Le mental : une pseudo causalité ?

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La peur de fin du monde dont parle Fodor (1989) fait suite à l’hypothèse que nos croyances et autres attitudes mentales pourraient être impuissantes à causer quelque chose dans le monde physique.

Ainsi, l’événement qui en cause un autre est à prendre très au sérieux. En effet, que serait un événement qui ne serait cause de rien ? Si un événement e1 est choisi comme étant la cause d’un autre événement e2, il semble que nous soyons prêt à donner quelque crédit à l’existence réelle de e1. L’épiphobie est ainsi engendrée par l’éventualité que nos croyances et autres attitudes mentales pourraient bien ne causer aucun événement dans le monde physique. Une telle crainte est alimentée par l’existence de certains processus causaux qui n’en sont pas.

Pour Salmon (1984), un processus causal est un processus physique, semblable au mouvement d’une balle lancée dans l’espace, et transmettant une marque de manière continue. Au premier abord, une marque apparaît comme une sorte de modification dans une structure ; par exemple une rayure sur la carrosserie d’une voiture. Un processus causal est alors ce qui peut transmettre une telle marque d’un endroit à un autre. Par contre, un pseudo processus causal, sera impuissant à transmettre cette marque. Ainsi, l’ombre projetée de la voiture dont la portière aura été rayée, ne transmettra pas cette marque, alors que le véritable processus, la transmettra d’un endroit à un autre. L’idée est que, si l’on essaie de marquer l’ombre en modifiant sa forme à un point, cette modification ne persistera pas. L’ombre de la voiture ne peut pas transmettre une telle marque. L’ombre projetée d’une voiture est un pseudo processus causal, alors que le mouvement de la voiture est un véritable processus. Ainsi, un pseudo processus causal s’oppose à un véritable processus, comme la succession des mouvements de l’ombre d’un objet mû sur un mur blanc, s’oppose aux mouvements authentiques de l’objet. Kim quant à lui (1984) évoque, le pseudo lien causal entre les reflets d’une personne dans un miroir ou celui de la succession des symptômes associée à une maladie. Il s’agit dans ces cas, seulement d’une apparence de connexion causale masquant le véritable processus (la personne ou la cause du symptôme).

Un exemple de pseudo processus causal est particulièrement bien illustré par la reproduction des traits phénotypiques dans la descendance. En effet, le phénotype est la forme visible du gène. C’est cependant le génotype des parents qui est à l’origine de leur phénotype. Mais la propriété par exemple d’avoir des yeux bleus, qui est un trait phénotypique, peut être invoquée comme propriété pertinente de la présence des yeux bleus dans la descendance. Le phénotype des yeux bleus des parents causant le phénotype des yeux bleus dans la descendance, est alors un pseudo processus causal. C’est la présence d’un gène particulier chez les parents qui cause la couleur des yeux des enfants.

Et si les croyances et autres attitudes mentales accompagnaient, à la façon de pseudo processus causaux, les événements qui causent nos comportements ?

Références

  • FODOR, J. A. (1989) « Making Mind Matter More », Philosophical Topics 17:59-79.
  • KIM, J. (1984) « Epiphenomenal and Supervenient Causation », in Kim (1994), Supervenience and Mind, Selected Essays, Cambridge, Cambridge University Press, p. 92-108.
  • SALMON, W. (1984) Scientific Explanation and the Causal Structure of the World, Princeton: Princeton University Press.

2 commentaires pour Le mental : une pseudo causalité ?

  1. Philalethe dit :

    A voir si je vous suis: si on vous demande pourquoi vous écrivez ce blog, vous donnerez peut-être une raison du genre « initier à la philosophie de l’esprit », mais comme vous n’êtes entre autres pas davidsonien, vous ne penserez pas que votre désir d’initier est la cause du mouvement de l’écriture (c’est la position de Kim mais n’est-ce pas aussi sur ce point-là et sur ce point-là seulement tout à fait wittgensteinien ?); vous soutiendrez en revanche que la cause du mouvement de l’écriture est physique (c’est un événement cérébral), le désir d’ écrire n’étant qu’épiphénoménal, donc non-causal; si j’applique cette analyse à la question du libre-arbitre, il me paraît évident qu’il n’y en a pas et que la différence entre un homme libre et quelqu’un qui ne l’est pas se situe non au niveau de la causalité de ses actions mais au niveau des raisons qui justifient ses actions, l’homme libre étant celui qui a conscience d’agir selon ses raisons. Vous réduisez donc à une illusion ce qui souvent est considéré comme une donnée de départ dans la philosophie de l’esprit: la causalité du mental.

  2. Francois Loth dit :

    La place des raisons dans la causalité mentale conduit Davidson à l’épiphénoménisme. En effet, la thèse de l’anomalisme du mental est une thèse physicaliste qui ne reconnaît que la stricte causalité des lois physiques. L’anomalisme dénie l’existence de lois psychologiques et encore moins de lois psychophysiques. En effet, pour Davidson, les croyances et autres attitudes propositionnelles sont contraintes par des principes de rationalité et de cohérence, qui ne peuvent recevoir le moindre écho dans le domaine physique.

    Comment les raisons pourraient-elles être des causes de nos comportements ?
    Si l’on veut conserver tout son sens au terme de « cause » – et il me semble que nous avons de bonnes raisons de ne pas lâcher notre métaphysique de la causation – il faut, à l’instar de Davidson, accepter le principe de clôture causale. D’un autre côté, il est en effet bien difficile de ne pas comprendre le « parce que » de nos raisons d’agir, autrement que de manière causale. Pour Davidson, nos raisons d’agir sont des causes. Une telle équation est justifiée par une manière relâchée d’interpréter la relation causale. Disons que Davidson s’appuie sur une certaine distinction entre explication et causation.

    Les raisons, pour le dire grossièrement, nous permettent d’interpréter et d’expliquer nos comportements. Lorsque je décide d’ouvrir ce blog d’introduction à la philosophie de l’esprit, j’explique cette action en faisant appel à un ensemble de raisons qui me font agir. Cette pratique explicative n’a pas la prétention de révéler les détails d’un mécanisme cérébral sous-jacent. Est-ce pour autant qu’une compétition doit s’installer entre la neuroscience et l’explication pratique (folk psychology en anglais).

    Le problème avec la conception de Davidson, est qu’elle désarme le mental de toute idée de causation. En dégageant le mental hors du monde causal, Davidson alimente une ligne de pensée qui est véritablement une ligne épiphénoméniste. La rationalité constitutive du mental prônée par Davidson serait la marque d’une différence cruciale avec le domaine physique. Une telle position, certes, sauve de mental de la réduction, mais le préserve-t-il ? Ne l’abandonne-t-il pas plutôt à l’errance dans un monde sans cause ?

    D’un point de vue métaphysique, si le mental occupe une place dans notre monde, cela ne peut être le cas que par le biais des propriétés. Si mon désir de m’atteler à l’écriture de ce blog est la cause d’un ensemble de comportements, c’est alors bien en vertu de certaines propriétés mentales constitutives de cet événement particulier composé de ce désir.
    Pour conclure partiellement et de façon quelque peu ramassée, disons que Davidson, en bon nominaliste, n’éclairait pas ou peu son raisonnement d’un point de vue métaphysique. Par exemple, il parle volontiers de prédicats plutôt que de propriétés. Pour Davidson, posséder une propriété n’est rien de plus que venir se ranger sous un certain prédicat. D’un point de vue métaphysique, une telle conception pose un problème sérieux.

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