Métaphysique contemporaine

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Dans la collection textes clés, les éditions Vrin publient, rassemblés par Emmanuelle Garcia et Frédéric Nef, et sous la direction de ce dernier, un volume réunissant quelques 12 textes dont la plupart sont au fondement d’une renaissance d’une discipline qui ne s’est ni jamais éteinte ni jamais achevée : la métaphysique. Le sous-titre intitulé « propriétés, mondes possibles et personnes » reflète toute l’étendue d’une investigation encore trop souvent ignorée du public français. C’est pourquoi, cet ouvrage apparaîtra comme une aubaine pour tous ceux qui considèrent la philosophie comme une pratique qui doit à la fois progresser et se renouveler.

C’est le cas de la métaphysique contemporaine que de progresser et de se renouveler, et ces 12 textes le montrent. En effet, pour la plupart, leur première publication en langue anglaise remonte aux années soixante (le texte de G.F. Stout, 1924 étant l’exception) et certains sont inédits (J. Lowe et J. Dokic).

Lorsque l’on écrit en première ligne d’un blog d’introduction à la philosophie de l’esprit le terme « métaphysique » il faut bien en comprendre le sens. Cette sélection de textes permet d’y contribuer. Je pense, en particulier, au texte de D. Armstrong sur les universaux, et à ceux de D.C Williams et de P. Simons sur les tropes, qui constituent une véritable relecture des enjeux de la vieille querelle des universaux. Mais que peut bien nous apporter, lorsque l’on veut rendre compte de l’esprit dans la nature, cette enquête métaphysique ?

Lorsque la métaphysique se demande de quoi est composé le monde, elle envisage un type d’enquête situé au-delà de la physique. Frédéric Nef, dans la préface, insiste clairement sur le sens de métaphysique « qui ne signifie pas « sur la physique, mais au-delà, au sens de ‘trans’. La métaphysique en ce sens n’est pas un discours totalisateur, mais un dépassement, ce qui répond à des critiques de la métaphysique comme totalité close opposée au dépassement éthique ou même religieux. »

Si l’on considère que certains organismes ou systèmes ont des propriétés mentales et que celles-ci se manifestent dans la relation de causalité par exemple, une clarification métaphysique de ce que sont ces propriétés s’impose.

La question qui consiste à de demander si des entités comme les propriétés existent est une question métaphysique. Une fois que l’existence de l’entité aura été justifiée restera à se demander ce qu’elle est vraiment. Autrement dit, en quoi consiste pour une chose d’avoir une propriété ? Armstrong pense que nous devons penser les propriétés comme des manières d’être. Ainsi, les propriétés sont des manières dont sont les choses. La charge ou la masse d’un électron est la manière d’être de cet électron. Une fois défini la propriété comme une manière d’être, on peut se demander si la notion de propriété est entièrement remplie par cette approche comme manière d’être. En effet, si deux choses a et b se ressemblent par une certaine propriété et que la chose a possède la propriété F, on peut se demander si la chose b ne possède pas la même propriété F que l’on a attribué à la chose a. Si oui, on dira alors que a et b « partagent » la même propriété. Mais que signifie « partager » une propriété pour deux choses ? Est-ce posséder quelque chose en commun ou est-ce platement se ressembler ? Les deux choses a et b, tout en restant deux choses distinctes peuvent-elles posséder une propriété identique ? Le problème de universaux est le problème de comment différents particuliers numériques peuvent néanmoins être identiques en nature. Le Réaliste au sujet de universaux, comme l’est Armstrong considèrera qu’une propriété peut être partagée par deux choses dans la mesure où cette ressemblance entre les deux choses met en jeu une certaine identité. On dira alors que la propriété F est universelle et est partagée par les choses a et b.

On peut aussi n’admettre que des propriétés particulières et rejeter la conception de l’identité entre les propriétés qui se ressemblent. C’est l’autre façon de considérer les propriétés. Si la propriété est une manière d’être, elle serait alors une manière d’être particularisée dont est la chose. Pour Armstrong, la similarité possède une base : l’identité. En adoptant la similarité simple, celle-ci se pose comme primitive. Deux choses sont similaires non parce qu’elles possèdent quelque chose d’identique en elle, ou parce qu’un observateur de ces deux choses les unirait conceptuellement, mais parce qu’elles sont platement similaires. La similarité est alors posée comme un fait brut, elle est basique et non réductible à l’identité. Autrement dit, ce que nous observons parmi les choses de la nature sont des ressemblances plutôt que des identités.

Ce débat divise. Les conséquences métaphysiques sont importantes. Elles concernent la place de l’objet en particulier et son statut. Les objets sont-ils séparés des propriétés ? Ou bien sont-ils des faisceaux de propriétés (bundle) Quelle ontologie adopter : l’objet, la seule instance de propriété particulière que l’on appelle « trope », l’état de chose ? D.C Williams défend une ontologie moniste de tropes. P. Simons, quant à lui, propose une théorie nouvelle de la substance qui fait une place à la fois aux tropes et à l’universalité.

Ainsi la métaphysique, dont la tradition analytique est seulement la marque de notre époque explique Frédéric Nef dans la présentation du livre, poursuit sa tâche. Le chantier n’est toujours pas fermé.

11 commentaires pour Métaphysique contemporaine

  1. patrice weisz dit :

    1) « Ainsi, les propriétés sont des manières dont sont les choses »…POUR NOUS !

    Tout discours sur le monde, que cela soit sur sa partie observable car physique et phénoménale ou sur son en-dehors métaphysique est nécessairement un discours sur le monde pour-soi et non sur le monde en-soi.
    Tout passe par le filtre de l’entendement humain, de la perception humaine ou de l’imaginaire humain.
    La propriété d’une entité est une propriété observée donc nécessite un observateur.
    C’est l’entendement humain qui « catégorise » les propriétés et ainsi les nomme pour décrire le type de relation qu’il a avec l’objet. L’objet ne possède en-soi aucune des propriétés qu’on lui attribue. Les propriétés ne sont donc pas une manière d’être mais une manière de voir.
    La Terre n’est pas ronde en soi : nous la trouvons ronde car nous avons en-tête la catégorie des objets ronds, donc de façon approximative d’après ce que l’on observe on peut dire qu’elle répond au prédicat (la propriété) : « ëtre rond ». Mais de façon plus précise c’est un géoïde elle n’est donc pas ronde. Et de façon encore plus précise, en tenant compte de son relief elle ne rentre plus dans aucune catégorie de volumes à géométrie simple, etc..
    Il en va de même pour tous les objets : il y a une infinité de façon de les décrire en faisant appel à nos catégories, mais aucune des propriétés qu’on leur trouve ne leur appartient vraiment.
    L’or n’est pas jaune en-soi : il est jaune pour des yeux humains. Il n’est pas lourd en-soi : mais il est plus lourd que le fer : les propriétés de l’or sont déterminées par les classifications et les perceptions humaines. Les propriétés sont donc aussi des façons de décrire prenant leur source dans le langage.
    Pour aller plus loin, existe-t-il réellement des objets en-soi, indépendants ou la réalité n’est-elle pas plutôt une continuité non-séparée dans laquelle l’esprit humain découpe des entités et leur affuble des propriétés particulières ?

    2) Faut-il faire une distinction entre des propriétés causales et des propriétés descriptives (ou d’état) ?

    Les propriétés d’état répondent à « x est… » elle sont donc liées à un jugement, à un point de vue. On comprend alors facilement que ce sont les particularités du regard qui est porté qui leur donne existence.

    Les propriétés causales répondent à « x cause y ». Elles sont donc liés à l’explication que l’on donne sur le fonctionnement du monde. La causalité n’étant pas un principe empirique, mais un regard porté sur le monde, les propriétés causales n’ont rien d’objectif ou d’indépendant de la façon qu’a l’homme de voir le monde.
    Elles sont donc elles-aussi le fruit de la relation que tisse l’homme avec ce qu’il perçoit du monde.

    Toutes les propriétés sont donc relatives à l’homme.

    En conséquence, les questions matérialistes du type : « l’esprit peut-il être une propriété causale (en-soi) de la matière complexe ? » se vident de leur sens, car postulent insidieusement une forme d’objectivité ne pouvant pas exister. et demandent donc une reformulation relative.

    Toute la difficulté de la métaphysique est de penser l’en-dehors du monde, iindépendamment de la relation que l’homme entretient avec ce monde.

  2. herve dit :

    Patrick
    « L’objet ne possède en-soi aucune des propriétés qu’on lui attribue.  »

    Hervé
    Comment le savez-vous ? Quelle vision de « l’en-soi », que vous déclarez par ailleurs impossible, vous permet d’affirmer cela ?

  3. patrice weisz dit :

    réponse à hervé :
    L’objet « or » est jaune, mais la propriété « être jaune » est définie en fonction de la façon de percevoir de l’oeil humain et n’a pas de sens sans cet oeil pour l’observer. Il en va ainsi de toutes les propriétés : elle ne sont pas caractéristiques de l’objet mais de la relation entre le sujet et l’objet. Et même l’objet est lui aussi une façon subjective de découper notre « extérieur ».
    Un autre sujet (par ex non humain) tisserait une autre relation avec l’objet et y logerait des propriétés totalement différentes dépendantes de sa façon de percevoir le monde.
    Les propriétés sont donc un point de vue relationnel « sur » quelque chose mais ne sont pas « en » quelque chose.
    Néanmoins, s’il y a singularité (couleur, forme, etc..) c’est qu’il y a malgré tout quelque chose à l’origine de cette singularité.
    Là où il n’y a rien on ne voit rien.
    Là où il y a quelque chose on voit quelque chose possédant certaines propriétés apparentes que l’on nomme en fonction de nos catégories de pensées. Mais ces propriétés ainsi nommées existent uniquement dans notre rapport au monde. Ce sont des propriétés relatives à l’observateur.

    Il faut qu’il y ait un regard particulier posé sur le monde pour pouvoir y définir, à l’intérieur de cette perception, certains objets dotés de certaines propriétés.

    L’en-soi des choses est donc insaisissable et n’a rationnellement rien à voir avec la représentation que l’on se fait du monde. L’en-soi des choses n’est pas physique et donc ne répond pas aux prédicats d’espace, de temps, de volume, etc.. censés décrire de façon objective le monde tel qu’il est.
    Les données quantitatives, les qualités décelées ne décrivent pas le monde tel qu’il est, mais tel qu’il est perçu par l’oeil humain. Même la matière n’existe pas « en-soi » : elle est une façon de nommer une certaine régularité phénoménale.

    Pour finir j’en arrive à penser que même l’espace et le temps sont des façons « humaines » de voir le monde. Mais que le monde réel, non observable est d’une telle densité que toute regard nécessairement restreint qu’on lui porte peut y trouver sa propre cohérence. L’en-soi du monde est infini en taille, en nombres de dimensions, en temps et contient tous les possibles.
    Après selon l’échelle à laquelle on observe les choses, selon les particularités de nos sens qui donnent corps aux phénomènes observables, selon les spécificités de notre entendement qui ne peut tout appréhender, on élabore une représentation « relative » qui fonctionne dans la petite partie qu’il nous est donné d’observer.
    Les objets sont donc des découpages du monde « catégorisés » par notre entendement et leurs attributs (les propriétés) dépendent de notre façon de les appréhender.
    La relativité des propriétés leur ôte ainsi toute existence « en-soi ».

  4. LEMOINE dit :

    Bonjour et merci à François Loth de reprendre ce blog si déconcertant.

    Je voudrais répondre à Patrice :

    Dire que la terre est « ronde », ce n’est pas dire qu’elle est une sphère parfaite. C’est dire qu’on peut en faire le tour. Et cela aucune rhétorique ne peut le contester puisqu’on l’humanité ne cesse d’en faire et d’en refaire le tour. (L’intelligence humaine ne fait pas que contempler le monde, elle agit sur lui, avec lui et elle le transforme)

    Personne n’a jamais contesté que la science n’épuise pas le réel. Elle n’en a d’ailleurs pas l’ambition puisqu’elle vise avant tout une efficacité pratique. Mais qu’une description n’épuise pas un objet n’autorise pas à lui imaginer une face cachée (un en soi inconnaissable). Peut-être que je ne peux pas décrire complètement les six faces d’un cube mais je peux néanmoins affirmer qu’il n’existe pas de septième face.

    Mais je ne crois pas que tout cela soit l’objet de la métaphysique telle que la présente François Loth. Je comprends plutôt que son objet est une élucidation des objets de pensée, des catégories telles que substance, existence, cause, propriété, universel et qu’elle vise à en comprendre le statut. La première question étant celle de leur capacité à permettre une description objective et globale du réel.

    Sinon quel serait le sens d’une question comme celle de l’existence des propriétés des objets ; la réponse serait que « objets », « propriétés » etc ont différents modes d’existence, qu’ils existent à certains points de vue et non à d’autres mais qu’exister « absolument » n’a pas de sens puisque ce serait se placer du point de vue de l’absolu, sinon même au-delà de l’absolu.

    Par exemple, le jaune de l’or existe pour l’œil humain mais n’existe pas, ou existe autrement, à un autre point de vue (qui dirait qu’il n’est que la manifestation d’une certaine capacité du métal à absorber et réfléchir les rayons lumineux). C’est une propriété relative évidemment car qu’est-ce que serait un point de vue absolu sur la couleur de l’or ?

  5. patrice weisz dit :

    Bonjour et réponse à Lemoine :
    « La première question étant celle de leur capacité à permettre une description objective et globale du réel. »
    Qu’appelez-vous le réel ?
    Est-ce ce la portion congrue du monde qu’il nous est donné de percevoir ou est-ce plutôt ce que sont les choses en dehors de notre façon de les percevoir ?
    Comment caresser l’illusion de donner un description objective des choses, à partir du moment où vous reconnaissez vous aussi l’incontournable relativité des propriétés, attributs descriptifs des objets.
    Qu’est-ce qu’un objet si ce n’est un volume arbitrairement découpé et nommé par notre entendement dans le continuum espace-temps que nous nous représentons ?

    Affirmer que le dé n’a que six faces c’est résumer le monde à ce que l’on en perçoit.
    Il a six faces dans l’image que je me fais du monde dans lequel des objets que l’on nomme dés existent car je peux les percevoir. Si les modalités de mon entendement ne percevaient pas 3 dimensions spatiales, aurait-il encore six faces ? L’espace et le temps ne sont pas des absolus mais des relatifs donc ils se conçoivent par rapport à un observateur.

    Pourquoi nos sens nécessairement limités nous permettraient de percevoir tout ce qu’il y a dans un monde reconnu infini ?

    Par quel étrange projet suprême le monde infini ne contiendrait précisément qu’uniquement la substance que mes sens me permettent de percevoir ?

    Prendre comme postulat que le monde bien qu’infini ne contient rien d’autre que ce que mes 5 sens finis me laissent en percevoir ne me convient pas et me parait une hypothèse bien difficile à avaler, survalorisant de façon excessive les capacités de l’homme.

    Et décrire le monde observable n’est pas le projet de la métaphysique mais celui de la physique.
    La métaphysique cherche à aller au-delà des apparences et doit donc s’élever du donné-là pour saisir la nature des choses en-soi.
    Pour cela, sa plus grande difficulté est de tenter de sortir du carcan de notre entendement qui plaque un point de vue « humain » sur le monde, limité par la nature des sens et nos modalités de perception.
    La physique s’occupe du phénoménal, la métaphysique devrait s’occuper de l’absolue réalité qui sous notre regard subjectif cause un monde phénoménal singulier et relatif.

  6. Francois Loth dit :

    Bonjour

    Le projet métaphysique dont il est question dans ce blog est celui qui se rattache à la tradition analytique. Du point de vue de cette tradition, comme l’écrit F. Nef dans son très bon « Qu’est-ce que la métaphysique ? » (Folio Essais Gallimard 2002), en rendant compte du point de vue de la tradition analytique : « L’idéalisme allemand est un brève parenthèse, marquée par le subjectivisme et des formes d’irrationalisme, qu’il s’agisse du retour à la philosophie de la nature (Schelling), l’hypostase du moi absolu (Fichte) ou l’abandon du principe de contradiction (Hegel). » (Nef 2004 p. 103). Bref, la tradition analytique en métaphysique n’est pas une tradition post-métaphysique et, pour elle, Kant ne donne pas un coup d’arrêt à la discipline. Pour tout dire, je vous conseille la lecture du chapitre IV de l’ouvrage de F. Nef, cité ci-dessus, dans lequel l’auteur analyse avec nuance et précision la position de Kant à l’égard de la métaphysique. Bref encore, pour le dire vite, le post-kantisme considère que la métaphysique est dépassée et qu’il faut ou la démolir ou la déconstruire.

    Ce préambule permet de rattacher l’ensemble de vos réponses, Patrice, à ces deux billets qui proposent de faire une place à la métaphysique et à l’ontologie, me semble-t-il, à cette optique kantienne qui considère que l’entreprise métaphysique n’est pas possible puisque ce que nous appelons un objet de connaissance n’est pas une chose indépendante de notre « machinerie » cognitive. Le monde qui produit ces états subjectifs est quelque chose qui nous est, en lui-même, inaccessible.

    La tradition métaphysique, au sein de laquelle la métaphysique analytique s’inscrit, considère que notre « machinerie » cognitive est, au contraire, ce qui nous permet d’accéder aux objets et à leurs propriétés.

    Une fois ce paradigme installé reste à défendre et à justifier une ontologie. Pour compléter ce que Mr Lemoine écrit, il ne s’agit pas seulement de clarifier certains objets de pensée que nous nommons « propriétés » ou « causes », etc. mais de chercher à dire ce que sont les choses. Autrement dit, on ne se demande pas s’il existe des objets et des propriétés mais on se pose la question de savoir ce qu’est un objet et ce qu’est une propriété. En l’occurrence, qu’est ce qu’une propriété mentale ? Une propriété mentale est-elle une propriété physique ?

  7. LEMOINE dit :

    Je reconnais volontiers que je ne peux pas définir le réel, sinon en disant que c’est la totalité des choses et de leurs relations. Avec immédiatement la restriction, très juste il me semble, que fait Hume que le cerveau humain n’est pas capable de penser une totalité non fermée, un infini. Il ne peut que le viser.

    Que mon cerveau ne me permette pas d’accéder à la totalité des choses, n’implique pas qu’il n’accède pas aux choses. L’homme d’ailleurs ne fait pas que penser le monde, il agit sur lui, il le transforme. C’est là que je quitte Hume d’ailleurs, car je ne fais pas que « découper » sur le réel la forme d’une chaise pour la penser. Cette chaise a été produite par le menuisier, avec du bois coupé par le bûcheron, d’un arbre planté par le forestier. Ce n’est donc pas seulement un « paradigme » ou une position philosophique à priori qui me dit que l’homme peut accéder aux choses et à leurs propriétés, c’est toute la pratique humaine, c’est le fait que le monde qui m’entoure est un monde façonné par l’homme.

    Faire une description globale du réel, ce n’est pas en décrire la totalité, c’est seulement à mon sens en souligner les articulations fondamentales telles que « vivant/non vivant » ou « esprit/matière », « nature/culture » etc. Dès qu’on veut le faire on se heurte aux questions fondamentales de la philosophie. Mais dire que poser ces questions, c’est faire de la métaphysique c’est peut-être déjà prendre une position philosophique.

  8. patrice weisz dit :

    réponse à François :

    1) il me semble difficile de trancher entre l’optique kantienne et la tradition métaphysique que vous exposez car il est certain que notre machine cognitive ne peut nous montrer les choses telles qu’elles sont réellement. Mais il est tout aussi certain que cette même machine nous les montre d’une façon suffisante pour nous y retrouver, en parler et agir dessus comme le dit si bien M. Lemoine.
    Le monde qui m’entoure ne peut être une simple juxtaposition d’objets issus de mon imaginaire, tout comme il ne peut se limiter à ce que j’en perçois.

    2) Pour reprendre votre formulation qui me convient bien, qu’est-ce que l’objet de pensée que l’on appelle « une propriété » ?
    Il me semble que c’est simplement un attribut descriptif d’un objet :
    « ëtre rond » ; « être jaune » « peser 1kg » ou « émettre de la lumière » ; « attirer les masses » , etc..
    Si ce que l’on appelle « propriété mentale » est, comme vous le disiez dans les textes précédents, le contenu sémantique d’un état neuronal particulier, alors cette propriété ne peut pas être physique (elle n’est pas intrinsèque) car elle se rapporte à autre chose que l’objet qu’elle est censé décrire. Les contenus sémantiques sont externes.
    Le bateau auquel je pense n’est pas contenu dans mon cerveau, seule l’image ou la phrase le désignant l’est.
    Le terme de « propriété mentale » pour parler d’un contenu sémantique est donc abusif.

    Par contre, un contenu sémantique est forcément désigné par une forme syntaxique qui, elle, a une équivalence dans l’état neuronal.
    En conséquence, on peut uniquement parler de la forme syntaxique désignant le contenu sémantique comme d’une propriété mentale et physique car elle décrit bien une configuration matérielle particulière.

  9. patrice weisz dit :

    réponse à Lemoine :
    Je comprends bien votre position, néanmoins je crois qu’il faut rester vigilant quant à l’appellation « réel ».
    La limite de l’homme à appréhender le monde n’est pas qu’une limite en taille face à son infini spatial, c’est aussi une limite dans ce qu’il peut en saisir à cause de la singularité de ses sens et de la spécificité de son entendement. C’est aussi une limite physique dans l’infiniment petit dû à la barrière de Plank qui nous rend les choses inaccessibles. Etc..

    Je préfère garder la distinction entre le monde réel (inaccessible) et le monde phénoménal (sensible). Cette distinction est d’ailleurs maintenu également par tous les grands physiciens qui connaissent les limites incontournables à nos investigations dans le monde.
    La science ne s’occupe que du monde observable, celui des phénomènes, et n’a rien à dire sur le monde réel.

    Pour moi c’est du monde réel au-delà du physique que la métaphysique doit se préoccuper, car c’est lui qui engendre tous les phénomènes peuplant notre représentation du monde.
    La métaphysique doit se préoccuper de l’ëtre et non du paraître qui concerne déjà les hommes de sciences.

  10. richard dit :

    Bonjour,
    Expatriée quelques temps, je reviens en France et consulte le petit recueil publié par Nef et Garcia. L’introduction de Nef me semble des plus confuses. ? ? ?

  11. Julien.G dit :

    La position de Patrice peut se résumer en ce que l’on appelle un anti réalisme, que l’on peut nommer solipsime qui laisserait à penser que la réalité extèrieure telle que nous la désignons et la comprenons, n’est que le reflet d’une subjectivité projetée à l’extérieur de la conscience.
    Ce solipsisme absolu tel que vous le mettez en avant porte un drôle de coup aux sciences dites exactes qui vous disent simplement que certaines propriétés sont à l’oeuvre dans le monde que l’homme existe ou pas. L’homme a pour capacité de comprendre certains phénomènes, pas seulement de déformer la réalité extérieure par sa vision. Les instruments de mesures qui mettent aujourd’hui au jour ce que l’on appelle des lois de la physique, nous montre les limites de pareils solipsismes et nous rapproche du réalisme. En sachant bien sûr que la science se renouvelle, et donc que son savoir n’est jamais peut-être définitif. Mais cela ne dit rien sur sa capacité à décrire les faits physiques du monde.

    Bien à vous

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