Une identité plus faible : l’identité des occurrences

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Le dualisme des propriétés (voir billet précédent), en renonçant au dualisme des substances, permet aux propriétés mentales, parce qu’elles sont possédées par une seule substance, d’être présentes à l’intérieur du domaine physique. En effet, les tenants du dualisme des propriétés, bien qu’admettant que certains organismes possèdent des propriétés mentales irréductibles pensent que seules des choses et des événements physiques existent dans le monde. Ainsi, un tel dualisme n’apparaît pas en contradiction avec le principe de la clôture. Peut-on cependant, associer le dualisme des propriétés avec la thèse de l’identité ?

La théorie de l’identité, de façon standard, parle d’identité entre les événements mentaux et les événements physiques. On dira que l’événement mental, consistant pour Stephen d’éprouver une douleur dentaire ce jeudi matin à 10 heures, est aussi un événement physique (cérébral). Une seconde occurrence d’événement mental, comme d’éprouver, pour Léopold, une autre douleur dentaire, ce même jeudi après-midi est aussi un autre événement physique. Le principe peut s’énoncer ainsi :

[Identité des occurrences] Chaque événement mental est un événement physique.

Cependant, lorsque l’on se demande en quoi ce qui est mental et ce qui est physique est identique, on peut se poser la question de savoir si l’identité s’applique aux seuls événements particuliers concrets comme, par exemple, ces deux occurrences individuelles de douleur se produisant à un moment donné, chez Stephen et chez Léopold ou si, l’identité s’applique à un genre d’événement sous lequel vient se ranger l’occurrence particulière. On peut ainsi considérer que parler de genre d’événements revient à parler de propriétés d’événements. La théorie « robuste » de l’identité affirme une identité des types ou des genres qui se comprend comme une identité des propriétés. Ainsi la propriété d’être une douleur dentaire est identique à une propriété neuronale. Chaque événement de douleur dentaire, la douleur de Stephen, celle de Léopold vient alors se ranger sous un même type d’événements ou autrement dit, sous un type de propriétés. C’est l’identité des types ou des propriétés. Ainsi la propriété d’être une douleur dentaire est une activation d’une certaine région cérébrale, chez Stephen ou chez Léopold.

Comme on le voit, l’identité des propriétés apparaît comme une théorie plus forte que l’identité des occurrences. En effet, la proposition qu’une propriété mentale M est identique à une propriété physique P implique que toutes les occurrences de M sont identiques avec toutes les occurrences de P, mais l’implication ne va pas dans le sens inverse.

Cependant, il n’existe pas de véritable certitude que pour chaque type de processus mental ou psychologique, il puisse exister un type d’état neuronal correspondant. Certes, l’identité des propriétés ayant des caractéristiques physiques, comme les propriété phénoménales, peut être plausible. Par contre, dans le cas des attitudes propositionnelles, on peut laisser persister quelques doutes. Comment la croyance qu’il pleut, qui est un état mental intentionnel, pourrait être identique avec une propriété neuronale ? En revanche, une certaine évidence en faveur de la plus faible identité que représente l’identité des occurrences (Token-token Identity) semble acquise.

Cependant, cette « faible » évidence est véritablement très faible lorsque l’on veut rendre compte du lien que le mental entretient avec le physique. En effet, la thèse du dualisme des propriétés, comme nous l’avons écrit ci-dessus est compatible avec cette forme d’identité des occurrences. En effet, les propriétés mentales et les propriétés physiques sont instanciées par la même entité, mais la théorie de l’identité des occurrences ne peut rien nous dire concernant la relation entre ces propriétés. Autrement dit, pour l’identité des occurrences, nous avons d’un côté des propriétés mentales et de l’autre des propriétés physiques. La théorie de l’identité des occurrences, si elle est un monisme, ne nous apprend, par contre, rien sur le comment une propriété mentale pourrait être basée ou expliquée physiquement. En effet, ce que montre la thèse de l’identité des occurrences est l’existence de propriétés mentales que posséderait une seule et même entité, mais qui échapperaient aux propriétés physiques de cette entité. On pourrait alors se demander en quoi la théorie de l’identité des occurrences peut bien nous aider à comprendre le mental ?

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