Une réponse au problème corps-esprit : l’ontologie dualiste de Descartes

24.jpg7.jpg

 On peut lire désormais cet article sur la nouvelle version du site : ICI.

9 commentaires pour Une réponse au problème corps-esprit : l’ontologie dualiste de Descartes

  1. loic dit :

    Comment un événement dans un esprit immatériel pourrait avoir des effets matériels ?

    A cette question je te pose une question triviale en rapport avec l’action de prendre un verre pour en boire le contenu et son incidence sur la relation corps esprit : Buvons donc le contenu de ce verre, puis d’un autre et encore et encore, supposons que ce verre contienne de l’alcool. L’événement matériel survenant rapidement sera une perte de repères et si l’on insiste une perte de la raison avec pour corollaire des actes pour le moins erratiques… Qui dirige alors le navire ?
    La question n’est peut être pas très spirituelle et je m’en excuse d’avance, mais peut être éclaire t’elle sous un nouveau jour le cartésianisme de la réflexion portant sur ce sujet..

  2. LEMOINE dit :

    Je crois me souvenir que Spinoza contestait l’évidence du cogito cartésien.

    Le doute cartésien est en effet ,à mon avis, une de ces méthodes de démonstration par laquelle un auteur tente de faire passer son a priori culturel pour une vérité première (ce qui me semble être, à l’époque moderne, le fond de la phénoménologie).

    Si on y réfléchit un peu, on voit bien que si Descartes avait douté au moins un instant, il se serait interrogé sur la capacité des mots qu’il utilisait à désigner quelque chose et s’il avait tenté de penser sans leur secours, il n’aurait rien trouvé au-delà des mots et il se serait heurté au vide et à la stupeur de son esprit. Il lui aurait fallu admettre qu’il était fait de mots c’est-à-dire de langage. Il aurait dit «je pense donc je suis langage » ; langage et non substance car il ne peut pas dire d’où il tient qu’il est une substance et qu’il sait ce que peut désigner ce mot. Il lui aurait fallu admettre qu’il ne peut être assuré par lui-même du sens des mots mais qu’il ne l’est que par le témoignage d’autrui à travers la parole échangée, que les mots ne sont pas son bien propre mais qu’il les a appris d’abord de sa maman ou sa nourrice.

    C’est le vice commun à la quasi-totalité des philosophes d’avoir renié leur mère ! La raison, la pensée dont ils s’enorgueillissent, ils la doivent d’abord à leur mère, les évidences logiques qu’ils prétendent découvrir ils les ont apprises et les doivent d’abord à l’amour d’une mère et peut-être bien à quelque taloches judicieusement appliquées. On dirait qu’il faut de longues années d’études pour oublier cette évidence là car je vois qu’elle n’échappe pas aux plus jeunes. Ainsi, j’ai bien du mal à convaincre ma fille qui est en classe de terminale que le Menon de Platon mérite d’être étudié. Elle n’y voit qu’une extravagante sottise et il est difficile de l’en blâmer. Je me demande d’ailleurs qui a bien pu mettre un texte pareil au programme.

    PS : ne voyez pas dans tout cela qu’un mouvement d’humeur, la question de la façon de présenter la philosophie au lycée est vitale pour l’avenir de cette discipline.

  3. loic dit :

    A monsieur Lemoine:
    J’ai une fille qui à 17 ans et je lui ai recommandé de lire: Antimanuel de philosophie de Michel Onffray, les thèmes abordés collent bien aux ados à qui il est destiné, bien que je m’en repaisse aussi…

  4. LEMOINE dit :

    J’ai peur de ne pas avoir été compris à propos de Menon. Je ne dis pas qu’il faut présenter aux jeunes des choses faciles. Bien au contraire, je pense qu’ils doivent être mis de plein pied avec la philosophie dans ce qu’elle a de plus exigeant.

    Avec Platon commence une conception de la philosophie qui se veut connaissance des essences c’est-à-dire d’un fond invariant des choses, une philosophie qui cherche une structure rationnelle du monde. Malheureusement, la lecture ligne à ligne et au premier degré que font les élèves d’un texte comme Menon, fait que l’essentiel leur échappe. Ils ne retiennent que l’archaïque et tout ce qui peut prêter à rire. A mon avis il serait mille fois préférable de travailler avec un manuel austère et difficile et n’aller aux textes qu’une fois averti des problèmes qui font débat.

    J’imagine qu’en fait aucun de nous n’est au clair avec ces problèmes et en particulier sur celui de la façon de mener son esprit et même sur la question de ce que c’est exactement que de penser sinon nous n’irions pas occuper nos soirées à lire les textes de François Loth !

  5. Francois Loth dit :

    A monsieur Lemoine :
    Je ne considère pas que l’expérience du cogito soit reléguable à un a priori culturel comme vous l’écrivez. Le doute de Descartes est métaphysique. Autrement dit, il s’agit d’un doute au sujet de la nature des choses qui sont dans le monde.

    Votre vision philosophique qui consiste à placer au centre de la réflexion le langage n’est pas la position ontologique que je soutiens. Il existe un principe philosophique qui est central au réalisme et qui peut s’énoncer ainsi : « quand une affirmation concernant le monde est vrai, il doit y avoir quelque chose au sujet du monde qui le rende vrai. » Ce principe de vérifacteur (truthmaker) permet de bien saisir la séparation que le philosophe qui se dira réaliste – c’est-à-dire un philosophe qui soutient qu’il existe des domaines indépendants de nos esprits – doit opérer entre le monde et le langage.

    Une stratégie philosophique réaliste estime donc que ce n’est pas en analysant le langage que l’on peut espérer apprendre quelque chose sur la structure du monde. Il ne s’agit pas de renier le langage, mais de le remettre à sa juste place dans le travail philosophique. Concernant l’esprit, une conceptualisation adéquate de celui-ci ne pourra être mené sans une ontologie elle-même adéquate, indépendante de nos esprits. Autrement dit, une telle méthode impose d’admettre que les esprits sont indépendants de nos esprits. C’est-à-dire, qu’ils sont ce qu’ils sont indépendamment de la façon dont nous les considérons.

    Pour le dire vite, les éléments que nous utilisons pour représenter le monde de façon linguistique ne découpent pas les éléments du monde.

  6. LEMOINE dit :

    J’ai beaucoup de mal à comprendre ce que c’est qu’un « doute métaphysique. »

    En fait, mon idée s’arrête au simple constat que le solipsisme où Descartes s’enferme par le doute, ne devrait lui laisser que le langage comme réalité accessible car pour douter il faut penser et pour penser il faut des mots quand bien même on voudrait renoncer à croire à leur sens. Et pour sortir du doute, car il faut bien en sortir, il faut que la première proposition « je pense » ait un sens dont d’autres peuvent témoigner.

    Je ne vais pas plus loin car je suis bien d’accord avec vous que pour dire qu’il faut beaucoup plus que l’accord du plus grand nombre pour dire d’une proposition qu’elle est vraie. Il ne suffit pas non plus qu’elle soit logiquement correcte et parfaitement intelligible, il faut bien qu’elle dise quelque chose « sur la structure du monde », comme vous l’écrivez.

    Soutenir, comme un philosophe américain le fait, que dire d’une idée qu’elle est vraie n’est que lui donner « une tape dans le dos » c’est ce moquer. Je suppose qu’en disant cela il croit rendre compte des choses comme elles sont et non dire seulement quelque chose qu’il lui plait de voir approuvé. Autrement, s’il s’agit de plaire, autant écrire des chansons d’amour

  7. Thibaut dit :

    Merci avec ton article j’ai pu comprendre ce que mon court ne parvenait pas à m’expliquer

    vive toi!

  8. […] du physicalisme non réductible est un dualisme des propriétés, le dualisme cartésien est un dualisme de la substance. Alors que le premier est au fondement d’un grand nombre de débats actuels en métaphysique de […]

  9. Conrad dit :

    Le cogito cartésien donne à la conscience une existence épistémologiquement forte ( elle est « notior ») Et ( mais) renforce ( ou lui crée) une existence exténuée , la plus faible de toutes( car elle n’est que ce par quoi quelque chose fait tableau). cf Pascal : le monde m’écrase mais je sais que je meurs…D’un côté la « lueur » ( vaine sauf si savoir donc technique) et de l’autre l’existence solide. Dès lors plus possible de rien comprendre. Il faut lui substituer un cogito axiologique.
    D’autre part l’interaction mentale-physique est d’emblée un faux problème ( dont Kim ne s’aperçoit, par exemple jamais, car il postule en ne se référant qu’à une vue périmée de la physique qu’il va de soi que le physique ne peut survenir sur le psychologique, et ne sort pas d’un épiphénoménisme matérialiste), car elle met en jeu d’une part une conception réduite de la conscience ( cartésienne) et une construction scientifique prise pour une réalité ( le cerveau-objet ). Il n’y a d’interaction vraie qu’entre des réalités, pas entre un réel et une construction abstraite ( telle que le « cerveau matériel »), que par partage d’individualités vraies, donc entre subjectivités. Sinon il ne s’agit que d’interaction faible ( cas des foules, des réseaux hydrographiques etc.). Tant qu’on ne pense pas l’existence physique des individus ( atomes, molécules, êtres vivants) ou tant qu’on explique cette existence par les lois de la physique classique ( lois des foules, plura entia), on se pose un faux pb, celui de savoir comment la pensée peut agir sur le corps.
    C’est Leibniz qui a bien posé le problème: celui de la consistance des êtres ( des êtres vrais) physiques et celui d’une conscience qui n’est pas qu’aperception, mais liante d’abord, perception comme unité d’une multiplicité. La con-science est ce qui lie. Elle est le modèle de tous les vincula, de la realitas unionale qui fait même la tenue de l’existence physique.
    C’est pourquoi Leibniz revient à Aristote, au moins sur ce point de l’entéléchie première. ( cf Penrose, ou plutôt le whiteheadianisme de Abner Shimony).
    en m’excusant de tenter si lapidairement de montrer comment beaucoup de « philosophes de l’esprit » ratent une sortie nécessaire du dualisme. La critique par Whitehead de la « localisation simple » est un point crucial supposé, car seule cette critique permet un pont physique-mental, ou proto-mental- mental. DE même la critique leibnizienne pour laquelle l’extensio est extensio d’une nature.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :