Le problème corps-esprit

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Lorsque j’ai l’intention de saisir un verre d’eau placé devant moi, je peux me poser la question de savoir ce qui réellement permet à mon bras de s’allonger dans la bonne direction, à mes doigts de se plier et d’exercer une pression suffisamment forte afin de bloquer le verre pour que je puisse sans difficulté le porter à ma bouche. Cette intention est manifeste. J’en fais l’expérience. Sans la présence de cette intention, je me demande bien ce qui pourrait causer cet ensemble de mouvements.

Cependant, cette intention ne semble pas exister dans le même sens que la série des mouvements de mon bras vers le verre. Mes doigts, mon bras, sont assurément des parties de la réalité matérielle, objective et observable, qu’est mon corps. Mon intention par contre est une manifestation de mon esprit, subjectif et privé. En conséquence, un observateur pourrait examiner le mouvement de mon bras et de mes doigts ; quant à mon intention, il ne pourrait pas l’observer et moi seul pourrais l’exprimer avec des mots. Il apparaît ainsi que, d’un côté, l’intention et, de l’autre, l’ensemble des mouvements de mes membres, soient deux choses très différentes. De plus, il s’avère impossible que l’un et l’autre interagissent. Autrement dit, il est douteux que cette intention puisse être la cause de cet ensemble de mouvements.

Les dernières phrases de chacun des deux paragraphes ci-dessus sont contradictoires. D’un côté un état mental intentionnel est requis comme étant une cause de mes mouvements ; d’un autre, ce même état mental ne semble pas pouvoir entrer en relation avec mes mouvements. A moins que l’on ait de la relation causale une conception excessivement libérale, il existe bel et bien un problème.

Le problème corps-esprit pose en effet la question de la relation entre les processus corporels et les processus mentaux. Comment expliquer cette relation ? Comment l’intention de boire de l’eau peut-elle mettre mon bras et mes doigts en mouvement ? Mon corps est composé d’un ensemble d’éléments entièrement descriptibles en termes physiques. Ces éléments possèdent de nombreuses propriétés physiques et chimiques. Comment mon intention peut elle déclencher un processus qui démarre dans une zone neuronale de mon cerveau et qui finit par une série de contractions musculaires ?

Le problème corps-esprit existe parce que la vie mentale des organismes conscients compose une part de notre compréhension du monde. D’un côté, il semble manifeste que chaque chose qui arrive dans l’esprit dépende ou soit quelque chose qui arrive dans le cerveau. D’un autre côté, les caractéristiques des états et des événements mentaux, comme leur intentionnalité, leur subjectivité et leurs qualités d’expérience consciente, ne semblent pas compréhensibles seulement en termes d’opérations physiques dans un organisme.

On pourrait se dire que nous n’avons pas encore assez accumulé de données empiriques pour expliquer cette relation, mais ce serait sans doute une erreur. Le problème pourrait bien être ici, purement philosophique.

La chimie moderne explique la combustion différemment d’anciennes théories aujourd’hui obsolètes. On a en effet longtemps cru que la chaleur s’expliquait par la présence d’un fluide : le phlogistique. La théorie affirmait que tous les matériaux inflammables contenaient du phlogiston, une substance incolore, inodore, impondérable qui se dégageait du matériau en brûlant. En montrant que la combustion nécessitait la présence d’oxygène et que le phlogiston n’existait pas, ce dernier disparut du vocabulaire même de la science.

Peut on attendre des sciences neurobiologiques, qu’elles nous expliquent la perception des couleurs par exemple comme la chimie l’a fait de la combustion ? Et en ce qui concerne mon intention de boire de l’eau, cela aurait-il un sens qu’un neurophysiologiste cherchât une trace des qualités particulières qui compose mon expérience intentionnelle ?

Si l’on est enclin à penser que nous pouvons remettre les clefs de la recherche sur l’esprit à la seule science physique, il se pourrait alors qu’elle se voie contrainte d’exclure un certain nombre de phénomènes que notre expérience qualifie de mentaux.

Se pourrait-il alors qu’une conception différente de la science physique (neurophysiologique), mais qui ne serait pas en concurrence avec la science empirique, puisse nous dire ce qu’est l’esprit ? Existe-t-il une manière plus unifiante de parler de l’esprit prenant en compte toute la richesse de notre vie mentale (tâche que ne semble pas pouvoir faire l’ensemble des différentes sciences empiriques) ?

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9 Responses to Le problème corps-esprit

  1. loic dit :

    Notre esprit n’est peut être assimilable qu’à une loi physique au même titre que la gravité. Chaque être dans son ensemble physique et spirituel n’est-il pas assimilable à une galaxie partie d’univers (ou univers île), avec sa matière visible ou invisible (la matière noire) qui à une masse ; cet élément correspondant au corps, et, son pendant la gravité (pour simplifier) qui maintient l’ensemble, celle ci correspondant à l’esprit et à l’interaction avec l’environnement .
    Ainsi les actions physiques seraient subséquentes aux forces de l’esprit, les actions et les forces correspondantes étant aussi naturelles que les planètes tournant autour de l’étoile qui elle-même gravite dans une galaxie…

  2. Francois Loth dit :

    La physique ne parvient pas à expliquer l’esprit ou si elle se lance dans un explication elle ne peut le faire que partiellement et surtout, elle est incapable d’en faire un compte-rendu qui prenne en compte une image unifiée de l’esprit.
    Même une science dont l’objet est l’esprit, comme les sciences cognitives, qui inclut des éléments de la psychologie, des neurosciences, des sciences de l’informatique, dela linguistique, de l’anthropologie, peut elle parvenir à donner une image unifiée de l’esprit ?

    Expliquer l’esprit avec des théories physiques permet de faire d’élégantes analogies telles que celle de l’esprit avec la gravité, mais ne permet pas vraiment de dire ce qu’est l’esprit. Le travail en métaphysique de l’esprit se rapporte à l’esprit tel qu’il existe et à sa manière d’être.

  3. LEMOINE dit :

    Décidemment, monsieur Loth, le problème que vous posez m’interpelle plus que je ne l’aurais pensé.

    La première difficulté est déjà de le poser en termes clairs.

    Ensuite, s’il me paraît facile de débusquer les faiblesses ou les manques d’une argumentation, je constate que je suis impuissant à y opposer quelque chose qui soit valablement construit et argumenté.

    Je devrais donc m’en tenir à la position facile du critique :

    Il me semble que le schéma à partir duquel vous présentez le problème tend à le brouiller. Vous dites que l’intention appartient à l’esprit et le mouvement au corps. Seulement, si on y réfléchit, on voit que l’intention de prendre de verre s’inscrit dans un ensemble d’actions dont ni le corps ni la relation à autrui ne peut être absents.

    Je prends le verre, au cours d’un repas pour étancher ma soif, ou pour marier le goût du vin à celui du mets que je déguste. Ou bien même, je suis conférencier et j’expose le problème de la relation corps esprit et je prends le verre pour faire la démonstration d’un mouvement volontaire. Il m’est, en fait, impossible de prendre le verre sans que l’intention qui conduit à ce geste n’implique une situation ouverte sur l’extérieur (le corps avec la soif – les relations sociales avec la démonstration ou la gastronomie qui sont des faits sociaux).

    J’observe ensuite que vous passez de la notion « d’états mentaux » à celle de « processus mentaux et processus corporels ». Cela va tout à fait dans le sens de la critique que je viens de faire et ce passage d’une notion à l’autre devrait donc être clairement explicité.

    La notion de processus modifie complètement, à mon sens, la problématique de la causalité. J’admettrais volontiers que l’idée de prendre de le verre (quelque soit la situation dans laquelle est l’intervient) constitue le premier moment d’un processus qui aboutit à la préemption du verre par la main qui se referme sur lui mais c’est tout autre chose que de dire que l’idée de boire est la cause de la prise du verre. L’idée de cause implique celle de mode d’action sur l’effet (sauf dans une conception extrêmement libérale comme vous le dites très bien) tandis que celle de processus implique celle de système dans lequel il se déroule et éventuellement mais pas nécessairement celle d’agent qui accompagne le processus.

    Le problème est donc bien autant philosophique (épistémologique même) tout autant que scientifique.

  4. loic dit :

    « Image unifiée de l’esprit » ces quatre mots ouvrent la porte à une réflexion vertigineuse. Par analogie prenons un ordinateur effectuant des calculs de manière automatisée, si la programmation et le lancement des opérations à été à un moment le fait d’un Esprit humain, la machine « tourne seule », pour peu qu’on lui fournisse l’énergie nécessaire, le microprocesseur gère le fonctionnement de l’appareil, serait-il ridicule de se poser la question : Dans quel endroit précis du processeur existe-t-il une entité non virtuelle qui fait que les opérations se réalisent ?
    Mr Lemoine nous parle de processus…étymologiquement je ne peux m’empêcher de me reporter aux lignes précédentes..
    Qu’est ce donc que l’esprit ? La tentation est de se tourner vers l’inexplicable, le philosophique ou le divin. Pour les hommes c’est le passage obligé, mais cette quête ne serait-elle pas elle-même un processus physique insaisissable, au même titre qu’un atome de fer partie intégrante d’une poutrelle métallique du viaduc de Garabit ne peut saisir la portée de son existence en terme de finalité.
    Il est naturel de chercher ou de réfléchir à ces enjeux, l’effroyable réalité si elle s’avère vérifiable est tout simplement inacceptable ; mais je crains de m’égarer de ce passionnant débat en m’aventurant dans ces sombres perspectives..
    Bonne nuit donc !

  5. Francois Loth dit :

    Il existe une tension entre l’explication intentionnelle et l’explication causale. Cependant, mon désir de boire de l’eau explique-t-il causalement le mouvement de mon corps, ou mon désir est-il une sorte d’explication flottant librement au-dessus de mon corps ?

    Mon intention de me saisir du verre d’eau placé devant moi que l’on peut analyser comme constituée d’une croyance qu’il s’agit bien d’un verre d’eau et d’un désir de me désaltérer explique mon comportement, qui comme vous le dites s’inscrit dans un ensemble d’actions plus large.

    Peut-on envisager d’intégrer dans une explication causale ce désir et cette croyance, ou devons-nous renoncer à ce caractère causal ? Doit-on renoncer à trouver une explication intelligible à la causalité mentale ? Autrement dit, pouvons-nous gommer ce lien entre les événements mentaux et leurs processus physiques sous-jacents qui manifestement causent le mouvement physique ?

    Les explications psychologiques ont un caractère causal indéniable, mais peut-être que ce modèle explicatif est faux. Pour Jerry Fodor (un auteur d’ouvrages importants en philosophie et en sciences cognitives) pour que la psychologie puisse accéder au statut de science, les entités qu’elle utilise pour donner ses explications (par exemple, les intentions) doivent posséder des pouvoirs causaux.
    En effet, pour être une cause, il faut posséder des pouvoirs causaux. Les pouvoirs causaux sont conférés aux entités qui en sont porteuses, par les propriétés internes de ces entités : un changement dans la masse d’un objet lancé contre une vitrine pourra causer le bris de la vitrine, par exemple.
    Est-ce qu’un changement d’attitude mentale peut être la cause d’un effet comme saisir un verre d’eau ?

    Le comportement, quant à lui, n’est effectivement pas un simple mouvement. Que quelqu’un saisisse mon bras et lui impose un mouvement, n’est pas la même chose qu’un mouvement intentionnel. En effet, pour qu’un processus comportemental, qui peut avoir comme sortie un mouvement ou une inhibition, puisse accéder au statut de comportement, avoir une cause interne est une condition nécessaire mais pas suffisante. Une sortie motrice peut être un réflexe et ainsi posséder cette première condition d’accès au comportement. Une seconde condition existe et cette seconde condition n’est pas réductible au simple mouvement et doit expliquer pourquoi cette cause interne. Cette seconde condition est constituée par les raisons de mon comportement. Le problème consiste alors à faire une place à ces raisons dans l’explication causale.

    Une voie consensuelle pourrait consister à tenter de se mettre d’accord en admettant l’existence de deux explications : une explication physique non intentionnelle et une explication intentionnelle par exemple. Resterait tout de même à se demander comment les deux explications sont reliées. A moins que chacun prenne son explication sous le bras… Si c’était le cas, le partisan de l’explication purement intentionnelle consommerait une rupture avec un physicalisme minimum, ce que les partisans de l’explication intentionnelle n’osent faire. En effet, l’existence de relations systématiques entre les événements physiques sous-jacents et les processus mentaux ne peut être remis en cause. Reste à poser la nature de cette relation systématique.

  6. LEMOINE dit :

    Je me place complètement dans le cadre d’une conception naturaliste de l’esprit. Toutefois, je considère que l’activité de l’esprit (l’activité mentale communicable) n’est possible que dans un cadre social, en ce sens qu’elle ne s’est développée chez l’homme et à un moindre degré chez certains animaux que par la vie en communauté, qu’elle nécessite le maternage et l’éducation et qu’elle ne peut se maintenir que dans un cadre social minimum, ce que semblent ignorer les auteurs dont vous présentez les idées.

    Nous avons beaucoup de mal à penser la pensée parce qu’elle nous constitue et nous immerge, mais je considère que nous devons cependant la prendre pour un fait de la nature (comme la floraison pour une plante par exemple). Je suis conscient que l’utilisation de la notion d’intention peut créer des ambiguïtés car elle renvoie à des conceptions idéalistes. (à la phénoménologie qui veut se présenter comme une science mais qui me paraît, pour ce que j’en connais, qu’une habile façon de faire passer ses à priori culturels et ses choix idéologiques pour des vérités premières !).

    Il me semble que dans le cadre de la phénoménologie et des conceptions dualistes en général, il y a plus qu’une « tension » entre explication intentionnelle et explication causale (Il n’y a tout simplement pas d’explication du tout) ; alors que dans le cadre d’une conception naturaliste, la tension est entre l’extrême complexité des processus qu’il faut parvenir à décrire et à expliciter et la connotation mécaniste de la notion de cause. L’idée de causalité renvoie à une forme de la science (dont se réclame apparemment le cognitivisme) qui ne sait rendre compte que des relations simples. La floraison d’une plante (pour reprendre cet exemple) ne peut pas être expliquée en terme de relations causales même si le mot « cause » ne peut pas être évité. Il n’y a pas de sens à dire que les gènes, ou une certaine température, ou même la conjonction des deux, sont la « cause » de la floraison. Il n’y aurait pas non plus de sens à dire que la fleur est la cause du fruit. On ne peut que décrire les processus impliqués et, si on veut le faire réellement, il faut aller jusqu’à l’action des gènes. L’explication du lien entre processus mental (intention) et processus physique nécessite le même type d’approche mais avec la difficulté supplémentaire que nous ne savons pas penser la pensée comme un fait et de plus, comme je l’ai dit, comme un fait social.

    La philosophie a certainement beaucoup à apporter dans ce domaine car il semble bien que la science ne dispose ni des outils conceptuels ni des moyens pratiques pour traiter ce problème et il ne paraît pas sûr qu’elle puisse les avoir un jour.

  7. Francois Loth dit :

    Réponse à Loïc.

    Pourquoi l’esprit devrait-il nous inspirer une réflexion vertigineuse ? La question de l’esprit est une question philosophique certes difficile, mais on peut penser que l’entreprise métaphysique fera progresser notre manière de concevoir sa place dans la nature. Il ne s’agit donc pas de se tourner vers l’inexplicable ou le divin, mais de poursuivre un travail ontologique dans lequel l’esprit trouve sa place sans s’opposer aux sciences empiriques. Pour réutiliser les termes du commentaire, je pense que l’esprit est une sorte de processus physique dont on peut espérer un jour que l’on en saisisse le sens. Une métaphysique optimiste est basée sur la possibilité que les choses du monde nous sont accessibles.

    Il existe une tradition fonctionnaliste qui explique l’esprit en termes de machines de Turing (machines caractérisées de façon abstraite par le logicien et mathématicien Alan M. Turing). Le travail de l’esprit est alors compris en termes d’opérations d’ordinateur, c’est le point de vue computationnel de l’esprit. Le mental pourrait en effet être une sorte de machine de Turing avec des états internes. L’idée centrale consiste à affirmer qu’avoir un esprit revient à posséder des propriétés computationnelles. On peut en effet penser que ce qui constitue un esprit n’est pas forcément octroyé par les propriétés biologiques du cerveau, mais les propriétés calculatoires de celui-ci.

    Ainsi, ce qui réalise physiquement la partie computationnelle n’est pas ce qui fait son essence. C’est-à-dire, que ce qu’est essentiellement un esprit est, dans le cas de la machine de Turing, un calcul. Est-ce que cela a un sens alors de parler du lieu de l’esprit ? Un même calcul ou une même fonction peut être réalisée par plusieurs machines physiquement différentes. Les propriétés de l’esprit ne sont donc plus des propriétés des choses qui réalisent ces fonctions, mais des propriétés fonctionnelles. Seulement, ontologiquement parlant, la notion de propriété fonctionnelle pose problème.

  8. Francois Loth dit :

    Réponse à Mr Lemoine.

    Vous penser effectivement qu’il est impossible de rendre compte de l’activité mentale par des processus causaux. Je pense quant à moi, que renoncer à la causation c’est renoncer à une explication centrale. Descartes en son temps se refusait déjà à sacrifier cette explication. Certes, son dualisme des substances posait problème. Il me semble néanmoins, que malgré toutes les difficultés que cela entraîne, c’est un bon travail philosophique que de vouloir concilier efficacité causale du mental avec l’ontologie.

    Vincent Descombes dans son livre La denrée mentale soutient une position analogue à la votre me semble-t-il. Cette position qui consiste à distinguer les mécanismes physiques des motivations larges des comportements y est largement présentée. Ce n’est effectivement pas la position ontologique de l’esprit que je soutiens. On pourrait parler d’une image linguistique de l’esprit peut-être. En tout cas, elle ressemble effectivement à une image sans espoir de conciliation avec notre métaphysique du sens commun. Elle pourrait bien trouver sa source chez Kant pour qui le monde est inaccessible. En l’occurrence, l’esprit comme partie du monde serait inaccessible.

  9. Roland Bascou dit :

    Une idée curieuse : l´univers est composé, pour la majeure partie, de matière obscure dont nous ne savons rien. De la même manière, ce que nous nommons esprit, âme, psyché, peut être composé d´une matière dont nous ne savons rien, ce qui explique que nous n´y comprenons rien.

    A réfléchir.

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