Le dualisme des propriétés
La thèse défendant l’irréductibilité des états mentaux se base sur un dualisme des propriétés.
Le dualisme des substances tel que Descartes l’a soutenu conçoit deux genres de substances : les substances mentales et les substances matérielles. Les substances matérielles sont étendues, et leurs propriétés sont des modes d’extension. Les substances mentales, au contraire, pensent, et leurs propriétés sont des modes de pensée. Dans cette ontologie, la substance étendue ne pense pas et la substance pensante n’est pas étendue. Les caractéristiques de l’extension et de la pensée s’excluent donc mutuellement.
Le dualisme des propriétés, quant à lui, affirme l’existence d’une simple substance physique (monisme), mais affirme aussi que cette simple substance peut posséder deux genres de propriétés : des propriétés mentales et des propriétés physiques – les premières n’étant pas réductibles aux secondes.
Le dualisme des propriétés vient se greffer sur une image métaphysique du monde hiérarchisée par niveaux et ne contenant donc qu’une seule substance physique. Certains éléments du monde, les pierres par exemple ne peuvent s’élever à la possession de propriétés mentales, alors que d’autres éléments, situés relativement haut dans la hiérarchie peuvent eux, posséder deux genres de propriétés : des propriétés physiques et des propriétés mentales. Ainsi deux genres différents de propriétés peuvent être exemplifiées ou co-exemplifiées par le même possesseur. Une personne, par exemple, peut mesurer 1,85 mètre et posséder la propriété mentale de croire que Florence est située à l’est de Sienne.
On peut aussi se demander si une substance pourrait posséder seulement des propriétés mentales ? Les partisans du dualisme des propriétés, ceux qui sont physicalistes, refuseront cette possibilité d’entités immatérielles tels que les esprits ou les anges.
Les tenants du dualisme des propriétés rejettent donc la thèse de l’identité des propriétés selon laquelle les propriétés mentales sont des propriétés matérielles. Cependant, ils acceptent une forme plus faible de la théorie de l’identité que l’on appelle « l’identité des occurrences » (Token Identity). Cette identité affirme que chaque substance ou événement mental est identique à une certaine substance ou événement matériel.
Le problème avec le dualisme des propriétés n’est pas tant que des propriétés mentales inévitablement se produisent en même temps que des propriétés matérielles, mais que ces propriétés, bien qu’elles puissent être définies comme des propriétés de plein droit, sont fondées ou dépendantes ou réalisées par des propriétés physiques. Nous possédons certaines propriétés mentales parce que nous avons certaines propriétés physiques (sans doute des propriétés neurobiologiques). Cependant les partisans du dualisme des propriétés sont souvent convaincus que les propriétés mentales résident à un niveau d’être supérieur. D’un autre côté, le matérialisme traditionnel échoue à identifier les esprits et leurs contenus avec des phénomènes de niveau inférieur.
Le challenge de l’engagement dualiste quant aux propriétés, impose donc de détenir une solution au problème du lien que doit entretenir ces deux genres de propriétés. Le dualisme des propriétés, soulève en effet, le problème de l’interaction entre le corps et les phénomènes de l’esprit. Mes pensées – nous en faisons l’expérience chaque jour - exercent une influence causale dans le monde physique. C’est en effet dans la relation causale, que la résolution du problème de l’interaction entre les deux genres de propriétés doit de manière cruciale, trouver une issue intelligible et cohérente.


26 février 2007 à 12:49
Monsieur Loth,
si la liquidité est une propriété emergente d’une certaine configuration d’H2O, dira-t-on que la liquidité EST cette configuration d’H2O?
Cette configuration d’H20 n’implique pas la liquidité…donc pas de réduction possible, non?
La liquidité est ainsi irréductible.
L’idée du dualisme des propriétés est-elle pertinente dans ce cas? Est-ce que le critère de l’irréductibilité est suffisant pour fonder le dualisme des propriétés?
26 février 2007 à 3:03
Le dualisme des propriétés est utilisé en philosophie de l’esprit afin d’appuyer la distinction entre le mental et le physique, autrement qu’au moyen de la différence entre deux substances.
A l’intérieur d’une métaphysique moniste (une seule substance) le dualisme des propriétés permet de faire une certaine place au mental. Ainsi, certaines créatures possèdent une seule substance, mais peuvent posséder des propriétés mentales.
Le dualisme des propriétés est souvent associé au physicalisme non réductible. Ce physicalisme rejette la thèse de l’identité en affirmant que chaque substance ou événement mental est identique à une substance ou un événement physique.
L’idée générale du dualisme n’est pas seulement que les propriétés mentales se produisent de façon co-occurrente avec des propréités physiques mais que les propriétés mentales sont réalisées ou fondées dans les propriétés physiques.
L’irréductibilité des propriétés mentales est certainement un point de vue qui assoit la distinction entre le mental et le physique. Le problème, et J. Kim l’a montré, avec la thèse de l’irréductibilité des propriétés mentales, c’est le déséquilibre métaphysique de ce dualisme. En effet, si les propriétés mentales surviennent sur les propriétés physiques (la relation de réalisation est une relation survenante), on voit mal comment les propriétés mentales, en tant que propriétés mentales, pourraient conférées des pouvoirs causaux à leurs instances. La clôture causale du domaine physique se chargeant de préempter ces propriétés survenantes. En conséquence, si les propriétés mentales n’exercent aucune pression causale dans le monde physique, on voit mal comment on pourrait les faire exister réellement.
Bref, l’idée du dualisme des propriétés, est à mes yeux une idée qui pose problème.
Quant aux propriétés émergentes, elles génèrent d’autres types de problèmes…
Ces quelques remarques ne peuvent que nous amener, dans un travail sur l’esprit, à bien clarifier ce que nous entendons par propriété ou par porteur de propriété, autrement dit à bien clarifier l’ontologie sous-jacente.
27 février 2007 à 4:41
Merci pour la remarque monsieur Loth,
mais encore une fois, vous écrivez: “L’irréductibilité des propriétés mentales est certainement un point de vue qui assoit la distinction entre le mental et le physique.”
Mais une propriété telle que la liquidité par rapport à h20 est également irréductible…on ne peut lire la liquidité dans H20…
Mon dieu j’espère que je ne dis pas n’importe quoi.