La boîte noire

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11 commentaires pour La boîte noire

  1. Il me semble avoir compris que le behaviorisme ne parvient pas à rendre compte des actions/réactions observables sans avoir à les décrire avec des concepts qui impliquent l’esprit (croire, espérer, penser etc) et qu’aucune élimination totale de l’intentionnalité n’est réalisable. Dans ces conditions on pourrait conclure que le behaviorisme ne tient pas ses promesses et constitue donc une mauvaise voie.

  2. Francois Loth dit :

    Le béhaviorisme méthodologique en déniant l’existence des états mentaux internes ne permet pas de rendre compte d’un certain nombre de phénomènes comme la causation mentale, mais aussi, il lui est impossible de rendre compte de cette caractéristique spécifique du mental qui est celle qui consiste en la possibilité de l’existence sans le corps de l’esprit. Le dualisme cartésien y parvient lui !

    De plus, il est vrai que l’intentionnalité ne peut être expliquée par le béhaviorisme.

    Néanmoins, l’échec apparent du béhaviorisme n’est pas un échec pour cette doctrine qui dénie l’existence des états internes. Le challenge pour le béhaviorisme consiste à nous fournir un argument que nous aurions de bonnes raisons d’adopter en faveur de cette élimination. On peut dire que le fardeau de la preuve incombe au béhaviorisme.

    Néanmoins, lorsque l’on considère dans le béhaviorisme logique (initié par Ryle et Hempel) le point épistémologique qui constitue une évidence pour les autres esprits au sujet de notre vie mentale, à savoir que seul l’observation d’un certain comportement nous permet d’attribuer des états mentaux à autrui, on ne peut pas contester l’apport de cette analyse. Finalement, les questions que pose Ryle et Wittgenstein peuvent être séparées du projet du béhaviorisme logique. D’ailleurs la thèse fonctionnaliste au sujet de l’esprit lorsqu’elle affirme que posséder un état d’esprit revient à être dans une sorte d’état ou un autre contribuant d’une manière caractéristique aux opérations d’un système organisé n’est pas entièrement en contradiction avec le béhaviorisme. En effet, si le fonctionnalisme admet l’existence d’états mentaux, en revanche il n’a pas grand-chose à en dire.

    Pour conclure l’échec du béhaviorisme est néanmoins patent en ce qui concerne la dimension qualitative de nos états mentaux. Si avoir un mal de tête est seulement une manière de se comporter ou être disposé à se comporter d’une manière particulière, alors la nature de cet état intrinsèque n’est donc pas pertinent dans l’explication de votre comportement. Encore une fois, pour adhérer à tel point de vue il nous faut un argument convaincant. Le béhaviorisme ne nous l’apporte pas.

  3. harang laurence dit :

    bonsoir,
    La question est de savoir si l’attribution des caractères mentaux comporte une efficacité causale. Je me demande s’il n’est pas nécessaire de s’interroger sur la possibilité d’un caractère direct ou indirect des états mentaux. A votre avis, sur quoi repose la force du béhaviorisme ? Merci.

  4. Francois Loth dit :

    Bonsoir,

    Peut-être que la force du béhaviorisme, pour reprendre l’expression, repose sur la compatibilité de la doctrine avec la connaissance scientifique du corps et du cerveau.

    Il rend compte également de l’unité du corps et de l’esprit dans la mesure ou ce dernier est considéré comme simplement le corps en action.

    Et puis, peut-être que la force principale du béhaviorisme aura d’avoir été partiellement intégré à la thèse du fonctionnalisme analytique qui se fixe comme objectif l’analyse de nos états mentaux en ne s’interdisant certes pas une référence aux états mentaux, mais en les reliant aux stimuli et aux comportements obervables.

  5. patric weisz dit :

    Bonjour,
    Pour une fois je tenterais de faire bref pour argumenter à l’encontre du béhaviorisme :
    En physique les causes ne sont pas observables et pourtant elles sont nécessaires à toute explication causale !
    En effet aucune force physique régissant le fonctionnement du monde matériel ne peut se soumettre à l’observation : on ne peut en observer que ses effets ! La force de gravitation ne s’observe pas, seule la chute de la pomme causée par cette force s’observe. Du coup on ne peut que batir des modèles mathématiques théoriques tentant de décrirent la nature de ces forces et faisant intervenir des entités hypothétiques.
    Là réside la contradiction de la science matérialiste qui veut se limiter à l’observable mais ne peut que l’expliquer par ce qui ne l’est pas.
    La matière elle-même n’est pas la substance première car elle est conséquence de ces forces invisibles.
    Quelle est alors la nature de la substance non matérielle des forces physiques causant les phénomènes observables?

  6. Francois Loth dit :

    On peut parler des propriétés comme ce qui confère des pouvoirs causaux aux objets qui les possèdent. Une boule possède le pouvoir de rouler parce qu’elle possède la propriété de sphéricité.

    C’est en vertu de posséder une propriété qu’un événement en cause un autre. D’où les propriétés tirent-elles leurs pouvoirs causaux est une question importante ? Doit-on, pour répondre à cette question, si l’on a le projet métaphysique de faire une place dans notre ontologie à ces pouvoirs, de postuler l’existence d’une substance non matérielle ? On peut faire appel aux lois de la nature pour expliquer ces pouvoirs ou encore admettre que ces pouvoirs existent dans une base catégorique ou encore qu’ils seraient de purs pouvoirs.

    La notion de substance non matérielle est-elle compréhensible ?

  7. patrice weisz dit :

    Bonjour,
    Effectivement je ne voyais pas les choses sous cete angle. La pomme a effectivement le pouvoir de chuter. On peut voir cela comme une propriété, je suis d’accord.
    Mais si elle peut chuter, c’est que la force de gravitation a le pouvoir de la faire chuter. C’est donc la force physique qui « cause » la chute de la pomme ou qui fait rouler la boule. La cause n’est pas dans la pomme ni dans la boule.
    Il y a ici une différence essentielle entre une propriété d’état comme « être sphérique » et une propriété causale comme « faire rouler ». La boule ne roule pas parcequ’elle est sphérique, mais parcequ’elle est sur une pente, que la force de gravitation l’attire vers le bas, et que sa forme ne s’oppose pas au mouvement.
    Ce sont des forces qui agissent sur la substance matière et lui donnent sa forme ou son mouvement.
    Les forces décrites par la physique sont alors, de votre point de vue, les propriétés causales de la matière. Mais cela n’en font pas pour autant de la matière.
    De plus, il y a une relation de l’oeuf et de la poule entre les forces et la matière.
    Car c’est la présence (ou la pré-existence ?) de ces forces qui a permi l’avènement de la matière, un des états de l’énergie, et qui a abouti à l’organisation actuelle du monde.
    A contrario, s’il n’y a pas de matière, ces forces n’agissent pas. Là se trouve le rebouclage causal de la force et de la matière.
    La matière n’agit pas sur la matière : la matière engendre des forces non observables qui agissent sur la matière.
    Cette nuance est de taille : la terre attire la pomme tout comme la pomme attire la terre car la présence de leurs masses crée une modification du champ gravitationnel.
    Ce champ n’est-il qu’une idée d’ordre métaphysique ? Ou bien est-il la réalité non observable du monde dont on ne perçoit que les phénomènes ?
    De plus en plus de physiciens depuis l’avènement de la physique quantique soutiennent cette notion de réalité voilée, existant en dehors de la substance matérielle, car seule explication possible à la cause réelle de phénomènes dit hasardeux (a-causaux). Ces phénomènes indéterminés ne trouvant pas d’explications possibles dans la fermeture causale d’un monde matériel déterministe, il faut bien en imaginer l’origine ailleurs, car ils sont nécessairement « causés ».
    En philosophie de l’esprit, le choix d’attitude de pensée est identique :
    Le cerveau, fait de matière, engendre-t-il une force spirituelle, non observable, pouvant agir sur lui-même et donc permettre l’action ?
    Et si oui, quelle est la nature de cette force ?
    Et si non, alors comment se soustraire au déterminisme physique afin de ne pas y sacrifier le libre-arbitre et la volonté ?
    Poser l’esprit comme une propriété causale « extérieure » ontologiquement différente à la matière complexe du cerveau permet de préserver l’intentionalité et aussi la finalité qui ne peut être l’objet d’aucun système de matière organisée, déterminé ou non.

  8. Francois Loth dit :

    Vous posez le problème ontologique des propriétés. Le débat est encore largement en chantier. Néanmoins, un certain nombre de philosophes ont discuté la notion et ont souvent associé la propriété à des pouvoirs causaux.

    On peut dire aussi que les propriétés sont des manières dont les objets sont.
    De plus dans cet éclaircissement de la notion de propriété intervient la notion d’objet. Qu’est-ce qu’un objet ? Est-ce un simple porteur de propriétés ? Si oui, il existerait des porteurs nus ? Ce sont des questions discutées aujourd’hui en métaphysique analytique.

    Cette approche métaphysique ne fait pas appel à d’obscures forces qui seraient au-delà du physique. Autrement dit doit-on séparer ces pouvoirs causaux de ce qui les porte ? On peut par exemple penser les objets autrement que comme des particules. Les objets pourraient être des champs. Bref, il s’agit de donner du « mobilier » du monde une image générale et fondamentale. C’est le projet métaphysique. Frédéric Nef, a publié un livre sur les propriétés l’année dernière (billet n° 25 dans ce blog). C’est en français, c’est rare. A sa lecture, il me semble que l’on peut comprendre l’enjeu du débat contemporain en métaphysique.

  9. Patrice Weisz dit :

    Merci pour votre référence d’ouvrage que je vais rechercher.
    A la lecture de votre commentaire je suis tenté de m’accorder sur vos propos quant au fait de ne pas séparer de l’objet ses pouvoirs causaux. Et donc de ne pas faire exister les forces de la physique de façon éthérée. Pour autant où s’arrête la substance matière ? Les forces physiques, en tant que propriétés causales de la matière sont-elles de la matière aussi ? Même si elles ne sont pas observables ni de même nature ? Cela me parait important à préciser car j’y voit un parallèle que l’on retrouve en philosophie de l’esprit. Ce n’est qu’en ayant au préalable défini ce qu’est la matière que l’on pourra ce poser la question de l’action de l’esprit sur la matière. Si tant est que le concept de matière a encore un sens aujourd’hui, risquant de disparaitre en emmenant avec lui la problématique qu’il engendre avec son opposé.

  10. Marie Sophie dit :

    J’ai noté des erreurs importantes dans le texte La boite noire.

    Premièrement, le béhaviorisme méthodologique n’est pas du tout une approche qui a été développée par John Watson. Le béhaviorisme méthodologique est une critique du béhaviorisme watsonnien!

    Watson était fervent de la thèse forte, c’est-à-dire qu’il croyait que le comportement pouvait être expliqué dans son entiereté par des causes de nature biologique, environnementale et comportementale.

    Le béhaviorisme méthodologique défend plutôt la thèse faible. Les chercheurs de cette approche croit que si ces trois causes sont nécessaires pour expliquer le comportement, elles ne sont toutefois pas suffisantes. Une quatrième cause entre alors en jeu: la thèse psychologique (variables intermédiaires ou médiatrices)

    La critique fondamentale apportée par le béhaviorisme méthodologique aux positions de Watson est que celui-ci cherche à exclure du champ de la psychologie toutes les formes d’entités non directement observables. Au contraire, le béhaviorisme méthodologique étudie toutes les formes de comportements que ces derniers soient observables ou non. Selon cette approche, on peut mesurer toutes les entités privées en autant qu’elles soient décrites de manière concrète et opérationnelle et qu’un instrument permette d’en mesurer les états ou manifestations.

    Aussi, le béhaviorisme méthodologique n’utilise pas la formule S-R, mais plutôt S-O-R
    Le O désigne les variables internes de nauture psychologique (ex: cognition, attitude, affect, motivation) qui peuvent influencer la réponse de l’organisme aux conditionnements environnementales en vigueur.

    Il est éronné de simplifier comme il est fait dans ce texte le béhaviorisme en ramenant les approches béhavioristes à une même théorie. Il faut voir le béhaviorisme comme un programme de recherche qui s’applique à beaucoup de disciplines et qui, encore faut-il le rappeler, porte en elle plusieurs théories extrêmement différentes.

  11. Francois Loth dit :

    Merci pour ces importantes nuances et précisions. Effectivement, Watson représente un béhaviorisme « classique » ou « premier » qu’il ne faut pas incorporer sans nuance dans le béhaviorisme méthodologique. Cependant, sans l’assimiler aux recherches du béhaviorisme méthodologique, on peut néanmoins considérer que le travail de Watson est aux fondements du béhaviorisme méthodologique.

    Certes, le schéma S-O-R vient nuancer la formule S-R. Je précise d’ailleurs, dans ce billet, que le les béhavioristes reconnaissent que les organismes possèdent une structure interne qui est susceptible de subir une investigation. Néanmoins, l’idée générale du béhaviorisme persiste dans le principe méthodologique qui consiste à étudier les états mentaux d’une personne en observant son comportement même au sens large. Bref, il s’agit de renoncer aux concepts mentaux. On renonce, par exemple à prendre en compte des comportements qui impliquent certaines croyances ou désirs. L’objectif de ce billet, qui probablement passe sous silence des nuances non négligeables, avait pour objectif de présenter l’approche béhavioriste d’une manière très générale afin de la confronter au béhaviorisme philosophique, aussi je ne pense que, dans ce contexte, l’on puisse dire qu’il contienne des erreurs.

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