Pourquoi accepter des propriétés dans notre ontologie ? Ou pourquoi penser que les propriétés existent ?

 

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Avant de chercher à mieux saisir la nature des propriétés on peut se demander pourquoi nous devons imaginer que le monde contienne de telles entités. Une certaine tradition philosophique reste suspicieuse à l’égard des propriétés. Elles n’auraient pas de pouvoir explicatif et faire appel à elles serait illégitime (Quine 1961). Hume (1748), radical, préconisait, au sujet de volumes traitant de métaphysique, de nous poser la question suivante:

« Contient-il des raisonnements expérimentaux sur des questions de fait et d’existence ? Non. Alors, mettez-le au feu… »

En rejetant les propriétés de l’ontologie, on pourrait peut-être préférer les classes de ressemblances ou les ensembles d’objets similaires. Le prédicat ‘est sphérique’, par exemple, pourrait être utilisé pour désigner une classe d’objets, ceux qui appartiennent à la classe des choses sphériques. Une telle approche ne consisterait-t-elle pas, néanmoins, à mettre la charrue avant les bœufs ? Si des objets appartiennent à des classes en vertu de similarités ou de ressemblances qu’ils ont les uns avec les autres, ils se ressemblent en vertu de leurs propriétés. En effet, les objets ne se ressemblent pas les uns les autres tout court mais par certains aspects.

On pourrait néanmoins, peut-être se contenter de la simple distinction entre les termes singuliers et les prédicats. Les termes singuliers sont des mots ou des phrases qui peuvent occuper la position de sujet dans une phrase, dans le but de dénoter une chose simple. Les prédicats, par contre, peuvent rendre vrais les énoncés qui les utilisent. Introduire les propriétés dans notre ontologie nous permet donc de trouver ce qui, dans le monde, rend vrai une phrase comme :

(1) La rose est rouge.

ou

(2) La balle est sphérique.

On peut dire alors que l’existence des propriétés nous aide à rendre compte de cette compétence particulière que nous avons à admettre des instances de termes généraux comme ‘rouge’ et ‘sphérique’.

Sans doute que de telles observations ne suffiront pas à convaincre un ardent éliminativiste au sujet des propriétés. Dans le domaine de la philosophie, on ne peut pas fournir d’argument absolu. Cependant, on peut espérer construire des comptes-rendus qui seront en accord avec les choses telles qu’elles sont. Ainsi, considérons la phrase suivante :

(3) La balle est rouge.

Supposons que les phrases (2) et (3) soient vraies d’une balle de golf en particulier. On peut alors penser qu’il existe quelque chose au sujet de la balle en vertu de laquelle il est vrai de dire qu’elle est rouge et sphérique. Parler ainsi revient alors à parler de propriétés que possède la balle. Il devient alors naturel de dire qu’être sphérique ou être rouge sont des propriétés de la balle de golf. Ces propriétés dotent l’objet de caractéristiques qualitatives et lui confèrent certains pouvoirs.

Admettre l’existence des propriétés dans notre ontologie ne serait donc pas seulement motivé par une sorte de sauvetage de certains problèmes philosophiques. En effet, en parlant de quelque chose au sujet de la balle de golf, nous parlons de la manière dont est la balle de golf.

Références

HUME, D. (1748) Enquiry Concerning Human Understanding, trad. franç. André Leroy, Paris, Garnier Flammarion, (1983).

QUINE, W.V.O. (1960) Word and object, Cambridge, MA: MIT Press, Trad. franç. J. Dopp et P. Gochet, Le mot et la chose, Flammarion (1977).

17 commentaires pour Pourquoi accepter des propriétés dans notre ontologie ? Ou pourquoi penser que les propriétés existent ?

  1. herve dit :

    F
    En rejetant les propriétés de l’ontologie, on pourrait peut-être préférer les classes de ressemblances ou les ensembles d’objets similaires. Le prédicat ‘est sphérique’, par exemple, pourrait être utilisé pour désigner une classe d’objets, ceux qui appartiennent à la classe des choses sphériques. Une telle approche ne consisterait-t-elle pas, néanmoins, à mettre la charrue avant les bœufs ? Si des objets appartiennent à des classes en vertu de similarités ou de ressemblances qu’ils ont les uns avec les autres, ils se ressemblent en vertu de leurs propriétés. En effet, les objets ne se ressemblent pas les uns les autres tout
    court mais par certains aspects.

    H
    En effet, les classes sont des ressemblances entre les objets « sous certains aspects ».

    Nous pouvons ranger la balle de golf sphérique et rouge tantôt dans la classe des objets rouges où elle voisinera avec certaines fleurs, les coups de soleil et les expressions de confusion, tantôt dans celle où elle côtoiera la terre, les ballons de football, etc.
    Cela signifie que nous pouvons classer les objets de différentes façons pour différents usages, de la même façon que nous organisons une bibliothèque par thèmes, ou par ordre alphabétique.

    L’alternative métaphysique devient :
    1) Rangeons-nous A dans la classe F en raison de propriétés intrinsèques de A indépendantes de nous,

    ou

    2) Est-ce que notre façon de ranger A le _rend_ F ?

    Comme le remarque Richard Rorty dans sa critique d’un ouvrage de Bernard Williams, la deuxième hypothèse correspond à une forme un peu bizarre d’idéalisme transcendantal ; notre langage ou nos pratiques de classement des objets constitueraient

     » une force qui façonne les faits à partir d’une substance indéterminée et construit la réalité à partir d’une chose qui n’est pas encore assez déterminée pour être tenue pour réelle ».
    (Richard Rorty, Objectivisme, relativisme et vérité, PUF, p. 13)

    Nous « rendrions » la balle de golf, la terre et les ballons de football sphériques en les rangeant les uns à côté des autres…

    D’un point de vue éliminativiste, il vaut mieux abandonner 1) qui fait proliférer des entités et 2) qui aboutit à une absurdité.
    Nous ne construisons pas les objets, mais dans le cadre de nos interactions (linguistiques et non-linguistiques) avec eux, nous établissons des règles concernant les multiples façons dont nous les utilisons.
    Vouloir sortir de ces interactions pour asserter quoi ce ce soit sur ce qu’ils sont indépendamment de nous est un jeu qu’il nous est loisible de refuser de jouer.

    Ceci implique, à la suite de Wittgenstein, de considérer que nos règles de classement des objets n’ont pas besoin d’être fondées ; leur exactitude est suffisamment garantie par les actions qu’elles nous permettent d’accomplir.

    Il n’y a certes pas d’argument décisif en philosophie mais on peut faire remarquer que postuler des propriétés ne change strictement rien à nos actes de prédication et à leur pertinence, ce que reconnaît assez explicitement Georges Molnar dans la phrase que vous citiez l’autre jour : notre façon d’utiliser tel ou tel prédicat

    « fournit une réponse formellement adéquate à la requête pour un vérifacteur de l’énoncé ‘a est F’  »

    C’est seulement SI nous voulons regarder au-delà de nos relations effectives avec les objets du monde qu’elle « n’est pas métaphysiquement adéquate »

  2. patrice weisz dit :

    Bonjour,
    Les machines, à qui on ne peut prêter que très difficilement un idéalisme transcendantal peuvent trier les pommes rouges des autres grâce à certains capteurs. Donc elles s’appuient nécessairement sur une propriété intrinsèque de la peau de la pomme filtrant la lumière d’une certaine façon, et qui est aussi celle générant chez l’homme la sensation de rouge.
    Cette propriété est causale car mesurable et génère un effet physique visible (elle modifie la position de la pomme, donc elle change le monde).
    Ce raisonnement est valable pour tous les qualia, car la sensation immédiate correspond à l’excitation nerveuse de nos capteurs.
    Ce stimulus est un phénomène physique, donc lié à une propriété réelle.
    En conséquence , on peut donc aller plus loin et affirmer de façon légitime que le monde contient des choses ayant certaines propriétés, indépendamment de notre façon de nous le représenter.

  3. herve dit :

    Je me demande si là vous utilisez le mot « propriété » dans le même sens que François.
    Je ne remets bien entendu absolument pas en question que nous puissions constater tel ou tel phénonème physique, le mesurer, etc., ni que nous puissions asserter quelque chose sur la filtration de la lumière par la peau de la pomme.

    Ce qui est en question dans les billets et commentaires précédents, c’est la signification _métaphysique_ du concept de propriété

  4. herve dit :

    Excusez-moi, le précédent commentaire est parti trop tôt

    Ce qui est en question dans les billets et commentaires précédents, c’est la signification _métaphysique_ du concept de propriété et je ne vois pas comment vous pouvez _démontrer_ quoi ce soit sur le statut métaphysique d’une entité à partir de descriptions physiques.

  5. patrice weisz dit :

    réponse à Hervé,
    Il me semble que la question posée par François est de savoir s’il est légitime de penser que des propriétés puissent appartenir au monde réel, indépendamment de notre façon de nous le représenter, ou si elles ne peuvent appartenir qu’au regard que l’on pose sur celui-ci.
    Dans ma vision du monde, le monde physique est peuplé de phénomènes, reflets du monde réel inaccessible. Faire de la métaphysique, c’est se poser des questions sur ce monde réel. Une façon d’y répondre est d’examiner le statut ontologique d’entités inférées à partir de l’étude des phénomènes, Ce qui justifie la possibilité de cette inférence, c’est tout simplement qu’il y ait des phénomènes.

  6. LOIC dit :

    le rond, le cercle, l’idée..

  7. herve dit :

    P
    Dans ma vision du monde, le monde physique est peuplé de phénomènes, reflets du monde réel inaccessible. Faire de la métaphysique, c’est se poser des questions sur ce monde réel.

    H
    Si vous déclarez le monde réel _inaccessible_ , comment pouvez-vous savoir si les assertions que vous formulez à son propos sont autre chose que des « rêves de visionnaire », selon le titre d’un ouvrage de Kant consacré à la critique des thèses de Swedenborg ?

    Inférer quoi que ce soit , à partir de l’étude des phénomènes, sur le statut ontologique d’entités appartenant à un réel déclaré inaccessible, est simplement conjectural et ne peut constituer une démonstration.

  8. LEMOINE dit :

    Si je comprends bien la question est de savoir si les propriétés ont une consistance suffisante pour être traitées comme des êtres c’est-à-dire comme appartenant à une classe d’objets dotés d’une nature propre.

    Mais donner un sens à une telle question n’exige-t-il pas d’y avoir déjà répondu par quelque façon et de pouvoir dire déjà ce que sont les propriétés ?

    Si je dis « la vie est sacrée » : selon ce que j’entends par propriété, la vie n’est-elle pas une propriété tout autant que le sacré ?

  9. patrice weisz dit :

    réponse à Hervé :
    La physique ne peut voir les particules et pourtant en déduit certaines de leurs propriétés.
    Ce qui rend la pomme rouge à nos yeux est une propriété causale car elle agit aussi sur une machine. Donc j’en déduis qu’il existe des propriétés dans le monde réel, celui qui est indépendant de nos représentations. J’ai utilisé effectivement un jugement a priori : « tout phénomène a une cause » constitutif de mon entendement.
    Un phénomène est un changement dans le monde physique. S’il y a un changement c’est donc qu’il y a une cause à ce changement. Donc la réalité contient au moins quelque chose. On appelle alors propriété causale la capacité de ce quelque chose à modifier l’état du monde physique.
    J’ai donc inféré logiquement de l’étude du monde des phénomènes que le réel contenait des propriétés causales, même si je ne peux en obtenir une connaissance empirique directe, ni me le représenter.

  10. Francois Loth dit :

    Hervé,

    Ce n’est pas parce que l’on utilise des classes de ressemblances pour ranger des objets que l’on doit s’interdire d’intégrer dans notre ontologie des propriétés.

    Il existe cependant un nominalisme de la ressemblance (réintroduit dans le débat en particulier par Rodriguez Peyreira, 2004) qui affirme que ce qui fait qu’un particulier possède la propriété F est la ressemblance elle-même avec les autres particuliers. Dans le cas de ce nominalisme, c’est la ressemblance qui est « constitutive » de la notion de propriété. Ainsi, la boule de pétanque a et la boule le billard b se ressemblent et partagent la propriété de sphéricité. Autrement dit, la thèse du nominalisme de la ressemblance parmi les objets concrets n’est pas expliquée, mais est utilisée pour expliquer les propriétés de ces particuliers. Partager alors une propriété, consiste à se ressembler.

    On peut cependant rejeter ce nominalisme de la ressemblance et admettre que les propriétés sont des manières d’être dont sont les choses. Si ces manières d’êtres sont particulières, on pourra alors constituer des classes de ressemblance.

    Ainsi, que la propriété soit une manière d’être ou une ressemblance, ce sera en vertu de leur existence que l’on constituera des classes de particuliers fondées sur la ressemblance.

    Ces points de vue, je le reconnais, participent d’un travail en métaphysique qui cherche à restituer la structure du monde sans chercher à l’extraire de la structure de notre langage. Cette métaphysique non transcendantale, qui ne donne plus à la philosophie du langage la place fondatrice, cherche à alors à construire une ontologie. Contre Kant, elle affirme la possibilité d’une métaphysique et délaissant la problématique initiée par Wittgenstein, elle ne considère pas que parler de propriétés doit être remplacer par parler de prédicats ni que les problèmes ontologiques doivent se transformer en problèmes concernant le langage et ses applications.

  11. Francois Loth dit :

    Patrice,

    Je suis d’accord avec vous lorsque vous parlez de l’aspect causal des propriétés. Le critère causal de la propriété permet, en effet, de légitimer une ontologie de propriétés. Quant au « reflet du monde réel inaccessible », je ne sais pas ce que cette chose pourrait nous permet de faire. Et puis, avons-nous besoin de construire de l’inaccessible ? La métaphysique n’a sans doute pas besoin d‘inaccessible. Au contraire, le travail en ontologie est un travail qui repose sur la possibilité d’un accès au monde.

  12. Francois Loth dit :

    Mr Lemoine,

    La question concerne l’ontologie des propriétés, c’est-à-dire, à la fois la précision de la notion, et l’introduction oui ou non de ces entités dans une ontologie sérieuse.

    Les propriétés sont liées aux objets mais s’en distinguent. Une propriété n’est pas une partie d’objet. Deux objets ne partagent pas une propriété comme une mère partage un biscuit avec son enfant. Les propriétés sont dites parfois, être des manières dont sont les objets.

    Ce que sont vraiment les propriétés est une question encore largement débattue en métaphysique analytique. Le rapport des propriétés aux objets également. Est-ce qu’une propriété peut exister en dehors d’un objet ? Si l’objet est un porteur de propriétés, peut-il exister un objet nu ? Existe-t-il des propriétés particulières ?

    L’analyse du concept de propriété en philosophie analytique se concentre parfois sur des objets très simples, des objets qui ne portent pas à discussion en tant qu’objet, comme les choses ordinaires qui nous entourent, ce livre rouge près de moi. Ce rouge particulier est-il une instance de propriété universelle rouge ? Autrement dit, le rouge de ce livre – rouge que je perçois mais qui n’est pas la longueur d’onde que je ne perçois pas – entretient-il une relation avec l’universel « rouge » ?

    Ces questions peuvent paraître quelque peu curieuses, mais il s’agit de clarifier des notions métaphysiques centrales sous jacentes à toutes les sciences, comme celles d’objet, de propriétés, d’états de choses.

  13. herve dit :

    F
    Ces points de vue, je le reconnais, participent d’un travail en métaphysique qui cherche à restituer la structure du monde sans chercher à l’extraire de la structure de notre langage.

    H
    Je ne pense pas que des auteurs comme Wittgenstein et Davidson cherchent à extraire la structure du monde de la structure du langage.
    La critique davidsonienne d’un « dualisme entre schème total (ou langage) et contenu non interprété » (« Sur l’idée même de schème conceptuel », Editions Jacqueline Chambon, p. 273 et sq) récuse ce projet. Mais c’est un autre problème. Il se rattache toutefois à celui que nous traitons parce que Davidson en conclut qu’il n’y a pas lieu de chercher ce qui « rend vrai » nos phrases et nos théories ( ibid. p. 283), et c’est précisément cette quête qui conduit certains métaphysiciens à postuler des entités comme les propriétés, cf votre remarque dans le présent billet :

    « On peut alors penser qu’il existe quelque chose au sujet de la balle en vertu de laquelle il est vrai de dire qu’elle est rouge et sphérique ».

    Merci pour la référence à Rodriguez Peyreira, auteur que je ne connais pas du tout, mais aussi et surtout de me donner l’occasion de clarifier mes quelques idées.

  14. patrice weisz dit :

    réponse à François :
    Effectivement l’expression « réel inaccessible » n’est pas très heureuse et prête à confusion, autant utiliser celle du physicien Bernard d’Espagnat de « réel voilé » ou de façon plus parlante de « réalité indépendante » (de nos représentations).

  15. Dolcu Emilia dit :

    Une chose n’existe que dans sa relation avec une autre chose.
    Un arbre, par exemple, n’existe que dans la mesure où il existe pour le sol où il prend racine, pour l’air dans lequel il s’élance, pour les bêtes et les bestioles qui trouvent refuge entre ses branches, pour l’homme qui en fera du bois de chauffage, etc.
    Une chose qui n’existe pas pour une autre n’existe tout simplement pas.
    Un arbre qui n’existe ni pour le sol où il prend racine ni pour l’air dans lequel il s’élance ni pour les bêtes et bestioles qui cherchent refuge entre ses branches ni pour l’homme qui en fera du bois de chauffage n’existe pas.
    La relation à autrui est au fondement de l’existence.
    Qu’est-ce que la chose comme phénomène sinon la chose dans sa relation avec une autre chose?
    Il est vrai que l’arbre pour le sol où il prend racine n’est pas l’arbre tel qu’il est, mais l’arbre tel qu’il apparaît à ce sol. Mais suite à la relation avec l’arbre, ce sol aussi change, devient un autre. Qui plus est, c’est en raison de ce changement que l’arbre existe pour le sol, et qu’il existe d’une façon plutôt que d’une autre. Ce changement, de son côté, explique pourquoi le sol se manifestera à l’intention de l’arbre d’une façon plutôt que d’une autre.
    De même, l’arbre pour l’homme « qui en fera du bois de chauffage » n’est pas l’arbre tel qu’il est, mais l’arbre tel que l’homme se le représente. Cette representation, dans la mesure où elle implique une certaine manière de se référer à l’arbre, n’est pas neutre non plus, ce qui veut dire qu’elle sous entend un changement, un changement qui à lui seul peut expliquer la détermination de l’homme à faire de l’arbre du bois de chauffage.
    Patrice Weisz dit : « S’il y a un changement c’est donc qu’il y a une cause à ce changement. Donc la réalité contient au moins quelque chose. On appelle alors propriété causale la capacité de ce quelque chose à modifier l’état du monde physique. »
    Ce que je voudrais y ajouter ? Si la chose comme phénomène est la chose dans sa relation avec une autre chose et si la relation avec une autre chose est un critère d’existence, la chose comme phénomène n’est pas le reflet d’un monde réel indépendant de nos représentations ou l’aveu d’une quelconque limite de notre connaissance. La chose comme phénomène est la chose telle qu’elle existe. Car une chose qui se manifeste (et elle se manifeste tel qu’elle est) est simultanément donnée pour une autre, existe donc pour une autre. Et la connaissance ne peut aller à l’encontre des choses comme elles vont.
    Je dirais pour conclure que « l’aspect causal des propriétés » se révèle dans cette relation à l’autre, une relation dont le caractère est nécessaire.

  16. patrice weisz dit :

    Réponse à Emilia :

    Je ne vous suis pas quand vous affirmer qu’une chose se manifeste tel qu’elle est.

    Dans un sens, à priori, une chose ne modifie pas sa façon de se manifester en fonction de l’observation qu’on en fait (contrairement à ce que suggère la dualité onde-corpuscule).
    Mais c’est la relation développée avec cette chose qui en révèle tel ou tel aspect. Et les aspects qui en sont révélés par des relations sont la conséquence de l’existence de propriétés causales qui peuvent éventuellement paraître contradictoires dans nos représentations.
    Par exemple, mes yeux détectent certaines propriétés causales, mon odorat d’autres. Les appareils de mesure d’autres encore différentes. Ce n’est pas ma relation de perception qui fait exister ces propriétés : elles sont là, même si je ne suis pas là pour les observer, puisqu’elles sont aussi là pour les machines.
    Elles ne sont donc pas la production de ma relation à la chose, elles résident alors dans une réalité indépendante de mes observations, dont je ne peux pas avoir une connaissance directe.
    La sensation de rouge est ma façon particulière de percevoir une certaine propriété causale d’une chose, que j’obtiens par le regard, mais elle n’est ni cette chose, ni cette propriété.
    Et rien ne me dit que le spectre de toutes les propriétés causales que je peux obtenir indirectement d’une chose recouvre la totalité des propriétés présentes chez cette chose.
    Ni qu’il est légitime de résumer une chose à l’ensemble de ses propriétés causales dont on peut faire le constat, sous prétexte que l’on ne perçoit rien d’autre d’elle aujourd’hui.

  17. Dolcu Emilia dit :

    Réponce à Patrice :

    Tout m’empêche en ce moment de clarifier ma position. Je reviens quand même (c’est vrai, de façon très superficielle) sur 2 des points qui peuvent le plus prêter à confusion.
    Ce n’est pas la relation de perception qui fait exister les propriétés. Je regrette si, faute de précisions, j’ai laissé entendre qu’il en serait autrement.

    « Je ne vous suis pas lorsque vous dites qu’une chose se manifeste telle qu’elle est »

    Toute chose a sa façon d’être. Cette façon d’être sous entend des propriétés ou traits qui se révèlent dans la relation de cette chose avec les autres.
    Lorsque nous disons, par exemple, que la vue de X est mauvaise, nous entendons par là que X voit mal les choses autour de lui. Cela ne veut pas dire que nous voyons comment il voit ces choses. Ce que nous voyons c’est comment il agit dans sa relation avec ces choses.
    Disons que X apprécie mal la distance qui le sépare de l’escalator, qu’il fait un faux pas et tombe. Ce que nous voyons c’est que X fait un faux pas et tombe. Nous ne voyons pas comment il apprécie la distance qui le sépare de l’escalator.
    De cet exemple, il résulte que: 1. Pour que nous ayons accès à la propriété de la vue de X d’être mauvaise, il faut que X fasse un mauvais pas (qu’il se manifeste). Or en faisant un faux pas, X agit en accord avec sa façon de voir, c’est-à-dire mal. Autrement dit, en faisant un faux pas, il est lui-même. 2. Pour que nous puissions réaliser que X a fait faux pas, il faut que nous puissions distinguer un faux pas d’un pas. Mais cette distinction suppose un réajustement de notre représentation antérieure, et donc un changement.

    « Ce n’est pas ma relation de perception qui fait exister ces propriétés : elles sont là, même si je ne suis pas là pour les observer, puisqu’elles sont aussi là pour les machines. »

    De mon côté, j’ai dit qu’une chose qui se manifeste existe pour une autre chose aussi. Ce qu’il faut entendre par là ? Je l’ai déjà dit plus haut : 1.une chose doit se manifester pour qu’elle existe pour une autre (en se manifestant, elle se manifeste elle-même, avec ses propiétés) 2. si elle se manifeste, elle existe pour une autre chose aussi.

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