La surdétermination causale du mental

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La vérité d’un énoncé contrefactuel établit, à la façon d’une condition sine qua non, que si a ne s’était pas produit, b ne se serait pas produit. Ce contrefactuel, David Lewis (1973) l’affirme, est vrai si et seulement s’il existe un monde possible dans lequel a échoue à se produire et où b également échoue à se produire. Dans ce monde, très proche du nôtre, dans lequel a existe mais ne se produit pas, b ne se produit pas non plus. En conséquence, dans notre monde où a se produit, on dit alors de b qu’il dépend contrefactuellement de a. Cependant, si a n’avait pas eu lieu, mais qu’un autre événement a’ était intervenu et qu’il avait causé b, nous serions en présence d’un cas de surdétermination causale.

Nous dirons que nous sommes en présence d’un cas de surdétermination causale, lorsqu’il existe, pour un même événement physique b, deux causes minimum, à la fois suffisantes et distinctes, a et a’.

La conjuration des assassins de César, par exemple, est un cas de surdétermination causale. Les vingt trois coups de poignard dans le corps de César forment un ensemble de causes, chacune suffisante pour lui donner la mort. Un cas de surdétermination causale est particulièrement bien illustré dans l’exemple de deux tireurs situés à deux endroits différents et visant la même cible. En appuyant au même moment sur la gâchette de leur arme et en causant la mort de leur victime, nous nous trouvons en présence, chose extrêmement rare, de deux causes indépendantes produisant le même effet. Ainsi, si le premier tireur n’avait pas tiré, le second l’aurait fait, entraînant la mort de la victime. D’une manière générale, les cas de surdétermination causale forment une exception. Nous dirons, en conséquence, qu’il n’existe pas de cas de surdétermination causale régulière ou systématique d’un effet physique. C’est ce principe de non surdétermination causale qui fait surgir le problème de la causalité mentale. En effet, lorsque nous sommes en présence d’une cause mentale et d’une cause physique et que chacune concourt à la réalisation causale d’un effet physique, une menace épiphénoméniste pèse alors sur la cause mentale. Tout le travail d’un réaliste du mental consiste alors à échafauder des stratégies dans le but d’y échapper.

Prenons un exemple. Supposons que nous ayons l’intention de calmer une douleur dentaire. Admettant le principe de survenance du mental sur le physique, cette intention, occurrence mentale M, survient sur une occurrence de propriété physique (probablement une propriété neurobiologique) P. Lorsque cette intention de calmer ma douleur cause mon déplacement, occurrence de P*, vers l’armoire à pharmacie contenant le paracétamol, nous sommes alors en présence du schéma suivant :

causalite-surdetermination-1

Cependant, l’acceptation du principe de clôture causale du domaine physique nous enjoint de prendre en compte l’ancêtre causal physique de l’occurrence de P* comme cause suffisante. En effet, un ensemble d’états neurophysiologiques, constitué de diverses transmissions neuronales, saura expliquer causalement l’ensemble de mes mouvements. Nous obtenons alors :

causalite-surdetermination-2

Une telle figure nous met en présence d’une cause mentale suffisante : l’intention de calmer une douleur, occurrence de M, mais également d’une cause physique suffisante : un état neuronal, occurrence de P. Nous avons ainsi :

1) M cause P*.
2) P cause P*.
3) P cause P* et M cause P*.

Selon (3), M et P, surdéterminent causalement l’occurrence de P*. Autrement dit, ce qu’affirme (3) est une co-responsabilité causale des occurrences de M et de P. En effet, lorsque l’on reconnaît le principe de la distinction entre cause mentale et cause physique, la cause mentale se présente, prima facie, comme une deuxième cause suffisante pour produire un effet physique. M et P forment donc bien deux causes distinctes suffisantes et concourent à la réalisation de l’effet P*.

Néanmoins, la surdétermination causale mentale M de l’effet physique P* est-il de même nature que les cas standard évoqués ci-dessus (l’assassinat de César et les deux tireurs) ? Si les exemples classiques de surdétermination causale nous incitent à affirmer le principe de non surdétermination causale régulière, peut-on toutefois l’appliquer à la causalité mentale ?

Références

LEWIS, D. (1973) Counterfactuals, Oxford, Basil Blackwell.

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10 commentaires pour La surdétermination causale du mental

  1. HippoDemo dit :

    Votre blog est très fourni, félicitations.
    Comme c’est très sérieux, je vous invite vers blog de l’humour philosophique pour se détendre un peu.
    http://critecrate.blogspot.com/

  2. HippoDemo dit :

    un peu d’humour philosophique, non ?

  3. patrice weisz dit :

    Bonjour François, je crois qu’il n’est pas trop tard pour vous souhaiter une bonne année 2009.
    Quand on parle de chaîne causale intégrant les neurones, on fait appel à des processus microscopiques dans lesquels surgit nécessairement l’indétermination ontologique de la matière.
    Le principe de clôture causale au sens classique reste très discutable en milieu non déterministe et loin d’être acquis, car des « causes hasardeuses » interviennent, dont l’origine parait liée à la nature même de la substance peuplant le monde.
    1) Donc, sur le plan scientifique, l’ensemble de mes mouvements ne peut être considéré stricto sensus comme déterminé totalement par mes états neuro-physiologiques et mes transmissions neuronales. Vouloir cette détermination est une croyancee, une attitude philosophique conservatrice, mais pas une certitude scientifique.
    Ne pas tenir compte de cette indétermination, c’est ignorer la part que le hasard a pris dans toute la physique actuelle.

    2) Pour qu’il y ait surdétermination de la causalité mentale sur la causalité physique, il faudrait donc que les causes mentales puissent se sustituer totalement à la somme des causes nécessaires (d’ordre physique).
    Or nous agissons avec détermination : notre volonté est intentionnelle et finaliste. Donc sur ce plan-là, les causes « mentales » de nos actions ne font pas intervenir le hasard. En conséquence, il y a recouvrement par les causes mentales de la somme des causes nécessaires ET « hasardeuses ».
    Cela n’est que du bon sens : nos actions ne sont pas le fruit du hasard mais de notre volonté (je ne tiens pas compte de ce qui peut influencer celle-ci).
    Inversement, nous aurions de bien curieux comportements si ceux-ci étaient laissés au gré de nos processus microscopiques, indépendamment de toute volonté canalisant nos actions.
    Cela démontre en fait le contraire : le monde physique ne peut être causalement clos, que si on y ôte tous les êtres pensants, car il dans l’incapacité de rendre compte de la pertinence de nos actions. De plus il n’est pas à même de nous permettre de restituer une explication correcte du hasard.
    Le monde physique dont parle la science ne peut être assimiler au monde réel. Il n’est qu’un modèle pratique permettant de décrire la matière inerte.
    Le principe de clôture causale n’est pas un principe réel, mais une contrainte à postériori que l’on impose au modèle mathématique de monde que l’on utilise scientifiquement afin de préserver les autres grands principes empiriques tels que la conservation de l’énergie et de la quantité de mouvement.

  4. Francois Loth dit :

    Je vous souhaite une bonne année également et merci pour votre commentaire. Voici quelques précisions :

    I) La surdétermination causale signifie qu’un effet pourrait recevoir deux causes distinctes. On ne parle pas ici d’une cause préemptant l’autre. On énonce seulement un principe disant que la surdétermination causale est tellement rare qu’elle ne peut être régulière. Dans le cas du problème de la causalité mentale, si la cause mentale est une cause suffisante, on affirme qu’il existe une cause physique également suffisante. Mais peut-il y avoir deux causes en présence ? La thèse dite compatibiliste admet l’existence de deux causes, l’une mentale et l’autre physique, qui n’entrent pas en concurrence et que pour le cas du mental, le principe de non surdétermination régulière n’est pas valide. Ce point de vue à ses défenseurs (K. Bennett par exemple)

    II) On peut admettre que la causalité ne puisse s’appliquer qu’à un certain niveau. C’est bien en effet cette sensation de douleur à la dent qui me fait me déplacer vers l’armoire à pharmacie et non quelque état neuronal. Et puis le concept de cause n’est-il pas fondé dans les sciences spéciales du macro niveau plutôt que dans la physique fondamentale ? Cependant, y a-t-il contradiction à accepter le principe d’un héritage du pouvoir causal des propriétés du niveau bas ? Bref, il y a un défi à installer le mental dans notre monde physique, mais existe-t-il un autre monde qui soit intelligible ?

  5. julien dutant dit :

    Ciao,

    Je me posais une question à propos de cela: {{D’une manière générale, les cas de surdétermination causale forment une exception.}} Est-ce le cas? Je laisse un stylo tomber, il s’arrête sur le bureau. Qu’est-ce qui a arrêté le stylo? Le bureau, certes, mais ce n’est pas une entité physique première. Les molécules du bureau? Mais lesquelles? Pour chacune des molécules, si on avait juste enlevé cette molécule le stylo se serait tout aussi bien arrêté. Et du coup on a un nombre immense de sous-ensembles de molécules du bureau qui chacun avait les pptés (état de mvmt, structure) suffisante pour arrêter le stylo.

    Ce qui me fait penser que la « rareté » de la surdétermination causale dépend fortement de la façon dont on individue les relata causaux.

    Autre exemple: il pleut. Qu’est-ce qui a causé la pluie? la concentration d’eau dans un certain paquet du nuages. Mais il y a un nb immense de sous-ensembles de ce paquet qui aurait été suffisant pour provoquer la pluie.

    (Cela étant dit, je ne veux certes pas utiliser cette rque pour défendre la surdétermination causale dans le cas physique/mental! Mais il me semble qu’il faut trouver une objection plus solide contre celle-ci que la supposée rareté de la surdétermination; ce que tu suggères à la fin sur les « genres » de surdétermination me semble plus attractif.)

  6. julien dutant dit :

    Cher Patrice,

    A propos de cette affirmation: « Inversement, nous aurions de bien curieux comportements si ceux-ci étaient laissés au gré de nos processus microscopiques, indépendamment de toute volonté canalisant nos actions. »

    Si c’était le cas, ce serait une preuve scientifique du dualisme, et tout le monde aurait dû s’en rendre compte depuis le temps! Mais le pb est que l’indétermination micro n’implique pas le comportement chaotique macro: sinon les tables elles aussi auraient de « bien curieux comportements », et idem pour les arbres. On n’observe pas que les animaux ont un comportement « de plus en plus curieux » au fur et à mesure qu’on passe à des animaux physiquement complexes (des insectes aux mammifères), avec une réduction soudaine des comportements « curieux » au point de l’évolution où la « volonté » apparaît!

    J

  7. Francois Loth dit :

    La surdétermination causale se produit lorsque deux causes ou plus suffisantes et distinctes causent le même effet. En un certain sens de « cause » tous les effets ont des causes multiples et la surdétermination apparaît massive. Enflammer une allumette n’est pas causalement surdéterminé, par exemple, par la présence d’oxygène et le grattage (ici deux causes partielles). En ce qui concerne l’exemple de la pluie causée par la condensation de vapeur d’eau de plus en plus importante, le phénomène des gouttes d’eau devenant de plus en plus lourdes n’est pas un cas de surdétermination. La cause de la pluie n’est pas surdéterminée par les différentes parties du nuage. La pluie est une réaction en chaîne.

    Dans le cas du mental, la surdétermination se pose en raison du caractère irréductible du mental qui fonde la distinction. Y a-t-il la cause mentale et, en plus la cause physique qui agissent de conserve pour produire un effet ou sommes-nous en présence d’un cas de surdétermination ? Si l’on admet que la voix mentale et la voix physique emprunte deux chemins causaux différents, nous somme devant un cas de surdétermination qui doit recevoir une explication. On peut admettre l’existence, pour le mental d’une surdétermination systématique ou dénier qu’il s’agit d’un cas standard de surdétermination (cas des tireurs dans un peloton d’exécution).

  8. julien dutant dit :

    Cher François,

    Je suis d’accord que le cas du mental est à part, parce qu’il semblerait impliquer une surdétermination (a)systématique et surtout (b)entre deux genres de chose/pptés significativement différents.

    Ce qui me semblait intéressant de remarquer (sans savoir si cela a des conséquences significatives) était juste que le fait qu’on classe un cas comme un cas de surdétermination dépend de la façon dont on « compte » les causes. (Je ne sais pas si nous sommes d’accord là-dessus.) L’allumette frottée fournit un bon exemple: le souffre qui couvre le bout de l’allumette est clairement une cause partielle de son allumage. Au moins au sens suivant: s’il n’y avait pas de souffre, l’alumette ne s’allumerait pas. Mais clairement en même temps il y a plus de souffre que strictement nécessaire pour l’allumage, surtout si elle est bien frottée – les fabricants « assurent » le coup en en mettant un peu plus. Du coup si on s’intéresse aux *parties* du bout de souffre, on peut dire qu’elles surdéterminent l’allumage.

    Cela dit cette surédetermination est bizarre parce qu’elle est collectivement partagée. C’est analogue au vote: supposons qu’un candidat gagne avec une marge de 5000 voix; alors il est vrai que pour chaque personne ayant voté pour lui, si elle seule n’avait pas voté, le candidat aurait tout de même été élu. Mais en même temps, si aucun d’entre d’eux n’avait voté, il n’aurait pas été élu. Du coup, qui l’a élu? De même, dans le cas d’une allumette, on retrouve le même paradoxe si on se demande quelles molécules de souffre l’a allumée.

  9. julien dutant dit :

    (« l’ont allumée », pardon)

  10. Francois Loth dit :

    Cher Julien,

    On ne compte pas ces cas comme des cas relevant de la surdétermination car elles ne sont que des parties de la même cause. La surdétermination causale s’entend comme la présence de deux causes différentes. De plus si on s’accorde à dire que les relata de la causalité sont des événements, ce qui compte c’est la propriété pertinente dans cet événement. Pour l’allumette qui s’enflamme ce qui compte c’est l’instance des propriétés du grattoir, du produit inflammable à l’extrémité de la tige de bois dans un environnement gazeux adéquate. La quantité de produit inflammable n’est pas vraiment en jeu. Il y a certes besoin d’une quantité minimale de produit inflammable pour que l’allumette « craque » mais le surplus ne surdétermine pas la cause comme le ferait une seconde instance de propriété.
    Quant à la cause d’une élection, nous quittons le monde naturel qui nous permet de comprendre la causalité comme production pour une causalité mettant en jeu des propriétés purement normatives. Ici, le seul compte-rendu causal utilisable serait celui de la dépendance contrefactuelle. Cette dernière (le dépendance contrefactuelle) fait l’affaire pour le mental lorsque l’on estime que l’esprit n’est relié au physique que de façon contingente, mais si on pense que le lien mental/physique est plus sérieux, bref si on est un minimum physicaliste, ce compte-rendu ne peut être choisi.
    Reste que pour l’élection comme pour l’allumette, on ne peut compter cela comme de la sudétermination.

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