La boîte noire

2 mars 2007

 

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La philosophie de l’esprit n’est pas la psychologie. Le travail philosophique a pour tâche l’éclaircissement de notre conception de l’esprit fixé dans notre langage. La psychologie, quant à elle, comme toute science empirique, poursuit un objectif d’investigation des caractères du monde. Elle recueille, pour cela, des données avec lesquelles elle construit une science.

La préoccupation de la psychologie ne va donc pas vers la recherche d’une plus grande précision ou vers l’explication des concepts qu’elle est amenée à utiliser.

Dans notre concept d’état mental entre un certain nombre de marques liées au caractère interne de ces états (accès immédiat, caractère privé, aspect qualitatif, etc.). D’un autre côté, ce qui nous fait attribuer à autrui l’existence d’états mentaux, sont des considérations largement comportementales. Alors que l’accès à nos propres états est direct, les autres peuvent observer leurs effets par le seul biais de l’observation de nos comportements.

Une science peut considérer que seules les caractéristiques observables publiquement constitueront ses données. Si cette science, comme la psychologie, applique ce principe, elle sera amenée à rejeter le caractère interne des états mentaux. C’est le point de vue développé par la doctrine du béhaviorisme psychologique ou méthodologique. Celui-ci, en effet, suppose que parler d’entités qui ne seraient pas susceptibles d’une vérification publique n’a pas de sens. Ainsi, pour cette conception béhavioriste radicale, l’appel aux esprits, mais aussi aux expériences de conscience reflèterait seulement une certaine propension à la superstition qui jadis avait cours. En effet, dans ce monde aujourd’hui révolu, on expliquait certaines caractéristiques observables d’objets en faisant appel aux fantômes et aux esprits habitant ces objets mêmes.

Le béhaviorisme méthodologique de J.B. Watson, devenant « radical » avec B.F Skinner soutient que seul ce qui est publiquement observable est sujet à l’enquête scientifique. En conséquence, toute référence à une quelconque introspection est bannie. Ce qu’il s’agit de montrer, c’est qu’en mettant de côté les états internes fantomatiques, nous n’avons plus besoin de faire exister quelque entité obscure pour expliquer les traits d’un comportement intelligent.

Pour le béhaviorisme psychologique, les données sont les instances de comportement réduites à la réponse des organismes aux contingences environnementales1. Ainsi une instance de comportement est expliquée non en faisant référence à des états d’esprits internes non observables, mais en référence à des stimuli environnementaux qui produisent le comportement. Le modèle auquel nous renvoie ici le béhaviorisme méthodologique est celui du réflexe. Vous êtes assis sur une chaise et un médecin à l’aide d’un petit marteau vous frappe le genou. Il s’agit d’observer la présence ou non d’une contraction musculaire. Ici, la réponse est expliquée par le stimulus du coup de marteau. Ce qui connecte le stimulus et la réponse est alors un mécanisme de réflexe.

Le béhaviorisme soutient que tout comportement, même un comportement complexe peut être pleinement expliqué en terme de stimuli-réponses (S-R). Les réponses complexes sont simplement le résultat de stimuli complexes. Le travail de la psychologie consistera donc à fournir un compte-rendu systématique de ces relations S-R. Ainsi, aussi loin que la psychologie est concernée, l’organisme est une « boîte noire », quelque chose entièrement descriptible en Stimuli-réponses.

 

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Néanmoins, les boîtes noires et les organismes ont une structure interne reconnaîtront les béhavioriste, quelque chose qui est susceptible de subir une investigation. Seulement, cette investigation n’est pas du ressort de la psychologie, mais du physiologiste ou du biologiste.

En posant ainsi comme principe clef, que la théorie psychologique ne doit faire aucune référence aux états internes dans les explications psychologiques, la doctrine béhavioriste apparaît dans toute sa radicalité. En effet, en excluant les états de conscience d’un rôle explicatif/causal dans la relation au comportement, la doctrine béhavioriste peut-elle prétendre accéder au statut d’une théorie psychologique complète2 ?

Notes

1 Fred Dretske (1988) conteste cette approche de la notion de comportement qui, selon lui, ne peut pas être réductible à une simple sortie sortie motrice. C’est l’ensemble de la structure relationnelle contenant à la fois la cause et le mouvement, que Dretske nous propose de prendre en compte dans la notion de comportement. Dretske distingue ainsi entre l’observation de la seule sortie motrice qui peut recevoir une cause particulière et l’attention au processus qui a permis ce mouvement.

2 Une des critiques les plus sévères du béhaviorisme que l’on connaisse est celle que Chomsky (1959) adresse à Skinner et dans laquelle il argue que la tentative d’étendre le modèle béhavioriste de l’apprentissage linguistique est sans espoir. Chomsky explique que les compétences linguistiques ne peuvent, même en principe, être expliquées sans admettre que les êtres humains possèdent un répertoire relativement important de structures cognitives complexes qui président à l’usage de la langue.

 

Références

  • CHOMSKY, N. (1959) Review of Verbal Behavior, Language 35: 26-58.
  • DRESTKE, F. (1988) Explaining Behavior, Cambridge, Mass: MIT Press.
  • SKINNER, B.F. (1953) Science and Human Behaviour, trad. Franç. Science et comportement humains, In Press, (2005).
  • WATSON, J.B. (1913). Psychology as the behaviorist views it. Psychological Review, 20, p. 158-177.
  • WATSON, J.B. 1924. Behaviorism. New York: W.W. Norton In Skinner, B.F., (1971). L’analyse expérimentale du comportement. Un essai théorique. Traduit de l’anglais par A. M. Richelle et M. Bruxelles. Bruxelles : Dessart et Mardaga.