L’intuition de la survenance

 

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Le recours au concept de survenance du mental sur le physique (Davidson 1970, p. 98), veut être un éclairage du lien que le mental entretient avec le physique. Manifestement enfanté par l’image d’une réalité stratifiée par niveaux (voir billet prédent), le concept de survenance permettrait de spécifier la nature du lien entre le physique et le mental.

Le concept de survenance est ainsi souvent présenté comme une forte intuition au sujet de la corrélation esprit/cerveau : deux êtres physiquement identiques en tout point partageraient les mêmes propriétés mentales.

Dans une histoire de téléportation de la série « Star Trek », on peut voir une personne monter sur un podium entouré de machines étranges. Bientôt, s’approchant de l’estrade, un technicien salue l’individu et se met à manipuler quelques boutons, déclenchant aussitôt un miroitement de l’air faisant brusquement disparaître la personne… pour mieux réapparaître à des milliers de kilomètres de là. Cependant, dans un épisode de la série, à un moment donné une erreur de transmission survient. Le personnage se voit alors téléporté simultanément en deux endroits différents. Il est alors dédoublé : deux copies de lui-même existant en même temps.

Les questions qui se posent au sujet des doubles sont alors les suivantes : Les deux personnages de la fable, répliqués physiquement à la molécule près, nous semblent-ils psychologiquement identiques ? Ont-ils le même humour par exemple ? Aiment-ils les mêmes plats ? Eprouvent-ils des douleurs de la même façon ? Notre intuition, manifestement, nous fait répondre « oui ». Les deux répliques semblables dans chacun de leurs aspects physiques, le seraient aussi dans chacun de leurs aspects mentaux.

Cependant, cette première intuition générale de survenance du mental sur le physique reste consistante avec l’épiphénoménisme, fait remarquer Papineau (2002, p. 37) et ne permet donc pas de soutenir la thèse d’un physicalisme ontologique minimum. En effet, les répliques pourraient être psychologiquement semblables dans la mesure où, comme l’original, leurs cerveaux causalement produiraient des états mentaux.

Ce que nous donne à penser l’intuition de la survenance n’est donc qu’une simple corrélation qui peut être consistante avec la thèse, que les états mentaux pourraient être causés par le cerveau sans qu’ils puissent posséder quelques pouvoirs causaux. Cette intuition élémentaire de la survenance ne rendrait alors compte que de la simple co-variation entre les différents états physiques et les différents états mentaux. Une telle conclusion apparaît alors non conforme avec les conclusions de l’argument causal.

Ce que nous montre la fable du télétransporteur de la série Star Trek, c’est que l’identité physique garantit l’identité des aspects mentaux à travers les possibilités de nos lois naturelles dont celle de l’épiphénoménisme. Autrement dit, notre intuition de survenance basée sur le slogan « aucune différence mentale sans une différence physique », ne suffit pas à écarter la possibilité que les propriétés mentales seraient ontologiquement distinctes des propriétés physiques.

 

Références

  • DAVIDSON, D. (1970) “Mental Events”, in Davidson (1980), Essays on Actions and Events., trad. Franç. P. Engel, Actions et événements, Paris, P.U.F., 1993.

 

  • PAPINEAU, D. (2002) Thinking about Consciousness. Oxford: Oxford University Press.
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17 commentaires pour L’intuition de la survenance

  1. Bonjour,

    Au fond, le problème est toujours de savoir ce que signifie « être identique à ». Le récit de Science- fiction permet justement d’explorer cette réalité.
    Dans « Bienvenue à Gattaca », la question est de savoir si un autre « être » peut réaliser des performances physiques avec une sructure qui n’est pas la sienne.
    Accepter l’identité stricto-sensu, ce serait, je crois, renier notre intégrité d’être humain. Mais s’enfermer dans la différence, ce serait aussi refuser toute efficacité causale dans le monde, et le « cri » de Munch ne serait alors que le résultat de nos peurs, hallucinations. Donc, à mon sens, la survenance du mental garantit une certaine forme d’autonomie sans couper le sujet du monde physique ?

  2. patrice weisz dit :

    A parti du moment où le monisme matérialisme est de mise, l’identité des supports physiques implique inévitablement l’identité des propriétés mentales qui y sont associées, car sinon quelles seraient la nature des causes ayant pour effet l’existence de différences ?
    Ceci n’empêchant pas d’ailleurs la réalisation multiple d’un même mental dans des supports physiques différents.
    La différence ontologique entre les propriétés mentales et les propriétés physiques ne fondent pas pour autant une ontologie distincte du mental, mais simplement une ontologie interprétative autre, liée au niveau d’observation où l’on se place pour décrire les phénomènes perçus.
    D’autre part, la difficulté d’intelligibilité de l’épiphénoménisme réside dans le parallélisme entre un physique causal et un mental associé nécessairement a-causal qui aurait malgré tout un fondement ontologique non matériel sans pour autant être d’une substance différente.
    De plus, l’irréductibilité éventuelle des propriétés émergentes suppose également de compléter les causes physiques du niveau inférieur par des causes non physiques, qui additionnées aux premières, clôtureraient ensemble l’explication causale nécessaire de ces propriétés.
    Par conséquent, il me semble logique que la seule possibilité conciliant ces impératifs dans le cadre d’un monisme matérialiste qui empêche toute cause extra-physique est d’admettre que le mental n’est pas un effet émergent du physique mais est lui-même un processus physique syntaxique, acquis grâce au langage, et permettant une manipulation de haut niveau d’autres processus physiques de strates inférieures. Etant alors d’un niveau supérieur, il s’interprête dans un univers conceptuel explicatif plus approprié et moins exact que celui, réductionniste, des sciences moléculaires.

  3. Bonjour,

    Non, il n’existe pas nécessairement une identité physique des propriétés mentales et des propriétés physiques par l’hypothèse d’une ontologie matérialiste, car l’identité en question peut être faible.

    En effet, il faut bien reconnaître une différence entre la compréhension des actions humaines et l’explication des phénomènes naturels. Pour les premières, il n’existe pas de lois de couverture. Et ce n’est pas parce qu’une cause mentale a une efficacité physique qu’elle est identique à ce qu’elle produit. Est-ce qu’il suffit qu’on me greffe le cerveau de François Loth pour être aussi intelligent et compétent que lui ? Non, bien sûr. Simplemnt, nous avons peut-être la même manière d’agir sur le monde physique en tant que sujet.

  4. patrice weisz dit :

    réponse à Laurence :
    Où se situerait la compétence et l’intelligence de François si elle n’était pas entièrement contenue dans son cerveau ? Et donc en théorie greffable sur un autre corps (en supposant de façon simpliste que le corps n’intervient pas dans la constitution d’une personnalité)
    Le cerveau n’est pas un outil dont on se sert plus ou moins bien à partir d’un « moi » qui lui serait extérieur. C’est un support physique génétiquement fabriqué avec plus ou moins d’efficacité ; les acquis du langage, de l’environnement et des relations sociales venant progressivement y structurer l’ontogénèse d’une identité qui s’y réalise avec plus ou moins de bonheur.
    L’identité d’un sujet est donc entièrement mémorisée par la complexité et la subtilité du réseau neuronal, à la fois par la structure des connexions physiques « hard » et aussi par les associations occasionnées par des charges électriques persistantes « soft ».
    Evoquer un mental non contenu dans son support physique, c’est faire appel à une dualité ontologique qui ne peut se réduire au matérialisme pur, et dont l’hypothèse est écartée ici. C’est envisager un mental ayant un pied dans un ailleurs non physique.

    Du coup la différence constatée, entre la compréhension des actions humaines et leur explication par des processus physiques, sous-jacents à leur réalisation et obéissant aux lois naturelles, est juste une différence de niveaux d’interprétation, dans un monde que l’homme découpe naturellement en strates, que ses catégories explicatives lui feront apparaitre comme irréductibles jusqu’à trouver le modèle causal approprié synthétisant la multiplicité, en opposition apparente, des approches actuelles d’un seul et même phénomène.

  5. Réponse à Patrice,

    – Votre image du contenu ne me semble pas juste:je ne vois pas en quoi l’intelligence d’un individu serait contenue dans son cerveau; rien ne le prouve. Dans votre formulation, deux expressions me semblent vagues: « support physique », « l’ontogénèse d’une identité ». Si nous devons réfléchir à l’identité d’un individu, alors il faut déterminer la part qui revient à « l’inné » et celle qui revient à « l’environnement ». En ce sens, l’étude des « vrais jumeaux » a le mérite de poser de bonnes questions.

    – votre hypothèse reste strictement « éliminativiste » au sens où il n’est pas question de la formation des croyances… En revanche, je défendrai l’idée de holisme du mental selon laquelle la compréhension du langage admet la compréhension d’autres attitudes. Bref, je refuse d’enfermer le mental dans « un support physique » (il en de même en sociologie).

    – Défendez-vous l’idée d’une interprétation des phénomènes ? Je ne vois pas pourquoi il ne serait pas possible de concevoir une « irréductibilité » des phénomènes mentaux, sans pour autant leur retirer une efficacité causale réelle.

    Par exemple, lorsque nous pensons, il y a bien « un événement neurologique », mais cela ne signifie pas que nos pensées se réduisent à cet événement là (réduction) ou que nous avons les mêmes pensées (identité stricte).

    Les partisans de Wittgenstein font une différence entre l’ordre des causes et l’ordre des raisons: une explication causale ne peut être équivalente à une compréhension par les raisons. Que faudrait -il penser d’un « inconscient cérébral » (dans le seul but de fournir une solidité scientifique à cette « théorie ») ?

  6. Francois Loth dit :

    Réponse à Laurence.

    La subtilité de la notion de survenance ou sa grande faiblesse est de permettre au physicalisme non réductible de maintenir une position – qui s’avère métaphysiquement instable – d’irréductibilité. Bien que Davidson ne soit véritablement pas métaphysicien mais reste un nominaliste, il est à l’origine par l’introduction du concept de survenance dans le mental, de ce physicalisme non réductible.

    Le problème des propriétés mentales irréductibles est lié à celui de la causalité mentale. Si les propriétés sont des entités qui confèrent des pouvoirs causaux à ses porteurs, on voit mal comment les propriétés mentales pourraient posséder leurs propres pouvoirs causaux. L’argument maître contre le physicalisme non réductible se nomme « argument de l’exclusion causale explicative ». En deux mots, on peut dire qu’il montre que les propriétés subvenantes préemptent les propriétés survenantes, en l’occurrences que les propriétés physiques sur lesquelles les propriétés mentales surviennent, sont exclues du travail causal. Alors quel sens donner à des propriétés qui n’auraient pas de pouvoirs causaux ?

  7. Francois Loth dit :

    Réponse à Patrice.

    Vous écrivez Patrice : « A parti du moment où le monisme matérialisme est de mise, l’identité des supports physiques implique inévitablement l’identité des propriétés mentales qui y sont associées, car sinon quelles seraient la nature des causes ayant pour effet l’existence de différences ? »

    L’identité des occurrences (Token Identity) signifie qu’un événement est aussi un événement physique. On peut considérer que cette identité est à la base d’un physicalisme minimum. De plus, cette identité nous permet de rendre compte de la relation causale dont les relata sont des événements. Néanmoins, le dualisme des propriétés, qui n’est pas à confondre avec le dualisme des substances, se construit sur ce monisme. C’est ici que la survenance, terme de l’art, vient expliquer que les propriétés mentales « surviennent » sur leur base physique. Le slogan, si A est un ensemble de propriétés survenant sur un ensemble B, est radical : « il ne peut pas y avoir de A-différence sans B-différence ». La métaphore des jumeaux intrinsèquement identiques illustre cette co-variation entre A et B.

    Le recours à la survenance permet de marquer la dépendance entre les familles de propriétés, mais elle n’exprime pas l’identité. Le physicalisme non réductible est un dualisme des propriétés qui accepte les conclusions de l’argument ontologique pour le physicalisme. La question de la causalité mentale devient alors, à l’intérieur de ce cadre ontologique : « En vertu de quelle propriété un événement mental (qui est aussi un événement physique) cause-t-il un événement physique ? » Si je désire voter « oui » dans une assemblée en levant ma main, est-ce en vertu d’avoir un certain désir et une certaine croyance (propriété mentale) ou en vertu de certaines propriétés physique s (neurophysiologiques sans doute) que cet événement mental possède aussi ?

  8. patrice weisz dit :

    réponse à Laurence :
    Concernant l’identité d’un individu, il est clair qu’elle dépend de son inné génétique et de son acquis « environnemental ». Ces deux sources d’information structurantes sont complémentaires et nécessairement suffisantes, dans une optique purement matérialiste, pour créer la complexité neuronale du cerveau qui englobe toutes les spécificités d’un mental donné.
    Ce qui ne veut pas dire qu’à une pensée définie correspond une configuration physique unique. Ce qui veut dire, par contre, qu’à des configurations physiques identiques correspond des configurations mentales identiques.
    Les vrais jumeaux ont le même inné, mais par contre l’acquis les différencie, ce qui se traduit par des identités dissemblables. Les clônes génétiques se différencie par leur histoire, après leur naissance. Si on clône un adulte, à l’identique comme en science-fiction, alors au moment du clônage, les clônes partagents rigoureusement les mêmes pensées, car ce sont leurs structures cérébrales qui ont été recopiées, avec toute l’information structurante apportée par l’acquis. Dès qu’ils commencent à vivre, l’écart commence à se creuser.

    Un évènement neurologique peut participer à plusieurs évènements mentaux, c’est dans ce sens qu’il n’y pas identité des évènements, et donc que l’on peut parler de dualité des propriétés.
    Ne pas enfermer le mental dans un support physique, c’est l’en faire déborder…Mais dans quoi ? Et comment imaginer que ce mental puisse être fait d’autre chose que de physique, sans cèder aux attirances du dualisme ?

  9. patrice weisz dit :

    réponse à François :
    « il ne peut pas y avoir de A-différence sans B-différence » avec A un ensemble de propriétés mentales survenant sur B un ensemble de propriétés physiques.
    J’ajouterais la B-identité implique la A-identité, ce que j’ai voulu exprimer plus haut.
    Ce qui ne veut pas dire que les évènements mentaux sont toujours identiques aux mêmes évènements physiques, car ils possèdent, y compris chez le même individu, plusieurs réalisations physiques, étant de nature syntaxique et donc acceptant plusieurs implémentations physiques différentes.
    Plusieurs états physiques distincts peuvent donc engendrer le même évènement mental.

    Quelle est donc la nature de la propriété d’un évènement mental lui permettant d’enclencher un évènement physique ?
    Il me semble que pour répondre à cette question dans le cadre du matérialisme strict, il faut bien comprendre la nature syntaxique du mental, permettant de formuler des pensées ou des désirs.
    Une croyance ou un désir est la désignation dans un langage donné et appris de processus physiques inconscients. Tout comme l’instruction d’un programme informatique qui se lit à l’écran désigne une multitude de processus électroniques de bas niveaux. Quand le programme informatique s’exécute, bien qu’étant « formel » il agit physiquement ; de même quand ma volonté « actionne » mon désir, mon bras se lève.

    Le même programme peut s’exécuter sur des ordinateurs différents avec les mêmes résultats. Mais si, sur deux machines identiques, on observe une activité électronique identique, c’est que le programme qui s’exécute est nécessairement identique.
    De plus, on ne peut pas, à partir de l’examen du fonctionnement purement électronique de l’ordinateur déduire quel programme est en train de tourner. Car l’ordonnancement syntaxique des informations grâce à un langage est une codification à plusieurs niveaux d’ordre d’un petit nombre d’instructions machines ne permettant pas de remonter à l’envers les échelons jusqu’à la richesse d’un langage structuré.

    Les propriétés causales des évènements mentaux proviennent donc du fait qu’ils ne sont que des codifications syntaxiques de processus physiques sous-jacents.

  10. Bonjour,

    Réponse à Patrice: a propos du problème des jumeaux identiques, je me permets de signaler un numéro de  » Sciences et avenir » (Hors-série, décembre 2006): ce n’est pas ausssi évident: l’épigénétique permet d’expliquer la covariation entre gènes et environnement. C’est ce que nous nommons « la survenance ».

    Encore une fois, je refuse la thèse du réductionnisme. Mais cela ne signifie pas que je coupe « le mental » des « occurrences physiques » (identité token-token). Simplement, je soutiens une irréductibilité des propriétés mentales sur les propriétés physiques. Donc -pour reprendre une terminologie à la Davidson-, le mental rélève d’une description. Il faudrait donc distinguer les lois physiques des lois linguistiques.

    Réponse à François:

    Le « nominalisme » de Davidson pose problème. Deux interprétations de la thèse de Davidson demeurent possibles:

    a) relation asymétrique: une différence d’état physique ne suppose pas une différence d’état mental
    b) corrélation systématique: à une différence mentale correspond une différence physique

    Il me semble que les désirs et les croyances sont à la fois des causes (réelles) et des pro-attitudes, nécessaires à l’explication de l’action. Et justement Davidson ne sépare pas l’explication causale de la compréhension par les raisons; sauf si les causes ne sont pas les raisons de l’action.

    Voilà pourquoi, je ne qualifierais pas la position de Davidson de « nominaliste » mais de « réaliste » modéré (ou « matérialisme « doux »).

  11. loic dit :

    en abordant le sujet qui nous intéresse, comment mettre les raisonnements que je découvre dans ces pages en perspective avec la maladie d’Alzheimer, en effet que devient l’esprit dans ce cerveau qui perd peu à peu ses connections
    peut-on s’appuyer sur ce processus pour démontrer l’existence de la relation corps esprit physiquement?
    je vous quitte une semaine je pars en vacances..A bientot

  12. patrice weisz dit :

    réponse à Laurence :
    Les lois régissant l’organisation du mental sont effectivement des lois de description, tout comme les lois linguistiques régissant le fonctionnement d’un langage. Donc on ne peut les mettre en correspondance directe avec les lois de la physique régissant le monde de la matière.
    Dans ce sens là puisque l’équivalence bijective n’est pas possible, on peut y lire une certaine irréductibilité. Néanmoins ces deux systèmes de lois sont définis, pourrait-on dire en utilisant le vocabulaire mathématique, sur le même espace composé des mêmes éléments physiques.
    En d’autres termes, les lois syntaxiques organisant la pensée ou permettant de formuler un désir, restent des processus neurologiques et en conséquence sont sous-tendues par la même causalité physique.
    La survenance, l’émergence ou le holisme du mental sont les effets apparents d’une interprétation à un niveau supérieur à celui de la matière, et utilisant des catégories explicatives non issues du monde des sciences physiques.

  13. Bonjour,

    Imaginons un monde où toutes pensées, croyances, expériences privées seraient bannies. Ce serait un monde sans qualité où tout serait réduit à la simple apparence des choses.

    Plus précisément, nous ne pourrions pas nous représenter un tel monde ou plutôt nos représentations ne seraient que des fictions, voire pire des hallucinations.

    Matière organisée ? Sans vouloir faire le choix d’un présupposé scientifique ou philosophique, je dirais que nous ne pouvons faire fi des difficultés exposées par la philosophie de l’esprit:

    – qu’est-ce que voir, sentir,éprouver pour un sujet ?

    – qu’est-ce qui m’assure du caractère public de mes pensées ?

    – qu’est -ce qui peut m’assurer de l’identité de mes pensées ?

    – si le cerveau est un instrument de la pensée, comment est-il possible de conférer une efficacité causale à nos désirs, nos croyances ?

    Je veux bien admettre qu’il existe des lois. Mais celle-ci nous permettent de rendre intelligible une réalité, que nous ordonnons.

    L’esprit n’a pas dit son dernier mot !

  14. patrice weisz dit :

    réponse à Laurence :
    Le cerveau n’est pas un instrument de la pensée, c’est la pensée qui est produite par le cerveau dans un activité neuronale rendue possible par l’acquisition d’un langage permettant de (se) désigner des processus neurologiques internes ou des stimuli externes.
    Voir, sentir, éprouver, c’est percevoir des stimulis grâce à des sens qui transmettent une information électrique au cerveau.
    Si l’acquisition d’un langage a été suffisante pour dépasser, de façon simpliste, le stade du miroir, alors on peut parler d’un sujet se connaissant en tant que « je » et sachant donner du sens aux informations qu’il reçoit. Sinon le cerveau reste une unité de traitement d’informations à dominante instinctive qui n’engendre aucune interprétation.
    Effectivement la réalité phénoménale nous est intelligible car nous l’ordonnons avec nos catégories, nos modalités et les modèles explicatifs de fonctionnement que nous lui prêtons.
    Si nous restons dans le cadre d’un matérialisme pur, nous ne sommes effectivement que de la matière organisée, et même pire : de la matière auto-organisée…grâce au hasard insondable et à la nécessité des lois contingentes et incontournables de la physique.
    C’est effectivement là, à mon sens, l’une des limites explicatives du modèle matérialiste qui nous enferme dans un déterminisme physique qui ne peut préserver aucun libre-arbitre à notre volonté.

  15. Cher Patrice,

    Je vais tenter de rassembler les points de divergence et de convergence entre nos propos respectifs:

    a) – votre thèse me semble matérialiste et pourtant:vous considérez la pensée comme un système d’information, ce que je me refuse à poser. Là, j’oppose une limite stricte entre la matière (le cerveau) et la pensée. A la manière de Kant, je pose la question de la possibilité de la pensée. Or, vous vous en tenez à des faits.

    – c’est la même chose pour le langage. Or, il s’agit de montrer comment la pensée et le langage ont été possibles. Comment les hommes se sont entendus sur le sens des mots…L’organe ne suffit pas à expliquer la fonction.

    Venons aux points de convergence: vous pensez comme moi que la réel est ordonné à partir des normes de notre rationalité. OK.
    Mais d’après votre thèse précédente, vous ne pouvez défendre l’idée de libre-arbitre et de volonté.

    Enfin, j’ai bien compris votre propos. Mais, l’idée de « hasard insondable » me semble floue. Je ne maîtrise pas votre argument.

    En tous les cas, merci pour la discussion.
    A François Loth de conclure !

  16. AbdelMalek dit :

    Salut tout le monde,

    Il existe un système intérieur en l’homme pour une pensée mécaniste et biologiste.

    Une intuition de source primitive émergeant dans un duel entre intervenants de différents caractères de personnages. Quatre personnages se manifestent lors d’un contact avec soi-même, avec les autres ou avec le suprême. Cette intuition peut se responsabiliser, une fois passer ce duel, il est important de l’écouter, parce qu’elle domine la table ronde et ses personnages, et qu’elle soit en permanence avec notre être suprême. Il s’agit d’une expérience à vivre afin de sensibiliser et comprendre cette confrontation intérieure. Ecouter notre intuition c’est donc suivre la voie de notre être suprême, de notre être profond, de notre âme. Mais pour écouter cette voix, et la désirer au sérieux, il faut donc passer par le duel des quatre personnages intervenant dans cette première phase de confrontation. Ce n’est pas une intuition gratuite. Tout un ensemble d’intervenants qui se manifestent, et il faut identifier et nommer chaque intervenant afin de distinguer entre le rôle et le dialogue de chacun, et apprendre à entendre et diversifier les mots et les dires de l’écho intérieur pour démarrer une pensée juste. Pour ne pas courir de tous les côtés, schématiser le côté cœur avant même d’entretenir la relation avec le mental et placer dans l’ordre ces intervenants que notre personnage moral ignore. Pour s’écouter, il faut donc faire le vide en soi, suivre le dialogue intérieur à tout instant et le plus souvent lors de moments de repos, le soir, avant de s’endormir, lorsque le corps et l’esprit se reposent, lorsque on est dans une profonde contemplation, l’intuition juste et la plus élevée déclenchera le début de savoir d’une pensée meilleure et d’un système de comportement bien évolué. C’est une démarche de coeur principalement, avant qu’elle devienne une démarche intellectuelle. Laisser son cœur parler, dialoguer entre ses intervenants intérieurs, et laisser donner son verdict après avoir écouter chacun d’eux, puis donner leurs chacun son droit.

    Cette table ronde est composée de quatre personnages :

    Un (personnage parfait), qui est l’être spirituel, saint, propre, chaleureux et divin à 100%, qui est une relation directe avec le suprême, d’une communion d’amour infini entre nos deux mondes. L’amour universel de toutes vies.

    Un (personnage négatif) appelé dans la psychologie (ego), il est l’opposé du personnage parfait, il est le diable en personne, il guette, il est critique, et il s’oppose à tout ce qui est parfait.

    Un personnage Moral, qui est le soi, une mémoire remplies de savoirs accumulés, d’expériences et de recherches.

    Un personnage de l’essence, qui est le bébé intérieur, l’âme et le cœur en toute sa puissance.

    C’est une petite voix intérieure qui nous guide dans divers moments de notre vie. Cet outil d’intuition nous servira à évoluer l’enfant intérieur que la psychologie a révélé. Mais moi je l’appelle le bébé intérieur, parce qu’il est plus doux, plus innocent et plus spirituel encore que l’enfant intérieur. Cette intuition nous emmène dans des chemins, des voies que nous n’aurions même pas pensées. Elle se situe au niveau de notre cœur, au niveau du centre du cœur appelé (La Modra) cœur. Celle là est en relation directe avec notre suprême. Les guides disent que si cette (Modra) cœur s’applique convenablement, le corps entier servira de modèle et si cette (Modra) s’altère, le corps entier s’abîmera.

    Bien Cordialement

  17. Merci pour ce commentaire.

    En fait, à travers ces 4 personnages, vous voulez certainement parler de la délibération qui accompagne certaines de nos actions. En philosophie de l’action on la nomme « réflexion pratique ». Le billet n° 88 parle du livre de Stéphane Lemaire qui est précisément consacré à ce sujet.

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