Le problème de la causation mentale : « comment » ?
6 décembre 2006Ce que l’on nomme le problème de la causation mentale naît de l’intuition prégnante que dans notre relation au monde, il existe des cas indéniables d’occurrences de causation, mettant en jeu certains états dotés de propriétés non physiques. Ainsi, ma croyance qu’il pleut pourra être citée comme cause de mon comportement qui consiste à me saisir d’un parapluie ou encore ma soudaine douleur au pied comme cause de ma grimace, contraction musculaire de mon visage. En l’occurrence, ces deux exemples sont des cas de causation du mental au physique. Il peut bien sur, à l’inverse, exister une causation physique/mental, comme l’inhalation d’un parfum déclanchant un souvenir ou la piqûre d’insecte provoquant une douleur. Enfin, la croyance que la maladie est écartée causant un sentiment de joie et de soulagement ou le désir d’un exploit hors du commun causant une soudaine anxiété, seront des cas de causation mental/mental. La question que pose ce genre de causation est celle du comment de telles occurrences de causation sont possibles. Si l’action volontaire implique la causation de mouvements physiques par nos croyances et nos désirs, le problème de la causation mentale est celui qui se pose, lorsque l’on soumet la question du comment une chose pareille est rendue possible. Comment l’esprit parvient-il à créer des modifications dans le monde physique ? Comment une chaîne d’évènements physiques, composé de processus biologiques, peut-elle provoquer certains états de consciences ou encore faire émerger des sentiments?
Poser la question du comment revient à accepter et à prendre en compte l’intuition préliminaire, que les causes mentales ont des effets physiques.
Nous pourrions aussi ne pas nous concentrer sur le problème du comment de la causation mentale et admettre celle-ci comme un fait brut. Une telle approche de la causation pourrait alors se satisfaire d’une forme d’explication pratique, montrant qu’il existe un grand nombre d’occurrences, dans lesquelles le mental prend une part active (Baker 1995, Burge 1993). On parlerait alors d’explication plutôt que de causation. Par exemple, le souvenir d’avoir posé mes lunettes près du clavier de l’ordinateur, me fait me diriger vers mon bureau. Ce souvenir précis forme une cause mentale tout à fait respectable. Une telle explication en effet supporte bien l’énoncé contrefactuel suivant : « si je ne m’étais pas souvenu avoir posé mes lunettes près du clavier de mon ordinateur, je ne me serais pas dirigé vers mon bureau ». Cependant, parler en terme d’explication plutôt qu’en terme de causation pourrait bien nous conduire à escamoter la pertinence causale des propriétés mentales, pire, à dénier que les prédicats mentaux désignent des propriétés.
Ainsi, si l’on peut admettre que les explications pratiques expliquent effectivement avec succès des phénomènes de causation mentale, on peut néanmoins se poser la question du comment une telle causation est rendue possible. Pour Jaegwon Kim, le problème de la causation mentale « est le problème de montrer comment la causation mentale est possible, non si elle est ou non possible, bien que, ce qui se produit avec la question comment peut à la fin induire que nous reconsidérions notre position quant à la question si. » (1998, p. 61).
Références
- BAKER, L. R (1995) Explaining Attitudes, Cambridge University Press.
- BURGE, T. (1993) “Mind-Body Causation and Explanatory Practice”, Mental Causation, John Heil and Alfred Mele, eds. Oxford: Clarendon Press, p. 97-120.
- KIM, J. (199
Mind in a Physical World Cambridge, Mass: MIT Press.


Publié par Francois Loth