Jaegwon Kim et l’émergence

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On peut désormais lire l’article ICI sur la nouvelle version du site Métaphysique Ontologie Esprit

15 commentaires pour Jaegwon Kim et l’émergence

  1. LEMOINE dit :

    Le petit schéma de Jaegwon Kim ne paraît vraiment pas approprié à une discussion sur les émergences. Tous ceux qui parlent de propriétés émergentes le font en référence à un système. C’est par définition que le système possède quelque chose de plus que ses composants considérés de façon isolée ou juxtaposée. Les propriétés ou les qualités nouvelles naissent des associations, des combinaisons, des relations. Ainsi l’association des atomes de carbones permet la stabilité des chaînes moléculaires qui sont à la base de la vie.

    La qualité émergente rétroagit sur le système mais non sur ses propriétés de base des composants. Ainsi la vie (propriété émergente) imbibe le système dont chaque partie, bien que n’étant qu’une chaîne d’atomes de carbones, est vivante. Cette chaîne d’atomes perd cette propriété dès l’instant où elle est séparée du système.

    La réalité de l’émergence est une évidence. Si la métaphysique ne parvient pas à la penser, le problème n’est-il pas du côté de la métaphysique ?

  2. patrice weisz dit :

    La conscience est du point de vue matérialiste une propriété émergente de la complexité des systèmes.
    Ce qui apparait au niveau supérieur (méta-niveau) découle à la fois des propriétés des composants (les parties) mais aussi de leur organisation (la complexité structurelle). La complexité structurelle ne peut se résumer à l’étude d’un ou des composants car elle « est stockée » entre eux et non pas en eux. C’est ce qui manque à l’approche réductionniste et qui explique le mystère apparent de l’émergence « hollistique ».
    Une bonne illustraton en est la mémoire et son caractère hollographique.
    Le souvenir n’est pas stockée dans le neurone, mais dans une combinatoire subtile de sous-ensembles de neurones qui participent eux-mêmes partiellement au « stockage » d’autres souvenirs « à cheval » aussi sur des sous-ensembles différents.
    Du coup il n’y a aucune possibilité, en étudiant chaque valeur électrique de neurone d’en déduire les souvenirs qu’ils contribuent à supporter.
    De même, la vie n’est qu’une certaine façon de voir le comportement d’une système biologique complexe, mais n’est pas une propriété causale, d’où notamment, l’impossibilité d’en trouver une définition précise, même empirique.

    Dire qu’il y a émergence, revient à évoquer une sorte de « création spontanée » à l’intérieur d’une vision matérialiste.
    La notion d’émergence montre la limite de l’approche réductionniste qui malgré sa quête ne peut tout englober.

    Si des propriétés sont inexplicables dans une certaine vision et donc qualifiées d’émergentes, c’est que la clôture causale posée dans cette vision est erronée.

    Je ne crois pas du tout à la réalité de l’émergence : ce qui apparait comme nouveau à un niveau supérieur, était nécesssairement déjà là au niveau inférieur.

    Il faut donc choisir une alternative :
    Soit l’esprit n’a aucune réalité ontologique, il ne « cause » pas et reste une interprétation comportementale à un méta-niveau, avec les questions restantes et non résolues de sa phénomènologie « intérieure » , de l’intentionnalité et de l’impossibilité d’avoir un libre-arbitre ;
    Soit l’esprit est réel, premier, et « causant », situé en dehors du phénomène physique relatif aux modalités de notre entendement causal, et inaccessible à notre perception extérieure,
    Dans les deux cas, il ne peut émerger « miraculeusement » de la matière.
    Si l’esprit « cause », c’est qu’il n’est pas matière.

  3. Francois Loth dit :

    Réponse à Mr Lemoine

    Si l’émergence est une définition qui signifie que la totalité d’un système possède des propriétés nouvelles et qu’elles forment quelque chose de plus que les propriétés de leurs composants considérés de façon isolée ou juxtaposée, nous avons affaire seulement à une émergence qui résulte des parties qui composent le système. Autrement dit, ces propriétés sont prédictibles à partir des propriétés de base. Ce n’est pas le cas des propriétés véritablement émergentes qui sont nouvelles et du fait que l’on ne peut les prédire, possèdent, selon la doctrine émergentiste, de nouveaux pouvoirs causaux.

    La différence entre les propriétés résultantes qui ne posent pas véritablement de soucis à la métaphysique et les propriétés émergentes, qui elles, posent problème effectivement, est cruciale. Ainsi ces propriétés sont émergentes d’un point de vue épistémologique : on ne peut les prédire ; et d’un point de vue métaphysique : elles possèdent des pouvoirs causaux nouveaux.

    On peut admettre l’émergence de structures de systèmes ou de propriétés de réseaux, qui sont des propriétés qu’un système possède et que ne possèdent pas les parties du système, mais plus radicalement, la doctrine émergentiste soutient qu’il existe des propriétés qui ont leurs propres pouvoirs causaux qui ne peuvent pas être expliqués par les interactions causales des parties du système.

    La question métaphysique est, dans le cas de l’émergence, une investigation de ce que cela veut dire d’une chose qu’elle possède une propriété émergente. Que veut dire pouvoir causal nouveau ?

    D’un point de vue purement explicatif, il semble que la conception d’émergence puisse jouer un rôle dans les sciences spéciales. Sans doute est-ce là que vous placez « l’évidence » de l’émergence !

    La question de l’émergentisme, d’un point de vue métaphysique, pose problème. On peut, en effet, postuler des entités émergentes comme des niveaux conceptuels ou descriptifs, mais affirmer que les propriétés émergentes sont de véritables propriétés qui posséderaient, subitement, des pouvoirs causaux d’un genre nouveau, demande à être justifié.

  4. Francois Loth dit :

    Réponse à Patrice.

    La doctrine de l’émergence n’est pas réductionniste. C’est un matérialisme, mais qui admet que des propriétés entièrement nouvelles apparaissent lorsque les systèmes atteignent un certain niveau de complexité. Le principal problème métaphysique des propriétés émergentes est la nouveauté de leurs pouvoirs causaux. Le second problème est cette image métaphysique d’un monde stratifié par niveaux.

    Si on remet en cause l’image stratifiée du monde, les propriétés de l’esprit ne sont pas des propriétés d’ordre supérieur, mais des types de propriétés physiques du cerveau. L’image stratifiée du monde, qui, d’emblée, semble séduisante impose une sorte de construction d’ordres et de niveaux qui souvent conduit l’ontologie dans l’impasse.

    Lorsque vous parlez de la possibilité de l’esprit soit c’est un épiphénomène (il ne cause rien) soit vous le définissez comme inaccessible à notre perception extérieure. Dans la seconde hypothèse comment conjuguez-vous le terme « perception » et l’expression « situé en dehors du phénomène physique » ? La possibilité que les qualia (il semble que vous réduisiez l’esprit aux seuls qualia) soient des épiphénomènes est une possibilité défendable. Quant à la seconde hypothèse, elle reste difficilement intelligible.

  5. patrice weisz dit :

    réponse à François :
    nous ne devons pas avoir la même définition du réductionisme :
    Pour moi c’est simplement : le tout est égal à la somme des parties
    A opposer au holisme : le tout est plus que la somme des parties.
    Qu’est-ce que le concept d’émergence, si ce n’est de dire que le tout est plus que la somme de ses parties , c’est à dire possède des propriétés en plus ?
    C’est l’humain qui stratifie le monde, le découpe en objets et systèmes imbriqués, mais cette stratification n’existe pas en soi : du coup les propriétés nouvelles trouvées à un niveau donné sont liées au découpage qui est fait et peuvent très bien ne pas apparaitre dans un découpage différent. Le monde forme un seul système ouvert lié sans palier d’organisation verticale.

    Pou comprendre la 2e hypothèse, il suffit simplement de se dire que nos sens et notre entendement ne suffisent pas à couvrir toute la réalité du monde.
    Il serait à mon avis abusivement anthropocentrique de soutenir le contraire.
    Les 2 meilleures preuves de l’existence d’une réalité inaccessible sont l’existence du hasard et le fait que nous ne sachions que mesurer le temps avec un compteur alors qu’il apparait être une sorte de dimension spatiale que nous n’avons aucun moyen d’appréhender.

  6. patrice weisz dit :

    réponse à François :
    Au fil des commentaires, je me rend compte d’une chose qui me surprend, c’est que finalement l’approche consistant à restreindre le monde uniquement aux phénomènes perceptibles est la seule paraissant intelligible. Pourtant, le débat entre les matérialistes et les réalistes est loin d’être dépassé.
    L’existence d’une réalité inaccessible, au-delà du phénomène n’est pas une croyance mais une déduction rationnelle effectuée par des scientifiques modernes confrontés à des limites physiques objectivement constatées et constitutives de notre monde.
    Du coup, la matière, objet de l’étude scientifique et seule substance perceptible extérieurement par l’homme ne peut prétendre à un statut autre que phénoménal sans l’accompagner de croyances « matérialistes » non fondées, qui postuleraient, par extension abusive, son existence dans cette réalité inaccessible.
    Une fois cette précision faite, que reste-t-il alors d’objectif pour peupler cette réalité extérieure dont les phénomènes physiques sont ce qu’il nous ai donné de percevoir ?
    Peut-on également postuler sans croyance abusive que cette réalité s’articule géométriquement avec nos conceptions classiques de l’espace et du temps ? Ou plutôt que ceux-ci ne sont eux aussi que phénoménaux car liés à notre façon d’appréhender et de modéliser la surface du monde ?
    Sans croyance matérialiste aucune, on se retrouve donc, il me semble, à imaginer logiquement une réalité « métaphysique » en dehors de la matière, de l’espace et du temps, mais qui néanmoins cause ces apparences à nos schémas perceptifs incontournables.
    Si cette réalité extérieure ne contenait rien, elle ne causerait pas de phénomènes, nous serions donc face au néant, ce qui est loin d’être le cas, donc elle est nécessairement faite de quelque chose, ce qui fait que le monde ne peut s’arrêter aux limites qu’on y voit.
    Ce concept est-il vraiment inintelligible ?

  7. Francois Loth dit :

    Réponse à Patrice.

    Le dualisme des substances n’est plus guère une option vivante dans le débat contemporain sur la causalité mentale. Le problème de la causation mentale émerge au cœur du physicalisme et pose ainsi : maintenant que les esprits immatériels ont été bannis, la question concerne le statut des propriétés mentales.

    Le point de vue standard qui sous-tend la discussion au sujet de la causalité mentale est celui d’un réductionnisme ontologique des occurrences (Token Identity). C’est-à-dire, un physicalisme que l’on peut qualifier de minimum et qui affirme qu’un événement mental et est aussi un événement physique. Ce physicalisme laisse ouvert la possibilité que des propriétés de type mental puissent coexister avec des propriétés de type physique, c’est le dualisme des propriétés. Le travail métaphysique consiste à se poser la question du statut de ces propriétés de type mental. D’où proviennent leurs pouvoirs causaux ? Si elles sont émergentes ou non ? Si elles sont réductibles ? Etc.

    On peut certes postuler l’existence d’une substance non physique, mais il faut la doter de propriétés non physiques et parvenir à expliquer l’interaction avec le domaine physique. Les thèses issues du cartésianisme sont aujourd’hui marquées d’obsolescence. Cependant, rien ne nous empêche, fruit de la fascination du comportement des particules élémentaires et de notre méconnaissance des propriétés non encore découvertes par la science, d’imaginer des esprits qui seraient situés en dehors de l’espace et du temps. Il faut alors rendre compte de cette possibilité d’existence indépendante du domaine physique – c’est ici que l’intelligibilité bute. Ne serait-il pas plus raisonnable de chercher à rendre compte de l’esprit au sein d’un périmètre ontologique sérieux ?

    Pour le dire autrement, (1) le projet métaphysique en philosophie de l’esprit n’est pas un projet de métaphysique transcendantale, c’est-à-dire un projet qui transcenderait nos expériences sensibles. Ce projet n’est pas non plus, (2) un projet kantien qui chercherait à identifier les concepts généraux à l’œuvre dans nos représentations du monde. Le projet métaphysique est à comprendre (3) comme une contribution au catalogue des catégories (au sens d’Aristote pour faire court) sous lesquelles les choses viennent se ranger et d’identifier les sortes de relations obtenues par ces catégories. Ce blog ne participe que du troisième projet métaphysique. Les projets (1) et (2) dans lesquels vous situez, me semble-t-il, vos commentaires, échappent donc le plus souvent à l’évaluation métaphysique, telle qu’elle peut être comprise dans le débat contemporain en philosophie de l’esprit.

  8. Bonjour,

    Je comprends bien que le problème se soit déplacé vers la question des propriétés. Pour ma part, la question de l’émergence est intéressante parce qu’elle nous invite à:

    – penser la nouveauté
    – penser l’irréductibilité des phénomènes émergents
    – penser la question de l’ordre

    De ce fait, lorsque j’essaie de conceptualiser l’idée de « survenance », « d’émergence », je me demande souvent comment il est possible de tenir compte de la causalité tout en la dépassant (causalité mentale, dépendance des propriétés inférieures/propriétés supérieures). Une nouvelle dialectique ?!

  9. LEMOINE dit :

    La distinction entre propriétés résultantes et propriétés émergentes paraît assez confuse.

    Les propriétés émergentes ne seraient pas « prédictibles ». Mais si on pense à la conscience ou à la vie, que peut bien signifier « prédictible » ? Faut-il comprendre qu’il sera à jamais impossible de comprendre la genèse de ces phénomènes ? Qu’est-ce qui pourrait autoriser une telle affirmation ?

    S’agit-il de dire qu’il ne suffit pas de connaître le cerveau pour comprendre la conscience ? Cela paraît évident pour la simple raison que nous sommes face à un système ouvert donc déterminé par des situations contingentes, qui a une genèse, et qui chez chaque individu se développe dans la relation avec l’environnement ?

    Jaegwon Kim pose-t-il d’ailleurs la question de l’ouverture des systèmes ?

  10. patrice weisz dit :

    réponse à François :

    Merci d’avoir recentrer un peu les choses, car, effectivement, n’étant pas philosophe, la frontière que vos marquez entre les différents projets ne m’était pas apparue.
    Néanmoins, quelle curieuse appellation que celle de philosophie de l’esprit qui ne reconnait que la matière !
    Désormais je m’appliquerais à ne garder dans mes commentaires que le point de vue physicaliste (qui était le mien durant de nombreuses années) afin de ne pas être hors sujet.
    Concernant le mental (autant éviter « esprit » pour empêcher toute connotation dualiste), si je vous suis bien, la démarche est donc d’arriver à comprendre comment les propriétés de type mental se résolvent en propriétés de type physique, sachant que ces deux catégories participent du même support matériel, à savoir le cerveau.
    Plus spécifiquement, il me semble qu’alors, seules les propriétés causales (agissant sur la matière) sont donc sujettes à débat, en laissant de côté les propriétés descriptives qui ne sont sûrement que des façons différentes de nommer un même processus.
    Pour être plus précis et prendre un exemple en physique : la température est une propriété descriptive d’une système (variable intensive) en thermodynamique classique, qui correspond en thermodynamique statistique à un niveau d’agitation moléculaire (2 théories développant des vocabulaires et des méthodes différentes pour décrire les propriétés d’un même phénomène).
    S’agissant de l’émergence, quelle propriété a été identifiée en tant qu’émergente qui soit également une propriété causale ?

    Lemoine cite la vie, mais en quoi la vie est une propriété causale ? N’est -elle pas simplement une propriété descriptive ?
    Si on fait une dichotomie sommaire en deux catégories : les systèmes inanimés et les systèmes vivants, ne peut-on pas tout autant imaginer de trouver une opposition de termes désignant les mêmes systèmes mais rangés dans des catégories différentes évitant ainsi de postuler une émergence ?
    Par exemple : les systèmes doués d’homéostasie et les autres ? Car le thermostat est lui aussi doté d’une système de rétro-action et d’évidence il ne peut être qualifié de vivant. Ou bien les systèmes ayant la capacité à se reproduire ? Les cristaux se reproduisent, les virus informatiques se reproduisent, sans pour autant être « vivant ».
    En conséquence la vie parait être une catégorie descriptive aux contours flous mais pas une « propriété » qui ne se résumerait pas à d’autres non émergentes.

    réponse à Lemoine :
    Comment l’émergence pourrait émerger ? La notion d’émergence, liée à un degré de complexité d’un système, à son ouverture, à son instabilité (voir les attracteurs étranges en théorie du chaos) n’est-elle pas simplement l’expression de la limite des modèles causaux utilisés pour modéliser les phénomènes physiques ?
    Dans la conception physicaliste, la conscience ne peut-être que la capacité d’un système à s’auto-désigner symboliquement. Cette capacité est acquise et se construit chez l’homme à partir de l’apprentissage du langage. En quoi cette capacité ne serait pas prédictible, à partir du moment où l’on connaitrait l’état initial du réseau neuronal inné (le support) ainsi que les inputs successifs du langage structurant (le contenu) ?
    Si on peut reconstruire, en théorie, l’histoire d’un cerveau, même s’il est unique et complexe, la conscience ne devient alors que la conséquence « causale « d’inputs structurants et d’une situation initiale. Ce n’est donc pas une propriété émergente, mais une fonction d’un système qui s’est élaborée de façon déterministe. Il n’y a alors ici pas plus d’émergence que dans la capacité pour un programme informatique à afficher son nom sur l’écran.

    De toute façon, dans l’approche physicaliste, y -a-t-il vraiment une place pour y mettre une émergence qui ne soit pas autre le chose que le fruit d’une interprétation ?

  11. LEMOINE dit :

    Personnellement je ne fais pas mienne cette idée d’émergence et à vrai dire je ne la comprends pas vraiment. Il me semble qu’elle s’apparente à ce que Kant visait sous le concept de « fin de la Nature » et dont il faisait une faculté de la pensée « réfléchissante ».

    Mais Kant pensait un siècle avant Darwin et deux avant le développement de l’écologie.

    Aujourd’hui nous disposons des acquis du darwinisme et des méthodes de l’écologie. Elles me paraissent indispensable pour rendre compte de la genèse et du développement et des propriétés des systèmes ouverts que sont la vie et la conscience.

    Maintenant, je suis d’accord pour reconnaître que tout cela est facile à dire mais que le programme n’est pas facile à mettre en œuvre.

  12. patrice weisz dit :

    réponse à Francois :
    Sur les propriétés émergentes :

    Avant de comprendre qu’un pigment de couleur absorbait une partie de la lumière blanche, comment expliquer autrement que par l’émergence le fait qu’un système fermé composé du mélange de pigments bleu et jaune présentait une couleur verte ?
    Les catégories ont été nommées par l’homme indépendamment d’un éventuel lien de causalité, en fonction de la succession d’observations élémentaires.
    Les théories physiques sont arrivées après ces dénominations, et sont loin d’avoir tout expliqué sinon il n’y aurait plus de recherche scientifique.

    En conséquence, une propriété d’un système qui apparait comme émergente à une époque donnée car d’une catégorie différente de celle de ses composants peut s’avèrer expliquée causalement quelques temps après.

    Par exemple, ce n’est que récemment que l’on explique correctement la formation de bulles dans certaines émulsions, grâce au travaux du prix nobel français Pierre-Gilles de Gennes. Avant lui, on constatait simplement l’émergence étonnante des bulles sans pouvoir les expliquer à partir des propriétés des composants de l’émulsion.

    L’existence d’un lien de causalité expliquant comme les parties « causent » la propriété émergente est donc uniquement dépendante de la possession ou non d’une modèle explicatif complet. Et la physique n’explique pas tout sinon il n’y aurait plus de recherche scientifique.
    Donc on ne peut affirmer qu’une propriété d’un système ne découle pas uniquement de ses parties, pour la simple raison qu’on ne sait pas l’expliquer.

    En conséquence la notion d’émergence n’a aucune ontologie : elle marque simplement la non complétude des modèles explicatifs disponibles.

    Reste à savoir si cette non complétude des modèles peut disparaitre un jour à l’intérieur d’un cadre matérialiste strict…

    La thèse du physicalisme non réductible n’est pas celle d’une matérialisme inachevé mais celle d’un matérialisme ontologiquement inachevable, qui n’est en conséquence plus matérialiste…

  13. Chazal Gérard dit :

    A suivre ce débat sur la notion d’émergence, une remarque me vient à l’esprit : que des systèmes plus ou moins complexes (encore faudrait-il définir la complexité) possèdent des propriétés qui ne sont pas celles de leurs composants (ou ne sont pas additives) me paraît une sorte d’évidence. Que certaines de ces propriétés puissent rétroagir sur le système de manière dynamique : je pense que l’on peut en trouver des exemples. Que l’on appelle cela l’émergence : pourquoi pas. Cependant je crains que dans la littérature contemporaine le mot émergence fonctionne à la manière des qualités occultes de l’ancienne philosophie. L’opium fait dormir parce qu’il a une vertu dormitive et la conscience s’explique en disant qu’elle est émergente. Quand on a dit cela il me semble que l’on n’a pas dit grand chose sauf à faire de l’émergence le cache-sexe de l’esprit ou de l’âme immatérielle et donc d’abandonner la position matérialiste.
    Dès lors, ne faudrait-il pas se préoccuper des outils qui pourraient permettre de comprendre et d’expliquer comment une propriété nouvelle peut apparaître à partir de certains éléments et des relations qu’ils entretiennent. Si la transparence de l’eau ou certaines propriétés chimiques pouvaient apparaître comme émergentes (n’étant pas la somme des propriétés des éléments) (cf. J. Stuart Mill in System of Logic), elles ont été expliquées par les développements ultérieurs de la physique. Je vois quelques pistes dans ce domaine qui ont été explorées ici ou là mais qu’il faudrait peut-être étudiées plus systématiquement : les réseaux de neurones formels, la théorie des graphes, les dispositifs de transformation des vecteurs, etc. Il existe certainement des outils qui permettraient de rendre compte de propriétés ne se manifestant que dans des systèmes à forte interconnexion des éléments. Cela consiste peut-être à revenir à une position réductionniste. Mais le réductionnisme ne consiste pas à se limiter à l’usage des équations différentielles. D’autres outils mathématiques peuvent jouer un rôle explicatif et éventuellement prédictif.

  14. Francois Loth dit :

    Merci pour votre commentaire.

    Les propriétés émergentes posent un problème métaphysique dans la mesure où elles sont dotées de pouvoirs causaux nouveaux que ne possèdent pas les propriétés de la base sur lesquelles elles émergent. Issues d’une image du monde stratifiée en niveaux, elles supposent qu’une causalité descendante se produise. Si une ontologie de niveaux rend des services en épistémologie, elle pose des problèmes d’un point de vue métaphysique.

    On peut penser que les propriétés dites « émergentes » ne sont que des combinaisons des propriétés plus basiques voyant le jour dans des systèmes c’est-à-dire des propriétés complexes et non de nouvelles propriétés.

    On peut cependant penser qu’une notion d’émergence (qui ne serait pas de nouveaux arrangements de vieilles propriétés) pourrait concerner le niveau basique des particules élémentaires.

    Vous avez raison de le souligner que l’émergence est un défi à un physicalisme de J. Kim qualifie de minimum. En effet, les propriétés émergentes s’associent à ce que dans la littérature l’on nomme la thèse du physicalisme non réductible qui de près ou de loin rouvrent une perspective dualiste. Il me semble que nous n’avons rien à craindre du réductionnisme en philosophie de l’esprit et les avancées de la recherche empirique pouvant toucher le domaine de l’esprit doivent être accueillies au sein d’une ontologie solide.

    En plus des essais sur l’émergence viennent d’être traduits aux éditions Ithaques (lien à droite) La Survenance et l’esprit – Vol. II : Les événements et la survenance, une vraie contribution métaphysique de la place de l’esprit dans un monde physique.

  15. jeck dit :

    la théorie de l’emergence peut aussi s’appliquer dans le domaine politique en faisant une révolution psychique des valeurs politiques désuettes.

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