Ressemblance et propriétés

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Selon les termes du débat philosophique, certaines entités ont des propriétés mais ne sont pas des propriétés, ce sont les particuliers. Les particuliers peuvent être définis comme des entités concrètes, c’est-à-dire qu’elles sont, des entités spatiotemporelles.

Lorsque nous disons que deux particuliers « partagent » la même propriété, nous exprimons l’idée que ces deux particuliers possèdent un élément en commun. Cette façon de parler des propriétés, lorsque nous disons que deux écrans d’ordinateurs partagent la même luminosité, par exemple, ou que deux pommes partagent la même forme, nous conduit à penser que le terme « même » signifie stricte identité.

On peut considérer deux genres d’identité. Armstrong (1997, p. 14-17) précise que le mot « même » ne signifie pas toujours « = ». Un sens strict et un sens relâché semble partager la signification du mot. Si nous considérons qu’un bateau par exemple, n’est rien de plus qu’une collection de planches, nous devons nous demander si la collection de planches et le bateau sont identiques. La notion d’identité, ici, fait appel à l’identité à soi. A est identique à B dans ce sens, seulement dans le cas ou A et B sont identiques dans ce sens strict. Cependant, nous pouvons dire que deux robes sont les mêmes, quand elles sont exactement similaires. Ainsi, nous pouvons séparer les notions d’ « identité » (stricte) et de « similarité » (exacte similarité).

Le sens commun du mot « similaire » est « ressemblance ». La ressemblance entre deux choses peut-être plus ou moins grande. Deux exemplaires du même livre sortant de presse en même temps seront parfaitement similaires. De façon plus relâchée, le terme de similarité peut s’appliquer à deux arbustes de la même espèce issus de deux rejets d’un même arbre. Chaque arbuste ne sera pas, pour autant, strictement identique l’un à l’autre, mais le terme de « strictement similaire » pourra encore s’appliquer à chacun d’eux.

La forme que les deux pommes partagent ne peut pas être interprétée à la façon d’un biscuit qu’une mère partagerait avec son enfant. On pourrait plutôt dire que deux objets partagent des propriétés comme deux personnes peuvent partager un goût pour la peinture primitive flamande, par exemple. Autrement dit, lorsque l’on utilise l’expression métaphorique de « partager » une propriété, ce terme nous conduit à penser que deux particuliers possèdent quelque chose de strictement identique en commun. « Comment fonder cette ressemblance objective des choses ? » Telle est la question métaphysique qui se pose à propos des propriétés.

 

Références

ARMSTRONG, D.M (1997) A world of State of

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3 commentaires pour Ressemblance et propriétés

  1. patrice weisz dit :

    Remarque à François :
    l’identité stricte n’est pas de ce monde : 2 particuliers, mêmes clônés, sont différents : au minimum, ils ne se situent pas au même endroit.
    Par contre, en mathématique, c’est le contraire, l’identité sous-entend toujours strictement le même élément.
    Quand on dit a=b, cela veut dire qu’il y a deux symboles pour le mêmes objet et non deux objets différents de valeur comparable
    En général, les symboles désignent des nombres ou des suite de nombres qui sont uniques. On peut appeler valeur le nombre qu’ils désignent.
    Si a=3 et a=b, alors b=3 . On parle du même 3, car il n’y a pas deux 3 identiques : il n’y a qu’un seul 3 dans la suite des entiers naturels. Donc a et b désignent strictement la même valeur.
    Si a= (1,2,3) et b=(1,2,4) sont des vecteurs à 3 coordonnées, on peut dire qu’ils partagent la même propriété qui est : « avoir 1 et 2 comme coordonnées en x et y ».
    Ils appartiennent donc à l’ensemble d’éléments ayant cette propriété en commun (la droite en z).

    Partager une propriété c’est donc appartenir à l’ensemble d’éléments défini par cette propriété. Partager une propriété c’est ne pas être le seul à posséder une certaine propriété.

    2 objets peuvent appartenir à plusieurs ensembles à la fois et être différents.
    S’il n’est pas possible de les discerner, c’est à dire si chaque fois que l’un appartient à un ensemble, l’autre aussi, alors mathématiquement on parle du même objet et non de deux objets similaires.
    Dans le monde physique, il faut alors distinguer le signifiant, le nom, et le signifié, l’objet, défini par l’ensemble de ses propriétés.
    Il n’y a identité stricte que si les deux signifiants désignent le même signifié. Sinon il n’y a que ressemblance, c’est-à-dire qu’il existe au moins une propriété de différence pouvant être définie pour les discerner.

  2. Dolcu Emilia dit :

    Réponse à Patrice :

    « l’identité stricte n’est pas de ce monde : 2 particuliers, mêmes clônés, sont différents : au minimum, ils ne se situent pas au même endroit. »

    Je reprends votre idée, en essayant de la développer un peu. C’est de toute façon mon intention.
    2 particuliers peuvent se trouver au même endroit, mais à 2 moments différents, alors qu’au même moment, ils ne peuvent se trouver qu’à 2 endroits différents. Ainsi, à l’endroit E¹, l’individu A se trouve au moment T¹ et l’individu B au moment T². Au moment T¹ l’individu A se trouve à l’endroit E¹ et l’individu B, à l’endroit E². De même, à l’endroit E², l’individu A se trouve au moment T² et l’individu B au moment T¹. Au moment T², l’individu A se trouve à l’endroit E² et l’individu B, à l’endroit E¹. On aura ainsi : A=(E¹T¹+T² E²); B=(E¹T²+ T¹E²). Ce qui fait la différence entre les 2 individus ce n’est donc ni l’endroit ni le moment où ils se trouvent, mais le lien entre tel endroit et tel moment, qui est unique pour chacun d’entre eux.
    2 individus peuvent vivre dans le même village, à la même époque comme ils peuvent vivre dans le même village, à des époques différentes. Enfin, à la même époque, ils peuvent vivre dans 2 villages situés à des milliers de kilomètres l’un de l’autre. Dans le premier cas, les 2 individus ont en commun les moments de leur vie et les lieux qu’ils fréquentent. S’ils ne sont pas pour autant identiques c’est que le lien entre tel lieu et tel moment de leur vie est différent de l’un à l’autre. Dans le deuxième cas, les 2 individus n’ont aucun moment en commun, mais le fait qu’ils vivent dans le même village fait qu’ils aient des choses en commun. Il en est de même pour le troisième cas. Or, les combinaisons entre ces 3 cas sont infinis. Cela nous permet de parler de ressemblances plus ou moins grandes ou de différences plus ou moins grandes entre 2 individus, mais pas d’identité. Comme le dit François Loth, et vous-même, à votre façon, au sens strict du terme, un individu n’est identique qu’à lui-même. J’ajouterais, de mon côté, que ce qui fait son identité, c’est le lien, chaque fois unique, entre tel lieu (dans l’espace) et tel moment (dans le temps).
    Il est vrai, que même pour un même individu, ce lien est différent d’un moment à l’autre. Mais pour l’instant, je m’en tiens à la différence entre 2 individus « différents ».

  3. Dolcu Emilia dit :

    Réponse à François :

    « Comment fonder cette ressemblance objective des choses ? » Telle est la question métaphysique qui se pose à propos des propriétés.

    Je me demande si on ne pourrait fonder la « ressemblance objective » des choses sur leur compatibilité physique. L’avantage serait que la compatibilité comporte des degrés, qu’elle peut même tourner en incompatibilité, et qu’elle sous entend une relation qui, elle, est métaphysique.

    Réponse à Patrice :

    « Dans le monde physique, il faut alors distinguer le signifiant, le nom, et le signifié, l’objet, défini par l’ensemble de ses propriétés.
    Il n’y a identité stricte que si les deux signifiants désignent le même signifié. Sinon il n’y a que ressemblance, c’est-à-dire qu’il existe au moins une propriété de différence pouvant être définie pour les discerner. »

    Je vais construire ma réponse à partir de 2 exemples A et B:
    A
    1. Le PIB par habitant des pays en développement connaît une année de croissance négative presque tous les trois ans.
    2. Le PIB par habitant des pays en développement connaît une année de décroissance presque tous les trois ans.
    Les 2 signifiants, croissance négative et décroissance, désignent un ralentissement de l’activité économique, une activité économique moins importante qu’auparavant.
    Et pourtant, la « croissance négative » heurte moins les esprits que la « décroissance ».
    C’est qu’avec la croissance négative, on est toujours dans la croissance.
    En plus, ce syntagme semble s’adresser davantage à des initiés et protéger par là le commun des mortels contre la réalité qu’il désigne.
    La « croissance négative » fait donc plus technique, et moins peur.

    B
    1. Je vois dans ce crime l’ombre de la Maffia.
    2. Je vois dans ce crime l’action de la Maffia.
    Les 2 signifiants, l’ombre de la Maffia et l’action de la Maffia, désignent le même signifié, au sens saussurien de concept. Mais comme les 2 signifiés ne sont pas seulement des faits de langue mais aussi de parole, ils ne sont pas identiques.
    D’abord, l’expression l’ombre « est toujours évoquée par celui qui voit ce que d’autres ne voient pas, ce qui est destiné à rester invisible. Ensuite on pointe de la part de cette puissance cachée son désir de rester cachée. Mais on précise le fait que son action est tout à fait préméditée, calculée : son ombre n’est pas là par hasard. Et le fait même que cette influence soit occulte, invisible, en rajoute sur l’idée qu’elle est mûrement réfléchie, qu’elle est la conséquence de tout un plan, de toute une stratégie ». (Yvan Amar, Mots de l’actualité )
    Au sens strict, on ne peut donc parler que de signifiants similaires et non pas identiques.

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