Le réalisme au sujet des propriétés

13.jpg9.jpg

Si l’on est réaliste au sujet des propriétés en général, – c’est-à-dire, si nous affirmons que les propriétés des choses existent indépendamment de nos croyances, de nos pratiques linguistiques ou encore de nos schémas conceptuels – nous devons reconnaître et identifier leur rôle ou le travail qu’elles sont censées accomplir dans le monde. La propriété d’être sphérique, par exemple, que possède une boule de pétanque, confère à celle-ci un certain pouvoir, celui de rouler. Le rouge particulier que possède une pomme, autre exemple, peut déclencher la réaction d’une photodiode d’un détecteur de couleur.

Le philosophe Sydney Shoemaker, parmi d’autres, a soutenu que nous pouvions reconnaître les propriétés justement par ce qu’elles activent dans le monde :

Nous connaissons et reconnaissons les propriétés par leurs effets, ou plus précisément, par les effets des événements qui sont l’activation des pouvoirs causaux que les choses ont, en vertu de posséder ces propriétés. (Shoemaker 1980, p. 214)

Ainsi, les propriétés intrinsèques des choses sont connues et se distinguent par certains pouvoirs qu’elles confèrent aux choses qui les possèdent. Autrement dit, ce qui se produit dans le monde physique, est redevable aux propriétés des objets à un moment t.

En appliquant ce principe de reconnaissance des propriétés, aux seules propriétés susceptibles d’effectuer un travail causal, nous traçons une ligne de démarcation entre l’ordre du langage d’un côté, dépendant de nos esprits et les propriétés dans le monde, existant « dans » les objets, de l’autre. Ici, une distinction s’opère entre les prédicats, qui ont le rôle linguistique de nommer ou de désigner une propriété, et les propriétés elles-mêmes. On peut alors se poser la question de savoir si chaque propriété possède une désignation linguistique ? La réponse est bien sur « non ». Les progrès de la science consistent en effet à mettre en évidence de nouvelles propriétés des choses et quand une propriété nouvelle est identifiée, il faut lui inventer un nouveau nom. Ainsi, c’est en observant le monde et en pratiquant des expériences, que les propriétés nous sont données. C’est donc à la science que revient en priorité le rôle de rechercher les propriétés des choses. Cette conception scientifique de la nature des propriétés est ainsi exprimée par David Armstrong :


Ce que les propriétés et les relations sont dans le monde, doit être décidé par le total de la science, c’est-à-dire, par la somme totale de toutes les enquêtes concernant la nature des choses. (Armstrong, 1979)


Quelle place alors pouvons-nous faire, au sein d’une telle conception des propriétés – et que certains pourraient qualifier d’ « austère » – aux propriétés mentales ?


Références

  • ARMSTRONG, D.M. (1979) A Theory of Universals, Cambridge: Cambridge University Press.
  • SHOEMAKER, S. (1980) “Causality and properties” reprinted in Identity cause and Mind, (2003) Cambridge: Cambridge University Press, p. 206-233.
Publicités

2 Responses to Le réalisme au sujet des propriétés

  1. Philalethe dit :

    Il me semble qu’au sein d’une telle conception on ne peut faire une place aux propriétés mentales que si on leur accorde des pouvoirs causaux, si elles sont réelles au sens de Kim; or, comme vous semblez tendre vers un physicalisme réductionniste, il semble alors que les propriétés mentales, n’ayant pas de pouvoirs causaux, sont des pseudo-propriétés qui n’ont pas de place dans la conception que vous évoquez ici; si c’était le cas, la distinction prédicat/propriété s’effondrerait et les propriétés mentales se réduiraient à n’être que ce que je dis de l’esprit (la propriété comme hypostase du prédicat ?)

  2. Francois Loth dit :

    Kim est un philosophe réductionniste. C’est-à-dire qu’il n’accepte dans son ontologie des propriétés mentales que celles susceptibles d’être réduites à des propriétés physiques de base. Pour Kim, les propriétés mentales héritent des pouvoirs causaux de propriétés physiques sous-jacentes. Si l’on parle de « propriété réelle », il s’agit en effet de propriétés possédant des pouvoirs causaux. En effet, pour Kim et pour l’ensemble des philosophes soutenant le projet matérialiste ou physicaliste en philosophie de l’esprit, les pouvoirs causaux conférés par les propriétés à leurs instances sont physiques.
    Que pourrait bien être d’ailleurs la propriété d’une chose sans pouvoir causal ? Comment pourrions l’identifier ?

    Une approche ontologiquement sérieuse des propriétés nous fait opter pour une conception « rare » de celles-ci. Cette conception est basée sur la césure radicale entre l’ordre du langage et l’ordre des choses qui sont indépendantes de nos esprits.

    En ce qui concerne mon approche personnelle, il me semble que la réponse réductionniste de Kim est avant tout une réponse à l’ontologie fonctionnaliste de propriétés mentales réalisées par des propriétés physiques. Kim nous montre qu’une telle ontologie de propriétés de second ordre ouvre à une solution métaphysique instable au problème de la causation mentale. Je souscris à cette thèse. Cependant, si l’on admet que les propriétés mentales sont aussi des propriétés physiques, quel besoin aurions-nous de les réduire ? Reste le problème de la contradiction que soulève un énoncé comme « les propriétés mentales sont des propriétés physiques », surtout si l’on peut préserver une certaine distinction entre le mental et le physique. En effet, comment distinguer des propriétés qui se posent comment identiques ? Ce qui est sur, c’est qu’en vertu du principe de clôture causale, – principe auquel il est bien difficile d’objecter – les instances des propriétés responsables d’un effet/événement physique, sont des instances physiques. Une instance physique pourrait-elle être de type mental ? Une telle question demande un éclaircissement non seulement quant à la distinction métaphysique type/occurrence, mais aussi quant à la conception même de la notion de propriétés.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :