Sortir de la mauvaise direction : distinguer les prédicats, des propriétés

 

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Pour Wittgenstein, un problème philosophique a la forme de : « Je ne m’y reconnais pas. » (Investigations philosophiques, §123). Notre pensée fait des noeuds et le travail philosophique consiste à dénouer ces noeuds que, via des confusions de langage, nous avons introduits. Pour y remédier, il faut alors nous tourner, avec attention, vers l’usage ordinaire de notre langage et, ce faisant, nous trouverons que les problèmes philosophiques se dissolvent et avec eux, bon nombre de théories philosophiques, nous dit Wittgenstein.

Si la philosophie, parfois, prend une mauvaise direction ou donne l’impression de faire des noeuds, cela signifie-t-il que les philosophes s’engluent à poursuivre des problèmes générés par leurs propres théories ? Pas forcément ! Les théories philosophiques ne sont pas des théories empiriques. En effet, elles ne sont pas contraintes par l’expérience. En conséquence, une théorie peut exercer une certaine influence tout en se libérant de l’expérience, du sens commun, voire de la science. Peut-être qu’une certaine conception du langage qui prétendrait que l’on pourrait, des structures du langage, dégager des structures de la réalité est responsable de cette mauvaise direction.

Lorsque nous voulons parler des propriétés des choses, par exemple, nous devons accepter le principe qu’elles doivent être distinguées des prédicats. En effet, « pour extraire les prédicats, il faut bien posséder le patron préalable des propriétés » (Nef, 2006, p. 218). Comment, lorsque l’on affirme qu’une pomme « est rouge », parvient-on à expliquer pourquoi elle est rouge ? Est-ce que le prédicat « est rouge » s’applique à la pomme parce que la pomme est rouge ou est-ce que la pomme est rouge parce que le prédicat « est rouge » s’applique à elle ? Comment pouvons-nous expliquer la ressemblance de deux pommes rouges sans postuler l’existence de ces aspects ? Appliquer un prédicat à un particulier, sans postuler l’existence d’une propriété dans le particulier, revient à justifier la rougeur de la pomme par l’usage de la seule expression linguistique « est rouge » appliqué à ce particulier. Pour ce nominalisme des prédicats, qui dénie l’existence des propriétés, la rougeur est seulement le prédicat ‘est rouge’.

Le nominalisme des prédicats ne peut donc pas expliquer pourquoi une pomme est rouge et non verte. Rien, en effet, ne peut être dit au sujet du monde permettant d’expliquer pourquoi ce particulier est de cette manière ou de cette autre. De telles thèses nous laissent avec le seul critère sémantique de l’application, correcte ou non, des prédicats. C’est-à-dire qu’il est correct de dire que a est F si a appartient à l’extension de ‘F’. Cependant, comme l’analyse Georges Molnar (2003, p. 23) « cela certes fournit une réponse formellement adéquate à la requête pour un vérifacteur de l’énoncé ‘a est F’. Mais ce n’est pas métaphysiquement adéquate ». La réponse alternative que nous pouvons faire est alors celle-ci : a appartient à l’extension de ‘F’ parce qu’il possède une certaine propriété.

 

Références

MOLNAR, G. (2003) Powers, a Study in Metaphysics, edited par Stephen Mumford, Oxford: Oxford University Press.

NEF, F. (2006) Les propriétés des choses : expérience et logique, Paris, Vrin.

WITTGENSTEIN, L. (1953), Philosophical Investigations, Rhees R. and Anscombe, G.E, Oxford Blackwell.

20 commentaires pour Sortir de la mauvaise direction : distinguer les prédicats, des propriétés

  1. herve dit :

    Il est quand même étonnant que des métaphysiciens contemporains reviennent à la « vertu dormitive » de l’opium…

  2. Francois Loth dit :

    Précisez Hervé ! Précisez…

  3. LOIC LE MEUR dit :

    Les théories philosophiques ne sont pas des théories empiriques. En effet, elles ne sont pas contraintes par l’expérience. En conséquence, une théorie peut exercer une certaine influence tout en se libérant de l’expérience, du sens commun, voire de la science.

    je suis en train de lire les somnanbules d’A Koestler, et ce passage me fait penser à la catastrophe scientifque qui bloqua pendant 15 sciècles la notion d’héliocentrisme représentées par les idées de Platon reprises par Saint Augustin

    j’espère ne pas dire n’importe quoi

    Meilleurs voeux Francois

  4. patrice weisz dit :

    Bonjour,
    Un spectrophotomètre peut trier les pommes en fonction de leurs couleurs. Donc la couleur n’est pas qu’une façon de voir « humaine », ou qu’un effet de langage, mais correspond à une grandeur physique mesurable. Mais bien sûr la machine ne sait pas ce que c’est que la sensation du rouge.
    Par contre elle sait différencier mécaniquement les pommes par la longueur d’onde de la lumière réfléchie par leur peau.
    Le prédicat : « cette pomme est rouge » s’appuie donc à la fois sur une sensation subjective et sur une apparence phénoménale objective.
    Ce prédicat est donc réfutable scientifiquement car il s’appuie sur une propriété physique quantifiable qui en devient scientifiquement causale.
    Il ne peut donc être purement « nominaliste ».
    Tous les prédicats fondés sur des sensations sont théoriquement réfutables, car nos sens se servent de propriétés physiques mesurables pour discriminer des catégories d’objets.
    Une machine sait sélectionner les « bons » melons en mesurant leur taux de sucre, etc…
    Par contre le langage permet de formuler aussi une infinité de prédicats possibles non réfutables, parlant d’autre chose que du monde observable des phénomènes, généralisant des constats empiriques ou répondant à des critères purement logiques.
    « Le monde est infini », « Tout phénomène admet une cause antérieure », etc.. Ces prédicats ne sont pas scientifiques car non réfutables.
    La propriété « être réfutable » telle que définie par Karl Popper pour fonder les théories scientifiques sur le plan épistémologique est aussi un bon critère discriminant les affirmations scientifiques des autres.
    Par contre elle rend non scientifique et sujet à caution ce que l’on ne sait pas mesurer ou comparer, ce qui fait que toute propriété non attachée à une grandeur mesurable est considérée comme non causale.
    Et ce réductionnisme incontournable de la méthode scientifique crée peut-être les conditions d’une impossibilité à pouvoir rendre compte de l’articulation réelle du monde, en en oblitérant certains aspects fondamentaux, comme la reconnaissance de l’action de l’esprit sur la matière qu’elle ne sait pas mesurer.

  5. Meilleurs voeux réels François,
    Et un poème de Jacques Prévert:

    « Sur une assiette en porcelaine réelle,
    une pomme pose,
    face à elle un peintre de la réalité essaie vainement de la peindre,
    mais elle ne se laisse pas faire faire la pomme… »

    Le problème, c’est qu’on peut bien concevoir une pomme en soi, mais dès qu’elle est en relation, les problèmes commencent. En plus, j’ai une tendance au nominalisme depuis l’affaire de la Trinité !

  6. Francois Loth dit :

    Bonne année Laurence,

    Ce qui est préconisé à travers ce billet est une certaine prise de distance avec une image métaphysique consistant à s’en remettre à l’exploration du langage pour rendre compte de nos pensées au sujet du monde et de son mobilier. Autrement dit, à chaque énoncé vrai utilisant un prédicat, ne correspond pas une propriété dans le monde. En effet, comme le signale Armstrong (Truth and Truthmakers, 2004, p. 39) « dans notre discours de tous les jours, nous prédiquons toutes sortes de sujets, et certaines de ces prédications n’ont pas toujours une grande importance ontologique. » Bref, ce n’est pas en partant d’un critère linguistique, que nous pouvons décider de l’existence ou non d’une propriété. Le nominalisme « extrême » qui est ici visé est le nominalisme des prédicats qui dénie l’existence des propriétés. Il faut distinguer ce nominalisme extrême du nominalisme qui ne reconnait pas l’existence des universaux.

  7. Francois Loth dit :

    Patrice,

    Oui, les prédicats de couleur sont appliqués sur la base des expériences de couleur, et les expériences de couleur sont des manifestations mutuelles de dispositions de radiations de lumière et de dispositions du système visuel humain. Strictement parlant, les propriétés de couleur, puisqu’elles sont des manifestations mutuelles de dispositions de radiations de lumière et de dispositions du système visuel humain, n’existent pas dans la nature. Les prédicats de couleur, parce qu’ils sont ainsi seulement appliqués sur la base des expériences de couleur, ne peuvent désigner une propriété unique. Les tomates ne sont pas rouges mais reflètent seulement la lumière rouge. Etre réaliste au sujet de quelque chose revient à considérer cette chose de façon indépendante à notre esprit. Les prédicats de couleur ne peuvent donc pas se référer entièrement à des propriétés dans les choses. Le billet en voulant insister sur la différence à apporter entre prédicats propriétés ne prenait pas en compte cette nuance de taille, mais cela n’était pas central à l’idée soutenue.

    Beaucoup de choses peuvent être dites ‘rouges’, une fraise, une rose, une pomme, etc. Cependant, être telle ou telle propriété dénotant une couleur déterminée ne peut pas être la résultante d’un énoncé contenant un prédicat qu’il soit vrai ou qu’il soit faux ou qu’il ne possède pas de conditions de vérité. Néanmoins, ces objets rouges peuvent nous causer une impression de rouge. Cela ne signifie pas, pour autant, que la propriété d’être rouge soit une véritable propriété partagée par l’ensemble de ces objets. Il ne faudrait pas en conclure, que la propriété d’être rouge ne soit, pour autant, que la projection d’un mécanisme d’abstraction sémantique, une sorte de projection du sémantique dans l’ontologique. On pourrait dire plutôt que chaque objet possède une propriété similaire qui répond au prédicat désignant une certaine forme de rouge. Autrement dit, le prédicat ‘est rouge’ est, ici, satisfait par une famille ouverte de propriétés similaires.

  8. Francois Loth dit :

    Bonne année Loïc,

    Le géocentrisme et l’héliocentrisme sont aussi deux modèles de la connaissance de l’univers. L’astronome n’est pas vraiment un physicien.

    Et puis, le système de Ptolémée, arrive à reproduire, avec une assez bonne précision pour l’époque, les mouvements des planètes dans le ciel. Il était globalement satisfaisant… La physique d’Aristote que tente de sauver Ptolémée n’est pas, me semble-t-il, une théorie philosophique libérée de l’expérience et du sens commun.

    L’idée exprimée dans ce billet est que les théories philosophiques qui, par définition, ne sont pas contraintes par l’expérience ne devraient néanmoins pas s’en libérer. Pas plus qu’elles ne devraient se libérer du sens commun. Cette position participe d’un approche métaphysique « ontologiquement sérieuse ».

  9. herve dit :

    H
    Il est quand même étonnant que des métaphysiciens contemporains reviennent à la “vertu dormitive” de l’opium…

    F
    Précisez Hervé ! Précisez…

    H
    Je réserve la possibilité de ne RIEN comprendre à la métaphysique des propriétés, mais dire « a appartient à l’extension de F parce qu’il possède une certaine propriété », n’est-ce pas dire quelque chose comme « l’opium appartient à l’ensemble des produits dormitifs parce qu’il possède une certaine propriété dormitive » ?

    Bonne année à tous !

  10. Merci François.

    Au fond, ma démarche est inverse de la vôtre: je ne cherche pas un ancrage ontologique mais à montrer comment le langage peut produire des fictions. Je vais bientôt aborder ce problème avec un autre ami; Bentham.

  11. Dolcu Emilia dit :

    « Etre réaliste au sujet de quelque chose revient à considérer cette chose de façon indépendante à notre esprit. »

    On peut distinguer entre une chose qui est présente elle-même et cette même chose qui est présente pour une autre. La chose A est présente elle-même quand elle est en action. Elle est présente pour la chose B si et seulement si la chose B réalise, d’une façon ou d’une autre, la présence de la chose A. En réalité, toute chose, qui est présente elle-même, est présente pour une autre aussi. Pourquoi alors cette dissociation ? Parce que la chose A, qui est présente pour la chose B, peut ne pas être présente pour la chose C ou D ou E, etc.
    Le problème est qu’une chose qui n’est présente pour aucune autre n’existe pas. On pourrait donc dire qu’être présent pour un autre est un critère d’existence et que la relation à l’autre est fondatrice de l’existence.
    Comme, d’autre part, la présence d’une chose pour une autre n’est jamais neutre, cette présence jamais neutre motive le passage à l’acte. Et quand je dis cela, je ne pense pas uniquement à l’individu humain mais à tout individu, qu’il soit animal, végétal ou minéral. L’eau d’une rivière, par exemple, qui rencontre sur son chemin des pierres, est présente pour ces pierres. Ces pierres, de leur côté, font sentir leur présence. Une présence qui n’est pas sans rapport avec la façon dont les pierres ont reçu la présence de l’eau.
    L’esprit, mais ce n’est là qu’une hypothèse, est dans la relation à l’autre, une relation qui, en tant qu’expression de la compatibilité ou de l’incompatibilité avec l’autre fait qu’on puisse dire que tout acte est intentionnel.
    Pourquoi ce détour ? Pour dire qu’il est difficile sinon impossible de considérer une chose «de façon indépendante à notre esprit. »

  12. Dolcu Emilia dit :

    Nous ne pouvons parler que des choses qui existent pour nous et de la façon dont elles existent pour nous.
    Si je dis d’une pomme A qu’elle est rouge, cela ne veut pas dire que la pomme A a la propriété d’être rouge, cela veut dire que la pomme A a une propriété qui fait que je la voie comme étant rouge. De même, la pomme B, dont je dis qu’elle est jaune, elle a une propriété qui fait que je la voie comme étant jaune. Ou bien la chose C, dont je dis qu’elle est verte, et qui a une propriété qui fait que je la voie comme étant verte.
    Si les pommes A, B, C n’avaient pas ces propriétés, je les verrais toutes comme étant rouges, par exemple. S’il en était ainsi, alors on pourrait dire avec raison que seule ma vue est responsable de la couleur que j’attribue aux pommes.
    Quant aux prédicats « est rouge », « est jaune », « est verte », ils sont l’expression de ma relation avec les pommes A, B, C. Comme tels, ils ne peuvent pas dénier l’existence de propriétés dans les particuliers que représentent les pommes A, B, C.

    Quoi qu’il en soit, ce que vous faites est remarquable. Cela profite à la philosophie et à son enseignement.

  13. Francois Loth dit :

    Emilia,

    En plus d’un engagement réaliste envers les propriétés des choses, le point de vue ontologique développé dans le billet insiste sur la non isomorphie prédicats/propriétés. Ce point de vue est soutenu par un certains nombre de métaphysiciens, parfois australiens comme David Armstrong ou australien d’adoption comme Georges Molnar.

    Il s’agit d’insister sur l’utilisation sérieuse du lien prédicats/propriétés.

  14. Dolcu Emilia dit :

    Merci pour votre réponse.
    Je ferai de mon mieux pour approfondir vos « billets ». Chacun a son noyau dur, et de l’allure.
    Exellente année !

  15. LEMOINE dit :

    Je ne comprends pas bien ce que vous voulez dire par :

    « Les théories philosophiques ne sont pas des théories empiriques. En effet, elles ne sont pas contraintes par l’expérience. En conséquence, une théorie peut exercer une certaine influence tout en se libérant de l’expérience, du sens commun, voire de la science. »

    Certes, un philosophe peut soumettre à l’examen critique les acquis des sciences comme ceux de l’expérience ordinaire et sa réflexion peut être féconde (bien qu’évidemment le seul fait de paraphraser la science ne suffit pas à assurer la validité d’un discours philosophique).

    Quel sens y aurait-il à fonder un système sur le déni du réel ? Un tel système ne serait qu’une idéologie creuse quel qu’en puisse être le succès mondain. La seule question que pose une théorie philosophique vivante en contradiction avec la science n’est-elle pas celle de sa fonction dans les débats idéologiques voire politiques ?

    Ce qui dissout pas mal de théories philosophiques ce n’est certainement pas la critique de « l’usage ordinaire de notre langage » mais la science et l’activité pratique de l’homme en général. Autrement ne serait-ce pas faire de l’espèce de doxa sédimentée dans le « langage ordinaire » une sorte de méta philosophie ou l’arbitre des débats d’idées ?

  16. Bonsoir,

    A Emilia,

    Je suis d’accord avec le fait que les sensations ne suffisent pas à caractériser les propriétés d’une chose. Autrement dit, une « propriété » ne vise pas un « particulier ».

    En revanche, je ne comprends pas l’usage du mot « présence » dans votre billet; là, j’aurais parlé de « causalité ». Quel sens donnez-vous à cette notion ?

  17. Francois Loth dit :

    Hervé,

    Bonne année,

    La plaisanterie de Molière veut mettre en évidence qu’une disposition ne peut pas causer sa manifestation car elle est logiquement reliée à elle. Cela ouvre le débat sur les propriétés dispositionnelles qui pour certains ne sont pas de véritables propriétés. C’est une autre discussion.

    La question, reprenant la plaisanterie de Molière peut être formulée de la façon suivante :

    Pourquoi, à chaque fois que nous ingérons de l’opium, nous nous endormons ?

    Pourquoi l’ingestion d’opium par x à t cause-t-elle son endormissement à t+1.

    L’événement a cause l’événement b, en vertu de l’existence d’une certaine propriété physico-chimique de l’opium induisant le sommeil. L’opium appartient donc à la classe des produits somnifères parce qu’il possède une certaine propriété physico-chimique exerçant un certain rôle causal dans certaines conditions. La question concernant le billet est alors celle-ci ?

    Est-ce qu’un objet possède une certaine propriété en vertu de l’application d’un prédicat ou est-ce que le prédicat s’applique en vertu de la propriété ? Le premier point de vue est particulièrement étrange. L’objet aurait eu la propriété même si le prédicat n’avait jamais existé.

    Ainsi :

    Soit que a est membre de la classe des particuliers possédant la propriété F en vertu d’être membre de cette classe
    ou
    que a est membre de cette classe en vertu de posséder la propriété F.

  18. Francois Loth dit :

    Mr Lemoine,

    Le remède préconisé par Wittgenstein pour nous guérir de certains problèmes philosophiques consistait à porter notre attention, non, sur la nature des choses, mais sur les manières de penser et de parler d’elles qui pouvaient fausser leur compréhension. En prenant soin de l’usage de notre langage, nous pourrions bien voir certains problèmes se dissoudre. Lorsque des problèmes philosophiques naissent au sujet de la nature des choses, la métaphysique propose un autre remède qui ne cherche pas la rupture avec la science.

    Une partie de la philosophie est concernée par les concepts que nous utilisons pour décrire et expliquer le monde. Les concepts peuvent évoluer avec les découvertes empiriques. Il ne s’agit pas pour autant de préconiser une division des tâches entre la philosophie et la science. La philosophie de l’esprit et le travail empirique peuvent et devraient avancer ensemble. Définitivement nous devrions faire la paix avec la science.

    Si l’on veut par exemple résoudre le problème philosophique posé par le gouffre explicatif (voir le billet de P. Ludwig sur son blog « états d’esprits ») entre les propriétés et processus mentaux et physiques, ce sera au prix d’avancées sur le front empirique associées à des changements conceptuels opportuns. Notre compréhension de l’esprit requiert que les philosophes et les scientifiques travaillent ensemble.

  19. Dolcu Emilia dit :

    Réponse à Laurence
    « En revanche, je ne comprends pas l’usage du mot « présence » dans votre billet ;là, j’aurais parler de « causalité ». Quel sesn donnez-vous à cette notion ? »

    Je pars d’un état de fait. Une présence dans le temps est une présence dans l’espace aussi. Mais, dans le temps, une chose est présente elle-même alors que, dans l’espace, cette chose est présente pour une autre.
    Prenons un arbre dont les racines poussent dans le sol. Par l’action de pousser l’arbre est présent lui-même et, en même temps, il est présent pour le sol où il pousse. On peut dire de cette façon que, pour un certain temps, l’arbre est présent à un certain endroit.
    Où est l’intérêt de la présence ici et maintenant ou de la double présence?
    Cette présence est au fondement de toute relation et fait naître l’idée d’espace tout comme l’acte, dans sa succession, fait naître l’idee de temps.
    En plus, la présence ici et mainetenant est chaque fois unique. Ainsi, N individus ne peuvent se trouver au même moment qu’à N endroits différents et au même endroit qu’à N moments différents.
    Disons qu’au moment A, 4 individus regardent la mer. Dans ce cas, chacun voit la mer de l’endroit où il se trouve, et donc d’un endroit différent de celui des autres. Si on note avec M la mer et avec a,b,c,d, les endroits où se trouvent les 4 individus, on aura la mer Ma, Mb, Mc et Md, ce qui donne 4 représentations de la mer différentes.
    Disons qu’au moment B, chacun des 4 individus prend la place de l’ autre . Dans ce cas, on peut avoir la mer Mab, Mba, Mcd et Mdc.
    Au moment C, les 4 individus changent à nouveau de places, ce qui pourrait donner la mer Mabc, Mbad, Mcda et Mdcb.
    Enfin, au moment D, suite à un autre changement de places, on pourrait avoir la mer Mabcd, Mbadc, Mcdab et Mdcba.
    Pour conclure, au même moment, les 4 individus se trouvent à 4 endroits différents et qu’au même endroit, ils se trouvent à 4 moments différents, ce qui fait que leurs représentations de la mer, tout en comportant des éléments communs, soient différentes. Les éléments communs leur permettent de communiquer au sujet de la mer, les éléments différents leur permettent d’avoir au sujet de la mer un point de vue différent.
    Dans le cas où tous les éléments sont communs, ce qui fait la différence c’est l’ordre de leur succession. Mais, en général, le rapport entre les éléments communs et les éléments différents doit également être pris en compte.

  20. Merci Emilia.

    En fait, vous vous interrogez sur l’acte de percevoir: il faut en effet des conditions spécifiques, spatio-temporelles pour connaître. Nous pouvons de ce fait définir la (les) chose perçue, non par sa propre représensation dans notre esprit, mais par sa »présence » effective ici et maintenant.

    Autrement dit, l’esprit n’est pas isolé des phénomènes observés. Mais je ne peux me livrer à une analyse phénoménologique car mes limites sont grandes en ces domaines !

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