Entracte…

21 décembre 2007


Le principe de la pertinence des propriétés mentales

20 décembre 2007

 

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Lorsqu’en raison d’une incompatibilité avec notre métaphysique de la causalité, nous repoussons le dualisme des substances, nous ne faisons que déplacer le problème de l’interaction causale entre le corps et l’esprit.

Pour expliquer comment l’esprit et le corps interagissent causalement, on considère alors un dualisme des propriétés. Par ce moyen, en permettant aux possesseurs de propriétés mentales d’être aussi porteur de propriétés physiques, on espère éviter le problème de l’inintelligibilité causale auquel nous conduit le dualisme des substances. En effet, le dualisme des propriétés, dont il est question dans le débat contemporain sur la causalité mentale, ne s’enracine pas dans un dualisme des substances, mais repose sur une image métaphysique du monde ne contenant qu’une seule substance physique. Ainsi, certains éléments du monde, les pierres par exemple ne peuvent s’élever à la possession de propriétés mentales. Cependant, certains éléments, situés relativement haut dans la hiérarchie de ce monde stratifié, peuvent posséder deux genres de propriétés : des propriétés physiques et des propriétés mentales. Le dualisme des propriétés est donc un monisme (une seule substance) permettant à deux genres différents de propriétés d’être exemplifiées ou co-exemplifiées par le même possesseur. Je peux avoir une masse de 80 kg (propriété physique) et croire que Sarkozy est président de la république (propriété mentale). Pour le dire d’une manière générale, une chose possédant des propriétés mentales possèdera nécessairement des propriétés physiques.

Ainsi lorsque l’on soutient que les causes mentales produisent des effets physiques, nous parlons de la pertinence des propriétés mentales dans la relation causale. Cette pertinence causale signifie que c’est en vertu de l’existence de certaines propriétés, en l’occurrence des propriétés mentales, qu’une certaine cause produit un certain effet.

Le monisme des substances vient alors modifier les relata de la relation causale. Ce ne n’est plus, en effet, la substance non étendue qui entre en relation avec la substance matérielle, mais l’instance de la propriété mentale qui entre en relation avec l’instance de la propriété physique. Cette modification des relata, imposée par l’abandon de la thèse cartésienne, nous fait alors considérer que l’esprit cause le comportement en vertu de ses propriétés mentales. Prenons un exemple :

La douleur ressentie à la tête par la personne X, à l’instant t cause son déplacement vers l’armoire à pharmacie à t + 1.

Dans cet exemple, c’est un événement qui s’est produit à un instant précis qui en cause un autre. Cependant, une fois la cause identifiée, il nous faut rechercher la propriété responsable de cette cause. Le particulier X à t possède un grand nombre de propriétés, comme par exemple d’avoir une masse de 80 kg ou de croire que Sarkozy est président de la république. Cependant, seule l’instance de la propriété d’éprouver une douleur à la tête, peut être considérée comme causalement pertinente pour l’effet qui le fera se déplacer vers l’endroit où se trouve l’aspirine. C’est, en effet, en vertu de la possession de certaines propriétés qu’une cause est agissante. Autrement dit, chaque cause d’un effet possède un grand nombre de propriétés, mais parmi cet ensemble de propriétés, un grand nombre d’entre elles ne jouent aucun rôle dans la relation causale.

On peut donc poser un principe qui affirme que lorsqu’un état mental cause un état physique ou pour le dire plus précisément, lorsqu’un événement mental cause un état physique, il le fait en vertu de l’existence de propriétés mentales pertinentes.


Les trois David (Hume, Lewis, Armstrong) et la perception de la causalité

7 décembre 2007

 

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Lorsque l’on suppose que l’événement c cause l’événement e, lorsque la pierre lancée cause le bris de la vitrine, par exemple, on peut se poser deux questions auxquelles il est difficile de répondre :

1) Est-ce que je vois que le lancer de la pierre cause le bris de la vitrine ?

ou

2) Est-ce que j’infère (1) avec ma connaissance d’arrière-fond de régularités observées ?

David Lewis (2004), en humien prudent, écrit :

Hume, bien sûr, disait que nous ne percevions jamais la relation causale mais seulement une succession répétée. Cependant, il est extrêmement difficile de dessiner la ligne entre ce qui est vrai selon l’expérience perceptuelle par elle-même et ce qui est vrai selon un système de croyances formé en parti par l’expérience perceptuelle et en partie par les croyances antérieures. […] Aussi, je ne suis pas en position de dénier que dans tel cas je suis en accointance perceptuelle avec une instance de relation causale ; et par conséquent, en accointance avec la relation qui est instanciée. (David Lewis 2004, p. 75-76)

Si l’on soutient que la causalité c’est un peu plus que l’enregistrement de régularités, on doit se demander si, au moins dans certains cas, nous avons accès, par la seule observation, à la causalité singulière.

Le « doute sceptique », tel que Hume le qualifie, est le doute que l’on puisse parvenir par l’expérience à approcher le lien causal impliquant une idée de « pouvoir, de force, d’énergie et de connexion nécessaire » (Hume, 1748, trad. franç., p. 129). Pour Hume, en effet, rien dans l’expérience ne nous permet de détecter le lien causal :

Quand nous regardons hors de nous vers les objets extérieurs et que nous considérons l’opération des causes, nous ne sommes pas capables, dans un seul cas, de découvrir un pouvoir ou une connexion nécessaire, une qualité qui lie l’effet à la cause et fait de l’un la conséquence infaillible de l’autre. (Hume, 1748, trad. franç., p. 130)

A la première apparition d’un objet, nous ne pouvons jamais conjecturer quel effet en résultera. Mais si le pouvoir ou l’énergie d’une cause pouvait se découvrir par l’esprit, nous pourrions prévoir l’effet, même sans expérience, et nous pourrions, dès l’abord, nous prononcer avec certitude à son sujet, par la seule force de la pensée et du raisonnement. (Ibid., p. 130)

Si causalité il y a, on ne peut donc, selon Hume, en observer le lien ni directement ni par introspection. L’argument de Hume visait, on le sait, la connexion nécessaire entre la cause et l’effet. Pour Armstrong (1997, p. 211), ce que Hume précisément visait, était la conception rationaliste de la relation causale basée sur la logique à la façon d’un argument démonstratif. Hume affirme, dans la mesure où la cause peut être conçue en dehors de son effet et vice versa, qu’il n’y a pas de démonstration a priori d’une connexion causale. L’objectif de Hume était d’établir que la connexion ne pouvait pas être prouvée empiriquement, et que la relation causale comme régularité trouvait son fondement dans la psychologie.

 

Références

ARMSTRONG, D.M (1997) A world of State of Affairs, Cambridge University Press.

HUME, D. (1739) Treatrise of Human Nature, L.A. Selby-Bigge et P.H. Nidditch (eds), Oxford, Clarendon Press, 1955; trad. franç. P. Baranger et P. Saltel, Paris, Garnier Flammarion, (1995).

LEWIS, D. (2000) Causation as Influence”, The Journal of Philosophy, reprinted in in Causation and Conterfactuals, Edited by J. Collins, N. Hall and L.A. Paul, (2004) Cambridge Mass: MIT press, p. 75-106.


Vrai ou pseudo processus causal ?

2 décembre 2007

 

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mirror-magritte-2.jpgSi l’intuition de la régularité d’événements qui se succèdent est au fondement de la conception de la causalité comme dépendance contrefactuelle, une seconde intuition considère la cause comme produisant ou générant ou encore provoquant son effet. E. Anscombe décrit ainsi, la sorte d’ « évidence » guidant cette intuition :

Il y a quelque chose à observer là et qui se trouve sous notre nez. Il faut y faire un peu attention, mais cette chose est si manifeste qu’elle peut sembler banale. C’est ceci : la causalité consiste dans la dérivation d’un effet de sa cause. C’est le cœur, la structure commune de la causalité dans ses différents genres. Les effets dérivent, proviennent, viennent de leurs causes. (Anscombe 1971, p. 91-92)

La conception de la causalité comme production se différencie donc de la conception contrefactuelle en considérant la causalité comme une véritable relation entre des événements. En principe, en établissant cette véritable relation nous devrions pouvoir écarter l’épiphénoménisme qui n’est, au fond, que la manifestation d’une pseudo causalité.

Le philosophe des sciences Wesley Salmon (1984), en soutenant cette conception de la causalité chercha un critère permettant de discriminer entre les processus d’apparence causale de ceux reflètent une authentique structure du monde.

Pour Salmon, un pseudo processus ne transmet pas de marque. Un processus causal est un processus physique, semblable au mouvement d’une balle lancée dans l’espace et transmettant une marque de manière continue. Au premier abord, une marque apparaît comme une sorte de modification dans une structure, comme par exemple, une rayure sur la carrosserie d’une voiture. Un processus causal est alors ce qui peut transmettre une telle marque d’un endroit à un autre. Par contre, un pseudo processus causal sera impuissant à transmettre cette marque. Salmon (1984, p. 141) décrit parfaitement l’exemple d’un pseudo processus causal : un spot tournant diffuse un rayon lumineux de couleur blanche contre la paroi d’un cylindre. Le rayon de lumière blanche est un processus causal alors que le point lumineux projeté sur le mur est un pseudo processus causal. En effet, lorsque l’on place un filtre rouge entre le spot et la paroi du mur, la marque rouge, apparaissant soudain sur la paroi, n’est pas transmise par le point lumineux se déplaçant sur le mur. Ainsi, alors que le véritable processus transmet une marque, le pseudo processus échoue à cette transmission. Un pseudo processus causal s’oppose donc à un véritable processus comme la succession des mouvements de l’ombre d’un objet mû sur un mur blanc s’oppose aux mouvements authentiques de l’objet. Kim (1984, p. 93) évoque le pseudo lien causal entre les reflets d’une personne dans un miroir ou celui de la succession des symptômes associée à une maladie. Il s’agit, dans ces deux cas, seulement d’une apparence de connexion causale masquant le véritable processus, en l’occurrence la personne ou la cause du symptôme.

Un exemple de pseudo processus causal est particulièrement bien illustré par la reproduction des traits phénotypiques dans la descendance. En effet, le phénotype est la forme visible du gène. C’est le génotype des parents qui est à l’origine de leur phénotype. Mais la propriété, par exemple, d’avoir des yeux bleus, qui est un trait phénotypique, peut être invoquée comme propriété pertinente de la présence des yeux bleus dans la descendance. Le phénotype des yeux bleus des parents causant le phénotype des yeux bleus dans la descendance est un pseudo processus causal. C’est la présence d’un gène particulier chez les parents qui cause la couleur des yeux des enfants.

Références

ANSCOMBE G.E.M (1971), “Causality and Determination”, in Sosa et Tooley, 1993.

KIM, J. (1984) « Epiphenomenal and Supervenient Causation », in Kim (1994), Supervenience and Mind, Selected Essays, Cambridge, Cambridge University Press, p. 92-108.

SALMON, W. (1984) Scientific Explanation and the Causal Structure of the World, Princeton: Princeton University Press.