L’erreur phénoménologique selon U.T Place

28 octobre 2006

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Si l’on demande à une personne, appelons la Stephen, de se souvenir d’un jouet de son enfance, il pourra dire par exemple : « je vois mon petit train électrique rouge ». Si Stephen interprète cela comme la possession d’une entité mentale, en l’occurrence l’image d’un petit train rouge, il peut parler de ce souvenir comme s’il s’agissait d’un objet de l’esprit possédant certaines propriétés. Néanmoins cet objet supposé ne peut pas être pensé comme littéralement présent dans l’esprit. Ainsi, cet argument fonctionne contre la thèse de la théorie de l’identité corps/esprit. On peut alors affirmer qu’il existe des objets mentaux qui ne sont pas physiques. Par exemple, il existe des images de train électrique rouge qui ne sont pas physiques.

U.T Place (1956) affirme que l’on fait une erreur lorsque l’on pense que nous voyons quelque chose comme si cette chose était située devant l’oeil de notre esprit. Ainsi lorsque Stephen se souvient d’un petit train rouge que jadis il a possédé et qu’il affirme que cet objet existe dans son esprit, Stephen, selon Place, commet une erreur. Lorsqu’il dit: « je vois mon petit train électrique rouge » et qu’il interprète cela comme la possession d’un objet mental, en l’occurrence l’image d’un train petit et rouge, il commet une erreur phénoménologique (phenomenological fallacy).

Un compte-rendu correct de cette expérience consisterait plutôt à dire que quand Stephen revoit le jouet de son enfance, il s’agit d’un état qui est comme celui qu’il éprouvait quand il regardait son petit train électrique rouge. Autrement dit, il ne regarde pas quelque chose mais il fait une expérience qui est comme regarder quelque chose.

Pour éviter cette erreur phénoménologique, on ne doit pas, selon Place, se focaliser sur le contenu de l’expérience, mais sur l’expérience de ce contenu. Si Stephen interprète le souvenir de son train électrique non comme une image mentale mais comme ayant une expérience qui est comme l’expérience qu’il a vécu quand jadis il voyait son petit train rouge, l’image et ses propriétés disparaissent. Ainsi, les propriétés des expériences de conscience sont des propriétés du cerveau.

L’analyse de Place et des philosophes matérialistes tenants de la théorie de l’identité a fait l’objet d’un grand nombre de critiques. Parmi celles-ci, l’objection de F. Jackson (1982, 1986) qui a soutenu que l’activité du cerveau n’explique pas pourquoi les expériences phénoménales ont le caractère phénoménal qu’elles possèdent. C’est-à-dire, que les processus cérébraux n’expliquent pas pourquoi nous faisons l’expérience du rouge de ce train électrique par exemple. Jackson développe sa thèse à l’aide du célèbre exemple de Mary, neuroscientifique incapable de voir les couleurs mais qui a développé une théorie complète du système permettant d’expliquer comment les êtres humains font l’expérience de la couleur. Jackson soutient alors que lorsque Mary verra du rouge pour la première fois, elle ne fera non seulement une nouvelle expérience, mais elle apprendra quelque chose qu’elle ne savait pas avant. Ainsi, contre Place, il maintient que le compte-rendu d’un processus neural n’explique pas l’expérience phénoménale.