La philosophie de l’esprit sans propriétés mentales ?

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Dans un livre récent d’introduction à la philosophie de l’esprit (La philosophie de l’esprit : De la relation entre l’esprit et la nature, 2005, Armand Colin), Michaël Esfeld expose tout l’embarras que l’on peut ressentir à l’usage que l’on peut faire du terme « propriété » en philosophie de l’esprit. D’ailleurs, sans doute pour délivrer le lecteur de cet embarras, le terme « propriété » ne figure pas dans l’index de l’ouvrage. Pourtant, voulant éclaircir la notion d’état, Esfeld écrit : « On adopte une conception bien précise des états : on considère un état comme l’occurrence individuelle – l’exemplaire – d’une propriété à un certain moment. Si Marie est dans l’état d’avoir mal à la tête aujourd’hui à midi, c’est une occurrence individuelle de la propriété d’avoir mal à la tête. » (p. 10).

Donc, selon Esfeld, si un organisme se trouve dans un état mental, c’est que cet état exemplifie une propriété mentale. Est-ce à dire que l’auteur affirme qu’il existe un objet universel abstrait de type mental qui entre en relation avec un particulier concret ? A moins qu’il ne veuille dire que cet exemplaire de propriété est lui-même un particulier, c’est-à-dire une propriété individuelle ou trope ? Ou encore un universel spatio-temporel ?

La notion d’ « occurrence de propriété », dont l’auteur admet qu’elle est une expression maladroite, pourrait bien être caractéristique d’une certaine situation en philosophie contemporaine de l’esprit.

On parle en effet facilement en philosophie de l’esprit de pertinence causale des propriétés mentales par exemple ou encore de propriétés mentales réalisables de façon multiple. Ainsi, la douleur pourrait être une propriété réalisée par d’autres propriétés. Affirmer cela signifie que l’on admette qu’il existe une propriété unique qui serait la douleur qui pourrait être partagée par tous les organismes éprouvant de la douleur. De telles affirmations réclament une inévitable justification métaphysique.

En effet, si « l’occurrence de propriété » dont parle M. Esfeld est une exemplification, il faut aborder le problème de la relation entre des objets spatio-temporels (particuliers) et ce qui existerait en dehors de l’espace–temps, les universaux. A moins que l’on conçoive que des universaux puissent être logés dans l’espace-temps et exemplifiés dans des particuliers. Ainsi, l’on peut se demander si l’ « occurrence de propriété » dont parle Esfeld est l’instance de la propriété universelle de douleur ? A moins que l’ « occurrence de propriété » soit elle-même une propriété particulière ?

Ces questions métaphysiques concernent l’ontologie des propriétés. Comme on le voit, la notion de propriété mentale qui, à première vue se distingue de la notion de propriété physique, demande un éclaircissement. Cet éclaircissement est métaphysique et concerne l’ontologie des propriétés.

Ainsi, lorsque l’on pose le problème de la causalité mentale, la question du rôle des propriétés mentales s’avère cruciale. En effet, la question déterminante consiste à se demander, si l’état de Marie, qui est d’avoir mal à la tête aujourd’hui à midi, est la cause de la tension de son bras vers le cachet d’aspirine. Si un événement mental se produit en vertu de l’exemplification d’une propriété à un instant donné, alors on ne peut éviter de parler des propriétés. Cependant, en faisant ainsi entrer les propriétés mentales dans le débat philosophique, inévitablement, la question du statut ontologique de ces entités – pour peu que l’on pense que le monde contienne un tel genre d’entités – se trouve posée. M. Esfeld choisit de n’en pas parler ou presque pas. Un point de vue ontologique sur le mental, peut-il faire l’impasse sur la métaphysique des propriétés ?

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