La place de l’esprit dans un monde physique

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La philosophie de l’esprit étudie la nature de l’esprit et sa relation au monde.

Qu’est-ce que la philosophie pourrait avoir à nous dire au sujet de l’esprit que nous ne pourrions apprendre en étudiant la psychologie, les sciences cognitives, ou les neurosciences, voire la physique ?

Les êtres humains sont des êtres conscients, intelligents, possédant des états mentaux tels que les émotions, les représentations, les sensations, les perceptions, les croyances, les désirs, les volitions, etc. Qu’est-ce que la conscience et l’intelligence ? Que sont ces états ? Quelles relations entretiennent la conscience et tous ces états avec le corps qui les abrite ?

Une solution, consistant à dire que la conscience et tous ces états doivent être identifiés avec des états du cerveau, pourrait nous inciter à nous tourner vers les neurosciences afin d’identifier et de connaître véritablement l’esprit. Cependant, une telle solution présuppose une approche philosophique. En effet, la philosophie n’est pas coupée des autres disciplines pouvant nous fournir des connaissances sur l’esprit et sa relation au monde. La thèse de la conscience qui serait logée dans le cerveau et qui permettrait d’identifier les états d’esprit avec des états neuronaux ne peut empêcher un questionnement philosophique. Cependant, est-ce la vraie manière de penser l’esprit et sa nature ?

Il n’est pas du tout manifeste que cette solution soit la plus satisfaisante des manières de penser l’esprit. Pour Platon (Phédon), pui Aristote (De Anima), les esprits ne sont pas des choses. On ne peut décrire un esprit comme on décrirait un organe. Certes le cerveau pourrait bien occuper une place proéminente dans la responsabilité « mécanique » du comportement, mais l’identification de l’esprit au cerveau pourrait bien être une « erreur de catégorie » (Ryle, 1943).

Que les esprits soient des choses ou des fonctions ou quelque chose d’autre est une décision philosophique. Une telle question parcourt le débat contemporain en philosophie de l’esprit.

Cependant, affirmer que le philosphie n’est pas coupée des autres disciplines pouvant nous fournir des connaissances sur l’esprit et prendre en compte la remarque précédente, disant que la philosophie doit opérer indépendamment de la science, peut apparaître comme contradictoire. Néanmoins, la philosophie contenporaine de l’esprit affirme le contraire. En effet, les questions philosophiques émergent parmi des résultats scientifiques. Les concepts utilisés pour traiter les questions philosophiques sont vivants, ils évoluent et s’adaptent aux découvertes empiriques. Ainsi, il n’existe ainsi pas, entre la science et la philosophie, quelque chose qui pourrait ressembler à une sorte de division du travail. La philosophie de l’esprit et les sciences empiriques ne sont pas concurrentes, leurs relations, dans la tradition de la philosophie analytique, sont pacifiées.

21 commentaires pour La place de l’esprit dans un monde physique

  1. Philotropes dit :

    Philosophie de l’esprit

    Par Varia: le blog de Franois Loth sur la philosophie de l’esprit. Franois Loth est un lagonaute….

  2. Philalethe dit :

    Je me réjouis de l’ouverture de votre blog dont je découvre l’existence par l’intermédiaire de Philotropes.
    J’approuve tout à fait votre entrée en matière: l’identification de l’esprit au cerveau priverait en toute rigueur de toutes les manières de parler permettant de comprendre les personnes; en effet ne pouvant traduire « il a l’esprit étroit » par « il a le cerveau étroit », j’en serais réduit à attendre les images des caméras à positrons pour m’assurer que je connais bien celui dont on radiographie le cerveau; c’est insoutenable; parler de l’esprit et parler du cerveau de x sont deux jeux de langage distincts mais liés (les recherches matérialistes, voire réductionnistes qui tentent d’établir des relations entre esprit et cerveau ne sont elles-mêmes possibles que par l’irréductibilité de l’esprit au cerveau: c’est parce qu’on attribue à l’esprit du sujet des émotions qu’on en cherchera les corrélations (ou les causes etc, c’est là où se loge le noeud du problème) à travers l’imagerie médicale. Il va de soi que la distinction conceptuelle (esprit/cerveau) n’implique pas le dualisme même si c’est difficile de penser clairement les propriétés spirituelles comme survenant sur les propriétés cérébrales.

  3. Francois Loth dit :

    à Philalethe :
    Merci pour votre commentaire. Ce blog se veut une introduction à la métaphysique de l’esprit.
    Certains de vos termes sont au centre du débat en métaphysique de l’esprit : le dualisme, la survenance… Je pense que nous serons amenés à en reparler. Par contre, quelle signification donner à ce terme de propriété « spirituelle » ? Peut-être qu’un premier travail consisterait à éclaircir le terme de « propriété » lui-même !

  4. LEMOINE dit :

    Parler de la conscience ou de l’intelligence comme étant des « états » n’est-ce pas introduire indument une catégorie qui fausse le problème avant même son examen?

    Vous risquez de ne jamais finir d’élucider le sens et les corollaires de cette notion.

  5. Francois Loth dit :

    Un état mental est un état comme penser, croire, espérer, éprouver une douleur ou voir qu’il pleut, etc… Pour le dire grossièrement, un état mental est un état quelconque que l’on peut décrire avec un vocabulaire mental.
    Un état physique est un état comme se mouvoir à une certaine vitesse, avoir une certaine excitation neurale, etc. Pour le dire grossièrement également, un état physique est un état que l’on peut décrire avec un vocabulaire physique.
    Est-ce fausser le problème que de poser ces catégories ?

  6. LEMOINE dit :

    Simplement, il me semble que si je dis « qu’est-ce que penser? » penser est vu comme une activité et si je dis « qu’est-ce qu’être conscient? » être conscient est aussi une activité (dont on pourrait dire qu’elle fait la synthèse des ressentis, par exemple). Ce qui agit, ce qui pense, ce qui est conscient, alors, c’est l’homme. (Pour l’intelligence, je la vois comme une capacité).

    Si penser (penser à courir, penser à danser, penser à lire) sont vus comme des activités aussi bien que courir, danser et lire, alors courir ne va pas sans penser qu’on courre et lire ne va pas sans pense qu’on lit. De même, penser à courir ou penser à danser ne va pas sans l’esquisse au moins cérébrale de la danse et donc des zones correspondantes. Ils forment une seule action. (Les techniques de préparation cérébrale des sportifs reposent là-dessus).

    La question de la relation entre l’activité mentale « je vais courir » et l’activité physique « je cours » s’envisage alors de tout autre façon que comme vous la concevez puisque les deux sont indissolublement liés. C’est en fait une question de psychologie expérimentale.

    Tandis que quand vous dites « Quelles relations entretiennent la conscience et tous ses états avec le corps qui les abrite » après avoir dit de la conscience qu’elle est un état, vous les présentez d’amblée comme des objets ou des manières d’être d’un objet (le mental, l’esprit, l’âme) qui devient tout de suite embarrassant puisque se pose la question de sa relation avec un autre objet qui est le corps.

    A mon avis, les façons de parler de la « pschologie du quotidien » que vous semblez reprendre et qui décrivent des « états de conscience » ne créent pas de difficulté dans l’usage courant mais il en est tout autrement quand on veut rendre clair ce qu’elles impliquent.

  7. Francois Loth dit :

    A votre insu peut-être, – car vous semblez y résister- vous prenez part au débat métaphysique que l’on appelle le problème corps/esprit (Mind-Body problem) en écrivant que l’activité mentale et l’activité physique sont indissolublement liés. « Je vais courir » est une intention mentale qui semble expliquer votre comportement physique qui consiste à courir. Ainsi, vous admettez que vous avez un corps et vous dites volontiers que vous avez un esprit. A partir du moment où nous posons cela, la question de la relation entre les deux se pose aussi.

    Une des charges du travail métaphysique consiste à s’interroger sur ce que sont les propriétés réelles des choses dans le monde. La métaphysique est concernée par la nature des choses qui existent dans l’espace et le temps. Cependant, contrairement à la science empirique, pour la métaphysique, ces choses n’ont pas besoin d’être seulement une partie des entités concernées par la physique. Par exemple, la métaphysique est concernée par la nature des personnes, la nature des esprits, etc. En métaphysique de l’esprit, il s’agit de s’interroger sur la nature ontologique des croyances, de la conscience, des intentions, etc. Quelle est la nature des intentions ? En effet, certains états mentaux, par exemple, peuvent être au sujet de choses situées dans le monde. Dans le jargon philosophique, on nomme cela l’intentionnalité.

    Cette interrogation sur la nature de la pensée et de l’esprit consiste à questionner les différentes conceptions de l’esprit qui s’affrontent comme le béhaviorisme, le fonctionnalisme, la théorie de l’identité des propriétés… En effet, l’esprit peut être vu comme un comportement ou encore comme un cerveau voire un ordinateur…

    Peut-être qu’une solution philosophique concernant l’esprit pourrait consister à dissoudre le problème – peut-être est-ce ce que nous devons comprendre en vous lisant ! Cependant le problème canonique de la relation du corps et de l’esprit demeure. Mais est-ce un faux problème ?
    On peut refuser effectivement la catégorie d’état mental, mais peut-on refuser la question qui consiste à se demander si certaines choses ont des propriétés mentales ? A moins que les termes d’« état » ou encore « propriété » soient des termes dont nous devons nous dispenser orsque l’on parle de l’esprit ! Il est vrai que l’on peut se détourner de l’enquête ontologique lorsqu’il s’agit de l’esprit au profit d’une approche disons linguistique de l’esprit , une approche qui ne se préoccupe pas du lien qui pourrait être fait avec la réalité physique du monde, mais ce n’est pas ma conviction. Il me semble, en effet, qu’il est chimérique de vouloir éliminer les questions métaphysiques en philosophie de l’esprit.

  8. LEMOINE dit :

    Si je me suis permis, malgré mon incompétence, d’avoir un avis c’est seulement sur la base de deux intuitions :

    – l’idée que certaines choses ne peuvent être comprises que par une vision globale à l’inverse de la méthode de Descartes (qui préconise d’analyser des éléments simples) ; que la décomposition en éléments simples n’est légitime et productive que quand on a saisi le tout vivant ; qu’autrement elle procède souvent d’un présupposé idéologique.

    – celle que la notion d’esprit, qu’on ne peut éviter dans le langage quotidien, devient « embarrassante » dès qu’on veut l’approfondir pour les raisons que je viens d’exposer. Son évidence est trompeuse et elle amène à l’analyse d’une « relation causale » dont on n’a pas établi qu’elle ait seulement un sens.

    Sur le premier point, j’ai pris ailleurs l’exemple du problème de la valeur de la monnaie et j’ai tenté de faire comprendre qu’une explication de ce problème ne pouvait qu’avoir l’allure d’une exposition complète du système monétaire comme un tout « vivant ». J’aurais pu prendre l’exemple du « matérialisme historique » ; en effet, Marx a analysé différents événements de son époque et de l’histoire passée mais il n’a jamais produit, que je sache, de théorie de l’histoire. Il n’a jamais analysé la nature d’un lien causal entre infrastructure et super structure. Je ne peux pas croire que ce serait parce qu’il n’aurait pas été capable de produire un manuel à la manière de Boukharine, j’en déduis que pour lui l’histoire ne pouvait se comprendre scientifiquement que sous la forme de l’analyse des événements historiques globaux (guidée par des principes auquel on a donné le nom de matérialisme historique).

    Sur le second point, je me suis étonné dès la première lecture du texte publié par Denis Collin, qu’il puisse passer outre aux objections de Kant que je jugeais pourtant décisives. Mon deuxième étonnement était que les auteurs auxquels il faisait référence aient pu sembler ignorer que la pensée était un phénomène social (ce qui me semblait être une évidence première) et qu’elle ne pouvait donc être comprise qu’en prenant l’homme comme être social, l’homme comme n’étant capable de penser que pour autant qu’il soit capable de communiquer. Il m’a semblé que l’idée (descriptive) que la pensée devait être vue comme une activité éludait des problèmes qui apparaissent autrement insondables. (C’est ce que j’ai voulu dire en parlant des poissons).

    Que la notion d’esprit puisse n’être que le produit d’une culture philosophique, je crois qu’en témoignent les philosophies orientales (du moins telles qu’elles sont vulgarisées en occident). Ces philosophies considèrent le « mental » comme quelque chose d’inessentiel, un flux de mots, d’images, de jugements, qu’il faudrait dissiper pour parvenir à l’être authentique. Je ne dis pas que ce genre de conception est plus riche que celle de la philosophie occidentale, simplement il montre que la notion d’esprit ne va pas de soi, qu’il faudrait la légitimer avant de l’élucider. La légitimer serait la resituer dans une approche globale.

    J’espère ne pas vous ennuyer avec ces idées qui ne vous apparaissent peut-être que comme la manifestation d’une incapacité à comprendre ce qu’est la philosophie de l’esprit (ou même la philosophie tout court). Je vous souhaite une bonne année 2007.

    (PS. Si je ne me manifeste plus, croyez que ce ne sera pas par désintérêt mais je reprends le travail bientôt)

  9. Francois Loth dit :

    Je ne considère pas vos commentaires comme la manifestation d’une quelconque incapacité. Simplement la philosophie contemporaine de l’esprit est effectivement en rupture avec la philosophie kantienne. Son histoire est en effet relativement récente (elle commence à la fin des années 1950 avec les sciences cognitives). Cependant, elle reprend à son compte le problème de l’interaction causale du corps et de l’esprit par exemple, telle que la pose la princesse Elisabeth dans sa correspondance avec Descartes (1643).

    Le débat contemporain en philosophie de l’esprit, dans la forme que nous lui connaissons aujourd’hui, a pour origine, deux articles désormais classiques l’un de H. Feigl et l’autre de J.J.C Smart en 1958, proposant une approche de la nature de l’esprit appelée « théorie de l’identité corps/esprit ». Cette théorie, bien qu’ayant connue un intérêt de courte durée, installe le nouveau débat de la relation corps/esprit, à l’intérieur d’un point de vue matérialiste.

    Comme vous le voyez, le débat en philosophie de l’esprit se développe sur une aire très circonscrite de la réflexion philosophique. L’objectif de ce blog étant justement d’appréhender la délimitation conceptuelle du problème de l’esprit dans la philosophie analytique contemporaine.

    Je vous souhaite une bonne année 2007.

  10. LEMOINE dit :

    J’ai regardé ce que je pouvais trouver sous le nom de Feigl et j’ai trouvé une idée pour le moins singulière : l’autocérébroscopie !

    Cela m’amène à imaginer une autre scopie : supposons que nous observions, en parallèle, les mouvements dans la capitale et les annonces au journal télévisé. Nous pourrions observer que l’annonce « le week-end s’annonce radieux » s’accompagne de mouvements sortants importants suivis de mouvements entrants assez proches. L’annonce « les vacances d’été commencent » serait suivie de mouvements sortants importants mais de mouvements entrants beaucoup plus tardifs. L’annonce du « salon de l’automobile » serait liée à un mouvement vers un certain point, celle des « soldes d’hiver » vers un autre et celle de la « fête nationale » vers un autre encore.

    Si on faisait cette observation pour Paris, puis pour Berlin, on observerait des phénomènes similaires et on pourrait en conclure qu’une annonce comme « le week-end s’annonce radieux » serait liée à un phénomène identique pour Zurich.

    On constate donc une corrélation forte entre deux ordres de phénomènes qui serait l’indice, non d’une identité (le mot n’aurait pas de sens dans le contexte) mais de l’appartenance des deux séries de phénomènes à un système commun. L’affirmation d’un lien de causalité ne serait pas fondée.

    Pour comprendre la nature de ses deux séries de phénomènes et leur corrélation, il faudrait étudier ce qu’est le système commun (à savoir la société). Cela me ramène comme un fait incontournable au fait que pour comprendre un phénomène local, ou le lien entre différents phénomènes locaux corrélés, il faut comprendre le tout qui les englobe et que la nature de ce tout est nécessairement différente de la nature de chacun des phénomènes locaux. D’où, pour comprendre ce qui relie les « états mentaux » et les « états physiques » il faudrait rechercher quelque chose qui ne soit ni seulement physique, ni seulement mental. Le seul système que je peux identifier répondant à ce critère serait le « système social » qui englobe l’homme comme individu physique aussi bien que comme être pensant.

    Excusez-moi si je suis têtu, mais cela me parait tellement clair que je n’arrive pas à comprendre que personne ne le voit comme moi !

  11. LEMOINE dit :

    Dans le contexte d’englobement que je viens d’esquisser, on ne parlerait pas « d’émergence » mais on pourrait parler de « survenance ».

    On pourrait dire, exemple, que le mental manifeste la « survenance » du social (de l’homme en tant qu’être social) dans l’activité cérébrale.

  12. Francois Loth dit :

    Ce que vous dites me fait penser à la thèse dualiste sans interaction causale. Leibniz soutenait une thèse que l’on nomme le « parallélisme ». Ce dualisme des substances déniait que le mental et le matériel interagissent causalement. A première vue, une telle thèse vient contredire nos multiples expériences quotidiennes d’interaction entre le mental et le physique. Il semble en effet que les manifestations de notre esprit affectent notre corps. Pour le parallélisme, les esprits ne sont reliés au corps que par apparence. Les événements de l’esprit et les événements du corps co-varient sans relation causale.
    Mais pour expliquer cette co-variation, il faut l’intervention de Dieu. A partir de là les choses se compliquent un peu.
    Pourquoi ne pas entamer une réflexion philosophique à partir de certains faits quasiment non négociables comme l’existence d’une causalité mentale ? Pourquoi penser d’emblée qu’il s’agit là d’une illusion ? Pourquoi alors ne pas essayer de nous demander comment une chose pareille est rendue possible ?

  13. LEMOINE dit :

    Je voudrais juste essayer d’expliquer comment je vois les choses et vous verrez qu’il n’y pas de place pour un dualisme :

    1) Sur la question de la causalité :

    On peut pas conclure de l’observation d’une corrélation entre de deux phénomènes à l’existence d’un lien causal entre eux. Pour affirmer qu’une relation causale existe, il faut identifier un mode d’action de la cause sur l’effet. Autrement, la corrélation n’est que l’indice que les deux séries de phénomènes sont la manifestation d’un système qui les englobe.

    De la corrélation entre la pensée et l’activité neuronale, on ne peut donc pas induire que la pensée serait la cause de l’activité des neurones mais seulement que ces deux activités sont vraisemblablement deux manifestations qualitativement distinctes d’un « système ».

    La question est donc seulement celle de l’action possible d’une pensée sur un comportement extérieur (un ensemble de mouvements accomplissant quelque chose). Mais, cette question est déjà obscurcie par ce fait que si je ne peux pas dire que pensée est cause de l’activité neuronale, comment pourrais-je soutenir qu’elle agit sur des comportements physiques qui impliquent l’activité d’une multitude de zones cérébrales et des nerfs qui les prolongent ?

    2) Sur la pensée :

    De la pensée, j’ai dit (sur le site de Denis Collin) qu’elle est la part de mon activité cérébrale qui est communicable.

    Elle n’est donc pas une activité réflexe, elle est toujours intentionnelle. Une activité réflexe se fait sans pensée. Je ressens une douleur, je retire mon bras ou la vipère fuit lorsqu’elle sent le sol vibrer sous le pas de promeneurs, par exemple. Les nerfs excités stimulent le cortex cérébral qui réagit en provoquant les mouvements. Il est indéniable que la stimulation est la cause de la réaction et que le mode de transmission des stimuli est le système nerveux.

    Mais chez l’homme presque tous les comportements s’accompagnent d’une pensée. Si je me blesse, j’ai un mouvement réflexe mais le « aïe » qui l’accompagne est la marque de la pensée. Le « aïe » n’est pas cause de quelque chose, il est mon moyen d’exprimer ma douleur, d’informer que je souffre. Il est le fait d’un être social. La pensée m’apparaît donc d’abord comme une activité sociale.

    Plus on descend dans le règne animal, plus on observe des activités sans pensée, de simples réactions à des stimuli non accompagnées d’expression visant à communiquer. Les interactions entre les individus sont alors réduites au minimum.

    3) Reste donc le cas où le comportement accomplit, ce que la pensée a projeté :

    Je reprends un de vos exemples : je souhaite relire Ulysse de Joyce, je me lève pour aller chercher le livre dans la bibliothèque. Il est clair que ma volonté de lire est le motif de mon comportement mais elle n’en est pas à mon avis la cause du comportement qui suit. Je n’identifie aucun mode d’action de cette pensée sur mon corps. Ma pensée et le comportement qui la suit ne se relient que comme manifestations d’une personne vivant dans une société développée et ayant reçu une éducation. Je pense et j’agis en tant que personne, en tant qu’être indissolublement social et physique.

    Si j’isole le geste de prendre le livre sur le rayon de la bibliothèque, je vois que je glisse l’index sur le haut de la tranche du livre, que je le fais basculer légèrement et que je le saisis avec les autres doigts pour le tirer délicatement. Ce comportement est celui d’un adulte éduqué, il n’est pas impliqué dans l’idée de lire.

    Petit enfant, j’aimais à faire tomber les livres en les poussant. Le geste si simple de tirer le livre, je l’ai appris tout comme celui de me lever de ma chaise sans la repousser brusquement. Ma pensée également est celle d’un homme éduqué qui lit habituellement et qui est capable d’avoir un dialogue virtuel avec l’auteur du livre.

    Ma pensée aussi bien que mon comportement sont donc l’expression de ce que je suis. Ils m’expriment en tant qu’être social. Ils se suivent et se coordonnent l’un à l’autre que pour autant que je suis un être socialement adapté, que j’ai une personnalité unifiée. Pour les comprendre et les relier entre eux il faut me comprendre comme être humain. Leur cause c’est ce que je suis. Mais il ne faut parler de cause que dans un sens très large, car en tant qu’être vivant et social, je ne suis pas un mécanisme et la notion de causalité est inadaptée pour rendre compte de ce que je suis. Un discours « descriptif » est plus adapté.

    Excusez-moi d’avoir été aussi long !

  14. Francois Loth dit :

    Je vous remercie pour tous ces commentaires. Ils m’imposent de justifier l’existence d’un débat toujours actif en philosophie de l’esprit : « le problème corps-esprit ».

    Pour grossièrement résumer votre propos vous pensez que la causalité n’a que peu à voir avec l’esprit. Vous admettez que parler de causalité n’a de sens qu’à l’intérieur d’un système entièrement physique. Vous distinguer alors entre l’intentionnalité et certaines activités que vous qualifiez de « réflexes ». Cela vous permet de discriminer « mouvement » et « comportement », le premier n’étant qu’un ensemble entièrement descriptible en termes physiques, alors que le second serait porteur de quelque chose de plus, une intention. Dans le jargon on nomme attitude propositionnelle, une attitude mentale ayant un certain contenu. Croire que le livre est dans la bibliothèque, espérer que personne d’autre ne l’a pris, etc. sont des attitudes propositionnelles.

    Votre intention de relire Ulysse est bien à vos yeux, pour reprendre vos termes « une activité mentale » et forme bien la raison de votre déplacement vers la bibliothèque. Si on résume, nous avons :

    i) Votre désir de lire Ulysse associé à votre croyance que le livre se trouve dans la bibliothèque explique votre comportement, ou si vous préférez, forment un ensemble de raisons d’agir, qui consiste à vous déplacer et à saisir ce livre.
    ii) Désir et croyance sont des attitudes mentales que vous, en tant qu’agent intentionnel, possédez.
    iii) Ces attitudes ont un contenu qui semble externe et qui concerne un livre et une bibliothèque.
    iv) Le fait que ces attitudes mentales ont un contenu est-il pertinent pour le genre d’effet qu’elles produisent ? Autrement dit, avoir ce contenu plutôt qu’un autre est-il pertinent pour l’effet produit ? Il semble que la réponse est « oui »

    Bref, si l’on admet, que parmi les activités mentales nous avons certaines attitudes possédant un contenu, il est légitime de nous demander si, dans la mesure où posséder un esprit consiste à avoir ce genre de signification dans la tête, cela est pertinent pour expliquer notre comportement (qui est un ensemble de mouvements physiques ayant une finalité intentionnelle). Si avoir un esprit n’a aucun punch causal dans ce comportement, si avoir un esprit est seulement une description, c’est-à-dire, n’est qu’un ensemble de propriétés sémantiques qu’il serait illusoire de chercher à relier à des propriétés intrinsèques physiques expliquant ce mouvement particulier de notre corps, alors à quoi cela sert-il de posséder un esprit ?

  15. LEMOINE dit :

    La question en débat est bien « le problème corps-esprit » que vous posez en termes très clairs qui font apparaître immédiatement l’incompatibilité de nos à priori culturels :

    – vous l’appréhendez comme « une réflexion philosophique à partir de certains faits quasiment non négociables comme l’existence d’une causalité mentale »
    – tandis que pour moi « l’existence d’une causalité mentale » est quasiment impensable car elle nécessite d’imaginer un mode d’action de la pensée sur le corps (comme la gravitation impose de rechercher le « graviton »).

    La recherche du « graviton mental » me semble vouée à l’échec alors que paraît s’imposer une solution simple dont vous dites qu’on la trouve déjà chez Leibniz «Les événements de l’esprit et les événements du corps co-varient sans relation causale ». On dirait en termes modernes qu’ils sont corrélés au sein d’un système complexe (dont on perd toujours quelque chose quand on veut le modéliser). Ce système n’est rien d’autre, selon moi, que l’homme en tant qu’être vivant inséparablement social et physique.

    Cette façon de voir peut vous apparaître étrange comme la compréhension des auteurs que vous analysez exigerait de moi une véritable conversion à un autre mode de pensée.

    Je vous remercie pour votre très grande patience.

  16. Décaudin dit :

    Bonsoir, je voudrais exprimer ma théorie comme quoi l’esprit, sa vitesse, pourrait être supérieur à celle de la lumière. Les calculs sur les 300000 km/s n’en demeure pas moins des calculs et puis… Ce que nous ne voyons peut être la réponse à ce que nous cherchons. Et nous ne le trouverions pas quand bien même nous le chercherions. Si nous étions comme des enfants nous admettrions sans aller au-delà, comment déplacer les étoiles d’une main tout en restant sur terre. Folie me direz-vous et cependant, ne l’aurais-je point pensé ! Ce que chaque être à en soi est appelé simplement « un esprit », ce qui anime le corps et entraîne celui-ci dans certaines directions. Le corps par rapport à l’immensité de l’univers est bien limité et observons bien là que l’esprit touchant ce corps s’en contante. Admettons qu’un grand esprit règne sur tout l’univers, et décide des temps et des moments dans sa création. Qu’il rende voyant ceux qui avaient les yeux fermés.
    Je crois que même dans le sein d’une mère l’esprit contruit, et dans l’obscurité l’être nouveau qui paraitra à maturité déjà, à la lumière, et aux regards de tous ceux qui le recevront.
    Une question se pose, peut-on dépasser la vitesse de la lumière, moi, Alain Décaudin, je réponds oui, et d’une extrémité à l’autre de l’univers.
    Lorsque le temps cesse ou ralentit considérablement, de plus rapides évènements passent devant nos yeux sans que nous nous en aperçevions. Est-il alors nécessaire que ceux qui vont plus vites saisissent ensuite les précèdants évènements qui n’ont pas vu s’accomplir.
    La précision des évènements est impossible à saisir précisément, puisque toujours, ce qui nous est possible d’accomplir, ne s’accomplit pas vraiment.
    Parce qu’il fallait y penser avant.
    La pensée précède l’action, l’idée, la réalisation.
    L’Esprit nous ouvre les yeux lorque ceux-ci ne voient plus. A mon avis, l’esprit à des yeux.
    Je crois que nous ne voyons pas toujours comme nous le voudrions.
    Et si nous voyons quelque chose qui nous étonne, c’est que cela nous est permis.
    L’éclipse du 11 aout fut-elle étonnante ?
    L’échelle des distances qui séparent le soleil et la lune de notre terre est bien connue.
    Et tout cela pour représenter une couronne de feu, une alliance rappelant toujours une possible réconciliations des esprits de ce monde, avec le grand Esprit de l’univers.
    « Il n’avait ni beauté ni éclat… » Celui qui est derrière lui l’éclaira et le glorifia de toute sa splendeur.

  17. Francois Loth dit :

    Le terme « esprit » tel qu’il est utilisé dans les billets de ce blog correspond à une notion plus modeste que celle que vous présentez…
    Selon cette approche, l’esprit n’occupe qu’une place très restreinte dans l’univers.

  18. C.L. dit :

    Une « place »?

  19. C.L. dit :

    Pardon pour cette question non développée. Elle a l’air d’une boutade, parce qu’elle souligne ironiquement la tension entre les notions d’esprit et de localisation spatiale, mais au fond il y a une interrogation sérieuse. Bon, en tout cas, je me suis adressé plus précisément à vous sur Philotropes.

  20. Ben oui Clément, on ne sait pas où se trouve l’esprit: « esprit es-tu là » ?!

  21. Mpaka Lowy dit :

    La maîtrise du corps physique et le spirituel alimentent des valeurs permettant à l’homme développer son intérieur !

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