétés.

Pour la thèse du physicalisme non réductible, les propriétés mentales non réductibles sont de véritables propriétés possédées par certains organismes. En effet, si les propriétés mentales sont de véritables structures du monde, elles doivent posséder, elles aussi, des pouvoirs causaux qui sont des propriétés intrinsèques à leur possesseur.

Ce que soutient le physicalisme non réductible, c’est que les propriétés mentales sont distinctes et irréductibles à leur base réalisatrice. Si, d’un côté, des propriétés mentales réalisées possèdent quelques pouvoirs causaux, ceux-ci doivent être, selon le physicalisme non réductible, différents des propriétés physiques qui les réalisent. Si, d’un autre côté, les pouvoirs causaux sont ceux hérités de la base réalisatrice, il devient alors difficile pour le physicalisme non réductible de soutenir que les propriétés mentales possèdent leurs propres pouvoirs causaux. En conséquence, si l’acceptation de ce principe peut apparaître comme une certaine négation de l’autonomie des propriétés de niveau supérieur, la négation du principe revient, quant à elle, à mettre en danger ce que nous pourrions qualifier de physicalisme minimal, à savoir le principe de clôture causale du domaine physique.

Difficile donc de rejeter le principe de l’héritage causal si l’on est physicaliste. En effet, si l’on admet le principe de clôture causale du domaine physique il ne reste alors, pour le physicalisme non réductible, qu’une stratégie consistant à montrer que la cause mentale peut co-exister avec la cause physique (compatibilisme) sans que vienne s’installer de compétition entre les propriétés mentales et les propriétés physiques. C’est le moteur même, du problème de la causalité mentale : l’existence de deux causes suffisantes.

Références 

KIM, J. (1992b) Multiple Realization and the Metaphysics of Reduction, Philosophy and Phenomelogical Research 52, 1-26, reprinted in John Heil, (2004) Philosophy of Mind : a Guide and Anthology, Oxford: Oxford University Press, p. 726-748.

10 commentaires pour Le principe de l’héritage causal

  1. patrice weisz dit :

    Bonjour Francois,
    1) le fait que coexistent deux causes suffisantes dans la thèse du physicalisme non réductible est la seule façon de préserver une certaine autonomie aux propriétés mentales. Pour autant ces deux causes sont deux façons complémentaires d’expliquer le monde mais non deux mécanismes réels se superposant dans une surdétermination gênante.
    2) Nous ne pouvons nous penser autrement qu’en tant qu’agent dans le monde et donc possédant une certaine autonomie nous permettant de nous arracher au déterminisme causal incontournable induit par le principe de l’héritage causal.
    3) le principe de clôture causal (seul élément embarrassant), n’est qu’une façon d’expliquer la mécanique du monde facilitant la démarche scientifique, mais n’est pas un constat empirique (Hume), il n’est donc pas réfutable au sens de Karl popper, tout comme sa négation.
    4) attribuer une forme d’autonomie aux propriétés mentales nous permettant d’agir est simplement une autre explication du monde tout aussi valide que son opposé et ayant l’avantage de coller avec notre constat quotidien.

    5) Reste in fine à définir l’origine de la cause :
    Dans le cas de la cause physique réalisante : elle est elle-même l’effet d’une cause physique antérieure (principe du déterminisme causal), de proche en proche , en remontant la chaîne de causalité ainsi constituée on trouvera donc une origine extérieure (un imput) à la boite noire qu’est l’être pensant et donc inévitablement cela réduit l’homme à une machine et non à un agent. Ce qui est inacceptable (voir 2).
    Il faut donc loger l’origine de la cause mentale ailleurs que dans un environnement physique causant.
    Mais cela oblige à remettre en cause le déterminisme causal. Il faut donc alors aussi introduire une forme d’indéterminisme permettant à la chaîne de causalité d’avoir une origine « mentale ». Ce point de départ, échappe nécessairement à l’explication scientifique, tout en étant compatible avec l’observation. La formation de cette cause, non physiquement causée, est donc considéré comme l’apparition d’un phénomène aléatoire (imprévisible) parmi tant d’autres.
    C’est à mon avis le prix à payer pour que des propriétés mentales non réductibles nous permettant d’agir dans le monde puissent coexister au sein d’un monde physiquement déterminé, sans pour autant introduire de dualité substantielle.

  2. Francois Loth dit :

    Bonsoir, et merci pour le commentaire.

    Si les deux causes sont suffisantes, il sera bien difficile d’échapper à la surdétermination causale. Etant donné que tout événement physique possède une cause physique, il est bien difficile de faire une place à un second type de cause. Que l’explication mentale soit une explication que vous jugez valide est une chose, lui faire une place dans le monde causal physique en est une autre. Que l’explication mentale possède l’avantage de coller à notre quotidien comme vous dites est une chose importante. Cependant, la thèse épiphénoméniste pourrait se satisfaire de cette dernière option. Le mental accompagnerait la cause physique mais il ne causerait rien. Une illusion de cause qui pourrait avoir une sorte de valeur explicative pourrait en effet faire l’affaire. Mais peut-on se satisfaire de cela ?

    Quant à l’action libre, elle concerne l’action humaine au sens large. Donald Davidson est le philosophe qui a tenté de montrer que nos raisons d’agir pouvaient être liées à l’efficacité causale. En cherchant à expliquer nos raisons d’agir, on regarde un aspect d’un événement se produisant dans notre cerveau. Cependant, ce dont nous avons besoin pour expliquer une relation causale c’est d’une propriété causale pertinente. Ce que nous cherchons à comprendre c’est la place que l’on doit accorder au mental dans le cas d’effets physiques. La recherche ne peut consister à isoler une niche mentale en dehors du monde physique mais à construire plutôt une ontologie qui fasse une place à notre compréhension du mental sans que cela vienne s’opposer à la science.

  3. Akli Benaoudia dit :

    Bonjour, pourriez vous me donner votre mail?je n’arrive pas à la voir sur votre blog?(Je suis doctorant àl’IJN et je travaille avec Fréderic Nef).

    Merci d’avance.

  4. DéfiTexte dit :

    Vous opposez faire et constituer ; pourtant, c’est la constitution plus têtue que moi de la ville qui fait que je tourne au long des rues pour marcher d’un point à un autre. « Je marche » est cause efficiente occasionnelle, la constitution des rues est cause matérielle nécessaire.
    Agir et constituer ne se différencient pas par le fait de la propriété : ce qui est constitué est cause et agit par soi-même. Une propriété est une fonction qui coïncide de part en part avec la chose et sa durée : faire et constituer ne se différencient physiquement pas. Le cerveau a les propriétés qu’il a parce qu’il est constitué comme il l’est. L’eau par constitution a la propriété de geler ou de s’évaporer, ce à quoi dans le cosmos la cause efficiente n’est pas nécessaire. Ainsi, c’est donc parce que l’eau est constituée avec sa propriété qu’elle fait ce qu’elle fait, qu’elle s’évapore ou gèle : telle est son action propre. Par constitution et propriété, je vois les deux traits — ici plus courts que la >–<. Kandinsky voit que le trait oblique est tragique, que le poids d’un point dépend de sa position sur le tableau. L’acte de propriété fait que je suis chez moi.
    Remarquons aussi que la propriété est elle-même fonction d’un état-constitution ; par exemple, l’ébullition dépend d’une pression atmosphérique, d’une pesanteur ; la conductibilité dépend d’une température (de l’état des choses). Mon cerveau dépend aussi de mes conditions socio-économiques…
    Ce que fait la matière dépend des constitutions et des états. Et la propriété du processus de la nature naturante est de faire émerger par lui-même des solutions adaptatives, comme des tourbillons, notamment celle des causes efficientes. Donc, « faire » est causé immédiatement ou par enchaînements par la constitution des choses. Ainsi, éviter la douleur est une solution adaptative qui a une cause ponctuelle mais dont la raison se voit dans le temps évolutif : ce qu’entre autre le créationnisme n’admet pas !
    Car la matière par elle-même a créé la vie, n’est-ce pas ? Et la liberté ?
    Donc : d’où une propriété réalisée tient-elle ses pouvoirs causaux ? D’elle-même.

  5. patrice weisz dit :

    François, vous écrivez :
    « La recherche ne peut consister à isoler une niche mentale en dehors du monde physique mais à construire plutôt une ontologie qui fasse une place à notre compréhension du mental sans que cela vienne s’opposer à la science. »

    Par science, voulez-vous plutôt entendre science physique ?
    Par monde physique voulez-vous plutôt entendre : somme des faits observables ?
    Il me semble qu’un discours ne limitant pas la totalité du monde au monde physique ne s’oppose pas à la science. Ou alors la logique s’oppose aussi à la science. Car la science ne peut (hélas) pas tout dire sur tout.
    En effet il paraitrait beaucoup plus miraculeux que le monde se limite à ce que l’homme de science sait en observer, plutôt qu’il ne contienne aussi des choses qui lui échappent, ne serait-ce que nécessairement à cause des limites liées à la finitude de l’entendement et de la perception de l’homme (le monde n’est-il pas infini d’après les scientifiques ?), aux contraintes de sa méthodologie fondée sur des principes non empiriques et à certaines limites insurmontables (barrière de plank, sphère de causalité, quantification de la matière, etc.)
    La science, par définition, fonde ses hypothèses ontologiques sur des faits observables par une communauté, (ce qui disqualifie au passage son discours sur l’esprit, observable subjectivement mais non partageable).
    On peut effectivement, par réductionnisme physicaliste, considérer qu’un fait n’est un fait que s’il est observable, car sinon on ne peut l’établir scientifiquement. Pour autant peut-on considérer que ce qui n’est pas observable n’est pas causal ? Certainement pas.
    Par exemple, la force de gravitation n’est pas observable, néanmoins des effets qu’elle cause le sont (on observe le fait que la pomme tombe de l’arbre et on l’attribue à l’existence hypothétique d’une force ayant certaines propriétés ; l’existence de cette force est-elle alors encore un fait scientifique ?

    Ne doit-on pas, par ailleurs, pour leur donner une certaine consistance ontologique, envisager que ces forces puissent produire des effets qui échappent à l’observation scientifique, afin qu’elles ne passent pas pour des êtres purement mathématiques fabriqués sur-mesure en fonction de successions d’observations dont on dispose : car on a vraiment besoin qu’elles existent réellement pour préserver un sens à la causalité physique !
    La science établit ainsi certains faits et émet certaines hypothèses (propose une ontologie) sur ce qui les cause, et elle devrait « se taire » sur ce qu’elle ne peut établir au-delà de ses limites infranchissables.
    Pouvoir parler de l’esprit, autrement qu’en tant que virtualité subjective d’une certaine organisation de la matière, en tentant de sortir du cercle vicieux de la clôture causale « méthodologique », suppose sans doute de pouvoir s’affranchir des barrières de la science (qui n’ont rien à faire en philosophie), afin de remplir les trous laissés dans l’image inévitablement tronquée qu’elle donne du monde.

  6. Francois Loth dit :

    Réponse à DéfiTexte

    merci pour ce commentaire.

    Je dois vous avouer que j’essaie de me retrouver dans ce que vous me dites et je m’y perds un peu. La métaphysique que je fréquente s’interroge avec un maximum de précision à propos de certaines entités comme, par exemple, les objets et les propriétés. La tâche à accomplir est une clarification de ces entités sous-jacentes. En philosophie de l’esprit, on fait parfois un usage de ces entités avant de procéder à cette clarification. L’approche ontologique en philosophie de l’esprit se propose de préciser le statut ontologique de ces entités et de les mettre au travail dans les questions traditionnelle de ce domaine : la causalité mentale, la conscience, l’intentionnalité, etc.

    La propriété d’une chose, puisque vous en parlez dans votre commentaire, est ce qui confère à cette chose un pouvoir causal. D’où tient-elle ce pouvoir causal est une question qui divise les chercheurs. En effet, ce pouvoir peut être pensé comme contingent ou essentiel. La propriété réalisée, comme la propriété mentale réalisée par exemple, pose aussi la question de son pouvoir causal. L’héritage causal est une notion qui propose une solution à cela.

    Lorsque vous affirmez que la propriété tient ses pouvoirs causaux d’elle-même, vous adoptez un point de vue essentialiste. Pour le dire autrement, dans tous les mondes possibles, cette propriété possède les mêmes pouvoirs causaux.

    Si cette propriété est réalisée, l’origine de son pouvoir causal demande quelques précisions. Comment la propriété mentale d’être une douleur, réalisée différemment chez un mollusque, un humain ou un extra-terrestre peut-elle posséder les mêmes pouvoirs causaux ? Cette question est annonciatrice d’autres points de vue à prendre et à justifier, comme, par exemple, de se demander si cette propriété mentale réalisée est universelle ou particulière. En général, la notion de propriété se traduit dans notre langage comme une notion partagée. Dans ce cas là, le mollusque, l’humain et l’extra-terrestre partagent la même propriété universelle d’éprouver une douleur. Cependant, le tropisme avance l’idée de propriété particulière. Ce qui unit alors deux propriétés n’est pas l’universalité mais la ressemblance.

    Ce genre de précision est un aspect très important de la recherche en métaphysique contemporaine.

  7. Francois Loth dit :

    Réponse à Patrice.

    Lorsqu’il est question de science, il n’est pas seulement question de science physique mais aussi de toutes les sciences « spéciales ». Ne pas s’opposer à la science ne signifie pas « remettre les clefs à la science » et en ce qui concerne l’esprit, la métaphysique est inévitable. Lorsque l’on considère la question de la causalité mentale, par exemple, elle constitue une donnée de ce qui configure notre notion d’agent. La question à résoudre est celle de sa place dans le monde physique. Cependant, aucune science ne peut disqualifier la causalité mentale. Il nous faut alors comprendre celle-ci sans nous opposer aux progrès de la recherche. Je pense même que la causalité mentale doit intégrer ce que réclame la princesse Elisabeth dans sa correspondance avec Descartes, c’est-à-dire chercher à rendre intelligible la place du mental à l’intérieur d’une notion de la causalité comme étant ce qui produit ou génère un effet. C’est ici que la métaphysique vient trouver sa place. Le réductionnisme, lorsqu’il est radical, c’est-à-dire éliminativiste est une hypothèse bizarre, voire choquante. Le réductionnisme ontologique n’est pas, selon moi, choquant. Il affirme seulement que le monde est composé de choses physiques basiques arrangées de façon appropriée. Ces choses basiques forment ce qui rend vrai nos énoncés. Doit-on aller plus loin dans la réduction ? Cela aurait-il un sens de chercher à réduire la croyance qu’il pleut ou la sensation d’éprouver une douleur à des énoncés neurophysiologiques ?

    Et si la distinction mental/physique n’était pas aussi profonde que ce que nous avons l’habitude de considérer ?

  8. DéfiTexte dit :

    Je poursuis parce que vous dites « dans ce que vous dites je m’y perds un peu » et en même temps « la propriété est ce qui confère à cette chose un pouvoir causal » : vous m’expliquez et répétez ce que vous affirmez, mais sans comprendre l’unique et simple idée que moi j’exprime : vous réitérez la distance entre propriété et chose, précisément, et moi je dis et répète qu’il n’y a PAS distance entre propriété et chose. Car « conférer » implique distance, passage de pouvoir ; or voyez-vous jamais une chose sans propriété ? C’est comme essayer de penser une couleur sans une surface ! Il n’y a pas immanence cause-propriété mais inhérence.
    Conséquence : la propriété ne peut PAS se penser comme contingent ou essentiel ! « Propriété réalisée » est un pléonasme car elle ne peut pas ne pas être réalisée ! Elle ne peut PAS ne pas avoir de pouvoir causal ! « Héritage causal » n’a pas de sens : une cause n’est pas héritée de propriétés car un héritage, on peut ne pas l’avoir. Toutes vos expressions sont colorées par ce présupposé de distance : or, propriété est inclus dans cause (pas l’inverse, car il existe des causes efficientes). Vous faites une erreur logique et vous ne voyez pas l’inhérence. Et je parle pour notre monde, où le mollusque et moi, devant la douleur, c’est pareil : comment ? Parce que, à part le saut qualitatif de la philosophie, il n’y a pas essentiellement de différence : vous ne pouvez pas dire « réalisée différemment chez un mollusque » ni qu’il y a « ressemblance » : c’est pareil !
    Je suis capable de retirer mon doigt d’une flamme : le cerveau ne produit pas cette capacité, car proprement, il est capacité, sans capacité intermédiaire. Sinon, il y aurait des capacités qui ne seraient pas des propriétés, et il n’y en a pas, pas une seule : dites-moi si je me trompe… J’ai la capacité de jouer du piano car j’ai construit des connexions neuronales. Logiquement, et dans le langage, on n’a pas le schéma cerveau-capacité-réflexe, mais, capacité coïncidant avec cerveau, on a le schéma cerveau-réflexe ou cerveau-réflexion, tout simplement. Si je ne suis pas capable de retirer mon doigt d’une flamme, mon cerveau n’est pas intègre, c’est lui qui est altéré, pas une « capacité » intervenant comme distance entre chose et propriété.
    Si vous laissez de l’eau quelque part, elle s’évapore toute seule, sans qu’il y ait une instance en interstice, une capacité, « un rôle, une spécification, une dotation, une base », un animisme, un Dieu créatif, un Premier ministre, une autre cause à la rescousse. Essayez de penser à de l’eau qui ne s’évapore pas, vous ne réussirez qu’à trouver des états de chose spécifiques (températures, pressions, etc.)… Même le droit comprend la notion de propriété inhérente à la chose ! La nature toute seule va évoluer nos cerveaux jusqu’à ce que des causes efficientes soient possibles, jusqu’à atteindre ses caractéristiques psychologiques, ses idées sur l’art, etc.
    Je n’émets qu’une seule idée dont je viens de creuser des conséquences : je peux faire ou ne pas faire, réfléchir avant, bref, prendre de la distance ; mais j’insiste : l’eau est têtue, elle ne peut pas ne pas s’évaporer toute seule, si l’état des choses est tel qu’il y a bien une atmosphère, une pression, une température pour cela.
    Contrairement à ce que vous dites, faire et constituer ne se différencient pas par le fait de la propriété mais par l’espèce de cause : efficiente ou matérielle ; ainsi, comme le cerveau, l’eau « fait » ou agit par elle-même, parce qu’elle est matière, par constitution… Et un état mental n’est PAS indifférent à sa constitution interne, « en dehors de sa constitution matérielle, indépendant de son implémentation biologique ».
    Mais il me semble que Kim approche de cela selon vos termes : « aucun pouvoir nouveau ne peut émerger dans la propriété réalisée. Le travail causal n’est donc le fait que des seules propriétés sous-jacentes réalisant ces propriétés. […] Ce que soutient le physicalisme non réductible, c’est que les propriétés mentales sont distinctes et irréductibles à leur base réalisatrice ». Sauf que si elles sont irréductibles, je soutiens qu’elles ne sont pas distinctes et qu’il n’y a pas d’héritage causal ni de la notion, contradictoire dans les termes, de « dualité de causes suffisantes ».

  9. Francois Loth dit :

    Vous me dites beaucoup de choses et je vous en remercie. J’en commente quelques unes si vous le voulez bien.

    1) Oui je suis d’accord avec vous, il n’y a pas de distance entre propriété et chose, disons, entre objet et propriété. Que les propriétés soient des modes, c’est-à-dire des manières d’être dont sont les choses est une thèse métaphysique qui me paraît solide. Cependant, on pourrait être attiré par une ontologie qui serait seulement composé de tropes, mais il nous faudrait alors comprendre la place de l’objet. La théorie du faisceau de tropes est aussi une thèse métaphysique qui me paraît solide. En philosophie de l’esprit, nous ne sommes peut-être pas contraints de trancher et d’admettre seulement, que les propriétés sont dans les choses, comme vous semblez le soutenir…

    2) Le physicalisme non réductif est encore aujourd’hui la thèse standard en philosophie de l’esprit. Les propriétés mentales surviennent sur des propriétés physiques mais ne sont pas identiques. Le problème de la causalité exige que la cause soit mentale qua mentale.

    3) En ce qui concerne la cause, on distingue aujourd’hui deux grand concepts : la production et la dépendance contrefactuelle.

  10. DéfiTexte dit :

    J’hésitais car je ne voudrais pas ennuyer… Mais peut-être ceci : il n’y a pas de distance entre propriété et chose générique tandis qu’il y a distance entre objet et chose, donc entre propriété et objet, car un objet peut être mon résultat. Donc, sans concession ! Et je crois qu’une propriété n’est pas un mode mais une fonction f, au sens où f(x)=y. Une propriété n’est donc pas dans les choses (sinon dans un ensemble de causes) mais entre.
    Cela dit, je serais très intéressé de pouvoir comprendre ceci : « une ontologie qui serait seulement composée de tropes » et « théorie du faisceau de tropes », et « dépendance contrefactuelle ». Mais ceci au long cours, par le plaisir de lire votre blog.
    Je dois avouer que je réagis parce que je ne fais confiance qu’aux idées simples et pour lesquelles des exemples d’application qui éclairent la vie sont possibles : voir avant savoir. Je ne réagis pas aux modes qui suivent ceux qui lancent des « grands » concepts ésotériques, mais aux objets qu’ils découvrent.

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