Un monde possible de zombies

 

 

Il paraît bien difficile de concevoir qu’il puisse exister des zombies dans notre monde actuel. Cependant, certains philosophes pensent qu’ils sont logiquement possibles. Par « logiquement possible », il faut comprendre que l’idée de la possibilité des zombies est consistante et qu’il existe au moins un monde possible dans lequel existe des zombies. Si c’est le cas, si nous pouvons concevoir des zombies, si la notion de zombies est cohérente, affirme David Chalmers (1996, p. 96), alors nous devons accepter que nous sommes dans l’impossibilité d’expliquer la conscience à l’intérieur du physicalisme.  

Un monde de zombies est un monde physique comme le nôtre et qui partage toutes nos lois physiques. Cependant, dans notre monde, il n’y a pas de zombies – enfin, nous le croyons, et les zombies aussi le croient !

Chalmers soutient que les lois qui nous permettent d’être conscients sont ancrées dans les structures fonctionnelles du monde physique. Si vous êtes conscient, c’est parce que vous possédez un type d’organisation fonctionnelle et parce qu’une loi de nature associe les expériences de conscience avec ce genre d’organisation fonctionnelle. Dans un monde de zombies, cette dernière loi de nature n’existe pas.

La possibilité des zombies se fonde sur l’idée que la conscience serait reliée de façon contingente aux processus et états physiques. Pour Chalmers, les faits de la conscience ne surviennent pas « logiquement » sur les faits physiques (1996, p.36). D’une manière générale, tous les faits de notre monde surviennent logiquement sur les faits physiques, mais un seul type de faits résiste : les faits de la conscience. Autrement dit, si un certain arrangement de particules forme la base subvenante du fait d’être un homme, le fait d’être dotée d’une conscience, quant à lui, nécessite qu’il existe une certaine loi de nature contingente liant le fait de conscience à cet arrangement de particules.

La survenance logique revient à penser que si l’on parvient à organiser correctement les parties vous créez le tout. La survenance naturelle, par contre, dit que si vous arrangez correctement les parties, alors, étant donné certaines lois de nature, un nouveau genre d’entité voit le jour. La survenance naturelle apparaît alors comme une relation entre des niveaux d’être.

Certes, le monde se présente à nous avec des niveaux de complexité et d’organisation, mais peut-on parler de niveaux d’être ? La conscience serait alors un phénomène de niveau supérieur qui, sur la base de lois de nature contingentes, proviendrait de phénomènes physiques mais occuperaient un espace ontologique isolé.

On peut réfuter l’argument de la possibilité des zombies en affirmant que les états d’esprits, dont les états de conscience, sont seulement des états fonctionnels. Ainsi, si deux agents sont dans le même état fonctionnel, ne prenant alors pas en compte les différences qualitatives des réalisateurs de ces états, ils partageront le même état mental. Pour Chalmers, la négation des qualia – c’est le point de vue de Daniel Dennett – est ici justement ce qui pose problème. Les zombies sont précisément comme nous ! Le fonctionnaliste « dur » peut reconnaître cette possibilité mais refuse qu’elle puisse être pertinente. Pour Dennett, l’hypothèse des zombies n’est qu’un simple contre exemple du fonctionnalisme. Est-ce qu’affirmer qu’un contre exemple est faux suffit à écarter une théorie ?

Rejeter la contingence des lois de nature revient à affirmer que les lois de nature sont ce qu’elles sont parce que les objets qui composent notre monde ont leurs propriétés essentiellement. Ces propriétés confèrent à leurs possesseurs des pouvoirs particuliers. Les qualités et les pouvoirs ne peuvent pas, si l’on dénie que les lois de nature sont contingentes, varier indépendamment les uns des autres. La possibilité des zombies dépend du rejet de cette thèse. Ainsi, en introduisant la possibilité des zombies dans la construction d’un argument qui finit par soutenir que l’explication de la conscience échappe au physicalisme, on soutient, de façon sous-jacente, un certain nombre de thèse ontologiques concernant les propriétés, les pouvoirs et les lois de nature.

Ainsi, la possibilité des zombies ne peut se fixer que sur certaines fondations ontologiques. En conséquence, mettre à jour ces fondations, les discuter, chercher à les soutenir ou vouloir les remplacer, c’est faire de la métaphysique.

Références

CHALMERS, D. 1996, The Conscious Mind: In Search of a Fundamental Theory, New York and Oxford: Oxford University Press.

CHALMERS, D. Zombies on the Web,http://www.u.arizona.edu/~chalmers/zombies.html

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24 Responses to Un monde possible de zombies

  1. patrice weisz dit :

    Il me semble que d’imaginer qu’une certaine organisation complexe de la matière puisse sous-tendre une conscience dans certains cas et pas d’en d’autres, toutes choses étant égales par ailleurs, c’est faire appel à des mondes possibles dans lesquels la substance même composant la réalité est différente, donc c’est invoquer plusieurs substances possibles, et quitter alors les théories monistes, s’il s’agit du même continuum spatio-temporel (indépendamment de la distance causale).
    S’il s’agit d’invoquer d’autres mondes-univers, dans des dimensions parallèles ou logés dans un avant big-bang hypothétique, cela reste-t-il encore un argument ontologique de poids ?
    Pourquoi , beaucoup plus simplement, ne pas imaginer que l’univers est fait d’une seule et même substance, dont les qualités spirituelles n’apparaissent qu’au-delà d’un certain seuil de complexité structurelle (celui du cerveau), tout comme les propriétés relativistes n’apparaissent qu’au-delà d’une certaine vitesse, ou l’indétermination quantique qu’en-deçà d’une certaine échelle, etc…
    Dit autrement, la substance de l’univers observée dans les conditions d’observation définies par les limites du champ expérimental scientifique n’est en première approximation , que de la matière aux propriétés purement physiques et déterminées par les lois de la nature.
    Par contre quand on se met à observer celle-ci intimement, « de l’intérieur », elle révèle des pouvoirs et des qualités que le microscope ne peut observer :
    Il n’y a que la matière complexe qui peut percevoir elle-même ses propriétés de haut niveau, dans un acte nécessairement réflexif, non accessible à tous instruments de mesure (ou tous sens humains extérieurs), trop rudimentaires dans leur organisation.
    Selon ce point de vue, rien n’a besoin de survenir « miraculeusement » et de façon contingente, il s’agit simplement de propriétés de haut niveau, dépendant d’un certain niveau d’organisation de la substance (autonomie, intentionnalité, etc..), qui ne peuvent plus être décrites par les lois de la physique habituelle.
    En bas de l’échelle de complexité, il y a la matière inerte (tas de sable) et graduellement au fur et à mesure que l’on s’élève dans la complexité structurelle, on décrit progressivement le règne du vivant (auto-organisation, téléonomie, etc..) jusqu’à arriver aux propriétés de haut niveau, les propriétés de l’esprit.
    La substance est unique, mais son degré d’organisation lui fait décrire tout le spectre allant des propriétés de la matière à celles de l’esprit, qui en deviennent nécessaires.

    Il ne s’agit pas de strates artificielles décrivant la même chose dans des ontologies différentes, mais de propriétés réelles de la substance dévoilées par des conditions extrêmes de complexité, comme la supraconductivité qui n’existe qu’à l’approche du zéro absolu, limite de température la plus basse possible dans notre monde.
    C’est mon point de vue ! En quoi n’est-il pas compatible avec les théories actuelles ?

  2. LEMOINE dit :

    Je ne suis pas sûr de bien comprendre, je me risque donc à essayer de transposer tout cela dans quelque chose qui pourrait en donner un double simple :

    Imaginer un monde de zombis serait comme imaginer une bibliothèque avec différents volumes, des dictionnaires, des encyclopédies, des traités, des romans etc. mais pas de langage. Le matériel physique de la bibliothèque serait présent mais non son contenu de significations.

    Un même discours, disons le récit de l’odyssée, est susceptible de réalisations multiples. On peut le trouver en un volume broché, sous forme de feuilles volantes. En ce sens il est susceptible de prendre une forme contingente. Le sens du récit ne peut se réaliser que sous un support, il est nécessairement lié à un support mais à l’inverse le support n’est pas lié par une loi naturelle au sens du récit parce qu’il pourrait n’y avoir aucun récit à réaliser. La loi naturelle qui lie le récit à son support est contingente et le support pourrait être lié à un néant.

    A vrai dire si j’ai bien compris, je ne vois vraiment pas où on veut en venir avec cela. On ouvre un espace pour un certain dualisme, on insiste sur le « mystère » de la conscience. On s’autorise un doute mais on apporte rien de positif ou de concret.

  3. Francois Loth dit :

    Réponse à Patrice

    i) L’introduction des mondes possibles est une façon de comprendre les modalités.

    ii) L’hypothèse des zombies nous permet de clarifier ce que l’on peut comprendre, non seulement par ‘phénomènes de conscience’ mais sous-tend également des conceptions ontologiques qui sont rarement évoquées dans les discussions à propos de la conscience. C’était l’objectif de ce billet : mettre en évidence cette ontologie sous-jacente.

    iii) Les billets sur la contingence des lois de nature ouvrent un grand nombre de problèmes métaphysiques : Existe-t-il, dans la nature, seulement des régularités accidentelles ou y a-t-il quelque chose de réel qui explique ces régularités. Si une loi de nature explique pourquoi l’antécédent est suivi par un conséquent, alors cette régularité est appelée régularité « nomique ». Armstrong est réaliste quant aux lois de nature.

    iv) Vous posez le problème des propriétés émergentes. Comment comprendre l’échelle de la complexité ? Que dire de la réduction psycho-physique ? Y a-t-il des niveaux d’êtres ou seulement des niveaux de descriptions ? La conscience est-elle une niche ontologique irréductible ?

    v) Vous « exprimez » votre ‘point de vue’ dites-vous ! La métaphysique n’est peut être pas un point de vue au sens ordinaire de l’expression, qui fait penser à une sorte de décision, mais la recherche de la meilleure ontologie, c’est-à-dire de ce que sont ces entités que l’on utilise sans trop se questionner comme les objets, les propriétés, les événements, etc. Et une bonne ontologie sera une ontologie puissante, une ontologie capable de recevoir les avancées de la science empirique. En effet, seule la métaphysique peut remplir cette tâche spécifique : construire la structure conceptuelle qui donne un sens à toutes ces découvertes.

  4. Francois Loth dit :

    Réponse à Mr Lemoine

    Le problème est plus grave avec les zombies, c’est que leurs pensées ont un contenu, ils ne leur manquent que les phénomènes de conscience.

    On ne peut pas parler de réalisation multiple concernant les différentes occurrences du récit de l’Odyssée. La réalisation multiple concerne les propriétés fonctionnelles.

    L’argument de la concevabilité des zombies n’est pas un argument philosophique facilement réfutable. Ce billet examine un biais pour le réfuter. Seule une conception contingente des lois permet de concevoir les zombies. La philosophie ce sont des arguments, ils peuvent, en effet, créer un doute dans nos certitudes. Les trouver inadmissibles est une chose, les réfuter, en est une autre. La philosophie apporte du « concret » et du « positif », car elle permet de clarifier nos concepts.

  5. Bonjour

    Un point que je ne comprends pas dans le texte, paragraphe 2 et 3 : « Un monde de zombies est un monde physique comme le nôtre et qui partage toutes nos lois physiques. (…) Dans un monde de zombies, cette dernière loi de nature n’existe pas. »

    Les expressions « lois physiques » et « lois de nature » ont-elles un sens différent ?

    > Si oui, ce n’est pas très clair (est-ce la « contingence » et quel type de loi pourrait-être fondé là-dessus, alors qu’une loi au sens usuel se définit par le fait qu’elle échappe à cette contingence ?).

    > Si non, le monde des zombies ne peut être dit « partager les mêmes lois » que le nôtre, puisqu’une au moins n’existe pas.

  6. herve dit :

    François

    Le problème est plus grave avec les zombies, c’est que leurs pensées ont un contenu, ils ne leur manquent que les phénomènes de conscience.

    Hervé
    Ce qui montre que l’hypothèse des zombis n’est que de façon secondaire liée au physicalisme. L’hypothèse des zombis commence par dissocier non seulement les états physiques des états de conscience, mais _d’une part_ les gestes, les expressions, les paroles, les pensées qui ont un sens pour ceux qui ne sont pas des zombis (il faut supposer qu’il y a des non-zombis autrement l’hypothèse est absurde) et _d’autre part_ les états de conscience.

    Or nous n’apprenons pas à utiliser le mot « conscience », à identifier des états de conscience chez nous et chez les autres, par la connaissance des lois physiques, mais par nos interactions expressives, gestuelles, verbales, etc. avec nos semblables. En d’autres termes, les états de conscience ne sont pas dissociables de leurs multiples modes d’expression, ce que nous disent aussi les chercheurs en psychologie cognitive : une intention est déjà une action, une mobilisation du système moteur quantitativement moins importante, mais semblable à l’action pleinement déployée. Ceci est confirmé a contrario, comme le souligne Marc Jeannerot (La Nature de l’esprit, pp. 146-147) après Binet : « (…) il est impossible par exemple de s’imaginer prononcer la lettre B si l’on garde en même temps la bouche grande ouverte, parce que le système moteur ne peut être engagé simultanément dans deux actions contradictoires. »

    A la suite de Wittgenstein, il convient donc « d’écarter la tentation de croire à la nécessité de ce qu’on appelle un processus mental de pensée, d’espoir, de désir, de croyance, etc, _indépendant_ (c’est moi qui souligne) du processus d’expression. »

    Les tenants de l’hypothèse des zombis cèdent allègrement à cette tentation.

  7. Francois Loth dit :

    Réponse à Charles Muller :

    i) Les lois de nature sont manifestement un souci de philosophes. D. Armstrong écrit dans What is a law of nature ? : Il n’y a qu’un seul point de vue véritablement excentrtique. C’est celui selon lequel, bien qu’il y ait des régularités dans le monde, il n’y aurait pas de lois de la nature. » Bref, quand les philosophes parlent de lois de la nature, ils font appel à la nécessicité et à l’universalité. La science utilise aussi le terme de loi, ‘loi d’Ohm’, ‘loi de conservation de l’énergie’, mais ne parlent pas de nécessité ni d’universalité. Un résultat scientifique ne fait pas appel à l’universalité ou à la nécessité. Dans le débat philosophique, les termes modaux de ‘nécessaire’, ‘possible’ et ‘réel’ sont alors particulièrement importants. On dit parfois que les lois de la nature sont des vérités que la science a pour but de découvrir. On peut se poser la question si c’est cela que l’on peut espérer de la science.

    ii) La contingence peut-être discutée autour de la question suivante : soit F et G, deux universaux qui sont reliés par une loi dans notre monde actuel. Se peut-il qu’il existe des mondes possibles dans lesquels les universaux F et G existent et qui ne pas seraient pas reliés par une loi ? Si on répond « oui » on soutient la contingence, si on répond « non », on considère que les lois sont nécessaires. Pour Armstrong, des états de choses sont constitués d’un particulier et d’un universel. La contingence s’exprime alors ainsi : si a est F et si b est G, l’état de chose a est G est aussi possible. On dira qu’il n’est pas nécessaire que a soit F.

    iii) Dans un monde possible, si l’on considère que la contingence des lois de nature est fondée alors, il peut exister des zombies, car dans ce monde possible, il existe bien sûr toutes les lois de la physique mais pas de loi de nature liant la consciences aux événements physiques.

  8. Francois Loth dit :

    Réponse à Hervé :

    L’argument de l’hypothèse des zombies est justement un argument dont la conclusion remet en cause le physicalisme. La discussion repose sur ce qui est ‘concevable’. Si quelque chose est concevable, elle est possible et nécessaire. L’argument modal est clairement présenté dans le livre de Pascal Ludwig et Filipe Drapeau Viera Comtim « Kripke : référence et modalités » aux PUF, 2005. Pour faire bref, il s’agit d’affirmer que nos intuitions modales à propos de l’identité esprit/cerveau sont vraies mais contingentes. Chalmers en soutenant qu’un monde de zombies est possible, rejoint Kripke.

  9. François Loth : merci des précisions. Le problème pour le scientifique (vs le philosophe), est que s’il établit une loi entre F et G, l’idée qu’il existe un autre monde où F et G ne sont pas liés par cette loi n’apporte rien de décisif à sa construction. Il me semble qu’en science, on parle des relations entre événements, donc qu’on ne peut parler de ce qui ne peut être mis en relation (par exemple, cela n’a pas de sens pour un physicien de parler de l’univers comme événement) et, en dernier ressort, de relations observables, mesurables (la quantique étant arrivée à un point où un très grand nombre d’hypothèses sont possibles, d’un point de vue mathématique, mais où très peu satisfont des conditions d’observation susceptibles de les valider ou invalider à court terme). Si je produis une loi scientifique sur le monde, l’assortir d’un opérateur du type « dans ce monde ci et peut-être pas un autre », cela n’ajoute rien en fait, puisqu’il va de soi que je parle du seul monde observable / modélisable.

    Le point que je saisis encore mal, c’est en quoi ce genre d’opérateur annihile le physicalisme dans le cas de l’esprit nous occupant ici. Car après tout, le « possible » des mondes possibles, s’il n’est pas contraint à la formalisation mathématique et à la vérification expérimentale, peut aussi bien s’étendre aux catégories modales dont vous parlez. Par exemple, dans le monde M, le nôtre, il existe un rapport nécessaire entre l’état physique P et l’état conscient C. Mais dans le monde possible M’, ce rapport n’existe pas. Le monde M est physicaliste du point de vue de la conscience, le monde possible M’ ne l’est pas. Qu’est-ce qui m’empêche d’imaginer cette possibilité-là ?

  10. Francois Loth dit :

    Réponse à Charles Muller :

    La philosophie, en postulant les lois de nature, cherche à donner un sens à la science et à ses résultats. C’est pourquoi il doit y avoir des lois de nature et nous devons le croire, affirment les réalistes.

    La contingence des lois est le fruit d’une possibilité épistémologique qui résulte peut-être de l’ignorance du résultat de l’enquête scientifique. Devons-nous en faire une possibilité métaphysique ? Nous pouvons, en effet, séparer la contingence épistémique de la contingence métaphysique.

    On peut en effet concevoir, selon D. Chalmers, que dans un monde possible, il n’y ait pas de lois reliant la conscience aux événements physiques. Cette possibilité, qui est simplement logique, menace le physicalisme, car elle rend saillant le fait que la conscience soit une addition d’être. Chalmers n’est pas le seul à enfoncer un coin dans l’édifice matérialiste. J. Kim lui-même, dont les arguments contre le physicalisme non réductible sont puissants, reconnaît que l’on peut tenir une position physicaliste sur presque tout ce qui concerne l’esprit, sauf pour les phénomènes de la conscience, (Physicalism or Something near enough, 2005), c’est d’ailleurs bien ce que me précise ici D. Chalmers dans un commentaire sur son blog, quand je lui écris que je ne pense pas que Jeagwon Kim soit devenu dualiste.

  11. LEMOINE dit :

    Si je comprends bien, l’hypothèse des zombis permet d’introduire une notion de conscience comme celle que pose Bergson quand il parle « d’une conscience qui ne serait pas solidaire des mouvements intra-cérébraux ».

    Curieusement d’ailleurs, dans La pensée et le mouvant, évoque l’idée de « mondes possibles ». Je vais essayer de retrouver exactement dans quel contexte et dans quel sens il utilise cette expression.

  12. LEMOINE dit :

    Bergson parle de monde possible dans la deuxième partie de La Pensée et le Mouvant dans « de la position des problèmes » mais c’est sur le mode critique.

    Il écrit qu’une « métaphysique vraiment intuitive » (c’est-à-dire sa prope philosophie) permet de penser l’unité du monde non comme prinicipe mais concrétement et effectivement. Et il ajoute : « Ce sera d’ailleurs une unité riche et pleine, l’unité d’une continuité, l’unité de notre réalité, et non pas cette unité abstraite et vide, issue d’une généralisation suprême, qui serait aussi bien celle de n’importe quel monde possible ».

    Je suppose donc qu’il aurait considéré comme une abstraction vide la notion de « mondes possibles » issue de la logique modale.

  13. patrice weisz dit :

    Réfutation possible de la contingence des lois de nature :

    Au préalable il faut bien distinguer les notions de nécessité ou de contingence « naturelle » (liées à un contexte réel) de la nécessité ou de la contingence « logique » liées à l’application de règles syntaxiques.
    On suppose que la modalité des lois de nature qui nous intéresse ici, s’étudie dans un contexte de nature découlant du constat de l’existence réelle de notre monde.

    1) les lois de nature ne sont pas une notion ayant un sens en dehors d’un monde.

    2) Les lois de nature sont les pouvoirs et les propriétés de la substance d’un monde.

    3) A un monde possible correspond un seul ensemble de lois de nature et réciproquement.

    De (1) on déduit que cela n’a pas de sens d’examiner la contingence ou la nécessité des lois de nature « en dehors » du monde.

    De (2) on déduit que la substance d’un monde ne peut porter d’autres propriétés que celles lui étant conférées par les lois de nature y existant.

    De (3) on déduit que dans un monde donné, l’ensemble des lois de nature de ce monde est inévitablement nécessaire.

    En conclusion : Il n’y a pas de contexte réel possible dans lequel cela a un sens de considérer que les lois de nature sont contingentes : elles sont inévitablement nécessaires à l’intérieur du monde dans lequel on se trouve.

    D’imaginer d’autres mondes possibles ne change rien à cette nécessité naturelle, même si cela ouvre la brèche de l’hypothèse d’une contingence logique, toujours possible à partir de n’importe quel fait, car l’existence n’est pas en soi nécessaire.

  14. A François Loth :

    Je crains d’être « qualophobe », comme le dit plaisemment Kim in Philosophie de l’esprit, 267. 😀 C’est-à-dire que je ne parviens pas bien à comprendre pourquoi le « problème difficile » est si difficile. En lisant ce chapitre de son opus, je l’avais noté en marge. Par exemple, Kim dit : « La ‘douleur’ ou le concept de douleur, ne figure même pas dans la neurophysiologie ou les autres sciences physiques et expérimentales ». Mais je me demande alors pourquoi il existe une vénérable revue appelé Pain, qui entame son 139e volume et dont l’objet spécifique depuis 1975 est justement la description, explication et modélisation de la douleur. Se peut-il que les quelques milliers de chercheurs y publiant leurs travaux parlent d’autre chose que de cet « événement interne conscient » que les humains nomment douleur en la décrivant de diverses manières, et que les animaux à système nerveux sont susceptibles de ressentir et d’exprimer sans bien sûr la nommer ni la décrire ? Et, pour revenir au sujet, se peut-il que l’événement interne conscient soit indépendant de toutes ses autres manifestations et d’une nature à ce point spécifique qu’il m’est loisible d’imaginer qu’un individu fonctionnellement semblable à moi en tous points, recevant un choc, grimaçant, et disant qu’il a mal est en fait un zombie et ne ressent en réalité rien de ce que je nomme douleur depuis le même genre d’expérience ? Je n’arrive pas à me représenter cela. Ou plutôt : qu’une autre évolution dans un autre monde associe une rage de dent à un éclat de rire et à une sensation de plaisir ne change pas les données d’observation et explication dans ce monde-ci, et serait simplement justifiable d’une autre observation et une autre explication. Qu’une cellule nerveuse ne soit associée à aucun transfert d’information, en revanche, cela semble contredire la définition de cette cellule, donc cela me demanderait d’imaginer un monde possible où un neurone ne serait pas un neurone.

  15. shaxx dit :

    vous fumez quel type de petard;moi je veux bien tester!!

  16. Jean Christine dit :

    Pourquoi faudrait que les zombies nous ressemblent? (à par pour satisfaire les besoins métaphysiques de sujets délirants répondant à d’autres «philosophes»** super délirants). Les hamsters et les bactéries ne sont elles pas tout à fait zombiesque?(«lol»).

    vous parlez fort justement de métaphysique qui est en philosophie (au sens de chose logique) «le bois dont il faut sortir». (le philosophe ignore le zombie comme le cochons volant qui ne lui sont d’aucune utilité. («lol»)

    si philosopher n’est que penser, bien naturellement vous êtes philosophe …

  17. Jean Christine dit :

    ainsi, svp, ne parlez pas de «philosophes» (il ne vous viendrait pas à l’idée de parler de «pâtissiers», de «dentistes» ou de «mathématiciens»). Chamler est métaphysicien, juste métaphysicien (… et surement pas le meilleur;(«lol»)…)

  18. Francois Loth dit :

    Merci pours ces commentaires qui semblent néanmoins exprimer une sorte d’agacement à propos d’une manière de faire de la philosophie. Sans entrer dans une querelle de termes concernant le travail de David Chalmers, on nomme son activité « philosophie » car l’ensemble des questions auxquelles il cherche à répondre sont des questions philosophiques. La traduction de son livre sur la conscience sortira bientôt en librairie, (éditions Ithaque) peut-être pourrez-vous à l’occasion construire un argument permettant de savoir si oui ou non, dans son cas, il s’agit là d’un travail philosophique. Quand à la métaphysique contemporaine, je crois qu’il s’agit de philosophie.

    La philosophie de l’esprit, dans sa forme contemporaine, se pose des questions que l’introduction de la possibilité des zombies permet d’approfondir. Ce qui peut être déconcertant avec certaines expériences de pensée est parfois leur caractère exotique. Il n’en demeure pas moins que la mise à l’épreuve du fonctionnalisme, et par extension du physicalisme, qu’amène l’hypothèse des zombies fournit une discussion féconde. Il ne s’agit pas seulement d’affirmer que l’esprit existe ou que les phénomènes de conscience ne sont pas réductibles à une activité cérébrale, on doit chercher des arguments philosophiques qui soutiennent ces affirmations.

  19. wiam sbai dit :

    bonjour, existe-t-il les zombies????

  20. François dit :

    La possibilité de l’existence des zombies est attenante à une certaine conception de l’esprit dans le monde physique. Un philosophe qui défendrait un certaine conception de l’esprit et des propriétés mentales rendant possible l’hypothèse des zombies ne dirait pas qu’il existe des zombies. A votre question, une réponse simple et binaire serait irréfléchie. L’hypothèse des zombies est introduite pour nous faire préciser notre conception du mental.

  21. Riviere dit :

    « A philosophical zombie is a concept used in the philosophy of mind, a field of research which examines the association between conscious thought and the physical world. A philosophical zombie is a hypothetical person who lacks full consciousness but has the biology or behavior of a normal human being; it is used as a null hypothesis in debates regarding the identity of the mind and the brain. The term was coined by philosopher David Chalmers.[58] » Source : Wikipedia, op.cit.
    Entre nous, je me demande comment le comportement d’un être humain normal est compatibles avec une conscience oblitérée. Les zombies autrefois étaient recueillis dans les asiles d’aliénés ; la psychiatrie les classait, semble-t-il, le plus souvent dans la catégorie des schizophrènes hébéphréniques ou stuporeux (catatonie). Compte tenu du prix de journée hospitalière, ils sont maintenant en milieu ouvert, c’est à dire à la rue.

  22. Francois Loth dit :

    L’hypothèse des zombies philosophiques selon Chalmers et Kirk est une expérience de pensée qui ne se préoccupe pas de savoir si mon voisin est un zombie ou si ils existent sur Terre, mais s’il est logique de les concevoir. Le zombie philosophique est un être qui comme l’indique le fragment de Wikipedia que vous citez a un comportement normal et est biologiquement semblable à un être humain. Est-il logique de concevoir qu’un être comme celui-ci puisse ne pas avoir d’expérience de conscience, c’est-à-dire être dénué de ces états de conscience que l’on nomme qualia dans la littérature ? Le type de réponse à cette question entraîne un type de conception à propos de l’esprit et du matérialisme.

  23. Karou dit :

    J’habite à madagascar, je ne sais pas expliquer tout cela scientifiquement ou autre, mais j’aimerais tout simplement vous faire part de toutes les manifestations ici, dans mon pays. Des phénomènes inexpliquées nous entourent. Ici, il y a des « zombies », ce sont des etres déjà mort mais qui revivent et n’ont plus d’ame, cela peut vous paraitre impossible ou bete, je ne fais que vous dire la vérité. Ils revivent et ne mangent que de la viande crue, ils ont un regard dans le vide et se décomposent comme tous cadavres et ont vraiment une odeur infecte , ils disparaissent seulement quand il retourne poussière. Dans mon pays ont dit que ce sont des sortilèges ou des maléfices. Ces créatures n’habitent que dans le cotes de madagascar. On dit egalement qu’une autre race de « zombiz » existent dans nos terres, mais ce sont des « choses » qui sortent de leurs tombeaux et ne sortent que la nuit, ont dit que ce sont des demons qui prennent possession d’un corps deja mort, ils se deplacent comme des animaux et attaquent les hommes qui les approchent, ils ont des yeux rouges comme les animaux.
    Je ne fais que parler des faits, tout a chacun de me croire ou non

  24. Francois Loth dit :

    Merci pour ce commentaire.
    Les zombies de Madagascar et de toutes les latitudes, ceux d’Hollywood y compris, possèdent certaines caractéristiques qui ont servi de « modèle » au « zombies philosophiques ». Ce qui compte pour la philosophie n’est pas l’enquête au sujet des zombies dont on parle dans telle ou telle région du monde ou dans tel studio de cinéma, mais l’idée de la possibilité d’êtres physiquement identiques à des êtres humains dotés de conscience phénoménale mais qui, eux, sont « vides » ou « morts », bref qui n’ont pas accès à ces ressentis particuliers qui font toute la richesse de notre vie consciente. Ce qui fait vivre les zombies philosophiques est seulement une discussion autour des phénomènes de la conscience qui pourraient selon certains, David Chalmers en particulier, ne pas survenir logiquement sur les états physiques.

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