Entracte (Kit de survie)

Roger Pouivet, Philosophie Contemporaine

 

Au milieu du chemin de notre vie
je me retrouvais par une forêt obscure
car la voie droite était perdue.

Dante, La divine comédie

 

 

 

Je n’ai jamais été un jeune philosophe. Lorsque je suis entré à l’université pour étudier la philosophie, la classe de terminale, avec son art de la dissertation, de l’explication de texte, le programme des notions, était un souvenir perdu. D’emblée l’on m’a suggéré  – la voix faisait autorité – que je ferais mieux de renoncer à cette tocade : « Faire des études de philosophie, ce n’est pas pour vous ! » m’a-t-on dit. On m’a fait comprendre que la philosophie du concours de l’agrégation qui, avec la recherche, était l’un des objectifs des études universitaires prenait appui sur ce qui était enseigné dans la classe de terminale. Néanmoins, j’ai résisté, signé mon inscription et suis parvenu à suivre un certain nombre de cours, c’est-à-dire peu, en raison de mes activités professionnelles qui n’avaient rien à voir avec la philosophie.

Ce qui précisément m’avait motivé à entamer ce parcours d’études n’était pas très net mais tout me captivait. Des professeurs parlaient dans des amphis, le plus souvent très clairsemés, et nous livraient des théories. Il fallait lire, relire, se perdre et lire encore et quelques années plus tard, les choses progressivement, pour moi ainsi que pour beaucoup de mes plus jeunes compagnons, se clarifièrent. Ce qui se clarifia ne fut pas tant la soudaine arrivée d’une concorde dans ce désaccord perpétuel que constituait les interventions de nos professeurs, mais l’émergence de deux traditions qui nous poussaient à l’engagement en faveur de l’une ou de l’autre (1).

L’université dans laquelle j’eus la chance de mener ce parcours (Université de Rennes1) était ouverte à ces deux traditions : l’analytique et la continentale. De ces deux traditions, Roger Pouivet, qui était un de nos professeurs, se présentait comme un ambassadeur de la méthode analytique.

Dans le livre qu’il vient de faire paraître au PUF, Philosophie contemporaine, le même Roger Pouivet, évoque lui aussi ses premières années d’étudiant et le dédale, voire la confusion qui avait été sienne à l’époque. « Comment s’orienter dans la forêt obscure de la philosophie contemporaine ? » se demande rétrospectivement l’ancien étudiant. Le livre, qui n’est  ni une encyclopédie, ni un survol ou un pense-bête nous précise l’auteur, mais un « kit de survie », se veut une aide – il s’agit d’éviter de se perdre dans cette forêt obscure de la philosophie contemporaine. Alors on nous indique « les principaux embranchements » d’une géographie que l’auteur ne cantonne pas à « la conception scolaire de la philosophie française, liée à son implantation dans l’enseignement secondaire », mais ouvre à la perspective internationale. Le livre est ambitieux et veut être une métaphilosophie c’est-à-dire une philosophie de la philosophie du XXe et XXIe  commençant.

Divisé en six chapitres (Philosophie analytique et philosophie continentale – Philosophie et histoire de la philosophie – Le rôle de la logique en philosophie – Réalisme et antiréalisme – Epistémologie et éthique des croyances – L’esprit, l’âme et le corps), l’ouvrage se propose de faire « gagner du temps » à l’étudiant. La méthode y est claire et intelligible. Il s’agit pour l’étudiant de reconnaître l’option méthodologique qui préside aux ouvrages qu’il doit lire ou aux exposés qu’il écoute. Au début de chaque chapitre, l’auteur nous présente le problème tel qu’il se pose dans le cursus national et se propose de l’étendre bien au-delà de ce qui constitue l’espace philosophique de l’enseignement secondaire en France. C’est ainsi, que délibérément, Roger Pouivet réaménage l’espace du cadre de la philosophie contemporaine, se détachant de la « forme marginale » de la tradition de l’enseignement français, mais s’écarte également de la philosophie qu’il qualifie de  « médiatique », philosophie des magazines, des radios, des livres à grands tirages. Le propos, alors explicitement universitaire, se fonde sur un apprentissage spécifique qui ne se cantonne pas à une certaine culture littéraire ou la discussion des grandes questions morales. « [… comme en physique ou en chimie, il n’y a aucune raison pour que la philosophie ne requière pas un apprentissage et des compétences. » écrit Pouivet (p. 18). De plus, si à la fin de chaque chapitre, l’auteur nous propose des conseils de lecture, le manuel est ponctué d’éclairages, (douze au total) et qui sont autant de synthèses indispensables à la bonne « navigation » recherchée.

Si l’étudiant, perdu dans la forêt conceptuelle de ses premières années d’études universitaires, peut, grâce à cet ouvrage, installer des balises dans son univers intellectuel, il y découvrira aussi, l’existence de ces deux grandes traditions – l’analytique et la continentale – et l’inévitable choix qu’une telle dichotomie des méthodes et des objectifs ne peut qu’engendrer. En effet, alors que le premier chapitre s’en fait explicitement l’écho, l’auteur soutient ouvertement sa préférence pour la pratique analytique. De plus, une fois l’option défendue on voit celle-ci se diffuser tout au long de l’ouvrage, et former un ancrage à partir duquel les autres approches seront analysées – la phénoménologie, par exemple, y est sévèrement attaquée lorsqu’elle manifeste, selon l’auteur, une certaine marque de la philosophie contemporaine : la confusion.

Les choix effectués au sein de cette présentation de la philosophie contemporaine traduisent également cet ancrage analytique. C’est purement méthodologique de la part d’un philosophe analytique de procéder de la sorte et de planter d’emblée la thèse défendue. Certes, l’ouvrage de Roger Pouivet n’est pas construit comme une thèse qu’il chercherait à justifier et à défendre. Cependant, être ancré dans un courant, le dire clairement et le soutenir permet la confrontation et, à partir du moment où l’on considère – contre le post modernisme par exemple – que ce qui fait la valeur d’une thèse est sinon sa vérité, du moins, la plausibilité de ses assertions, alors c’est la suspension aléthique elle-même qui devient la curiosité. Ainsi, du rôle de la logique, à la critique de l’histoire de la philosophie comprise comme seule herméneutique et qui ne peut rediscuter les thèses passées, en passant par le renouveau métaphysique contemporain et l’introduction de la philosophie de l’esprit (2), c’est véritablement un pont plutôt qu’une rupture que la philosophie analytique cherche à construire avec la tradition, reformulant, plutôt humblement, des problèmes qui ne cessent de se poser aux sciences comme par exemple : Qu’est-ce qu’un objet ? Un événement ? Mais que sont les propriétés des choses ?

Comme je le disais dans la petite note biographique commençant ce billet, Roger Pouivet, mais également Frédéric Nef, Sandra Laugier, Sacha Bourgeois Gironde, et bien d’autres professeurs qui ont enseigné à l’université de Rennes la tradition analytique ont contribué chacun à fixer, selon moi, une manière de faire de la philosophie, qui ne devait rien à la tradition de l’enseignement secondaire. Ainsi, alors que le souvenir de la classe de terminale était littéralement perdu, que l’avertissement préalable que les études de philosophie ne pouvaient pas me convenir mais devait me conduire à l’impasse, la rencontre avec un projet philosophique basé sur l’argumentation, la clarté, la visée revendiquée du vrai, le caractère direct des problématiques et la littéralité des formulations, m’a permis de construire ma recherche. Une recherche qui non seulement s’articule avec la tradition héritée de l’histoire de la philosophie mais qui, au-delà de la pratique spécifique de l’enseignement philosophique en France, s’inscrit dans un espace scientifique international.

De tout cela, de la confusion de la philosophie contemporaine considérée du point de vue de la philosophie analytique, de la menace que fait peser l’abîme entre les différents courants sur l’unité de la philosophie, il est question dans ce livre. Ainsi, loin de tout oecuménisme entre les courants, les modèles et les styles, l’ouvrage de Roger Pouivet apparaît comme un peu plus qu’un « kit de survie » quand « la voie droite nous a été perdue », mais constitue une véritable contribution à ce qui doit nous permettre de penser ce que l’auteur questionne à maintes reprises (3) et qu’il n’ose pas encore appeler « schisme. »


(1) Que l’on pense à l’initiative de Martin Mongin par exemple, compagnon d’amphi à Rennes1.

(2) Pour dépasser le paradigme cartésien de la relation du corps et de l’esprit, l’auteur propose d’introduire, parallèle à la philosophie de l’esprit, une « philosophie de l’âme ». Un bel exemple, certes très discutable, du dessein de la philosophie analytique qui prône une certaine unité de la philosophie, de Platon à …

(3) « N’est-on pas parvenu à tel degré de différence qu’il conviendrait de se demander ce qui reste commun aux deux conceptions de la philosophie ? Ne s’agit-il pas simplement d’une homonymie ? » (p. 39), ou encore, « Les deux types de philosophie, analytique et continentale, ne reviennent-ils pas en réalité à deux disciplines différentes ? » (p. 50).

 

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14 commentaires pour Entracte (Kit de survie)

  1. philalèthe dit :

    Merci d’attirer mon attention sur ce livre de Pouivet que vous me donnez envie de lire, bien que je ne sois plus étudiant ! J’ajouterai cependant deux remarques:
    1) d’abord l’opposition philo analytique / philo continentale que vous présentez comme deux voies incompatibles n’est pas toujours jugée aussi clairement tranchée, même dans la tradition analytique, comme en témoigne par exemple Hans-Johann Glock dans son dernier livre (What is analytic philosophy ? Cambridge University Press 2008): il y explique de manière convaincainte qu’aucun des critères traditionnellement retenus ne permet de distinguer toutes les oeuvres analytiques de toutes les oeuvres continentales et conclut que seul un air de famille unit les oeuvres de philosophie analytique.
    2) ensuite , bien que vous ne le disiez pas ni même ne le suggériez, on pourrait en retenant la différence personnelle que vous avez faite entre la Terminale et certains enseignements du Supérieur en conclure tout à fait abusivement que les élèves de Terminale sont tenus à l’écart de la philosophie analytique. Or, il me semble que ça dépend des professeurs et que si la philo analytique est sans doute au lycée beaucoup moins enseignée que la philo continentale, elle n’est pas essentiellement exclue de cette première initiation à la philo. Car vous conviendrez bien avec moi que ni les exercices (dissertation et commentaire ) ni le programme notionnel n’excluent par définition la philo analytique. Dissertation et commentaire analytiques ne sont pas cercles carrés et le programme en tant que notionnel se prête d’ailleurs mieux à une approche analytique que s’il était centré sur l’enseignement de doctrines. Je vous accorde tout de même bien volontiers que l’Inspection Générale est plus centrée sur la philo continentale que sur la philo analytique et que donc un enseignement de philo analytique pur et dur en Terminale ferait courir aux candidats des risques certains au moment de l’épreuve. Mais avec le temps la philo analytique, s’installant de plus en plus à l’Université, entrera par là même dans l’enseignement secondaire.

  2. LEMOINE dit :

    Je suis toujours surpris par cette revendication de la philosophie analytique à être plus qu’une autre « basée sur l’argumentation, la clarté, la visée revendiquée du vrai »

    On peut certes facilement citer des écrits philosophiques obscurs, aux thèses irrationnelles. Mais ces exceptions souvent brillantes ne peuvent cacher le fait que dans l’ensemble la philosophie, du présent comme du passé, est rationnelle et qu’elle vise à clarifier (sans refuser la complexité).

    Si on considère les échantillons de philosophie analytiques qui nous sont proposés par exemple par la revue en ligne Klesis, on n’est pas forcément convaincu qu’elle a une qualité supérieure. Je peux prendre pour exemple l’article sur le « problème de Gettier » qui s’obstine à réfléchir sur la connaissance en la définissant à partir de Platon comme une « croyance vraie ». Cette définition si je me rappelle bien est en fait remise en doute par Platon lui-même à la fin du Théétète. Quoiqu’il en soit elle n’est manifestement pas tenable pour la simple raison que la connaissance est affaire collective, qu’elle est construite et vérifiée collectivement. Je m’étonne qu’on puisse revenir des années durant sur ce « problème » sans en remettre en question les prémisses.

    J’admets que cet exemple ne vaut pas nécessairement pour toute la philosophie analytique. Seulement il n’y a que la philosophie analytique qui veut qu’il y ait une façon de philosopher supérieure à l’autre.

  3. philalèthe dit :

    Monsieur Lemoine: Je ne comprends pas pourquoi on ne peut pas à la fois définir la connaissance comme une croyance vraie (c’est d’ailleurs une définition incomplète et selon Platon et selon Gettier et selon Dutant !) et mettre en évidence la dimension sociale dans la genèse de la connaissance. « Croyance vraie collective » n’est pas une contradiction dans les termes.

  4. LEMOINE dit :

    Ce n’est sans doute pas le lieu pour lancer une discussion sur le problème de Gettier, je vous ferais seulement observer qu’il ne travaille que sur des exemples individuels et non sur des savoirs collectifs : la collègue, la bergère etc
    Par ailleurs quand on a une croyance on la suppose toujours vraie (une croyance à laquelle on ne croit pas n’est pas une croyance).

    D’autre part, il n’est pas contestable que le soin des brebis exige des connaissances (qui ne seront pas les mêmes au 21ème siècle et il y a 2000 ans) mais que croire avoir vu un objet, ce n’est rien d’autre que croire avoir vu un objet. Personnellement, dans des cas de ce type, j’utilise le mot « information » ce qui m’évite de tout confondre.

  5. Francois Loth dit :

    Réponse à Philalèthe

    Je vous remercie pour la référence du livre de Glock. J’ose espérer que l’usage du terme « air de famille » ne nous entraîne pas trop loin dans un relativisme plus ou moins œcuménique…

    Pour avoir eu cette chance, à l’université, de pouvoir profiter de l’enseignement de chacune de ces deux traditions, si l’on doit parler d’un « air de famille », il était remarquable que sur plusieurs points (place de la logique, rigueur des inférences etc.) les familles se distinguaient.

    Ce que je voulais faire remarquer et ce sur quoi insiste Roger Pouivet dans son livre, c’est que la philosophie continentale se confond quasiment avec la philosophie institutionnelle (classes de terminale de lycée, classes prépa., mais aussi radio, etc.).

    Pascal Engel nous offre ici, une synthèse de la situation institutionnelle de la philosophie analytique en France.

    Il y a deux jours, par exemple, Raphaël Endhoven sur France Culture, interrogeant Frédéric Nef sur la métaphysique (américaine) avait le plus grand mal à concevoir ne serait ce que l’ébauche d’une réponse ayant un sens, pour lui, à propos du renouveau métaphysique que l’on doit à la tradition analytique. Le métaphysicien analytique (Nef) connaît la philosophie continentale, mais le questionneur institutionnel, s’il sait jongler avec art des citations, ignore tout de la perspective féconde des thèses de la philosophie analytique.

    Le livre de Roger Pouivet ne peut cependant pas se réduire à une illustration de cette importante distinction. Il est, avant tout, vraiment un guide présentant tous les aspects de la philosophie contemporaine.

  6. Francois Loth dit :

    Réponse à Mr Lemoine :

    i) Il n’est pas question de prétendre à la qualité supérieure de la philosophie analytique. Il y a de bons arguments en philosophie qui nous donnent de bonnes raisons d’adhérer à certaines conclusions. C’est tout. Ce que vous mettez en évidence, c’est qu’il existe, oui, une façon « analytique » de faire de la philosophie, caractérisée sur ce qui peut parfois apparaître un peu trivial dans la mesure où l’on va rechercher à approfondir, à l’aide d’arguments détaillés certaines questions, comme celle de la philosophie de la connaissance : qu’est-ce que connaître et quelles en sont les conditions ?

    ii) Une croyance peut être vraie ou fausse. Lorsque l’on parle d’une croyance, on parle d’une attitude et d’un contenu propositionnel. Ce contenu peut être vrai ou faux. La question du vrai et du faux est une question qui a à voir avec la sémantique.
    Dans le problème de Gettier, il s’agit de justification épistémique et la vérité de la croyance, c’est-à-dire, que l’énoncé propositionnel soit vrai, est une des trois conditions de la connaissance (croyance, vérité et justification). Dans le kit de survie de Pouivet, un chapitre entier (5) est consacré à l’épistémologie.

    iii) Il est vrai que l’épistémologie à la française est synonyme de « philosophie des sciences » (Bachelard, Canguilhem…). Ce à quoi Julien Dutant fait référence dans son article est l’épistémologie comprise comme philosophie de la connaissance. On se pose alors la question de savoir si la connaissance est possible et par là de répondre au scepticisme. On cherche alors à quelles conditions la connaissance est-elle possible. Cette question n’est, en effet, pas posée par la philosophie continentale, qui semble plus intéressée par l’interprétation sociologique du savoir, le rapport au pouvoir par exemple (Foucault), que par l’examen minutieux d’une réponse à donner au sceptique.

  7. philalèthe dit :

    J’aurais dû employer un autre mot qu´ »air de famille » !
    Glock met juste en évidence la très grande diversité, voire hétérogénéité de la philo analytique et du coup la difficulté de construire une distinction avec la philosophie continentale qui ne s’appuie pas seulement une partie de la production analytique. Ceci dit, je comprends que quand on conçoit un livre comme un kit de survie on cherche plus à orienter qu’à désorienter en insistant sur la complexité de la philo analytique en elle-même et dans sa relation avec la philo continentale.

    Quant à la philo institutionnelle à laquelle vous vous référez, elle inclut aussi la philo analytique, comme le prouve l’éditeur du livre de Pouivet PUF et la collection: Licence Philo. Il me paraît plus exact de dire que l’institution est divisée mais bien sûr l’institution est majoritairement continentale et dans le secondaire la philo analytique est moins représentée mais ça changera !

    Quant aux médias, ils ont généralement une représentation de la philo qui est fausse du point de vue même des philosophes continentaux. L’institution philosophique scolaire a des règles, des valeurs, des pratiques qui ne sont pas connues généralement des médias. Ces derniers sont plutôt porteurs d’une image partagée par beaucoup d’élèves avant de faire de la philo: ils attendent de la philo la Clé de l’existence mais quel est le professeur de philo , continental ou pas, dans le secondaire, en prépa ou dans le supérieur, qui reprendrait à son compte ce mythe de la philo ? Ce dernier est un obstacle à des études philosophiques sérieuses, qu’elles soient analytiques ou continentales.

    Certes il va de soi que les plus instruits des journalistes ont statistiquement plus de chances de s’être frottés à la philo continentale qu’à la philo analytique… Mais là encore c’est une affaire de temps.

  8. laurence harang dit :

    La prétention existe dans tous les domaines, analytique ou continentale ! La question est de savoir s’il est nécessaire de vulgariser la philosophie. Bien-sûr, Raphaël Enthoven fait des erreurs…Mais il existe aussi un risque; celui de rendre la philo inaccessible.
    Pour ma part, j’ai une préférence pour la philo analytique, mais je la reconnais en tant que telle. Telle est ma devise.

    PS: en Terminale, pratique tous les genres; on peut aussi retenir l’aspect méthodologique dans la manière de formuler des problèmes (en philo analytique).

  9. Francois Loth dit :

    Bonjour Laurence

    Sur la question de la « vulgarisation » de la philosophie, Roger Pouivet dans son livre – dans ce qu’il nomme un éclairage (il s’agit du n°1) – s’appuyant sur le livre de Jacques Bouveresse, La demande philosophique. Que veut la philosophie et que peut-on vouloir d’elle ?, installe le phénomène des nouvelles pratiques que sont les forums, cafés ou « goûters » philosophiques, sous l’éclairage contrasté de la difficulté de la philosophie. Il écrit : « La philosophie est difficile, d’une rentabilité cognitive souvent faible, ardue, complexe. Il n’y a aucune raison pour que les foules s’y adonnent. La popularité de la philosophie est généralement mauvais signe. »

  10. laurence harang dit :

    Bonjour François,

    En fait, il en faut pour tous les goûts ! Je m’explique. On peut travailler sur des choses pointues mais je ne pense pas qu’on doit refuser l’accès à la réflexion. Si par exemple, je voulais rendre un travail de recherche accessible, j’essaierais d’autres moyens d’approche. C’est pourquoi, j’aime bien le travail de prof de Terminale; après je peux explorer d’autres thèmes, libre à moi.
    Cela dit, j’aime bien Roger Pouivet.

  11. Mikolka dit :

    Bonjour,

    Tout d’abord, je vous remercie d’avoir écrit ce billet. Il m’a réellement conduit à me procurer le livre et à le lire (mais je n’en suis encore qu’au premier chapitre). Je voudrais faire plusieurs remarques:

    1) Ce qui m’a toujours énervé dans les histoires de la Philosophie contemporaine que j’ai pu parcourir, c’est qu’elles prétendaient être objectives alors qu’elles faisaient des choix manifestes en faveur de la « philosophie continentale ». Là, avec M. Pouivet, on a quelqu’un d’honnête, qui affirme que sa lecture est biaisée.

    2) Ce qui m’énerve aussi dans les histoires de la philosophie contemporaine, c’est le silence pesant sur la Philosophie analytique. Rares sont les études où les auteurs mentionnent les travaux des analytiques.
    (Ce qui pour moi reste assez mystérieux: quand on met face à face les travaux en épistémologie de Hempel ou de Ernst Nagel ou bien d’autres, et des travaux d’épistémologie « continentaux », j’ai beaucoup de difficultés à croire, même si l’on écarte la question de la vérité des travaux, qu’on puisse trouver un intérêt à l’approche continentale.)

    3) J’ai tendance à préférer la classification avancée par Pinto dans son livre « Philosophe: vocation et métier »: a) la philosophie républicaine; b) la philosophie postmoderne (qu’il nomme autrement, mais cela n’a aucune importance); c) la philosophie analytique (qu’il nomme : « philosophie professionnelle », qu’il trouve chez Descombes et Bouveresse, par exemple).

    L’analyse de Pinto est intéressante précisément parce qu’elle montre que la philosophie postmoderne se caractérise par son lien (théorique, historique et social) avec les mass media. Ce qui permet de dire, selon Pinto, qu’il y a deux philosophies institutionnelles: la philosophie républicaine et la philosophie postmoderne. Mais elles ne sont pas institutionnalisées de la même manière: la première l’est par les titres (prépa, ENS, agrégation, doctorat avec un maître), l’autre l’est (souvent) par la démagogie.

    Ainsi la question du rapport au public ne se pose-t-elle pas du tout de la même manière du point de vue de la philosophie postmoderne: il ne s’agit pas de vulgariser des théories très ardues (analytique), il ne s’agit pas d’apprendre à penser par soi-même et à être libre (républicaine), il s’agit de trouver sa légitimité.

    Amicalement,

  12. Francois Loth dit :

    Merci pour ce commentaire.

    Passé le chapitre premier, qui présente effectivement le clivage philosophie analytique/philosophie continentale, le livre, sans perdre la focalisation affichée du point de vue analytique, ne se réduit pas à cette discussion.

    On trouve également dans ce livre, des choses qui peuvent apparaître comme des curiosités, comme le supposé « retour » du point de vue thomiste en philosophie de l’esprit par exemple, ou encore le classement dans la catégorie « absurdité » la thèse réaliste de Lewis sur les mondes possibles, ou celle de Quine sur l’indétermination de la référence…

    Bref, parfois le kit de survie censé nous éclairer et nous guider dans la jungle emprunte parfois des voies un peu obscures et certains raccourcis préremptoires.

  13. Marc dit :

    Merci pour votre billet qui m’a donné envie de lire ce livre. N’ayant commencé à m’intéresser à la philosophie analytique que depuis peu, je le trouve très utile.

    Sinon, voici une anecdote : pendant la pause d’un cours fait par un professeur canadien sur la philosophie politique contemporaine, le prof discute avec les étudiants (tous bac + 4). La conversation vient rapidement sur la différence de l’enseignement entre le Canada et la France, et le prof évoque l’expression de « philosophie continentale » en rappelant donc l’opposition analytique/continentale. Exclamation étonnée d’un étudiant : « c’est pas vrai ! »

  14. Jean-François dit :

    Cher Monsieur,
    La lecture du début de votre billet m’a fait une drôle d’impression tant j’ai eu le sentiment de m’y reconnaitre. « Vieil « étudiant en philosophie à l’Université de Liège s’efforçant tant bien que mal de concilier vie professionnelle, familiale et passion pour le réalisme moral, j’ai trouvé dans votre description bien des échos familiers…
    Par ailleurs merci pour la présentation du travail de R Pouillet que je ne connaissais pas et que je découvre avec beaucoup d’intérêt ainsi que pour l’ensemble de votre site que j’ai découvert par hasard en cherchant des informations sur F. Nef et qui se révèle une mine d’informations précieuse et passionnante.

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