Le tropiste, un ami nominaliste des propriétés

 

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boule-rouge2Lorsque nous disons de cette boule qu’elle est rouge ou qu’elle est ronde, on lui attribue la propriété d’être rouge ou d’être sphérique. Mais il nous faut bien rendre compte de la validité de ces attributions. Une solution consiste à postuler des universaux et de dire qu’une propriété comme être rouge est universelle. Cette entité est universelle car elle est entièrement  logée dans différents endroits en même temps. Ainsi, ce qui rend vrai que cette boule est rouge c’est que la boule est vraiment reliée, on dira qu’elle instancie, à l’universel de la rougeur. C’est la solution universaliste.

Une autre solution consiste à dénier que les propriétés sont universelles. C’est la position nominaliste.

Les nominalistes (du Moyen-Âge) n’aiment pas les universaux. Les nominalistes modernes, quant à eux, sont divisés et la bataille métaphysique s’est singulièrement embrouillée. On reconnaît deux sortes de nominalisme : (i) celui, contre le réalisme, qui affirme qu’il n’y a pas d’universaux et (ii) celui, contre le platonisme, qui rejette les objets abstraits.

Certains métaphysiciens, et là les choses se compliquent, rejettent les objets abstraits, mais acceptent les universaux. C’est le cas de David Armstrong par exemple qui soutient qu’il n’existe que des particuliers (contre les objets abstraits) mais que les universaux sont dans les particuliers (réaliste).

Un nominalisme que l’on peut qualifier d’extrême affirme, lui, qu’il est impossible de fournir un compte rendu qui ne soit pas circulaire lorsque l’on postule l’existence de propriétés. Dans son célèbre article On What there is (1953, p. 10) Quine argue que nous pouvons effectivement bien former des expressions contenant un terme comme « rougeur », mais qu’il n’existe pas d’entités, appelées « propriétés ». La raison en est que puisque « nous n’avons aucun indice quant aux circonstances dans lesquelles on peut dire que des attributs sont les mêmes ou différents » les attributs ou les propriétés ne possèdent pas de principe d’individuation clair : ce sont des entités intensionnelles.[1] Autrement dit, pour Quine, les prédicats n’obtiennent pas leur signification au moyen d’une référence. Une phrase est vraie si et seulement si le sujet satisfait le prédicat ; et un prédicat est correctement attribué à un sujet, si et seulement si le sujet est de la sorte que le prédicat affirme qu’il est. Quine (p. 13)  explicite, écrit « ‘Certains chiens sont blancs’ dit que certaines choses qui sont des chiens sont blanches, et afin que cela soit vrai, les choses que la variable ‘quelque chose’ parcourt, doivent inclure certains chiens blancs, mais n’a pas besoin d’inclure le genre chien ou la blancheur » Néanmoins, dans Word and object, (1977, p. 365 – 371), il accepte l’existence de classes abstraites dont a besoin pour formuler « un système scientifique moderne du monde ». Contre celui d’Armstrong, le nominalisme de Quine admet l’existence des objets abstraits et refuse les universaux et les propriétés.

Il en existe d’autres des nominalismes (ils ne sont pas tous cités dans ce billet) comme celui qui nie l’existence qu’il puisse exister un problème dans la manière de rendre compte de la sphéricité de la boule ou de sa rougeur. Ces nominalistes là font l’autruche (Ostrich Nominalism).

Un nominalisme, récemment réactualisé par Gonzalo Rodriguez Pereyra, porte le nom de « nominalisme de la ressemblance ». Selon ce nominalisme, ce qui rend vrai certaines attributions de propriétés aux particuliers c’est que certains se ressemblent. Par exemple, ce qui rend vrai que la boule est rouge est que la boule ressemble à d’autres boules rouges, à des tomates, des fraises, etc. Pour ce nominalisme, c’est la ressemblance elle-même qui fait la propriété.

Le nominalisme qui est vraiment l’ami des propriétés est le tropisme. Pour lui, la propriété, comme la rougeur de cette boule, est un particulier comme la boule elle-même. Ainsi, parce qu’elles sont particulières, les propriétés ne peuvent pas être à plus d’une place en même temps. Ces propriétés entendues de cette manière sont des tropes. Ce qui rend vrai que la boule est rouge est un certain trope rouge. L’universalité est une classe de tropes qui se ressemblent.

 

 

Références

 

PEREYRA, G.R. (2002) Resemblance Nominalism. A Solution to the Problem of Universals, Oxford University Press.

QUINE, W.V.O. (1948) “On what there is” in From a Logical Point of View, (1953) Deuxième Edition , Cambridge, MA, Havard University Press, (1964), p. 1-19.

QUINE, W.V.O. (1960) Word and object, Cambridge, MA: MIT Press, Trad. franç. J. Dopp et P. Gochet, Le mot et la chose, Flammarion (1977).


[1] Qui n’est pas extensionnel. L’intension correspond plus ou moins au sens et l’extension à ce qui dénote.

 

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6 commentaires pour Le tropiste, un ami nominaliste des propriétés

  1. bobby dit :

    bonjour,
    j’aimerai savoir en quoi l’utilisation des mondes possibles et par là même ,la position possibliste présente des avantages par rapport à l’actualisme (si il est possible d’opposer ,grosso modo ,actualisme (platinga actualisme serieux) vs possibilisme (nef dans son traité d’ontologie (platoniste,possibiliste et tropiste )
    Précisément , pourquoi l’utilisation des mondes possibles s’est plus ou moins imposée (un peu comme la théorie des cordes )
    enfin ,si on est tropiste ,qu’on croit que les tropes existent ,et qu’on est possibilistes ,est-ce qu’il existe des contreparties de tropes ? est ce qu’un monde possible peut être un trope ?
    merci à l’avance d’une réponse ,je n’ai aucune formation en logique mais cette histoire de métaphysique analytique me passionne

  2. Francois Loth dit :

    Merci pour vos commentaires.

    Sans doute vous faut-il vous armer d’un peu de patience et entreprendre de bonnes lectures… afin de bien délimiter les domaines dans un premier temps. Par exemple, la théorie des mondes possibles n’a rien à voir avec la théorie des mondes multiples de la mécanique quantique. Si cette dernière s’occupe de l’indétermination des mesures en mécanique quantique, la théorie des mondes possibles tente, elle, de rendre compte de la modalité.
    Les tropes quant à eux, sont les propriétés particulières des choses.

    Bon courage !

  3. bobby dit :

    merci d’avoir pris le temps de me répondre

  4. Bonsoir,

    Si le réalisme à propos des mondes possibles ne vise originellement pas à rendre compte des probabilités en mécanique quantique, je nuancerai cependant l’affirmation selon laquelle les mondes possibles et la mécanique quantique n’ont rien à voir.

    Je pense en particulier au modèle métaphysique de McCall. Ce dernier distingue de manière assez classique possibilité physique, et possibilité métaphysique. Il défend un réalisme modal en ce qui concerne la possibilité physique, et ceci uniquement à propos des états futurs de l’univers. Selon lui, la réalité a la forme d’un arbre. Le passé et le présent sont actualisés, et constituent le tronc de l’arbre. Cependant le futur existe de manière multiple, chaque branche de l’arbre correspondant dans la métaphore à un futur possible. Il défend ainsi une théorie actualiste à propos du passé et du présent, et un réalisme modal en ce qui concerne le futur (un réalisme modal modéré, car il ne s’agit que de la possibilité physique, et non pas de la possibilité métaphysique).

    Cette possibilité physique découle d’une caractéristique intrinsèque de la réalité : le fait qu’elle est indéterminée. C’est ici qu’apparait le lien avec la mécanique quantique. Les probabilités d’effondrement de la fonction d’onde décrite en mécanique quantique témoignent de l’existence objective des différentes branches. En caricaturant, si vous avez une probabilité de 1/2 pour un état A après effondrement, et une probabilité de 1/2 pour un état B après effondrement, c’est parce que ces deux états correspondent à deux états futurs possibles de l’univers, qui existent (réalisme modal modéré). Lors de l’effondrement de la fonction d’onde, l’un des deux mondes possibles disparait, laissant un unique état actuel de l’univers, l’état présent (actualisme modéré).

    Je signale cette théorie simplement pour montrer que des personnes se sont intéressées aux convergences entre mécanique quantique et réalisme modal. La théorie de McCall présente à mon avis des défauts rédhibitoires, mais c’est une autre histoire.

    Référence :

    Storrs McCall (1994), A Modele of the Universe : http://www.amazon.fr/Model-Universe-Space-Time-Probability-Decision/dp/0198240538/ref=sr_1_1?ie=UTF8&s=english-books&qid=1264968289&sr=1-1 .

  5. Il s’agit de ne pas se tromper !

  6. tophitt dit :

    tophitt

    Le tropiste, un ami nominaliste des propriétés | Métaphysique, ontologie, esprit

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