La glande pinéale

 

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175px-485px-descartes_mind_and_body.gifL’épiphénoménisme au sujet du mental apparaît a beaucoup d’entre nous non seulement comme une approche pessimiste de la place du mental dans notre monde physique mais comme une thèse manifestement fausse si ce n’est incohérente. En effet, rejeter l’idée que nos pensées et nos croyances jouent un rôle causal est particulièrement déconcertant. Comment peut-on en arriver une telle conclusion ? Il serait alors légitime de nous demander quelle mouche férocement sceptique a bien pu nous piquer si nous adoptions la solution épiphénoméniste !

 

Le paradoxe est que même si l’épiphénoménisme était vrai cela pourrait bien ne nous servir à rien. L’ensemble de nos explications pratiques dont nous faisons usage au quotidien ne peuvent, en effet, rien faire avec une « vérité » de ce genre.

 

D’un autre côté, la thèse soutenant que le mental peut être réduit à un configuration neuronale dans un cerveau subissant une activité électrique et étant parcouru d’un flux sanguin ne nous permet pas vraiment de rendre compte de cette distinction entre des qualités spécifiquement mentales et des propriétés purement physiques.

 

Face à ce dilemme on peut être tenté d’abandonner la thèse physicaliste qui affirme que tous les événements se produisant dans le monde peuvent être expliqués en termes physiques. C’est le principe de clôture. Cependant, un tel abandon nous impose d’accepter qu’entre dans notre ontologie de nouvelles entités qui ne sont pas physiques.

 

Un grand nombre de traditions admettent l’existence d’entités non physiques résidant de façon temporaire dans les corps. Mourir n’est-il pas la manifestation de l’esprit abandonnant un corps ? Cependant, le statut des esprits et des âmes dans ces traditions est rarement entièrement immatériel. L’âme est le souffle par exemple, elle peut même éprouver des sensations. « Car mon âme, tu entends le son de la trompette » (Jérémie 4,5).

 

La substance cartésienne quant à elle est intrinsèquement immatérielle et ne possède aucune propriété physique.

 

L’introduction de cette substance non physique dans notre ontologie pourrait bien nous permettre de rendre compte de ce qui fait la différence entre les expériences de la conscience et les expériences se produisant dans le monde. Notre point de vue de tous les jours semble donner raison à cette position radicalement dualiste. En effet, la personne humaine semble bien être dotée d’une dimension mentale et d’une dimension physique. Néanmoins ce dualisme absolu pose problème : comment deux substances radicalement différentes pourraient-elles interagir ?

 

Un partisan de la thèse cartésienne pourrait alors affirmer que la relation entre les deux substances est une vérité primitive. Il pourrait soutenir que la causation mentale est une espèce de causation particulière qui ne se rencontre pas dans le monde physique. Supposons ainsi que notre esprit agisse sur notre corps en procédant à certains changements dans certaines régions de notre cerveau (Descartes croyait que les esprits étaient reliés aux corps au moyen de la glande pinéale). Les altérations minuscules dans les mouvements des particules dans la glande pinéale se répandant à travers le corps via le système nerveux, produiraient alors des contractions musculaires susceptibles de déplacer certains de nos membres par exemple. Cependant, mêmes minuscules, les interventions d’une substance non matérielle dans notre monde physique sont des violations au principe de clôture causale. Il se pourrait néanmoins que le monde physique ne soit pas causalement clos. Il n’y a en effet pas vraiment d’autre solution si l’on désire maintenir le dualisme des substances que de défendre cette solution, qui manifestement est en complète opposition avec les réquisits de la science moderne. Autrement dit, si nous estimons que l’intervention d’esprits non matériels dans le monde physique est peu vraisemblable, alors le dualisme cartésien sera lui aussi peu vraisemblable.

 

Un argument comme celui-là est-il véritablement concluant ? Qui ici porte le fardeau de la preuve ? En effet, la solution dualiste nous offre un compte-rendu de l’esprit parfaitement adéquat avec ce que nous vivons au quotidien. De plus, elle nous donne la possibilité de rendre compte du dualisme inhérent à la personne humaine. Et enfin, en ne cédant pas sur la possibilité de la causation mentale, Descartes nous montre une posture philosophique constante autour d’une idée qu’il est sans doute impossible abandonner : l’existence d’une causalité mentale. Cependant, l’ontologie cartésienne entraîne avec elle d’énormes doutes quant à la possibilité d’une violation des lois physiques. Il semble effectivement que les raisons que nous avons de douter de la cohérence d’une ontologie dualiste soient des raisons puissantes. On voit mal en effet, comment des entités non matérielles pourraient causer des mouvements physiques d’une manière consistante avec les lois de conservation de la physique comme celles de la quantité de mouvement par exemple.

3 commentaires pour La glande pinéale

  1. loic dit :

    Je lis quelque chose d’intéressant sur le site : http://www.evolutionquebec.com/site/cannabi/pineal.html
    La glande pinéale n’est elle pas le siège de l’esprit en liaison avec l’extérieur par le canal optique, auditif, les terminaisons nerveuses et je rajouterai sur les mammifères supérieurs à la banque de données des apprentissages, ou l’on retrouvera sagement rangés des émotions un temps nécessaire à notre structure mentale ou ; dont l’exploitation ponctuelle assurera notre équilibre psychique
    De là à en conclure que :
    L’ensemble esprit = un disque dur (la mémoire), la RAM (l’intelligence immédiate), le processeur (la glande pinéale), l’énergie (la combustion des sucres) et enfin les croyances diverses et nécessaires pour structurer et assurer le fonctionnement de cette fragile machine sociale. Machine sociale qui participe au fonctionnement des espèces vivantes, émanation physique et logique des lois universelles de l’évolution. C’est tellement simple… trop simple peut être

  2. Francois Loth dit :

    Réponse à Loïc

    Merci pour le lien.

    Penser le travail de l’esprit par analogie avec un ordinateur occupe une place sérieuse en sciences cognitives. L’idée est que les états mentaux sont physiquement réalisés. Nous savons que les processus de computation peuvent être réalisés dans une variété de machines. Si les esprit sont comme les ordinateurs, c’est-à-dire sont des processus physiquement réalisés par différentes structures biologiques et physiques alors peut commencer une conception fonctionnaliste de l’esprit.

    La conception fonctionnaliste de l’esprit va définir des genres abstraits sans lien systématique avec des réalisations physiques qui peuvent être différentes. Les neurones ne sont elles pas en quelque sorte interchangeables ?

    Le fonctionnalisme n’est pas pour autant l’affirmation que des créatures dans notre genre ne sont rien de plus que des ordinateurs. Il s’agit d’insister pour cette approche sur la relation que les esprits entretiennent avec ce qui les réalise. Le fonctionnaliste dit alors que les esprits ont une relation analogue aux programmes informatiques. En effet, chaque programme est « incarné » dans une configuration matérielle. Le cerveau serait le hardware et l’esprit le soft. Ainsi, parler de l’esprit reviendrait à parler d’un système situé à un niveau supérieur.

    Etre une douleur, par exemple, serait une propriété mentale fonctionnelle qui pourrait être réalisée par différentes configurations matérielles. Dans un être humain, la douleur serait réalisée par un épisode neuronale précis, dans un poulpe, certainement par un épisode neuronale très différent, et dans un extra terrestre, peut-être par un genre non neurologique. L’approche fonctionnaliste doit permettre de penser que la douleur pourrait réalisée par une machine comme un ordinateur. Est-ce pensable ?

  3. CHAKER BEN TAHAR dit :

    Bonjours,
    J’aimerais bien savoir si les scientifiques sont arrivés a demonter que la pratique des exercices de »Hatha Yoga » tels que les exercices d’ASANAS (postures), de PRANAYAMA (respiration) et la méditation transendentale ou DHÂRÂNA (controle de l ‘esprit ou concentration) est la meilleure façon de conserver en parfaite état la glande pinéale et l’hypophyse. Si oui pouvez vous m’indiquer les cites ou je trouve des publications relatives à ce sujet.

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