Le problème de la causalité mentale et l’impasse du physicalisme non réductionniste

 

Le désir de me désaltérer et la croyance qu’il y a de l’eau fraîche dans le réfrigérateur sont bien la cause de mon déplacement vers ce réfrigérateur. N’est-ce pas ?

IGITUR - Arguments philosophiques

L’article qui vient d’être publié dans la revue Igitur reprend le problème qui se pose lorsque l’on se demande comment les états mentaux, qui nous apparaissent dénués de propriétés physiques (une croyance qu’il y a de l’eau fraîche dans le réfrigérateur n’est, par exemple, assujettie à aucune force de gravité ou de magnétisme), peuvent néanmoins être la cause d’événements physiques.

Comment séparer le mental du physique alors que l’on sait qu’il y a toujours une cause physique à tout événement physique ? L’article donne des raisons de rejeter les solutions préconisées par la thèse standard dite « physicaliste non réductionniste » et préconise qu’une identité entre le physique et le mental revienne au centre de la métaphysique appliquée à l’esprit.

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10 réponses à Le problème de la causalité mentale et l’impasse du physicalisme non réductionniste

  1. Lalige dit :

    Acceptez vous cet énoncé qui, pour moi, résume un peu votre analyse du texte : « La confusion entre signaux électriques du cerveau et la pensée est une métaphore toxique »

  2. Francois Loth dit :

    Dans l’article de la revue Igitur je ne parle pas de « confusion » mais essaie de montrer que la thèse non réductionniste, suivant en cela J. Kim, ne peut pas résoudre le problème de la causalité mentale. Toutefois, lorsque l’on se demande ce qu’est une propriété (mentale ou physique) nous commençons une investigation ontologique qui peut clarifier la situation.

  3. DéfiTexte dit :

    Heu, faites-vous la différence entre physique et chimie (du cerveau) ?

    • Francois Loth dit :

      On peut dire que les sciences autres que la physique sont « spéciales » parce qu’elles ne se focalisent que sur un groupe d’entités. En revanche, la physique applique ses concepts à toutes les entités. Cela est basé que le présupposé que chaque entité dans le monde possède des propriétés physiques. Le problème est alors celui du rapport entre les propriétés des sciences spéciales et les propriétés physiques. Quel lien tisser entre les propriétés mentales psychologiques et les propriétés physiques ? La chimie du cerveau n’échappe pas au fait qu’un atome est une configuration de propriétés physiques mais que l’atome n’est pas une occurrence de propriété chimique. Par contre, toutes les occurrences de propriétés chimiques sont composées d’une configuration de propriétés physiques. La question concerne les pouvoirs causaux des propriétés des sciences spéciales ? Peut-on les distinguer des pouvoirs causaux conférés aux objets par les propriétés des sciences physiques ?

      • DéfiTexte dit :

        L’atome est une occurrence de propriété chimique: par exemple une réaction chimique qui arrache un électron, ou qui échange un atome. Il n’y a plus rien depuis un certain temps en chimie qui ne soit pas physique… Il y a des échanges chimiques dans le cerveau, donc physiques. Donc les états mentaux, qui nous apparaissent dénués de propriétés physiques, sont tous faits d’événements physiques, tous liés à des propriétés physiques. La chimie est une physique ordinaire (rien de spéciale), notamment elle respecte la conservation d’énergie. Bref quand on désire, croit ou pense (selon ses préférences ou selon l’adaptation de ses sentiments), il se passe un phénomène physique dans le cerveau. Cela dit, la médecine analyse ces moyens physico-chimiques, et la philo ne se mêle plus, depuis des siècles, de médecine ou de physique, sinon en épistémologie.

  4. RM dit :

    Je ne suis pas sûr que l’absence de causalité mentale soit un problème. Mais si ça l’est, je pense qu’on peut accorder une pseudo-autonomie au mental en distinguant deux formes de causalité qui se manifestent à deux échelles de temps différentes :

    Dans un premier temps, l’évolution de l’espèce humaine, et peut-être dans une certaine mesure le développement du cerveau, « programment » ou « optimisent » la correspondance entre les états mentaux et les états physiques, à supposer que la gymnastique mentale consciente ait un intérêt évolutif et que le mental puisse survenir sur le physique. Ainsi, les deux mondes, physique et mental, sont alignés par construction.

    À partir de là, sur une échelle de temps humaine courte qui fait abstraction de la causalité à grande échelle de l’évolution, il n’est pas possible de déterminer si c’est le physique ou le mental qui est la cause de votre déplacement vers l’armoire à pharmacie, car les deux sont strictement alignés. La cause mentale étant plus intelligible que la cause physique, il est raisonnable de la considérer en première approximation comme causalement efficace, d’où la pseudo-autonomie du mental. En revanche, si on remonte la chaîne des causes des centaines de milliers d’années en arrière, la cause se révèle être complètement physique car les mécanismes évolutifs sont purement physiques.

    En fonction de ce que l’on entend par « alignement mental-physique », ceci n’est pas incompatible avec la réalisation multiple.

    Un peu hors sujet : je me demande si on n’aurait pas intérêt à parler de variations de propriétés plutôt que de propriétés statiques, même si ces propriétés sont contrefactuellement disposées à varier ou à changer leur environnement. Si ‘penser à quelque chose’ est contrôlé par une volonté intrinsèque à la pensée, la pensée doit pouvoir agir activement sur elle même, par opposition à un enchaînement de pensées statiques contrôlé par une entité externe. L’activité de penser est donc un ensemble de mouvements élémentaires qui ne peuvent être décomposés sans risquer de perdre ce qui fait l’autonomie de la pensée. Vision différente d’une configuration de propriétés statiques auxquelles il serait possible de faire correspondre un état mental.

  5. luestan Theel dit :

    Ontologiquement parlant, le mot « métaphore » (Lalige) ne me semble pas convenir, car la métaphore est à sens unique (le lion est une métaphore du courage, mais le courage n’est pas une métaphore du lion).
    Je préférerais parler de « traduction », qui est à double sens: le mental comme traduction du physique et vice-versa.
    Les signifiants « cheval, horse, Pferd » sont des traductions les uns des autres, parce qu’ils sont des réalisations multiples (RM), c’est-à-dire des traductions (P: phoniques ou écrites) du même signifié (M). Mais le signifié est lui-même la traduction mentale du signifiant qui sans lui ne serait pas un signifiant.
    Je ne considère donc pas « signifié » et « signifiant » comme des propriétés isolables (dualisme des propriétés). Ce sont les deux faces, l’avers et le revers, qui constituent solidairement le signe (un seul et unique événement). Un avers sans revers n’est pas un avers, seulement une surface. Il n’y a pas préemption de l’un par l’autre.
    J’ai donc bien besoin de précisions ontologiques, mais je n’ai pas encore compris la notion de trope. Faut-il chercher du côté des inévitables petites trahisons de la traduction?

    • Francois Loth dit :

      Il n’est pas facile de parler simplement des tropes (qui ne sont pas ici des figures de style).

      1) Pour admettre l’existence des tropes, il faut tout d’abord soutenir que l’on ne peut se dispenser des propriétés si l’on veut rendre compte de la causalité. De plus, il faut reconnaître que ce n’est pas en cherchant du côté du langage que l’on pourra extraire des propriétés des choses et les admettre dans notre ontologie. On dira alors, si on est « réaliste », que les propriétés ne sont pas les ombres des prédicats.

      2) Ces propriétés peuvent être particulières ou universelles. Les tropes sont justement des propriétés particulières, des manières dont sont les choses à un certain moment et un certain lieu. C’est-à-dire que les tropes sont répétables. Les tropistes refusent les universaux.

      3) Lorsque l’on introduit les tropes dans le domaine de la causalité mentale, les tropes particuliers qui sont responsables d’un effet physique sont de types mentaux mais aussi de types physiques. Ce qui est crucial ici c’est que, pour le particulariste, les types ne sont que des classes de ressemblance de tropes. Deux tropes sont identiques en vertu de leur ressemblance et non en vertu de posséder un « ingrédient » commun universel.

      Comme il n’est pas facile de parler simplement des tropes, je pense que le mieux est de lire ce petit post 96 et de se rendre sur l’entrée « tropes » de la Stanford Encyclopedia.

  6. Francois Loth dit :

    Merci pour ce lien.

    Ce « genre de recherche », comme vous l’écrivez, n’est en effet pas pris en compte lorsque l’on évoque l’esprit ou la conscience en philosophie de l’esprit. Faire entrer dans la science une force « Psi » qui serait déconnectée de la matière mais qui pourrait agir à distance est une hypothèse qui n’est pas retenue dans ce site. La position sceptique au sujet de ce « genre de recherche » est ici de mise.

    On trouve ici une analyse, d’un point de vue sceptique, au sujet des « recherches » de D. Radin.

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