Le punch causal des propriétés sémantiques : le problème du soprano

Fred Dretske (1988, chap. 4) évoque le cas d’une soprano, qui en émettant un son fait vibrer un verre en cristal au point de le briser. En plus d’une fréquence et d’une amplitude qui peut faire l’objet de mesures physiques, le son émit par la soprano possède une signification dotée, elle, de propriétés sémantiques. Quant à briser un verre, le chanteur pour cela doit émettre une note suffisamment puissante et correspondant à la fréquence naturelle de vibration du verre. Autrement dit, il doit émettre la même note que celle qui serait émise si on frappait le verre. Dans cet exemple, la voix de la chanteuse possède donc deux caractéristiques causales qui vont entraîner le bris : une certaine amplitude, mesurable en décibels et une certaine fréquence, mesurable en hertz.

Que le son possède des caractéristiques sémantiques est complètement superflu quant à la cause de l’événement entraînant le bris du verre. La signification du symbole linguistique émis par le soprano aurait pu, en effet, s’avérer être complètement différente, ou même ne rien signifier de particulier, que le verre en cristal se serait quand même brisé. Ce qui explique le bris du verre est une corrélation de lois entre les propriétés acoustiques du son émis et certaines propriétés structurelles du cristal. De telles propriétés sont intrinsèques ou survenantes à certaines propriétés sous-jacentes intrinsèques du verre de cristal et de l’organisme de la soprano. Les propriétés de la signification du symbole linguistique (propriétés sémantiques), quant à elles, ne sont ni intrinsèques ni survenantes. Cela n’implique pas que les sons et leurs propriétés extrinsèques n’ont pas de signification, mais cela implique que posséder une signification ne sera d’aucune aide dans l’explication de leurs effets sur le cristal.

Comment penser, après cet exemple de la soprano que l’on puisse mettre au travail les propriétés sémantiques de nos états intentionnels causant nos comportements ? Peut-on comparer ces dernières à la signification de la note émise par la soprano ? Autrement dit, doit-on conclure que la signification est aussi superflue pour expliquer causalement les comportements, que dans la cause du cristal brisé ? Pour Drestke les significations sont des causes (1989), mais de telles causes n’ont aucun sens pour une science de l’acoustique.

Pour expliquer les comportements, les significations apparaissent pourtant bien comme des causes. C’est parce que je crois que p que cela produit B, comportement constitué par exemple de diverses contractions de muscles et stimulations de glandes dans mon organisme vivant. Cependant, les raisons qui nous font agir, les croyances qui causent nos comportements, paraissent n’avoir aucune place dans l’explication d’événements physiques. On peut certes user des raisons pour rationaliser nos comportements et ainsi nous aider à expliquer pourquoi nous devrions faire plutôt ceci plutôt que cela, mais insiste Dretske, « les raisons n’expliqueront jamais pourquoi nous faisons réellement ce qui est dans notre intérêt de faire. » (Dretske 1989, p. 12) C’est pourquoi poursuit-il, que les biologistes ne mentionnent jamais les croyances et les désirs dans leur tentative d’explication des comportements des êtres vivants. Le caractère sémantique de nos états internes n’est pour eux d’aucune aide. En effet, si comme Davidson le soumet (1963), les raisons ou ce qui justifie le comportement sont aussi des causes, et si les causes sont à rechercher dans les états internes physiques des sujets alors, une fois encore, la signification ou le contenu ne peut être causalement pertinent.

Comment alors penser que les propriétés sémantiques de nos états intentionnels possèdent néanmoins quelque punch causal ?

Références

DAVIDSON, D. (1963) “Actions, Reasons and Causes”, Journal of Philosoohy 60, p. 685-699, trad. franç. P. Engel, Actions et événements, Paris, P.U.F., 1993.

DRESTKE, F. (1988) Explaining Behavior, Cambridge, Mass: MIT Press.

DRETSKE, F. (1989) “Reasons and Causes”, Philosophical Perspectives, 3, p. 1-15

20 commentaires pour Le punch causal des propriétés sémantiques : le problème du soprano

  1. delègue dit :

    Vous séparez analytiquement le phénomène physique de la voix qui casse le verre de ses propriétés sémantiques qui n’auraient aucune action. Ce qui vous abuse c’est que le résultat de cette parole humaine colle immédiatement à son énonciation. Elle ressemble alors à un phénomène physique, mais ne fait qu’y ressembler. C’est la dimension performative du langage, il se réalise au moins partiellement, dans quelque chose. L’action visée se réalise presque en même temps qu’elle est dite. Mais dès que la soprano ouvre la bouche, elle se comporte comme un humain et non comme une machine à fabriquer des ondes. Elle produit une énonciation, un signe linguistique qui a un sens ou plutôt des sens, car il n’y a pas seulement celui de casser le verre. Il y en a d’autres, par exemple celui de faire mieux qu’une rivale, d’impressionner les spectateurs, de se prouver ses capacités, que sais-je. Il y a aussi les sens produits chez les interlocuteurs qui sont aussi les spectateurs, s’il y en a. admiration, crainte, etc. Un parole humaine n’est attachée à aucun sens en particulier, sauf dans les langues totalitaires.
    Vous confondez la parole humaine avec un bruit. Ou un aboiement. En aboyant le chien n’utilise pas un langage, qui signifierait qu’il « veut » faire peur. Il émet un bruit dans certaines circonstances, comme l’eau bout dans certaines circonstances. Prêter à un chien des intentions, c’est tomber dans l’anthropomorphisme.
    Les humains ont l’air de se comporter parfois comme des animaux avec le langage. Nous portons tous en nous la possibilité d’utiliser une novlangue, et non un vrai langage.
    C’est pour cela que je trouve que votre présentation des faits comporte un vrai danger, en violentant le réel et en l’écrasant sous une seule signification de type matérialiste. Le son d’une voix humaine ne peut, ne pourra jamais « comporter des caractéristiques sémantiques complètement superflues quant à la cause de l’évènement ». car porteuse de sens elle n’est que cela, sinon effectivement, c’est un phénomène physique parmi les autres. « Sens » est le mot difficile sur lequel je crains que nous n’ayons des malentendus. Ce n’est pas l’ensemble des effets produits par les mots. C’est cette irréalité introuvable, donc à trouver sans cesse, qui n’est ni dans les mots ni dans le monde extérieur, mais à leur frontière.
    Bien à vous.

  2. LEMOINE dit :

    Peut-on réellement dire que :

    « En plus d’une fréquence et d’une amplitude qui peut faire l’objet de mesures physiques, le son émit par la soprano possède une signification dotée, elle, de propriétés sémantiques. »

    La propriété sémantique du son ne survient-elle pas (pour reprendre votre vocabulaire) lorsqu’il est considéré en relation avec d’autres sons, dans le cadre d’une relation de communication entre deux êtres (deux humains) doués d’empathie. Cette propriété ne serait donc pas « possédée » par le son isolé (en fait ne serait donc pas une propriété) mais serait inhérente, ou immanente (je sais pas quel est le terme qui conviendrait) à la relation. Le son ne serait donc vêtu d’une signification que dans un cadre où l’idée de causalité perdrait tout contenu précis ou au moins se verrait dotée d’un contenu différent de celui considéré en physique (où la causalité peut se résoudre en processus mécaniques, électriques etc.). Cette espèce de causalité ne distingue de la causalité matérielle par ce qu’elle ne peut pas être dissoute en processus modélisables et qu’elle ne peut se comprendre, au contraire, que par son englobement dans une relation, appartenant elle-même à un ensemble ouvert (le social).

    Bien sûr, rien n’existant sans une base matérielle, la capacité du son à revêtir un sens n’est possible matériellement, comme toute chose, que sur la base d’événements concrets affectant la matière mais ceux-ci ne permettent pas d’en rendre compte. Ils ne sont que des conditions de possibilité.

    La première des conditions de possibilités de saisir ou de produire du sens serait, peut-être, cette capacité du cerveau à reproduire l’excitation neuronale perçue chez l’autre par contagion ou par mimétisme, elle-même fondée sur des processus biologiques. La peur, par exemple, provoque la montée d’adrénaline et de là un comportement, des mimiques, qui perçues par l’autre provoquent sa peur et une montée d’adrénaline. L’appel, le cri (et le mot au terme d’une longue évolution) émis en accompagnement de l’émotion se voyant alors dotés de la capacité de revêtir un sens si le cadre relationnel (et social) est développé.

  3. Bonjour,

    La question que vous posez revient à se demander comment nous passons de la production d’objets physiques (sonores, gestuels..) à la production d’objets sémantiques capables de représenter des états du monde.

    En ce sens, la voix du soprano est un « punch » (je ne connais pas l’expression) en ce qu’elle introduit une surprise. Elle est sans doute efficace mais ne résulte d’aucune loi causale stricte car ce serait réduire les propriétés mentales aux propriétés physiques.

    J’en déduis donc qu’une intention humaine peut avoir une efficacité causale sans pour autant être l’objet d’une prédiction.c’est sans doute pourquoi les jusfications ne peuvent expliquer « l’intérêt » d’un sujet à accomplir telle chose, si j’ai bien compris.

  4. Francois Loth dit :

    Réponse à Laurence.

    L’expression « punch causal » est ici, plus ou moins synonyme de « pouvoir causal ». La question qui se pose est celle de la pertinence causale des propriétés sémantiques. En effet, si le contenu de nos croyances, lequel possède des propriétés sémantiques, avait été différent, certains comportements l’auraient également été. Ainsi, il semble que les contenus de nos croyances jouent un rôle causal.

    Cependant tout un ensemble d’arguments concourt à laisser les propriétés sémantiques sur le bord du chemin de la pertinence causale. En effet, même si les choses qui portent la signification sont dans la tête, les significations, comme insiste la thèse externaliste (voir billet n° 60), elles-mêmes ne s’y trouvent pas. En effet, la signification n’est pas une chose que l’on peut découvrir en explorant un cerveau. La signification est, en un sens, aussi étrangère à la physiologie des cerveaux, qu’elle l’est à la science de l’acoustique. Ainsi, quoi qu’elle puisse être, la signification n’entre pas dans la cause de nos comportements. Voilà le problème.

  5. Francois Loth dit :

    Réponse à M. Lemoine

    On peut dire en effet que les propriétés sémantiques ne surviennent pas sur une famille de propriétés qui seraient internes aux organismes qui les possèdent.

    Le conflit provient de notre conception du sens commun qu’un agent est capable de modifier son comportement par ses croyances et ses désirs, et, donc, d’agir causalement dans le monde physique et, de l’autre, l’affirmation que les raisons seraient causalement inertes.

    Pour résoudre ce conflit et proposer une solution qui ne donnent pas aux seules propriétés intrinsèques (neurophysiologiques), l’explication de nos comportements, Fred Dretske, ainsi que tout un groupe de philosophes (Fodor, Jacob) essayent de construire un programme naturaliste arguant que les états internes possèdent certains pouvoirs causaux en vertu de posséder le contenu qu’ils ont.

  6. Francois Loth dit :

    Réponse à M. Delegue

    D’une façon habituelle, nous pensons que nos croyances, mais aussi nos désirs sont la cause de notre comportement. C’est parce que je crois que ce verre devant moi contient de l’eau et que j’ai le désir de me désaltérer, que je tends ma main vers celui-ci afin de m’en saisir. C’est parce que je souhaite rencontrer telle personne que je me rends à un rendez-vous. Ainsi, la croyance ou le désir, mais aussi le souhait, le doute, etc., autrement dit l’ensemble de nos états psychologiques sont des pensées qui, selon notre sens commun, possèdent un pouvoir causal. Ces états représentationnels, requis par la psychologie pour expliquer les comportements de nos semblables, dans la mesure où ils possèdent un contenu, sont aussi dotés de propriétés sémantiques. Ces propriétés du contenu d’une croyance, comme « ce verre devant moi contient de l’eau » semblent participer de la cause de mon mouvement. Si le contenu de cet état mental avait été différent, un autre comportement s’en serait probablement suivi.

    Est-ce violenter le réel que de poser ainsi le problème de la pertinence causale de nos significations ?

  7. LEMOINE dit :

    Merci de m’avoir répondu.

    J’aurai seulement aimé que vous me répondiez également sur cette idée que la notion de causalité crée la confusion. Notre langue ne le permet pas, pourtant il faudrait distinguer deux causalités :

    – une causalité interne : (qu’on pourrait appeler incausalité) qui pourrait se dissoudre en processus physiques ou chimiques ou d’autres espèces. Par exemple : une corde vibre, sa vibration se transmet à l’air ambiant et fait vibrer une autre corde. La causalité se résout en un processus vibratoire et elle est interne à l’ensemble fermé constitué par les deux cordes. La causalité est interne au système et relève de la physique des ondes.

    – Une causalité externe : (qu’on pourrait appeler excausalité) qui exigerait pour être comprise d’être englobée dans un monde ouvert. Par exemple : une corde vibre, et je me mets à danser. La vibration de la corde ne prend sens que dans le cadre d’une série de vibrations qui constituent une musique. Je danse car la vibration est celle d’un e corde de guitare dans un orchestre, dans une salle de bal. L’explication de l’action fait appel à la sociologie, à la culture et la psychologie donc à tout ce qui englobe la cause (la corde qui vibre) et l’effet (la danse).

    Une telle distinction entre deux causalités fondamentalement différentes évite un pseudo problème : si les croyances d’un sujet peuvent modifier le monde physique c’est dans le cadre d’une excausalité et non d’une incausalité. Pour comprendre le lien entre la croyance et son effet, il faut englober le phénomène dans une situation. Alors que pour comprendre une incausalité, il faut analyser la liaison interne entre la cause et l’effet, retrouver le mode d’action de l’effet sur la cause et non ce qui les entoure.

    Je ne sais pas si une telle distinction a été proposée mais elle me paraît de simple bon sens.

    PS : Ce qui m’étonne vraiment dans toute cette affaire : c’est ces philosophes qui semblent dans l’impossibilité de penser en terme de relation, de système et de social et s’obstinent à poser des problèmes qui me semblent sans contenu réel. Dès qu’on veut bien admettre que l’homme est un être social, qu’il n’existe qu’en relation avec d’autres hommes dans une société, une langue et une culture (donc un monde qui l’englobe), une question comme celle de la puissance causale des croyances, des sons ou des mots est sans objet. Il s’agit, selon ma proposition, d’excausalité et non d’incausalité !

  8. Francois Loth dit :

    Réponse à M. Lemoine

    Pour le dire rapidement, les théories qui essaient de rendre compte de la causalité se divisent en deux : d’un côté, les théories contrefactuelles et de l’autre les théories de la causalité comme production. Les premières théories sont construites sur l’approche de la causalité comme régularité et les secondes, considèrent que la relation de causalité est une relation entre deux événements mettant en jeu certaines propriétés pertinentes. Le billet parle de cette seconde approche, la causalité comme production.

    Certains philosophes considèrent effectivement, un peu comme vous le dites, que les propriétés sémantiques, non survenantes et extrinsèques participent au travail causal de façon conditionnelle ou complémentaire. L’analyse de ce type d’approche ne se focalise alors plus sur l’efficacité causale des propriétés de type mental, mais sur une position annexe de ses propriétés au sein d’une notion causale élargie.

    Pour ces philosophes les propriétés intentionnelles sont de pures propriétés relationnelles, mais ils ne renoncent néanmoins pas à chercher à intégrer ces propriétés dans un schéma causal explicatif. Ainsi la place causale de la propriété intentionnelle n’apparaît alors plus directement responsable de la causalité, mais est requise pour produire la causalité.

  9. delègue dit :

    « Que le son possède des caractéristiques sémantiques est complètement superflu quant à la cause de l’événement entraînant le bris du verre. La signification du symbole linguistique émis par le soprano aurait pu, en effet, s’avérer être complètement différente, ou même ne rien signifier de particulier, que le verre en cristal se serait quand même brisé »
    Je pense que commettez un sophisme en supposant arbitrairement que les caractéristiques sémantiques se limitent aux paroles émises par la soprano en même temps qu’elle pousse son contre-ut cristalloclaste. L’exemple est tendancieux car dans une telle situation le « message » est bien la dernière des choses qui compte. Qu’elle lance « amore mio » ou « je meurs », le résultat, briser le verre ne devrait pas en être influencé, il faut quand même faire cette expérience (je suppose que vous n’aimez pas ce mot) pour pouvoir en être sûr. Ayant posé d’avance la thèse, vous choisissez l’exemple qui convient. Mais si je dis à quelqu’un : « jette-toi par la fenêtre » et qu’il le fait, vous conviendrez avec moi que les caractéristiques sémantiques de ma déclaration influencent fortement l’évènement entraînant la chute par la fenêtre. Je n’ai même pas besoin de casser un verre pour cela, simplement d’élever la voix assez haut pour être entendu… un revolver dans l main peut-être !
    Car la soprano a émis non un bruit, mais un acte de parole prenant la forme d’une note unique, émis par elle et s’adressant à quelqu’un, disons un spectateur. Le sophisme était que la seule caractéristique sémantique possible était dans les paroles émises en même temps que le contre-ut. La vraie signification est ailleurs, qui n’existe que dans la relation de l’une à l’autre, et qui est (peut-être) « je vais lui montrer que je peux le faire », et de l’autre à l’un : « elle veut me séduire ». Mais il peut y en avoir bien d’autres, un monde de significations que je ne peux découvrir que par une autre expérience, en questionnant les protagonistes, qui me diront ce qu’il voudront bien me dire… Ce qui est notre monde proprement humain.
    « Les significations apparaissent pourtant bien comme des causes. C’est parce que je crois que p que cela produit B, comportement constitué par exemple de diverses contractions de muscles » votre analyse pourrait s’appliquer à un chien. La viande ne « signifie » rien pour lui, il se contente de la manger parce qu’il est programmée pour ça. C’et un observateur humain et lui seul qui peut croire (abusivement) que le chien « aime » la viande, est possédé d’un grand « désir » de la manger, etc.
    « Les raisons n’expliqueront jamais pourquoi nous faisons réellement ce qui est dans notre intérêt de faire » cette phrase que vous citez de monsieur Dretzke, on ne peut pas en rêver une plus naïvement autoréférentielle. Car il oublie que cette proposition peut s’appliquer à elle-même, ce qu’elle dit est une explication de l’inexplicable. Proposition paradoxale et dont le sens est parfaitement indécidable. C’est dangereux, la philosophie !
    Bien à vous.

  10. eyssette dit :

    Bonjour,
    Je me permets de répondre au message de M. Lemoine, du 12 Avril 2008 à 8:54.

    Vous construisez une distinction entre deux types de causalité, et vous vous demandez « si une telle distinction a été proposée ».

    La distinction que vous suggérez correspond, il me semble, à la distinction classique entre les causes et les raisons.

    Vous distinguez en effet une causalité que vous appelez “interne”, pour laquelle vous donnez l’exemple suivant : « une corde vibre, sa vibration se transmet à l’air ambiant et fait vibrer une autre corde », et une causalité que vous appelez “externe”, pour laquelle vous donnez l’exemple suivant : « une corde vibre, et je me mets à danser ».

    Le premier cas est un cas typique de causalité, au sens où un événement (la vibration d’une corde) produit un effet (la vibration d’une autre corde). On est bien dans le cadre de la causalité comme “production”, comme le signalait François Loth.
    Dans le deuxième cas, la vibration de la corde ne semble pas immédiatement avoir le pouvoir causal de provoquer mes gesticulations chorégraphiques. Comme vous le soulignez, l’explication devra faire référence « à la sociologie, à la culture et la psychologie ». Je danse et la raison pour laquelle je danse, c’est que j’aime la vibration de cette corde. Le fait que j’aime la vibration de cette corde *justifie* que je me mette à danser. On a alors ici plutôt un cas d’explication par une raison, qui se distingue par son caractère normatif. Une explication par les raisons fait intervenir de manière implicite des normes (qui peuvent être des normes de rationalité, des normes sociales, culturelles, etc.), alors qu’une explication par les causes ferait intervenir des lois (des lois de transmission des ondes dans notre cas).
    J’avais travaillé avec mes élèves en 2005 cette question, je me permets de partager avec vous un récapitulatif que je leur avais distribué sur la distinction entre les causes et les raisons :
    http://eyssette.com/ancienscours/docs/2005_2006/desir/causes_raisons_fiche.pdf
    (N’hésitez pas à me faire des critiques sur ce travail !)

    Tout cela est bien schématique, mais me semble plus adéquat que les dénominations (“causalité interne”, “causalité externe”) que vous proposez.
    Cela me gênerait en effet d’appeler “causalité interne” un processus qui se produit dans _l’extériorité_ du monde matériel, et “causalité externe” un processus qui fait appel à des états mentaux, présupposés _internes_ à un sujet.

    Néanmoins, une fois ces distinctions posées, le problème reste entier, et je ne pense pas que vous pouvez simplement dire qu’ « une question comme celle de la puissance causale des croyances, des sons ou des mots est sans objet ».
    Il y a au contraire plusieurs points difficiles à comprendre. Le problème se pose au moins à trois niveaux.
    1°) Le problème du pouvoir causal des états mentaux (c’est la question qui était posée par le billet de François Loth) : si seules les propriétés physiques d’un système ont un pouvoir causal, et si les états mentaux ne sont pas des états physiques, alors comment un état mental (comme une croyance) peut-il avoir un pouvoir causal ?
    2°) Le problème de la motivation à agir : une croyance peut-elle motiver un agent à agir ? Faut-il considérer que les désirs sont les seuls états mentaux qui peuvent motiver un agent à agir ? (Quelques mots clés sur cette question : cf. “théorie humienne de la motivation” ; cf. “le problème moral” tel qu’il est posé par Michael Smith ; le postulat des “croisirs” ou “besires”, sorte de mélange entre croyance et désir)
    3°) Le problème du statut des croyances : si les croyances ne sont pas vraiment des états internes d’un sujet, mais des états postulés dans le cadre d’une interprétation, peut-on encore considérer que ces croyances jouent un rôle dans le comportement ? Quel est le statut véritable de l’explication par les raisons ?
    Le sens commun est bien sûr avec vous : les croyances semblent effectivement à première vue être 1°) des états internes d’un sujet, 2°) qui peuvent motiver un agent à agir, et 3°) être la cause d’un comportement.
    Mais rien n’est moins certain, et l’un des intérêts de la philosophie analytique de l’esprit contemporaine est de rendre sensible à ces problèmes-là.

    Merci pour votre message,
    Cordialement,
    Cédric Eyssette

  11. LEMOINE dit :

    Réponse à M. Esseyte :

    Votre distinction entre « cause » et « raison » est tout à fait pertinente. Je ne lui ferais qu’une critique : c’est qu’elle décrit les événements mais n’en explique pas les modalités.

    Dans les exemples que vous proposez pour illustrer la notion de cause, on peut retrouver ce qui fait le lien entre la cause et l’effet (les modalités) : quelle énergie s’est transmise, quelles sont les propriétés des objets qui se sont manifestées etc.
    L’explication du phénomène est en lui, elle est interne : il se résout en processus mécaniques, ondulatoires, électromagnétiques par exemple.

    Ce type d’explication n’est pas possible pour les « raisons ». Mais nous ne pouvons cependant pas nous satisfaire d’un effet magique de la cause sur l’effet (ou de la raison sur l’effet). Comment expliquer qu’une mélodie, qu’on pourrait ramener à un ensemble de vibrations sonores, provoque des mouvements gracieux chez l’homme et laisse le singe indifférent. Leur effet mécanique est le même. Le tympan du singe vibre comme celui de l’homme. L’organe récepteur diffère peu. Le cerveau est un peu différent mais les deux êtres sont très proches.

    L’explication n’est donc pas dans ce qui est interne au phénomène. Je postule que pour la trouver, il faut considérer l’ensemble de la situation, que cette explication est externe donc. Je ne dis pas que je connais cette explication mais qu’au moins, je sais dans quelle direction il faut la chercher.

    Je pense que pour la trouver, il faut considérer le système entier : ce qui l’entoure, son histoire, son origine, comment il s’est constitué, comment il a évolué. Il faut retrouver la multitude infinie des processus qui sont intervenus ou ont dû se dérouler pour la rendre possible. En fait il faut expliquer ce qu’est un singe et ce qu’est un homme. Les relations de l’un et l’autre à leur milieu, leurs semblables, retrouver l’histoire, le développement et les particularités de chaque individu singulier.

    Il n’y a aucune chance que les neurosciences suffisent à l’expliquer un phénomène comme l’effet d’une mélodie sur un individu. En fait l’explication risque bien d’être un discours sans commencement ni limite. Il me semble donc que la philosophie de l’esprit travaille à vider un océan, et qu’elle le fait avec des outils bien dérisoires : des raisonnements spéculatifs, des expériences de pensée, des conjectures tirées des acquis scientifiques, que tout cela donc est bien vain.

  12. Bonjour,

    Réponse à Cédric Eysette:

    Je suis d’accord avec votre présentation du problème. On pourrait considérer que les causes humaines sont des « causes spécifiques ». Et on pourrait dire qu’un animal n’a pas nécesairement le concept de ce qui le met en action.

    C’est pourquoi, la question de l’intentionnalité est passionnante.

  13. Bonsoir,
    Je me propose de répondre dans ce long message (d’avance désolé !) à la réponse de M.Lemoine.

    Merci pour votre réponse très stimulante.
    Je comprends mieux votre distinction initiale maintenant que vous la reformulez comme une distinction entre deux types d’explication, ce qui me semble plus adéquat que de parler de deux types de causalité.
    Si je vous ai bien compris, vous vous servez de votre distinction entre explication interne et explication externe pour formuler un argument qui aurait la forme suivante (où x est une théorie, et y un ensemble de phénomènes).

    (1) x prétend qu’il est possible de trouver une explication interne de y
    (2) Seule une explication externe peut expliquer y
    –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––
    (C) : Donc la prétention de x est vaine

    Il reste encore des points qui ne me paraissent pas clairs dans ce que vous proposez.

    *** Première difficulté : qui est x ?

    Dans votre message vous écrivez qu’ « il n’y a aucune chance que les neurosciences suffisent à l’expliquer un phénomène comme l’effet d’une mélodie sur un individu. […]. Il me semble donc que la philosophie de l’esprit travaille à vider un océan ».
    Vous êtes passé des « neurosciences » à la « philosophie de l’esprit », et vous ne précisez pas à quelle philosophie de l’esprit vous pensez, ni à quel type de neurosciences. Néanmoins, cela ne me semble pas être une difficulté majeure. Je suppose que vous visez en fait dans votre argument ce que l’on appelle le naturalisme ou le physicalisme (cela me semble cohérent avec la manière dont vous caractériser l’idée d’explication interne).
    Votre argument me semble donc pour le moment être le suivant :

    (1) Le naturalisme prétend qu’il est possible de trouver une explication interne de y.
    (2) Seule une explication externe peut expliquer y.
    –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––
    (C) : Donc la prétention du naturalisme est vaine.

    *** Deuxième difficulté : qui est y ?

    Vous avez pris un exemple « une corde vibre, et je me mets à danser », qui représente selon vous un cas typique de phénomène que ne pourrait pas expliquer le naturalisme.
    Ma difficulté est de comprendre à quelle classe de phénomène vous faites référence en utilisant cet exemple que vous utilisez comme paradigme.
    Il y a plusieurs interprétations possibles à partir de votre exemple, que n’excluent pas vos deux derniers messages :
    – ‘y’ désignerait les qualia, ce que cela fait pour le sujet d’entendre de la musique, ce qu’il ressent lorsqu’il entend telle ou telle mélodie (vous parlez en ce sens peut-être de “l’effet d’une mélodie sur un individu”).
    – ‘y’ désignerait les attitudes propositionnelles des individus, le fait que des êtres peuvent avoir des attitudes différentes, notamment des préférences différentes face à une même mélodie (cf. votre exemple de la différence entre l’homme et le singe, qui resterait selon vous « indifférent” à la musique).
    – ‘y’ désignerait le comportement des individus, et notamment la manière dont un sujet réagit à ce qui se passe dans son environnement (“je me mets à danser”).
    J’ai l’impression que vous ne refuseriez aucune de ces trois interprétations. Si j’ai raison, alors vous soutenez en fait trois arguments qui partagent une même forme :

    [1] (1a) : Le naturalisme prétend qu’il est possible de trouver une explication interne des qualia.
    (1b) : Le naturalisme prétend qu’il est possible de trouver une explication interne des attitudes propositionnelles des individus.
    (1c) : Le naturalisme prétend qu’il est possible de trouver une explication interne du comportement des individus.
    (2) Seule une explication externe peut expliquer ce type de phénomènes.
    ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––
    (C) : Donc la prétention du naturalisme est vaine.

    *** Troisième difficulté : que signifie la distinction entre explication interne et explication externe ?

    Il reste à comprendre le fondement même de votre argument : la distinction entre explication interne et explication externe.
    Si je vous ai bien compris, votre distinction pourrait être formulée ainsi :
    (3) Une explication interne d’un phénomène est une explication qui ne fait appel qu’aux caractéristiques internes de ce phénomène.
    (4) une explication externe d’un phénomène est une explication qui fait appel à des caractéristiques externes à ce phénomène.
    L’élément déterminant est ici l’idée de caractéristique interne d’un phénomène.
    Vous avez simplement formulé des indications pour comprendre la distinction interne/externe, sans définir précisément cette distinction. ce que je ne vous reproche évidemment pas à ce stade de la discussion.
    Je propose le critère suivant :
    (5) x est une caractéristique interne de y ssi
    – x est une entité constitutive de y OU
    – x est une propriété intrinsèque de y ou d’une entité constitutive de y OU
    – x est une relation intrinsèque entre des caractéristiques internes de y.
    En ce sens, l’explication d’un phénomène d’interférence ne fait appel qu’aux ondes constitutives du phénomènes, qu’aux propriétés intrinsèques de ces ondes (leur amplitude) et à une relation intrinsèque entre les ondes (somme des amplitudes des deux ondes).

    Si l’on adopte cette formulation, qui me semble correspondre à vos indications, le problème est que seule la formulation 1c de la première prémisse de votre argument serait alors intelligible.
    En effet, une explication interne des qualia ou des attitudes propositionnelles autoriserait à faire appel à un contenu phénoménal ou intentionnel, alors que le naturalisme prétend soit éliminer la référence à ces contenus (naturalisme ou matérialisme éliminatif), soit réduire et identifier ces contenus à un autre type de réalité (naturalisme réductiviste), soit expliquer ces contenus par une relation de survenance sur un autre type de réalité (naturalisme non réductiviste).

    Toutefois cette difficulté n’est pas majeure et peut être contournée en se dispensant du terme d’explication interne d’un phénomène. Il me semble préférable en effet de remplacer ce terme par l’idée d’une explication d’un phénomène à partir des caractéristiques internes d’une certaine réalité, ou d’un certain système. Le naturalisme semble en effet à première vue rechercher des explications à partir des caractéristiques internes de l’individu et notamment à partir des caractéristique internes de son cerveau.

    On pourrait alors formuler la première prémisse de votre argument, et modifier en conséquence la deuxième prémisse, ainsi :
    [1′] (1’a) Le naturalisme prétend qu’il est possible de trouver une explication des qualia à partir des caractéristiques internes de l’individu.
    (1’b) Le naturalisme prétend qu’il est possible de trouver une explication des attitudes propositionnelles d’un individu à partir de ses caractéristiques internes.
    (1’c) Le naturalisme prétend qu’il est possible de trouver une explication du comportement d’un individu à partir de ses caractéristiques internes.
    (2′) Seule une explication à partir de caractéristiques externes à l’individu peut expliquer ce type de phénomènes.
    ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––
    (C) : Donc la prétention du naturalisme est vaine.

    *** Évaluation de votre argument

    Mon message est déjà très long, je m’arrête là pour le moment, avant de proposer une évaluation de votre argument.
    Mes intuitions, que je chercherais à préciser dans un prochain message, sont les suivantes :
    – la prémisse 2′ repose sur une équivocité du terme « expliquer » entre expliquer et comprendre, entre expliquer et proposer une interprétation. En gros, mon idée est la suivante : si l’on affirme que seule une explication à partir de caractéristiques externes à l’individu peut expliquer ce type de phénomènes, alors en fait, on ne propose pas une véritable explication, mais seulement une interprétation de ce type de phénomène.
    – la prémisse 1′ est globalement fausse : on peut être naturaliste et faire appel à des caractéristiques externes à l’individu pour expliquer son comportement. En gros, mon idée est la suivante : si l’on refuse l’idée que seule une explication à partir de caractéristiques externes à l’individu peut expliquer ce type de phénomènes, alors on peut penser qu’il est possible de trouver une explication de ce type de phénomènes à partir des caractéristiques internes des individus, tout en faisant appel à des caractéristiques externes à ces individus. Il me semble justement que Dretske (qui était à l’origine du billet de François Loth) propose un naturalisme de ce genre dans la mesure où il distingue l’explication d’un comportement par un état neurologique (qui ne fait appel qu’à des caractéristiques internes de l’individu), et l’explication du fait que cet état neurologique déclenche ce type de comportement (explication qui fait alors appel à des caractéristiques externes à l’individu et notamment à l’histoire).
    – Si l’on s’intéresse aux différentes versions de la prémisse 1′, le naturalisme semble rencontrer des difficultés de plus en plus délicates, de la prémisse 1’c (explication du comportement), à la prémisse 1’b (problème de l’intentionnalité), jusqu’à la prémisse 1’a (problème des qualia).

    N’hésitez pas à me dire si j’ai bien compris votre propos, et à rectifier mes erreurs.
    Merci encore pour votre réponse.
    Cordialement,
    Cédric Eyssette

  14. Francois Loth dit :

    Deux remarques intrusives dans le débat Eysette/Lemoine :

    1) Le naturalisme ne cherche pas systématiquement une explication « interne ». Le projet de naturalisation des propriétés sémantiques cherche, au contraire, à rendre compte du phénomène de la signification dont il admet le trait externaliste dans une explication. Ce à quoi le naturalisme reste fidèle c’est à la notion d’ « explication causale ». Le projet de naturalisation des propriétés sémantiques est un projet qui s’inscrit dans l’acceptation des expériences de pensée de Putnam disant, en gros, que les significations ne sont pas dans la tête, autrement dit, qu’elle ne surviennent pas sur les états internes.

    2) Sur la différence entre explication (causale) interne et externe, on peut parler de pouvoirs causaux larges ou étroits. Mais comment comprendre la notion de pouvoirs causaux larges ? La clarification de la notion d’explication et de causalité semble être finalement au centre des problèmes. Que penser d’un principe qui dirait « expliquer, c’est chercher la cause » ? Et si l’on admet ce principe, se peut-il qu’il puisse exister des pouvoirs causaux qui ne seraient pas seulement des pouvoirs causaux intrinsèques ou survenants sur les propriétés intrinsèques ? Quelle valeur accorder à un pouvoir causal dépendant d’un environnement ? Deux organismes parfaitement identiques (à la molécule près) peuvent-ils posséder des pouvoirs causaux différents sous prétexte qu’ils seraient situés dans des environnements différents ?

  15. LEMOINE dit :

    Il me semble qu’on peut dire très grossièrement qu’il y a deux espèces de science :

    – une science expérimentale qui isole un phénomène, le répète dans le but d’en comprendre les modalités ;
    – une science d’observation qui repère un phénomène, en observe les différentes répétitions pour en comprendre également les modalités

    L’une comme l’autre fournissent des explications des phénomènes. En ce sens elles sont naturalistes.

    Je distinguerais, en effet :

    – l’explication qui par essence relève de la science et donc, de fait, d’une conception matérialiste du monde
    – de l’interprétation qui construit des analyses fondées sur des abstractions (comme « croyance », «esprit», « raisons » etc.)
    ° l’interprétation suffit le plus souvent à communiquer sur les phénomènes (il ne s’agit donc pas de la refuser complément mais d’en garder les limites à l’esprit)

    Ce que je conteste ce n’est donc pas le naturalisme, encore que je trouve le concept beaucoup plus confus que celui de matérialisme. (Il suffit de consulter le dictionnaire Lalande qui distingue un sens A et un sens B et indique « le sens B mérite d’être retenu » et donc ne retient pas le sens A dont il dit d’ailleurs qu’il est connoté aux sens H et J du mot nature !)

    Ce qui ne paraît vain, ce sont

    – toutes les tentatives de rendre compte du lien entre la pensée et l’acte à partir d’expériences de pensées et de raisonnements spéculatifs, qui entretiennent la confusion entre explication et interprétation.
    – la tendance de la philosophie de l’esprit à raisonner sur l’homme isolé de son environnement humain (sur un système fermé ou privé de sa durée)
    – la tendance de la philosophie de l’esprit à privilégier les acquis des sciences expérimentales et plus particulièrement des neurosciences sur toutes les autres formes d’explication des phénomènes liés à la pensée

    La dernière question posée par François Loth me paraît être un bon exemple de ce qui crée la confusion et ne peut rien produire (qu’il veuille bien m’en excuser !) :

    En effet deux organismes parfaitement identiques situés dans des environnements différents (si cela peut se concevoir), cesseraient, il me semble, d’être identiques dès la 1ère nanoseconde suivant leur identité, pour se différencier de plus en plus. On est donc bien en face d’une pure abstraction qui se donne pour une situation naturelle, sur laquelle je ne vois pas bien ce qu’on pourrait dire d’utile.

    PS : une notion comme celle de « qualia » me paraît aussi une pure abstraction et qui se donne justement comme désignant quelque chose de concret et même d’unique.

  16. Réponse à François Loth :
    Bonjour,
    Je suis tout à fait d’accord avec vous lorsque vous écrivez que « Le naturalisme ne cherche pas systématiquement une explication « interne » ».
    Lorsque j’ai formulé l’idée que le naturalisme prétend qu’il est possible de trouver une explication interne du comportement, des attitudes propositionnelles, etc., je proposais simplement une reconstruction de ce qui me semblait être l’argument de M. Lemoine. Je voulais d’abord proposer cette reconstruction, avant de critiquer l’argument en question.
    Dans mon dernier message, j’écris justement que l’on peut être naturaliste et faire appel à des caractéristiques externes à l’individu pour expliquer son comportement. Je suis donc bien entendu d’accord avec vous pour dire que le naturalisme et l’externalisme ne sont pas nécessairement incompatibles. Mais je nuancerais votre affirmation selon laquelle « [le naturalisme] admet le trait externaliste dans une explication ». L’externalisme représente un défi pour le naturalisme, une position *à première vue* incompatible avec le naturalisme. Il y a bien là un problème à résoudre, qu’il ne faudrait pas gommer.
    En fait le problème se pose en raison d’un paradoxe qui consiste en trois affirmations incompatibles (paradoxe relevé par Kirk Ludwig, dans « Externalism, Naturalism and Method » (1993)) :
    (1) L’externalisme à propos des propriétés mentales.
    (2) La survenance locale forte des propriétés mentales d’un individu sur les propriétés physiques de cet individu.
    (3) L’internalisme à propos des propriétés dont dépendent les propriétés mentales
    Remarque : il est possible de formaliser chacune de ces affirmations de façon à dégager précisément l’existence du paradoxe en question.

    Si l’on associe le naturalisme à la conjonction des thèses 2 et 3, alors on a bien une incompatibilité entre l’externalisme et le naturalisme. Si l’on accepte l’externalisme et si l’on veut sauver le naturalisme de ce paradoxe, alors il faut rejeter 2 ou 3.
    Il me semble que la position de Dretske est un cas de rejet de 3 : Dretske accepte l’externalisme et les propriétés mentales surviennent sur des propriétés physiques, mais ce ne sont pas seulement des propriétés internes, mais des propriétés historiques.
    Avez-vous des références précises sur cette question des rapports entre la position de Dretske et l’idée de survenance ? Et de manière plus générale sur la question des rapports entre l’externalisme et le naturalisme, notamment dans le cadre des théories causales de la signification ou des théories téléosémantiques ?
    Merci d’avance pour toute réponse.
    Cordialement,
    Cédric Eyssette

  17. […] à une discussion sur le blog de François Loth à propos de Dretske(lien), je me suis intéressé de plus près au défi que représente l’externalisme pour le […]

  18. Francois Loth dit :

    Réponse à Cédric Eysette :

    Dans l’ouvrage de Brian McLaughin, « Dresteke and his critics » le problème de la survenance et des thèses de Drestke est abordé. Quant à la téléosémantique. le travail de Pierre Jacob en Français « Pourquoi les choses ont-elles un sens ? » permet une approche du problème. Il propose une solution de naturalisation des propriétés sémantiques qui fait une part justement aux théories téléosémantiques. Pour ces théories, il y a le travail de Ruth Millikan :

    http://www.philosophy.uconn.edu/department/millikan/index.htm

  19. Je viens de voir qu’un lien automatique a été créé vers une page que je suis en train de rédiger sur un blog que je suis en train de monter, mais que je n’ai pas encore ouvert ! Je ne savais pas cela allait se produire ! Merci à François Loth pour la référence de l’ouvrage de Brian McLaughin. J’ai déjà lu pas mal de Pierre Jacob, et un peu de Ruth Millikan, mais je ne me souviens pas d’avoir lu une analyse précise des liens entre les approches de Dretske, Millikan et la notion de survenance.
    Cordialement,
    Cédric Eyssette

  20. Bonsoir,
    M.Lemoine proposait un exemple musical. Il est à noter que le numéro 48 de la revue Intellectica porte sur la musique et la cognition. Deux rencontres conférences sont organisées à Paris à cette occasion : http://calenda.revues.org/nouvelle10373.html

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