Une réponse au problème corps-esprit : l’ontologie dualiste de Descartes

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L’interaction de l’esprit et du corps pose donc problème.

La solution dualiste de Descartes se construit autour de la séparation de deux substances : le corps et l’esprit. Il s’agit ensuite d’expliquer comment l’interaction entre les deux est rendue possible.

Pour démontrer que le corps et l’esprit sont des substances séparées, Descartes utilise une expérience de pensée dans laquelle il soutient l’idée que chacune des substance peut être conçue clairement et distinctement comme étant des entités capable d’exister indépendamment l’une de l’autre. Je peux, en effet, imaginer mon esprit pensant par lui-même et je peux imaginer mon corps exister sans esprit.

Comment alors l’esprit et le corps, deux genres de choses radicalement différentes, peuvent-ils alors interagir ? C’est dans théologie que Descartes puise sa réponse. En plus de la création d’une substance mentale et d’une substance physique, Dieu a créé l’union qui constitue la nature humaine.

Dans cette ontologie, chaque substance possède un attribut essentiel qui détermine sa nature. Pour la substance pensante, l’attribut est la pensée et pour la substance corporelle, l’attribut est l’extension.

Au cœur de la philosophie de Descartes, on trouve une ontologie de substance et de mode et un engagement réaliste en direction de certains phénomènes. En effet, dans son parcours philosophique du doute, Descartes se met à douter d’un grand nombre de choses, mais il ne peut douter de la réalité de ses états psychologiques. Les états psychologiques incluent les modes comme les couleurs, les formes, etc. Leur existence implique l’existence d’une substance inhérente. Descartes lie alors son identité personnelle à la substance pensante inhérente à ces états psychologiques. Ainsi, parce qu’il pense, alors il existe.

Descartes définit la substance comme étant ce qui possède la capacité d’exister indépendamment de tout autre chose. A l’intérieur du monde, il y a donc deux genres fondamentaux de substances créées : l’esprit qui est la substance pensante et le monde physique qui est la substance étendue. Tout ce qui est en plus des substances sont les modes de ces deux genres de substances. La seule exception à cet agencement est l’union de l’esprit et du corps qui constitue la nature humaine et explique l’interaction corps-esprit.

Le 16 mais 1643, la princesse Elisabeth de Bohème écrivait à Descartes :

[…] Comment l’âme de l’homme peut déterminer les esprits du corps, pour faire les actions volontaires (n’étant qu’une substance pensante). Car il semble que toute détermination de mouvement se fait par la chose mue, à manière dont elle est poussée par celle qui la meut, ou bien de la qualification et figure de la superficie de cette dernière. L’attouchement est requis aux deux premières conditions, et l’extension à la troisième.

La distance métaphysique qu’introduit l’ontologie dualiste entre le corps et l’esprit, semble, en effet, exclure tout contact possible entre les deux substances. Comment un événement dans un esprit immatériel pourrait-il avoir des effets matériels ?

Références

Descartes R. (1641) Méditations métaphysiques, VI

Descartes R. (1643/1649 - 1989) Correspondance avec Elisabeth et autres lettres, Garnier Flammarion.

7 Réponses vers «Une réponse au problème corps-esprit : l’ontologie dualiste de Descartes»

  1. loic à dit:

    Comment un événement dans un esprit immatériel pourrait avoir des effets matériels ?

    A cette question je te pose une question triviale en rapport avec l’action de prendre un verre pour en boire le contenu et son incidence sur la relation corps esprit : Buvons donc le contenu de ce verre, puis d’un autre et encore et encore, supposons que ce verre contienne de l’alcool. L’événement matériel survenant rapidement sera une perte de repères et si l’on insiste une perte de la raison avec pour corollaire des actes pour le moins erratiques… Qui dirige alors le navire ?
    La question n’est peut être pas très spirituelle et je m’en excuse d’avance, mais peut être éclaire t’elle sous un nouveau jour le cartésianisme de la réflexion portant sur ce sujet..

  2. LEMOINE à dit:

    Je crois me souvenir que Spinoza contestait l’évidence du cogito cartésien.

    Le doute cartésien est en effet ,à mon avis, une de ces méthodes de démonstration par laquelle un auteur tente de faire passer son a priori culturel pour une vérité première (ce qui me semble être, à l’époque moderne, le fond de la phénoménologie).

    Si on y réfléchit un peu, on voit bien que si Descartes avait douté au moins un instant, il se serait interrogé sur la capacité des mots qu’il utilisait à désigner quelque chose et s’il avait tenté de penser sans leur secours, il n’aurait rien trouvé au-delà des mots et il se serait heurté au vide et à la stupeur de son esprit. Il lui aurait fallu admettre qu’il était fait de mots c’est-à-dire de langage. Il aurait dit «je pense donc je suis langage » ; langage et non substance car il ne peut pas dire d’où il tient qu’il est une substance et qu’il sait ce que peut désigner ce mot. Il lui aurait fallu admettre qu’il ne peut être assuré par lui-même du sens des mots mais qu’il ne l’est que par le témoignage d’autrui à travers la parole échangée, que les mots ne sont pas son bien propre mais qu’il les a appris d’abord de sa maman ou sa nourrice.

    C’est le vice commun à la quasi-totalité des philosophes d’avoir renié leur mère ! La raison, la pensée dont ils s’enorgueillissent, ils la doivent d’abord à leur mère, les évidences logiques qu’ils prétendent découvrir ils les ont apprises et les doivent d’abord à l’amour d’une mère et peut-être bien à quelque taloches judicieusement appliquées. On dirait qu’il faut de longues années d’études pour oublier cette évidence là car je vois qu’elle n’échappe pas aux plus jeunes. Ainsi, j’ai bien du mal à convaincre ma fille qui est en classe de terminale que le Menon de Platon mérite d’être étudié. Elle n’y voit qu’une extravagante sottise et il est difficile de l’en blâmer. Je me demande d’ailleurs qui a bien pu mettre un texte pareil au programme.

    PS : ne voyez pas dans tout cela qu’un mouvement d’humeur, la question de la façon de présenter la philosophie au lycée est vitale pour l’avenir de cette discipline.

  3. loic à dit:

    A monsieur Lemoine:
    J’ai une fille qui à 17 ans et je lui ai recommandé de lire: Antimanuel de philosophie de Michel Onffray, les thèmes abordés collent bien aux ados à qui il est destiné, bien que je m’en repaisse aussi…

  4. LEMOINE à dit:

    J’ai peur de ne pas avoir été compris à propos de Menon. Je ne dis pas qu’il faut présenter aux jeunes des choses faciles. Bien au contraire, je pense qu’ils doivent être mis de plein pied avec la philosophie dans ce qu’elle a de plus exigeant.

    Avec Platon commence une conception de la philosophie qui se veut connaissance des essences c’est-à-dire d’un fond invariant des choses, une philosophie qui cherche une structure rationnelle du monde. Malheureusement, la lecture ligne à ligne et au premier degré que font les élèves d’un texte comme Menon, fait que l’essentiel leur échappe. Ils ne retiennent que l’archaïque et tout ce qui peut prêter à rire. A mon avis il serait mille fois préférable de travailler avec un manuel austère et difficile et n’aller aux textes qu’une fois averti des problèmes qui font débat.

    J’imagine qu’en fait aucun de nous n’est au clair avec ces problèmes et en particulier sur celui de la façon de mener son esprit et même sur la question de ce que c’est exactement que de penser sinon nous n’irions pas occuper nos soirées à lire les textes de François Loth !

  5. Francois Loth à dit:

    A monsieur Lemoine :
    Je ne considère pas que l’expérience du cogito soit reléguable à un a priori culturel comme vous l’écrivez. Le doute de Descartes est métaphysique. Autrement dit, il s’agit d’un doute au sujet de la nature des choses qui sont dans le monde.

    Votre vision philosophique qui consiste à placer au centre de la réflexion le langage n’est pas la position ontologique que je soutiens. Il existe un principe philosophique qui est central au réalisme et qui peut s’énoncer ainsi : « quand une affirmation concernant le monde est vrai, il doit y avoir quelque chose au sujet du monde qui le rende vrai. » Ce principe de vérifacteur (truthmaker) permet de bien saisir la séparation que le philosophe qui se dira réaliste – c’est-à-dire un philosophe qui soutient qu’il existe des domaines indépendants de nos esprits - doit opérer entre le monde et le langage.

    Une stratégie philosophique réaliste estime donc que ce n’est pas en analysant le langage que l’on peut espérer apprendre quelque chose sur la structure du monde. Il ne s’agit pas de renier le langage, mais de le remettre à sa juste place dans le travail philosophique. Concernant l’esprit, une conceptualisation adéquate de celui-ci ne pourra être mené sans une ontologie elle-même adéquate, indépendante de nos esprits. Autrement dit, une telle méthode impose d’admettre que les esprits sont indépendants de nos esprits. C’est-à-dire, qu’ils sont ce qu’ils sont indépendamment de la façon dont nous les considérons.

    Pour le dire vite, les éléments que nous utilisons pour représenter le monde de façon linguistique ne découpent pas les éléments du monde.

  6. LEMOINE à dit:

    J’ai beaucoup de mal à comprendre ce que c’est qu’un « doute métaphysique. »

    En fait, mon idée s’arrête au simple constat que le solipsisme où Descartes s’enferme par le doute, ne devrait lui laisser que le langage comme réalité accessible car pour douter il faut penser et pour penser il faut des mots quand bien même on voudrait renoncer à croire à leur sens. Et pour sortir du doute, car il faut bien en sortir, il faut que la première proposition « je pense » ait un sens dont d’autres peuvent témoigner.

    Je ne vais pas plus loin car je suis bien d’accord avec vous que pour dire qu’il faut beaucoup plus que l’accord du plus grand nombre pour dire d’une proposition qu’elle est vraie. Il ne suffit pas non plus qu’elle soit logiquement correcte et parfaitement intelligible, il faut bien qu’elle dise quelque chose « sur la structure du monde », comme vous l’écrivez.

    Soutenir, comme un philosophe américain le fait, que dire d’une idée qu’elle est vraie n’est que lui donner « une tape dans le dos » c’est ce moquer. Je suppose qu’en disant cela il croit rendre compte des choses comme elles sont et non dire seulement quelque chose qu’il lui plait de voir approuvé. Autrement, s’il s’agit de plaire, autant écrire des chansons d’amour

  7. Thibaut à dit:

    Merci avec ton article j’ai pu comprendre ce que mon court ne parvenait pas à m’expliquer

    vive toi!

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