Frédéric Nef, métaphysicien

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L’année dernière est paru un livre de métaphysique en langue française (il faut le souligner le fait est rare), intitulé Les propriétés des choses : expérience et logique de Frédéric Nef (Ed. Vrin).

Dans cet ouvrage, Frédéric Nef poursuit son travail d’élaboration ontologique, ici en l’occurrence les propriétés.

Après avoir écrit sur l’objet (L’objet quelconque. Recherches sur l’ontologie de l’objet, Ed. Vrin, 1998) l’auteur entreprend de défendre une ontologie des propriétés particulières ou tropes.

Pour Nef, la réalité est non seulement indépendante de nos croyances, mais elle est est appréhendable. Cette « saisie » de la réalité s’effectue sous la forme d’une série de qualités : les tropes. Ainsi, les tropes sont dites les « briques élémentaires » ou encore les « atomes métaphysiques »de la structure profonde du monde. Il écrit :

Un trope est une propriété individuelle, une propriété concrète. Un exemple peut faire comprendre intuitivement ce qu’est un trope. Je perçois un cahier rouge ; l’analyse que l’on peut faire de la perception de cet objet implique l’existence de tropes, car je perçois le rouge de ce cahier (i.e. ce rouge) et percevant ce rouge je perçois, du même coup, que ce cahier est rouge. (Nef 2006 p 41)

Et les universaux ? Pour un tropiste comme Frédéric Nef, ils sont des classes de propriétés particulières similaires. Quant aux objets… Sont ils des faisceaux de tropes ou de simples porteurs de propriétés ? A moins que l’on ne puisse séparer les objets de leurs propriétés ?

Une telle investigation métaphysique nécessite un engagement réaliste solide et sans appel : « Il y a une structure ontologique de la réalité, indépendante de nos sens et de notre esprit, structure qui est la même pour le singes, les robots, les anges, les fourmis, les extra-terrestres (s’il y en a) et nous-mêmes. » (p. 310) Le projet métaphysique défendu et développé dans ce livre s’appuie donc sur une idée que la métaphysique ne doit pas seulement traiter de questions merveilleuses, mais est au service d’un éclaircissement de la structure de la réalité.

Le livre est riche, multiple et purement métaphysique. La première partie consacrée à l’ontologie parle du lien entre objets et propriétés. Elle fait suite à un dialogue liminaire dans lequel Philotaxe et Doxophile se disputent sur la méthode à adopter en métaphysique. Dans une seconde partie où il est question de la perception, un chapitre passionnant (III) discute un argument de Jérôme Dokic contre les propriétés. Dokic au sujet de la perception, défend une certaine neutralité métaphysique. Pour lui, percevoir ne nous apporte aucune indication substantielle. Pour Nef, on perçoit des propriétés, et ces propriétés sont des particuliers. Un développement instructif est alors apporté à la fin de ce chapitre éclairant la combinatoire entre particulier, universel, instanciation et exemplification… Une troisième partie est consacrée à la logique.

Bref, ce livre vient prouver que « la métaphysique n’est pas morte », comme l’affirmait l’auteur lui-même dans son précédent ouvrage, Qu’est-ce que la métaphysique ? (Gallimard, 2002).

Mais pourquoi parler de la parution d’un livre de métaphysique dans un blog d’introduction à la philosophie de l’esprit ? La réponse est que la philosophie de l’esprit n’est pas seulement concernée par l’analyse des concepts mentaux ou psychologiques. Des questions comme « L’esprit est-il distinct du corps ? » ou « l’esprit est-il une partie du corps ? » ou encore « la conscience est-elle une propriété du cerveau ? » sont des questions que seule la recherche métaphysique peut éclairer. La philosophie de l’esprit est, de façon inextricable, impliquée dans des problèmes métaphysiques. L’investigation des structures les plus fondamentales de la réalité, qu’est la métaphysique, a, dans le domaine de l’esprit, un rôle important à remplir. En effet, sans une conception cohérente de la réalité, les théories et toutes les observations des différentes sciences, ne sont elle pas vouées à l’errance de l’incompatibilité ?

La métaphysique vivante, comme la pratique Frédéric Nef n’est donc pas un reliquaire contenant des rêves impossibles. Pour Nef, la réalité nous est accessible et le travail métaphysique reste un travail incontournable de l’enquête rationnelle.

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9 commentaires pour Frédéric Nef, métaphysicien

  1. loic dit :

    Les questionnements portant sur la conscience ne devraient-ils pas aller comme certaines œuvres d’art vers le minimalisme ?
    Les troppes ne sont-elles pas des briques élémentaires assimilables à des molécules. Si l’on tend vers le minimalisme il faut descendre encore vers le plus basique : l’atome
    On peut encore aller plus loin dans la dimension primale de l’ordre de l’univers en passant par les quarks et autres particules exotiques pour arriver enfin aux vibrations d’énergie des cordes
    L’ordonnancement de toutes nos actions, nos pensées, les relations entre elles n’obéissent-elles pas a des lois d’assemblage assimilables au produit d’une évolution naturelle remontant alors vers des formes de plus en plus sophistiquées, du noyau lié à l’électron de l’hydrogène, puis d’éléments de plus en plus lourds, vient alors la molécule assemblage d’atomes à l’origine de la cellule. Cette dernière à la base de la vie qui n’est autre chose qu’une machine à consommer ou générer de l’énergie dans sa forme connue : la thermodynamique.
    De là le chemin est court pour aller aux formes de vie évoluées dont l’homme est une des manifestations probablement les plus évoluées dans notre univers proche.
    Tout où « trop » simplement la conscience n’est elle pas qu’une structure permettant à l’être humain de maintenir la cohésion de l’ensembles de charges et transferts d’énergie le constituant.
    A voir, meilleurs voeux

  2. Francois Loth dit :

    Pour éclaircir… Il faut bien distinguer le domaine de la physique du domaine de la métaphysique. La métaphysique est une tentative de description générale du monde qui ne se situe pas au niveau d’une science particulière. Elle se distingue, de la science, dans son enquête, par son caractère non empirique.
    Alors que la physique est une tentative de découvrir les lois qui gouvernent les objets concrets fondamentaux, la métaphysique est une tentative de découvrir les lois qui gouvernent les objets abstraits présupposés par la logique des théories physiques comme les nombres naturels, les nombres réels, les ensembles, les propriétés, les objets physiquement possibles, les événements, etc. L’objectif de la métaphysique est donc de développer une ontologie formelle, c’est à dire, une systématisation formelle précise de l’espace logique que ces objets abstraits définissent.

    Par exemple : les mathématiques ne se demandent pas si les nombres existent, mais la possibilité des mathématiques est liée à l’existence des nombres.
    La métaphysique est concernée avec les types de choses qui existent. Y a-t-il des atomes ? Y a-t-il des forces ? La science est aussi concernée par les types de choses qui existent. Cependant, d’un point de vue métaphysique, on pourrait dire que les choses physiques sont seulement un type de choses qui existe.

    Tout çà pour dire que le minimalisme de la physique et le minimalisme de la métaphysique ne sont pas tout à fait les mêmes. Cependant, la méthode est proche. Les métaphysiciens cherchent à donner une explication complète d’un sujet en utilisant un nombre limité de notions plus ou moins fondamentales. Ils suivent ainsi l’exemple des physiciens.

    Cela ne répond pas directement du commentaire mais s’en inspire…

  3. patrick hubert dit :

    Bonjour!
    Il me semble qu’il y a ici une confusion a priori :réalité,vérité.
    La réalité serait considérée comme essentielle.

  4. Francois Loth dit :

    Bonjour !

    Pouvez-vous précisez s’il vous plait… Que voules-vous dire ?

    Merci

  5. La réalité est l’identification du domaine matière,intérieur nécessaire à ce qui est extérieur (par nature).Elle n’est donc pas vérité.

  6. Ritoyenne dit :

    Merci pour cet article éclairant 🙂

  7. la realite est un etat exact capable de rendre les propos subjectifs contrairement a la verite qui est quoique objective reste por elle difficile a maintenir sa position dans » le temps »

  8. […] du 18/01/09: Je viens de discuter de ce post avec le gentleman qui occupe le bureau voisin du mien et qui est l’un des meilleurs métaphysiciens français actuels et il a reconnu […]

  9. ANDRE Patrice dit :

    Ce sont les fulgurances qui traversent l’homme quand il invente, quand sa conscience s’éveille et s’ouvre aux nouveaux mondes à réaliser qu’Evenemental a décidé de révéler et de dévoiler au coeur de toute oeuvre, qu’elle soit artistique, philosophique, scientifique ou issue de l’intuition pure, la puissance créatrice en action qui arrache les formes au néant et transcende la réalité.
    Monsieur Frédéric Nef, pouvons-nous nous rencontrer afin d’échanger plus en verticalité? A bientôt donc.

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